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Mouvement associatif et dynamique de développement au nord-Kivu. cas des associations de tendance religieuse en territoires de Beni et Lubero

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par Emmanuel MUSONGORA SYASAKA
Université catholique de Louvain - Diplôme de master complémentaire en développement-environnement et société 2007
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Sociologie
  

Disponible en mode multipage

    Mouvement associatif et dynamique de développement

    au Nord-Kivu. Cas des associations de tendance

    religieuse en territoires de Beni et Lubero.

    Mémoire présenté par Emmanuel MUSONGORA SYASAKA
    En vue de l'obtention du Diplôme de Master complémentaire
    en développement-environnement et sociétés

    Jury composé de :

    Promoteur : Prof. Marc PONCELET (Ulg)

    Co-Promoteur : Prof. Pierre- Joseph LAURENT (UCL)

    Lecteur : Prof. Gautier PIROTTE (Ulg)

    Année académique 2007 - 2008

    DEDICACE

    A l'Université Catholique du Graben de Butembo et à la famille Syasaka,
    Je dédie ce travail

    3 REMERCIEMENTS

    Certes, nous avons fourni des efforts pour élaborer ce mémoire, mais il est de notre devoir de remercier tous ceux qui nous ont soutenu d'une manière ou d'une autre. Que ceux dont les noms ne sont pas repris ci-dessous, ayant contribué à sa réalisation, trouvent ici l'expression de notre profonde gratitude.

    Mes remerciements s'adressent :

    - aux membres du jury, le professeur Marc Poncelet qui a accepté la responsabilité académique d'assurer la direction ce mémoire avec disponibilité, les professeurs Laurent Pierre-Joseph et Gautier Pirotte pour la lecture et leurs remarques pertinentes, - à la Commission Universitaire pour le Développement pour la bourse d'étude accordée,

    - au professeur Mafikiri Tsongo Angélus, recteur de l'université catholique du Graben, pour ses orientations,

    - au professeur, abbé Apollinaire Malumalu pour les conseils fournis,

    - aux amis de l'Université Catholique du Graben, en formation en Belgique pour la bonne compagnie,

    - à mes parents et ma famille qui ne cessent de manifester leur affection

    - aux responsables des associations consultées sur terrain pour leur disponibilité. Nous pensons à l'abbé Giovanni Piumatti, Ezecca Tsongo, Ephrem Syasaka et Balihesima Kadukima,

    - au professeur émérite Jacques Delcourt pour la lecture du document final,

    - aux camarades étudiants en master complémentaire en développement, environnement et société,

    - aux amis et/ou frères de Butembo, Beni et Lukanga qui ont aidé lors de la collecte des informations, plus particulièrement Bertrand Katsongeri, Musubaho Kivuyirwa, Vitya Vithimo, Musendwa Syasaka, Pascaline Syasaka, Agnès Kyakimwa Siriwayo, Guy Boyoma, Makelo Kasereka Syataghalene, Finay Mulando, Masma Maneno, Papy Visiha et Titina Simisi,

    - au Père Charles Delhez, Henrik Gharibian, au groupe AGAPE et à la communauté chrétienne de la paroisse de Blocry, Monique Fragnière, Antonio et Marie Gislaine Pincetti, Régine Van Vaerenbergh, Christiane Goedemé, Louis et Gabi Minet, Denis et Chantal Heymans, Jean-Marie et Yvette pour leur sympathie durant notre séjour en Belgique.

    INTRODUCTION

    1. Etat de la question

    Parler du mouvement associatif revient à évoquer la problématique de définition de la société civile. En effet, pour Bonnet et Degryse1, le phénomène associatif est un fait de société. Depuis la reconnaissance légale de la liberté de création des associations en France, celles-ci prolifèrent et leur expansion s'est considérablement accrue au cours de deux dernières décennies. Selon les estimations de plusieurs sources en 1997, poursuiventils, un individu sur deux serait membre d'une association et 15% de population exerceraient des responsabilités à différents niveaux dans ce domaine. Cette affirmation nous pousse à croire qu'elles jouent un rôle majeur dans la société française pour que les individus adhèrent à celle-ci de cette manière.

    C'est dans cette optique que Jacques Defourny dit :

    « par les moyens qu'elles mettent en oeuvre, les besoins qu'elles rencontrent et les services marchands ou non marchands2 qu'elles fournissent, de très nombreuses associations sont largement économiques, et participent incontestablement à la production de richesses et à l'accroissement du bien-être général » 3.

    Cela se renforce par les déclarations de Chantal Philippe et Jean-Louis Laville qui disent:

    « les associations dont les ressources émanent largement de la redistribution et du bénévolat développent des institutions que l'économie marchande traditionnelle ne suscite pas »4.

    Toutefois, la situation est observée différemment dans le temps et dans l'espace. Le continent africain en est un bon exemple. Dans l'histoire de la République Démocratique du Congo (RD. Congo), plus spécialement au Nord-Kivu, les associations et ONG sont des acteurs qui ont été jugés compétents et légitimes qui été identifiés pour canaliser

    1 BONNET, Francis et Oliver DEGRYSE, le Management associatif, De Boeck & Larcier, Bruxelles/Paris, 1997, p.5.

    2 Ici on peut retenir, selon Jacques DEFOURNY, que les biens et services marchands sont ceux vendus à un prix couvrant au moins le coût de production alors que les biens et services non marchands sont fournis gratuitement ou à un prix sans rapport avec leur coût de production. La différence entre le coût et le prix est couverte généralement par un financement extérieur au marché sous forme de subvention, cotisations ou dons.

    3 DEFOURNY, Jacques, « Le secteur de l'économie sociale en Belgique », in : Jacques DEFOURNY - José L. MONZÓN CAMPOS (Eds), Economie sociale. Entre économie capitaliste et économie publique, CIRIEC/ De Boeck Université, Bruxelles, 1992, p.229.

    4 CHANIAL, Philippe et LAVILLE, Jean-Louis, « L'économie sociale et solidaire en France », in : LAVILLE J.-L, MAGNENJ.-Ph., De FRANCA FILLO G.C. et MEDEIROS A. (dir), Action publique et économie solidaire. Une perspective internationale, ERES, Ramonville Saint-Agne, 2005, p.61.

    officiellement l'aide jusqu'à la base suite à la disqualification de l'Etat5. Ainsi, on assiste à une prolifération des associations avec divers objectifs.

    A ce propos, MIREMBE dans sa thèse de doctorat en 2005 dit :

    « De plus en plus à Butembo, comme ailleurs en République démocratique du Congo, se développe le groupement des personnes à dessein commun généralement non lucratif. Des micro-entrepreneurs se regroupent en associations qui revêtent diverses formes : mutuelles, corporation, syndicat, groupement de village de provenance, comités divers, etc. Plus de 70% des enquêtés à Butembo, se sont déclarés membres d'une association »6.

    En RD. Congo, les confessions religieuses sont régies par la loi7 des associations sans but lucratif. Comme acteur collectif de développement, on trouve parmi celles-ci d'autres regroupements qui jouent aussi un rôle important dans la finance populaire comme mobilisateurs de fonds. C'est le cas des bureaux diocésains de développement, des communautés ecclésiales vivantes et des mouvements d'actions représentés dans tout le pays8.

    De la littérature trouvée dans la région du Nord-Kivu, en RD. Congo, plus particulièrement dans les territoires de Beni et Lubero, se dégage une image autour du mouvement associatif. MIREMBE Omer porte son intérêt sur les associations dont les membres sont impliqués dans le commerce transnational. Les associations sont ici analysées comme faisant partie des acteurs qui, à travers leurs pratiques, permettent et facilitent la connexion des opérateurs économiques locaux au commerce transnational. KAKULE KAPARAY Christian, quant à lui, démontre la part qu'ont les associations de ces territoires dans les systèmes de mobilisations des ressources importantes au sein d'une économie populaire. Par ailleurs, l'analyse de KATSUVA MUHINDO9, en s'appuyant sur les associations religieuses démontre que l'Eglise catholique constitue un acteur social et

    5 MAFIKIRI TSONGO, Angélus, « Coopération au développement, mode de financement des ONG et gouvernance locale : cas des microréalisations du Kivu (République Démocratique du Congo », in : A.-R. KIONI KIABANTU (ed.), La République Démocratique du Congo face aux défis du 21è siècle, Academia Bruylant, 1998, pp.135-150.

    6 KAMBALE MIREMBE, Omer, Echanges transnationaux, réseaux informels et développement local. Une étude au Nord-Est de la République Démocratique du Congo, thèse de doctorat en sciences sociales : développement, population et environnement, UCL, Presses universitaires de Louvain, Louvain-la-Neuve, 2005, p.180.

    7 Loi n°004/2001, du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables aux associations sans but lucratif et aux établissements d'utilité publique

    8 KAKULE KAPARY, Christian, Finance populaire et développement durable en Afrique au Sud du Sahara. Application à la région nord-est de la République Démocratique du Congo, thèse de doctorat en sciences sociales: développement, population et environnement, UCL, Presses de l'imprimerie CIACO, Louvain-la-Neuve, 2006, p.106.

    9 KATSUVA MUHINDO, Alphonse, Catholicisme, engagement politique et processus démocratique en République Démocratique du Congo, thèse de doctorat en science politique, Université Pierre Mendès France-Grenoble 2, Instituts d'études politique de Grenoble, Grenoble, janvier 2008.

    politique important. Dans cette analyse, les dynamiques religieuses constituent aujourd'hui en Afrique, surtout en RD. Congo, des éléments principaux des processus de changement social et politique. L'appartenance religieuse apparaît comme un déterminant dans la construction des identités politiques nationales.

    Notre étude, par contre, sort de ce contexte et essaie d'analyser la manière de constitution et de fonctionnement des associations en mettant l'accent sur les associations de tendance religieuse. Il ne s'agit pas de faire une analyse des confessions religieuses mais d'étudier les associations qui ont une tendance religieuse.

    Etant majoritairement chrétiens et habités par le peuple Yira appelé également Nande, les territoires de Beni et Lubero enregistrent dans leur bilan plusieurs actions et réalisations au sein de la société civile qui a des empreintes religieuses. La société civile locale, depuis une décennie, est influencée par les confessions religieuses. Ses différents bureau de coordination, celui de Beni et Butembo, ont été alternativement dirigés soit par des prêtres, soit par des pasteurs religieux, soit encore par des leaders du mouvement associatif : Organisations non gouvernementales de développement (ONGD), coopératives agricoles, mutuelles de solidarité, ... Dans ce contexte, il ressort que la société civile de Beni et Lubero semble trouver son fondement ou s'enraciner dans les confessions religieuses.

    2. Problématique

    Dans le contexte actuel de post-conflit en RD. Congo, on observe une multiplication des initiatives locales permettant aux populations de faire face aux problèmes courants (la pauvreté, l'accentuation des inégalités, l'insatisfaction des besoins fondamentaux, le chômage, la faiblesse de revenu, la croissance, la cohésion sociale, la famine) et de subvenir aux besoins urgents et élémentaires.

    Ces initiatives revêtent plusieurs formes : il peut s'agir d'organisations non gouvernementales locales et internationales, de petites et moyennes entreprises, de coopératives, des sectes, des églises, d'institutions de formation et d'éducation, ou encore de maisons de santé, d'organisations d'épargne et de prêt formel ou informel, de fédérations associatives, de réseaux d'associations, d'associations caritatives, d'associations confessionnelles, ... Cette situation montre une véritable diversité qui stimule la création des groupes spécifiques s'organisant autour de leurs propres activités ou des bailleurs intérieurs ou extérieurs. Une concurrence s'instaure ainsi entre les organisations entraînant d'une part une disparition rapide de certaines institutions locales et d'autre part l'émergence d'autres organisations disposant des moyens très importants. Cette concurrence est accentuée par la multiplicité des intervenants et la multiplicité des formes de la société civile.

    Une des formes dynamiques est celle des confessions religieuses. Il s'observe dans celles-ci un foisonnement d'associations catholiques, protestantes, islamiques, et celles dites de réveil assimilées au pentecôtisme. Les acteurs qu'on y rencontre mobilisent et rassemblent les fidèles pour résoudre les problèmes quotidiens et urgents : adduction d'eau, appui aux déplacés des guerres et des catastrophes naturelles, assistance aux prisonniers,... En effet, ces associations religieuses représenteraient 20% de l'ensemble des associations se trouvant sur les territoires de Beni et Lubero10.

    Au regard de cette représentation et des actions sur le terrain, il y a lieu de se poser mille et une question sur la part de chacune d'elles. Elles posent un problème fondamental, à savoir:

    Quelle est la part des associations religieuses dans la dynamique de développement de Beni et de Lubero ?

    Cette question nous pousse à soulever quelques sous questions :

    - Comment se constituent ces initiatives locales ?

    - Quels sont les facteurs explicatifs de leur prolifération rapide ?

    - Quelle perception a la population des actions des associations de tendance religieuse ? Ce sont d'ailleurs ces associations que nous prenons comme étude des cas.

    Ces quelques questions nous permettent de voir l'impact de ces institutions sur le développement local. Pour reconnaître cet impact, il faudra faire une analyse des activités dans lesquelles ces associations sont impliquées. Il s'agira de voir : quelles sont les activités auxquelles les associations d'obédience religieuses se livrent ? Quelles raisons les poussent à les adopter ? Comment arrivent-elles à réaliser leurs objectifs ? On examinera dans quel contexte les associations ciblées (suivant les confessions religieuses) sont en interaction et à quel niveau.

    3. Hypothèses de travail

    Les réponses anticipatives à ces questions constituent dans cette investigation nos hypothèses.

    En effet, nous estimons qu'il est possible que la multiplication des associations ait un impact sur le développement. Dans la plupart de cas, la religion semble jouer un rôle important dans cette dynamique à travers ses associations enregistrées dans la société civile congolaise en général et celle de Beni-Lubero en particulier. Cependant, parmi elles, les

    10 Pourcentage calculé par nous même sur base du tableau synoptique des acteurs et associations de développement de Beni et Lubero. Nous l'avons constitué pendant la récolte des données effectuée en juinjuillet 2007. Il sera mis en annexe du travail. Par ailleurs, le mode conditionnel est utilisé dans cette phrase pour montrer que la liste de ces associations n'est pas exhaustive. D'autres fonctionnent sans textes légaux et ne sont pas répertoriées au service des affaires sociales. Le pourcentage est à revoir à la hausse.

    unes paraissent plus impliquées dans les actions matérielles alors que d'autres le sont dans des actions immatérielles. Les premières sont engagées dans les actions de développement concrètes alors que les secondes se penchent sur la formation morale des fidèles. Toutes, essaieraient d'atténuer les souffrances des populations et de jouer le rôle d'un Etat providence à la place de l'Etat plongé dans une crise politique et économique qui serait elle-même la cause principale de la multiplication des associations tant religieuses que non religieuses. C'est sur base des actions de ces dernières au sein de la société civile que nous serons en mesure de prendre position, surtout d'émettre un jugement sur l'amélioration des conditions générales de vie de la population. Ceci est soutenu par les propos de Laurent Pierre-Joseph qui dit :

    « le développement n'est pas une abstraction, mais renvoie à des pratiques concrètes. Au village, le développement passe essentiellement par la création d'une association.» 11.

    Sans se lancer dans le débat et la polémique actuelle sur des indicateurs de développement, nous tentons dans cette investigation de vérifier la part de chacune des associations ciblées dans l'étude des cas.

    4. Objet et but de la recherche.

    Cette étude est consacrée à l'analyse de la dynamique sociale des associations de tendance religieuse au sein de la société civile des territoires de Beni et Lubero. Pour y arriver nous nous appuyons sur quelques associations considérées comme un échantillon. Elles dépendent des catholiques et des protestants qui sont deux confessions religieuses prédominant dans la région d'étude.

    Nous prenons comme cible les associations issues d'une dynamique locale bien que certaines soient encadrées par des responsables confessionnels comme les prêtres et les pasteurs. Cette démarche permet de se rendre compte des actions issues des efforts locaux contrairement aux associations religieuses et organisations non gouvernementales à caractère institutionnel, voire internationales dont la politique de conception, d'exécution et de gestion des actions relèvent souvent des quartiers généraux se trouvant à l'étranger (Italie, France ou encore Belgique pour les associations catholiques comme Caritas ou Misereor ; Allemagne ou Suisse pour les protestants comme la Lutheran World Federation, LWF ou encore Actions by Church Together). Cette dernière catégorie d'organisations, que nous excluons de notre champ d'investigation, dispose des moyens importants étant

    donné qu'elles font partie des vastes réseaux qui leur ouvrent l'accès à des fonds à travers le monde.

    Ainsi, pour répondre à la question principale, cette étude se fixe les objectifs spécifiques suivants :

    - expliquer le mécanisme de constitution et de fonctionnement de différentes

    associations locales portant une empreinte confessionnelle au sein d'une société civile. Cela permet de voir comment elles sont issues des besoins locaux ;

    - identifier les facteurs explicatifs et déterminants de la prolifération

    institutionnelle locale et ses effets sur l'amélioration de bien-être de la population de Beni et Lubero;

    - évaluer les stratégies mises en oeuvre pour la réussite sans prétendre faire

    une évaluation des projets mais seulement une analyse de la dynamique sociale à travers les effets des activités exercées. Dans cette analyse, il s'agit de comprendre quelles sont les perceptions des populations par rapport aux actions entreprises par ces associations;

    - dégager leurs difficultés et leurs conséquences sur le développement;

    - proposer un cadre pour un meilleur avenir associatif de la zone étudiée.

    5. Méthodologie

    Du point de vue méthodologique, cette étude cherche à vérifier si la prolifération des associations locales et de leurs interventions a un effet réel sur le développement local. Tout en utilisant une démarche inductive, nous utilisons pour ce travail trois approches.

    Une approche historique qui permet de faire l'analyse du processus du christianisme et de la formation dans le temps des associations à obédience religieuse. Une approche systémique qui facilite l'analyse des interactions entre les différents acteurs autour de ces institutions locales et des enjeux de développement. Enfin, une approche du développement local qui permet d'étudier les effets réels de ce type d'institutions sur le développement local. Elle permet de voir si elles répondent aux besoins réels des acteurs locaux.

    Pour mener cette étude, deux sources de données sont utilisées : les sources documentaires et l'enquête.

    Les sources documentaires qui permettent d'obtenir les éléments nécessaires sur les différentes études antérieures relatives aux institutions de développement et le rôle des acteurs traditionnels et nouveaux. Elles sont constituées des informations recueillies dans les ouvrages, dans les revues, dans les notes des cours, dans les monographies, dans divers

    rapports, mémoires et thèses, dans la littérature grise comme l'internet etc. Une analyse de certains documents nous permettra de comprendre le fondement théorique de ces institutions et les facteurs qui déterminent leur existence et dynamisme. Le traitement et l'analyse statistique des données obtenues ont permis d'aboutir aux chiffres et pourcentages calculés sur base du questionnaire ou protocole d'enquête. Ce protocole a été ensuite complété non seulement par d'autres informations complémentaires éventuelles obtenues sur le terrain (les rapports des associations) mais aussi de nos observations en tant qu'originaire de la région.

    L'enquête nous permet de recueillir des données sur les organisations locales de développement, sur les acteurs locaux et sur l'impact réel à la fois sur le développement institutionnel local et sur l'amélioration du bien être des populations. Dans cette étape, nous nous sommes servis du questionnaire d'enquête, des observations et des interviews que nous avons réalisés en juin et juillet 2007. Cette période a été choisie suite au message de la Commission Universitaire pour le Développement (CUD), organisation qui a soutenu notre formation en Belgique, selon laquelle l'étudiant devait disposer d'un maximum des matériaux pour le mémoire parce que le retour sur terrain (au pays) n'est pas prévu.

    Du point de vue méthodologique, nous avons analysé les actions de cinq associations dans l'étude des cas. Pour l'église catholique nous avons analysé les activités du réseau « Tuungane », l'association « Waibrahimu » et l'Appui au Développement Local (ADL-assomption), alors que du côté protestant nous nous sommes intéressé aux activités de MAAMS (Multi Actions d'Assistance aux Marginalisé et aux Sinistrés) et de PEAC (Province de l'Eglise Anglicane au Congo). Les associations retenues sont celles qui nous sont apparues comme de tendance chrétienne et qui, outre le fait de répondre aux critères énoncés dans la suite, ont des activités remarquables sur terrain pouvant faire l'objet d'une analyse approfondie.

    Bien que nous nous sommes intéressé à 5 associations seulement, nous avons consulté dans les deux territoires les responsables ou animateurs des associations ci-après.

    Dans le territoire de Lubero, en plus de l'association Tuungane, Waibrahimu et de l'ADL-assomption, nous avons rencontré les responsables de COPERMA (communauté des planteurs et éleveurs de la région maraîchère), de l'IFED (intégration de la femme dans les activités de développement), de l'ADDF (association pour la défense des droits de la femme),de l'AVO (action d'aide aux veuves et orphelins), de la FEPSI (femmes engagées pour la promotion de la santé intégrale), de P.D.D (paix sociale et développement durable), du CEFADES (centre d'étude, de formation et d'animation pour un développement solidaire), de SOPROP (solidarité pour la promotion sociale et la paix), de

    la LIDE (ligue de développement au Congo) et du COTEDER (conseil technique pour le développement rural).

    Dans le territoire de Beni, en plus de MAAMS et PEAC, nous avons consulté les responsables de CERAO (centre d'encadrement des enfants rescapés non-accompagnés et orphelins), de LLB (Ligue de la lecture de la Bible), du CHP Heshima Letu-asbl (centre pour handicapé physique Heshima letu), de la FUFEP (fédération des femmes protestantes) et de la CAD (coordination d'aide aux déplacés).

    Le fait qu'il n'existe pas une vraie ligne de démarcation entre les protestants et les pentecôtistes, les deux associations de tendance protestante ont été sélectionnées pour leur penchant vers l'Eglise du Christ au Congo (ECC), une plate-forme nationale des confessions protestantes présidée actuellement en République Démocratique du Congo par l'église anglicane. Cette plate-forme ou réseau confessionnel comprend 62 communautés considérées comme protestantes y compris quelques communautés pentecôtistes. Cependant, il faudra préciser au départ que nous ne maîtrisons pas les critères de leur adhésion à cette plate forme.

    Pour des raisons de simplification et d'efficacité, notre analyse se limite seulement aux associations chrétiennes ou de tendance chrétienne. Les associations musulmanes sont ainsi écartées du champ d'analyse. Toutefois, il n'est pas question de minimiser leurs actions dans la société civile. La société civile est ici considérée comme lieu de contestations ou d'oppositions mais aussi d'innovations sociales12. Ces innovations sont portées par toutes les confessions religieuses sans distinction.

    Le questionnaire d'enquête a été adressé à trois groupes : d'abord aux responsables ou leaders des associations, aux membres et aux personnes non membres de celle-ci. Cent trente personnes ont été ainsi consultées à travers les deux territoires. 36 personnes à Lukanga dont 6 responsables du réseau « Tuungane » et de l'association « waibrahimu », 10 membres et 20 autres personnes n'appartenant pas à la base de ces associations, c'est-àdire des non-membres. 40 personnes ont été consultées à Butembo dont 11 responsables des ONG locales. Le reste est composé des étudiants et assistants de l'Université Catholique du Graben. A Beni, par contre nous avons consulté 54 personnes dont 7 responsables d'associations, 1 vice-président de la société civile locale, 23 membres de ces associations et 23 autres qui ne les sont pas. La plupart de ces derniers sont des étudiants et assistants de l'institut supérieur de développement rural : ISDR-Beni.

    Notons que pour les responsables des associations, leur choix a été raisonné. Il fallait s'orienter vers une personne disposant des informations nécessaires et plus ou moins

    12 PIROTTE, Gautier, La notion de société civile, La Découverte, Collection Repères, Paris, 2007, p.4.

    complètes. Les données ayant été recueillies en vrac, nous n'étions pas sûr que toute information recueillie allait nécessairement nous servir au regard des orientations des membres du jury rencontrés après.

    Certains membres d'associations nous ont été indiqués par leurs responsables et les autres, par les membres eux-mêmes. Les non-membres ont été contactés au hasard soit par nous-mêmes, soit par les amis qui ont aidé à recueillir les informations.

    En contactant les membres et non membres nous avons pu réfléchir sur leurs points de vue et comprendre si la confession religieuse, dans laquelle est issue l'association, apporte d'important ou de nouveau (sociale, économique, culturelle,...) au développement local.

    Pour sélectionner les cinq associations, les critères suivants nous ont permis de considérer l'appartenance religieuse ou non de l'association. Nous considérons que l'association est de tendance religieuse lorsque :

    - Elle porte une dénomination religieuse qui permet de la distinguer des

    autres associations.

    - Elle inclut dans ses activités celles qui sont religieuses. Il s'agit, outre les

    activités habituelles, d'organiser des séances des prières au courant de la journée soit au bureau soit directement auprès des bénéficiaires.

    - Elle est une émanation d'une confession religieuse pour canaliser la politique de développement de cette dernière à la base. Il s'agit par exemple d'un comité de développement issu d'une paroisse.

    - Elle a une inspiration biblique pour sa création. Il s'agit par exemple

    d'une association qui, pour sa création, s'inspire d'un verset biblique. Ce verset peut apparaître directement sur les documents officiels de l'association : dépliant, préambules statutaires, règlement d'ordre intérieur, carte des membres, ...

    - Elle recrute son personnel en ne s'adressant qu'aux communautés

    religieuses. Pour leur recrutement, certaines organisations non gouvernementales (ONG) en RD. Congo, ne publient ou n'affichent jamais les offres d'emploi mais leur personnel n'est réuni qu'à travers des quotas attribués aux communautés religieuses. C'est le cas de quelques ONG protestantes qui recrutent le personnel au sein de l'ECC. Le coordonnateur de projet peut provenir de la communauté anglicane, l'administrateur financier de la communauté CECA20, le logisticien de la communauté baptiste,...

    - Elle a tendance à poser des actions ou à collaborer avec les églises bien

    que nulle part dans ses documents officiels la tendance religieuse n'apparaisse clairement. En effet, cette stratégie est adoptée par certaines organisations non seulement pour avoir accès aux donateurs qui manifestent une certaine réticence aux activités en connotation religieuse mais aussi pour mobiliser la masse populaire facile à obtenir à travers les relations avec les prêtres ou pasteurs. Dans les faits, on se rend compte qu'à travers ces actions l'association a une tendance religieuse. C'est la raison pour laquelle nous avons aussi consulté les associations que d'emblée nous considérions comme n'ayant pas de tendance religieuse. C'est en analysant leurs activités et relations qu'on se rend compte de leur obédience.

    D'autres critères permettent de distinguer la religiosité de l'association et pourraient être ajoutés, car la liste n'est pas exhaustive.

    6. Subdivision du travail

    Outre l'introduction et la conclusion, ce travail s'articule autour de quatre chapitres.

    Le premier chapitre est consacré à l'orientation conceptuelle. Il donne un éclairage théorique sur les associations, la société civile et le développement local. Le deuxième chapitre présente non seulement le milieu d'étude mais aussi son historique sur le christianisme et la société civile. Le troisième chapitre expose les études de cas relatives à cinq associations qui illustrent le dynamisme associatif des territoires de Beni et Lubero. Enfin, le dernier chapitre est consacré aux analyses. Ce chapitre essaie de montrer les apports, les limites et les perspectives des associations de tendance religieuse.

    7. Difficultés rencontrées

    Dans un travail scientifique les problèmes ne manquent pas. Pour notre cas, le principal problème a été rencontré lors de la collecte des données parce qu'elle a été faite avant d'amorcer la formation. Cette difficulté est causée par la Commission Universitaire pour le Développement, organisme qui soutient notre formation. La commission exige de collecter le maximum d'informations au pays avant d'amorcer la formation. Dès lors, après soumission du sujet de recherche aux différents membres du jury, le travail se trouve orienté autrement alors que les données ont déjà été récoltées. La conséquence d'une telle mesure est que certaines informations recueillies deviennent inutiles pour l'analyse. Nous aurions voulu faire une approche anthropologique pour étudier en profondeur le phénomène associatif de tendance religieuse mais cela n'a pas été possible.

    Pendant les enquêtes, les responsables de certaines associations ne sont pas prêts à livrer certaines informations surtout celles relatives à l'aspect financier de l'organisation. Dans le monde associatif et des organisations non gouvernementales congolaises, parler de leurs activités conduit à évoquer la notion des projets. Or les responsables estiment pour qu'un projet ne puisse pas être détourné, il faut donner aux chercheurs le moins d'informations possibles sur l'organisation pour que des opportunistes ne saisissent pas l'occasion de les devancer en recourant aux publications faites à cet effet. Ce qui constitue une deuxième difficulté.

    Pour résoudre ces différents problèmes d'autres informations complémentaires (rapports et autres) ont été obtenues à partir des amis se trouvant à Butembo et Beni. Il s'agit essentiellement des assistants travaillant dans les universités locales. Pour la seconde difficulté, nous estimons que la solution a été trouvée en analysant les perceptions des membres et non-membres des associations qui, en général, ne cachent pas leurs points de vue à propos de l'impact des activités.

    8. Zone d'étude

    Nous focalisons notre étude sur les associations de tendance religieuse dans les territoires de Beni et Lubero au Nord-Kivu à l'Est de la République Démocratique du Congo. La région s'illustre par les cartes suivantes13

    Carte 1 : La RD. Congo

    Carte 3: Les territoires de Beni et Lubero

    Carte 2 : Le Nord-Kivu

     
     
     

    LUBERO

    Parc National de la Maïko

    Vers l'Ituri

    Semuliki

    BENI

    Parc National

    Mayango's des Virunga

    Beni

    Kalau

    Kanyatsi

    Butembo

    Kannuma Uganda

    Kyavirimu

    Lubiriya

    Kyavinyonge

    Kisaka Lac Edwouard

    Kamandi

    Uganda

    Points chauds

    Vile

    Route Vers Goma

     
     
     

    13 Sources : carte 1 disponible sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Nord-Kivu, carte 2 disponible sur http://www.maplibrary.org consulté le 5 août 2008 et carte 3 lire KATEMBO VIKANZA Paul, Populations, gestion des ressources naturelles et développement dans la région du Nord Kivu : cas du parc des Virunga en territoires de Beni et Lubero (R D Congo), mémoire DEA-UCL, 2006.

    CHAPITRE I
    CADRE THEORIQUE : ORIENTATION CONCEPTUELLE

    Il existe une relation entre développement et association. Son analyse paraît cependant difficile en raison de l'ambiguïté liée à la définition de ces deux concepts. Une telle ambiguïté s'explique, en grande partie, par les différences dans leurs trajectoires14. La notion du développement est complexe. Ce chapitre cherche à comprendre ses diverses connotations en partant de la littérature scientifique qui en montre l'évolution. Par ailleurs, il s'agit de cerner ce que l'on attend par mouvement associatif, par société civile ainsi que par économie sociale. Nous essayons ensuite de donner quelques liens entre ces différents concepts en vue de voir l'effet sur le développement local.

    En effet, dans la dynamique de développement, surtout de la RD. Congo, il est presque difficile d'opposer associations, ONG, société civile et économie sociale. Toutes ces composantes évoluent dans une même sphère. C'est dans cette logique qu'il est important de passer en revue le contexte historique du mouvement associatif occidental avant de faire un tour sur le contexte africain plus spécialement dans les territoires de Beni et Lubero en RD. Congo.

    I.1. Les associations

    L'appréhension du mouvement associatif nécessite de remonter dans le temps pour comprendre en fait que le phénomène n'est pas nouveau et qu'il prend plusieurs formes. Par ailleurs, le contexte de foisonnement associatif n'est pas expliqué de façon identique dans les différents pays. Qu'est-ce qu'en fait une association ?

    1. Quelques définitions

    Parmi les trois secteurs (coopératives, mutuelles et associations) qui composent l'économie sociale, celui des associations est le plus malaisé à délimiter et à définir. Pourtant si l'on se réfère aux recherches précédentes, on remarquera que le fait associatif est aussi vieux que l'humanité. Il est à l'origine de toute forme de vie en société. Comme le fait remarquer Laloy15, il précède et est à la racine de toutes les autres formes d'organisation qui structurent la société en général. Il en est, poursuit-il, le levain contestataire, celui qui fermente les potentialités de changement. C'est ce qui explique que, dans une société autoritaire, le fait associatif soit ou complètement absent ou sévèrement

    14 BENGUERNA, Mohamed, « Développement et associations », in : Momar-Coumba Diop et Jean Benoist (dir), L'Afrique des associations. Entre culture et développement, CREPOS KARTHALA, Dakar-Paris, 2007, p.233

    15 LALOY, Marie-José, « Associations et enjeux de société », in Les fonctions collectives dans une économie de marché, 10ème congrès des économistes belges de langue française, Centre interuniversitaire de Formation Permanente, Mons, du 26 au 27 novembre 1992, p.11

    contrôlé et encadré. Chaque Etat essaie d'ailleurs d'encadrer les associations en son sein à travers une réglementation bien appropriée.

    Plusieurs définitions ont été données pour caractériser le monde associatif. Pour la Commission Européenne:

    «À la base, une association est tout simplement un groupe de personnes réunies en vue d'atteindre un but quelconque» 16.

    Pour le Petit Larousse illustré :

    « L'association est un groupement de personnes réunies dans un intérêt commun, différent de la poursuite de bénéfices » 17.

    En dépit de la diversité dans les définitions, on peut remarquer que certaines caractéristiques communes sont mises en évidence. Francis Bonnet et Olivier Degryse 18 les évoquent dans l'ordre suivant :

    - La liberté d'association qui suppose que celle-ci n'est pas forcée,

    - La mise en commun par laquelle les associés manifestent leur volonté d'agir dans un but commun,

    - Le but non lucratif. Une association peut poursuivre n'importe quel but (pour autant qu'il ne soit contraire à la législation) à l'exclusion du lucre. Cependant, cela n'interdit pas les activités générant un bénéfice financier mais bien le partage de ce dernier entre les membres. Ce gain doit être affecté au but commun.

    - La permanence. L'association se distingue encore du groupe informel par la notion de permanence, de continuité dans l'action. Une permanence qui n'est pas synonyme de pérennité, mais déterminée par la durée ou à la durabilité de projet. Elles se distinguent plutôt des groupements informels ou ponctuels de nature purement sociale ou familiale par un certain degré d'existence formelle ou institutionnelle.

    Dans cette logique, la Commission Européenne ajoute d'autres critères qui peuvent être énumérées comme suit :

    - Elles sont indépendantes, en particulier des pouvoir publics

    - Elles doivent prendre une part relativement active dans la vie publique et

    leur action doit viser l'intérêt général.

    16 COMMISSION EUROPEENNE, Communication sur la promotion du rôle des associations et fondations en Europe, Office des publications officielles des communautés européennes, Luxembourg, 1997, p.6

    17 Petit Larousse , 1980, p69

    18 BONNET, Francis et Oliver DEGRYSE, op. cit., p.5

    2. Historique du mouvement associatif : quelques origines

    Dans sa longue marche, comme nous l'avons déjà dit précédemment, l'association est aussi vielle que la vie en société. Dans une optique historique, il est important de distinguer les formes primitives ayant inspiré le mouvement associatif occidental de celles du mouvement associatif africain.

    Selon, Jacques DEFOURNY19, des corporations et des fonds de secours collectifs existaient déjà dans l'Egypte des Pharaons. Les grecs avaient leurs "hétairies"20 pour se garantir une sépulture et pour l'organisation rituelle des cérémonies funéraires tandis que les romains se groupaient en collèges. Avec l'effondrement de l'Empire romain, ce seront les associations monastiques qui deviendront partout en Europe les refuges de l'associationnisme primitif autant que des arts, des sciences et des traditions : couvent, monastères, abbayes, prieurés, commanderies, chartreuses, ermitages, etc. Au IXe siècle, les premières guildes apparaissent dans les pays germaniques et anglo-saxons, puis à partir du XIe siècle émerge la confrérie, groupement organique de laïcs qui s'affirme en dehors des couvents pour répondre à des besoins pratiques d'assistance, d'entraide et de charité. Quant aux associations compagnonniques, elles se développent dès le XIVe siècle et, progressivement, elles s'assurent dans les métiers les plus qualifiés une certaine maîtrise du marché du travail.

    Cependant, les associations médiévales n'étaient pas autonomes. Celles-ci ne pouvaient exister en dehors de l'Eglise ou de l'Etat que sous des formes précises dont les règles d'admission et de fonctionnement sont strictement codifiées. Cette mise sous tutelle vigoureuse fait apparaître alors des privilèges pour l'association qui devient une corporation d'Etat. Toutefois, en marge du monopole corporatif aux structures rigides et hiérarchiques, subsistent ou apparaissent de nombreuses formes associatives qui inquiètent le pouvoir et que celui-ci tente continuellement de réprimer, d'interdire ou de soumettre.

    En Afrique, il existe des repères historiques et primitifs du mouvement associatif. Ils sont relatifs aux confréries d'artisans. La plupart des repères relevés par les chercheurs sont ceux obtenus lors de la période coloniale, la période précoloniale étant caractérisée pour ce continent par la tradition orale.

    Quant à la période post coloniale, Hakim Ben Hamouda21 écrit :

    19 DEFOURNY, Jacques, « Histoire et actualité du fait associatif : quelques repères » in Les fonctions collectives dans une économie de marché, 10ème congrès des économistes belges de langue française, Centre interuniversitaire de Formation Permanente, Mons, du 26 au 27 novembre 1992, p23.

    20 Les hétairies, dans la Grèce antique, sont des associations sociopolitiques des grandes familles

    21 HAKIM BEN HAMMOUDA, BRUNO BEKOLO-EBE et TOUNA MAMA, L'intégration régionale en Afrique Centrale : Bilan et perspectives, Karthala, Paris, 2003, p.263.

    « Déjà au début des indépendances, des organisations non gouvernementales (ONG) s'étaient établies sur le continent. La plupart de ces ONG étaient d'obédience confessionnelle et leurs activités généralement orientées vers des opérations humanitaires qui, de par leur nature, étaient intermittentes et dépendantes de l'incidence de désastres tels que la sécheresse, les inondations, les feus de brousse, les épidémies, etc. ».

    Ce n'est que vers les années quatre vingt du 20ème siècle que sera observé un foisonnement d'associations et ONG en milieu urbain. A ce propos Marc Poncelet dit :

    «La décennie quatre-vingt-dix a connu, notamment en zone urbaine, une

    exubérance associative multiforme, annonçant un enrichissement de l'analyse

    sociopolitique au Sud. Cette effervescence précisément contemporaine d'une crise

    et d'un appauvrissement sans comparaison, s'inscrit dans le contexte très

    particulier d'une critique et d'une révision radicale du rôle de l'Etat comme acteur

    du développement économique et politique. Dans ce contexte de démocratisation

    institutionnelle ou de décompression recomposition autoritaire, émergent en outre

    des centaines d'organisations aussitôt dites non gouvernementales (ONG)» 22. Evoquant l'étude réalisée par Mario Bettati, Hakim Ben Hamouda affirme que, si le continent africain a enregistré le taux d'implantation d'ONG le plus élevé au cours des années 80, cette prolifération est due en partie au fait que l'Afrique s'est trouvée confrontée à une crise sans précédent à partir de 1980. Du coup, les pays africains ont été contraints à se lancer dans les programmes d'ajustement structurel qui les ont conduits à fermer ou à privatiser la plupart des entreprises qui employaient les populations urbaines. A la suite, des ONG ont été créées par des agents économiques et/ou d'anciens fonctionnaires de l'Etat, désireux de mettre leur compétence à la disposition de leurs régions dans la promotion de certains secteurs de l'économe nationale.

    Pour la RD. Congo, on peut relever particulièrement que pendant la période coloniale les coopératives n'existaient qu'au sein de la population blanche. A ce propos, Patrick Develtere23 affirme qu'en 1921, la coopération incluant la participation des indigènes fut rendue possible par l'extension de la législation métropolitaine belge aux colonies. Ainsi, les Belges et les indigènes dans les colonies purent mettre sur pied des sociétés coopératives s'ils en recevaient l'autorisation du Gouverneur Général de la colonie. Sous l'égide des missionnaires catholiques, un nombre limité de sociétés

    22 PONCELET Marc, Gautier PIROTTE, Gregor STANGHERLIN & Emmanuel SINDAYIHEBURA, Les ONG en villes africaines. Etudes de cas à Cotonou (Bénin) et à Lubumbashi (RDC), Academia Bruylant, Louvain-la-Neuve, 2006, p.11.

    23 DEVELTERE, Patrick, Economie sociale et développement. Les coopératives, mutuelles et associations dans les pays en développement, Jalons-De Boeck Université, Paris/Bruxelles, 1998, p.79.

    coopératives de crédit et de sociétés coopératives d'épargne furent créées. Ces initiatives furent des structures coopératives mises en place par les autorités coloniales pour essayer de soutenir les structures administratives indigènes. Le contexte coopératif colonial au Congo se trouve presqu'entièrement dans le secteur de l'épargne et du crédit.

    A coté des coopératives, comme composante de l'économie sociale, on peut constater la présence d'associations relevant avant tout des confessions religieuses. A ce propos Noir Homme dit :

    « Les oeuvres de développement ont existé au Congo surtout à travers différents mouvements d'action catholique. Ils ont construit des chapelles, des écoles, et organisé des champs de travail pour les étudiants en vacance avec comme objectif l'amélioration de l'habitat dans le milieu rural. Par ailleurs, différents mouvements d'actions catholiques envoyés au Congo vers 1950, étaient des laïcs européens ayant comme mission de lancer ou d'organiser à l'échelon national des mouvements tels que la J.O.C (Jeunesse Ouvrière Catholique), le mouvement Familial, les mouvements de jeunesses (Chiro, Scout, ...) » 24.

    Le contexte actuel de création des associations en RD Congo paraît d'abord lié aux structures étatiques fragiles après l'indépendance. Cela a été renforcé non seulement par la vague des programmes d'Ajustement Structurels mais aussi des guerres qui ont caractérisé l'Afrique. Dans cette logique, les fidèles (chrétiens surtout) cherchent des stratégies visant à répondre eux-mêmes à leurs besoins à travers des structures socioreligieuses. Seoln certains, cela justifie la montée en puissance à travers tout le pays de communautés ecclésiales de base ou vivantes (CEV ou CEB) et des CARITAS au sein de l'Eglise Catholique. René Okitundu Avoki25considère ces communautés comme favorisant la gouvernance locale qui est un mode qui a caractérisé les sociétés et communautés congolaises d'antan. Dans le même ordre d'idées Chistian Kaparay estime que ces associations, groupant surtout les femmes, sont un lieu de prévention et de résolution des conflits internes, un espace permettant de faire davantage connaissance de l'autre et aussi un espace de sensibilisation à d'autres systèmes de mobilisation de l'épargne dont les mutuelles de quartier.

    En somme, comme le soutient Poncelet, le renouveau associatif africain contemporain doit être saisi à la lumière du contexte politique, économique et social qui,

    24 NOIR HOMME, L'Eglise au Congo en 1963. Rapport d'une enquête socioreligieuse, Centre de Recherches sociologiques, Léopoldville, 1964, p.60.

    25 OKITUNDU AVOKI, René, « Gouvernance locale et communauté de base au Congo (RD) », in Sophie CHARLIER, Marthe NYSSENS, Jean-Philippe PEEMANS et Isabel YEPEZ DEL CASTILLO (dir.), Une solidarité en actes. Gouvernance locale, économie sociale, pratiques populaires face à la globalisation, Presses universitaires de Louvain, Louvain-la-Neuve, 2004, p.253.

    dès les années quatre-vingt, connaît une redéfinition des termes de la dépendance africaine et plus largement une crise des Etats postcoloniaux.

    3. Motifs de création et typologies

    Par principe toute association naît d'un besoin. Celui-ci peut être de nature différente. Il est le moteur de la volonté de quelques-uns de faire naître une association. Cependant, il n'est pas question d'hiérarchiser les besoins comme le fait Abraham Maslow dans sa pyramide des besoins de l'être humain. Nous ne tenons pas compte de cette hiérarchisation non seulement parce que cette théorie a fait l'objet des contestations farouches des certains chercheurs mais aussi parce que, dans la plupart, elle ne se vérifie pas dans les pays en développement en général et dans la République Démocratique du Congo en particulier.

    D'un point de vue typologique, les associations sont aussi difficiles à classer qu'à définir. Une partie de la difficulté tient d'abord à leur diversité. Une autre est la tendance qu'ont les associations à combiner plusieurs objectifs. La commission européenne estime néanmoins que la plupart des associations, y compris les fondations, remplissent les conditions suivantes.

    - Fourniture ou prestation de services : cette catégorie inclut toutes les organisations qui rendent à leur clients des services dans les domaines de l'action sociale, de la santé, de l'éducation, de l'information ou de l'assistance-conseil sur un sujet particulier.

    Militantisme : cette catégorie comprend toutes les organisations qui ont

    pour objectif de promouvoir, en agissant comme groupe de pression ou par tout autre moyen de publicité, une cause ou les intérêts d'un groupe de population en vue d'amener un changement d'attitude à son égard soit de l'opinion publique, soit des décideurs politiques.

    - Auto-assistance ou secours mutuel : il s'agit d'organisations formées de groupes ou des individus partageant un intérêt ou un besoin commun en vue de s'entraider et de s'échanger des informations.

    - Ressources et coordinations : il s'agit dans ce cas d'organismes dits

    « intermédiaires » qui coordonnent les activités soit d'organisations individuelles spécialisées dans un créneau particulier, soit de tout un secteur en fournissant information et assistance. Ces organismes jouent le rôle essentiel d'interface entre le secteur considéré et les pouvoirs publics.

    L'hétérogénéité auquel ce monde fait face explique la difficulté d'établir une typologie unique. Des facteurs multiples interviennent et chacun d'entre eux peut donner

    lieu à plusieurs interprétations. Aucune classification ne peut être considérée isolement. Ainsi, d'autres chercheurs peuvent établir des classifications selon :

    - La forme juridique. Dans ce cadre on voit les associations déclarées ou reconnues d'utilité publique, des associations sans but lucratif, ...

    - Le champ géographique. Certaines associations ont une vocation strictement locale, à l'échelle de la commune, d'un quartier, voire d'une institution. D'autres ont un rayonnement plus large par la nature de leur activité. C'est le cas des associations étrangères ou internationales qui sont soumises à des règles particulières. Dans cette catégorie, nous classons les organisations non gouvernementales (ONG). L'ONG est considérée par le Département d'Information des Nations Unies 26 comme un groupe des citoyens volontaires, sans but lucratif et organisé à l'échelon local, national ou international. Les organisations non gouvernementales remplissent divers types de services et de fonctions27. Au départ les ONG sont d'abord des associations mais qui se distinguent des autres associations par le fait qu'elles visent la coopération au développement. Malheureusement, lorsqu'on aborde la question de celles-ci, on se rend compte avec Francois Houtart28 qu'on se trouve face à une diversité énorme, véritable auberge espagnole abritant tout et son contraire. Leur définition, elle-même, est purement négative : elles n'appartiennent pas aux structures de l'Etat, et rien n'est dit sur leurs critères internes de l'organisation, ni externes de leurs fonctions. Il n'est donc pas facile de s'y retrouver.

    - L'importance. Celle-ci peut s'évaluer de plusieurs manières : le nombre des membres, le rythme des activités, le public drainé par ces dernières, le volume des ressources humaines et financières, l'infrastructure, la médiatisation,...C'est donc une notion très relative.

    - Les finalités. On peut voir ainsi des associations sportives, de culture au sens large, d'éducation et de formation, de défense d'idées, d'intérêts, de valeurs et aussi des associations de solidarité et d'action sociale.

    4. Rôle et importance des associations

    Plusieurs études montrent que la plupart des organisations sont de petite taille mais que le secteur associatif est, dans son ensemble, important. En effet, il mobilise d'importantes ressources humaines. Quelques rôles peuvent lui être assignés soit sur le

    26 RUBIO, François, Dictionnaire pratique des Organisations Non Gouvernementales (ONG), Ellipses, Paris, 2004, p.126

    27 Les services et fonctions évoqués sont surtout d'ordre humanitaire, d'information aux gouvernements sur les préoccupations de leurs citoyens, de surveillance des politiques des gouvernements et de promotion de la participation politique au niveau communautaire, etc.

    28 HOUTART, François, « Les ONG : instruments du projet néolibéral ou bases solidaires des alternatives populaires », in Alternatives Sud. Les ONG instruments du néo-libéralisme ou alternatives populaires ?, CETRI/L'Harmattan, Vol. IV(1997).4, Louvain-la-Neuve/Paris, 1998, p.5

    plan social, politique, de la citoyenneté, de la promotion de la démocratie, ainsi que des activités marchandes.

    Importance sociale. C'est aux associations et à leurs organisations soeurs (les fondations) qu'on doit la naissance de nombreux services comme l'éducation, l'assistance sociale, la santé,... Les associations ont joué un rôle essentiel dans la diffusion des connaissances scientifiques et découvertes technologiques et ont abrité des débats d'idées sur l'concernant ensemble des préoccupations humaines. Elles ont été à la pointe du combat pour la reconnaissance des droits et de la dignité de la personne humaine ainsi que pour la sauvegarde de l'héritage culturel et de l'environnement.

    Importance politique et citoyenneté. Pour de nombreuses personnes, adhérer à une association et militer bénévolement pour elle est un moyen vital d'exprimer leur sens civique et de démontrer l'intérêt qu'elles portent à leurs citoyens et à la société en général.

    L'importance dans les activités marchandes. Pour réaliser leurs objectifs, les associations ont évidemment besoin de ressources. Il est rare que les cotisations des adhérents suffisent à cet effet. Les subventions des pouvoirs publics, dans la plupart des pays, pallient parfois à la difficulté. D'autres, pour vivre ou survivre, recourent à d'autres moyens comme des fêtes, des tombolas mais également à la vente de produits, de publications ou de services. Les activités de cette dernière catégorie sont proches du secteur marchand et concurrencent parfois ce dernier.

    Les retombées pour l'économie. Certaines activités, ayant un caractère répétitif, sont souvent soumises à l'imposition. Cependant, le régime fiscal diffère selon la législation nationale. Bien que des exonérations soient prévues, les pouvoirs locaux peuvent également lever des taxes. Beaucoup d'activités et exigences de fonctionnement ont des retombées positives pour les entreprises publiques ou paraétatiques.

    I.2. Notion de société civile

    Définir le mot société civile est bien compliqué. Il est difficile d'appréhender son sens en profondeur. Pour Céline Thiriot29, la société civile est un concept qui reste très flou et ambivalent : faute d'une définition unitaire et précise, cela le rend très peu opératoire. Cette idée, revenue à la mode ces dix dernières années, a en fait une longue histoire. Le concept est attaché à un travail plus général de la redéfinition de l'ensemble des rapports entre Etat et société civile. Elle part de la définition de Gramsci pour qui la société civile

    29 THIRIOT Céline, « Rôle de la société civile dans la transition et la consolidation démocratique en Afrique : éléments de réflexion à partir du cas du Mali », Démocratie et société civile. Une vue du Sud. Revue Internationale de politique comparée, vol. 9, N°2, De Boeck & Larcier, Bruxelles, 2002, p.279.

    correspond à l'ensemble des organismes vulgairement dits privés qui confortent la fonction d'hégémonie que le groupe dominant exerce sur toute la société.

    Dans ce contexte, il y aurait aujourd'hui un consensus de base sur la notion. La société civile englobe la vie économique, sociale et culturelle des individus, des familles, des entreprises et des associations dans la mesure où elle se déroule en dehors de l'Etat et sans visée politique. Elle recherche la satisfaction des besoins ou des intérêts matériels, le soin des autres, la convivialité, le bonheur privé, l'épanouissement intellectuel ou spirituel. C'est pourquoi la société civile désigne cet espace flou existant entre la sphère étatique et la sphère politique. Elle se caractérise par plusieurs traits : un retrait par rapport au politique, voire même une dénégation du politique; elle est hors de l'Etat mais en interaction avec lui ; elle est souvent son principal interlocuteur ; elle présente une pluralité de genres, mais se constitue toujours de mouvements de rassemblement et de mobilisation autour d'un objectif ou d'une cause.

    Dans son évolution, le concept de société civile vient de la philosophie politique occidentale : il n'a pas à l'origine de sens sociologique et ne désigne pas une étape historique de la construction de l'Etat moderne (...)30. Pour René OTAYEK:

    « ce qui est davantage problématique avec ce concept de société civile, c'est plutôt

    son extraordinaire polysémie, qui n'a d'ailleurs d'égal que son succès depuis son

    retour en force dans les ex-démocraties populaires au début des années 1970 » 31. D'autres définitions sont proposées par les « praticiens » du développement. Le forum international tenu au Canada en février 200832, estime que la notion de société civile englobe toute une gamme d'organisations. Dans son sens général, elle comprend les organisations et les structures non marchandes et non étatiques au sein desquelles des individus poursuivent des objectifs et des idéaux communs. Dans le domaine du développement, elle fait surtout référence aux organisations non gouvernementales (ONG) ayant un mandat expressément et strictement lié au développement. Elle peut toutefois aussi inclure des associations d'agriculteurs, des associations professionnelles, des organismes communautaires, des groupes environnementaux, des instituts de recherche indépendants, des universités, des organismes d'origine religieuse, des syndicats, des médias à but non lucratif, ainsi que d'autres groupes qui ne s'occupent pas de

    30 ROY, Olivier, « Asie Centrale : la société civile en débat », Démocratie et société civile. Une vue du Sud. Revue internationale de politique comparée, vol. 9, N°2, De Boeck & Larcier, Bruxelles, p.171.

    31 OTAYEK, René (dir.), « Démocratie et société civile. Une vue du Sud. Avant propos ». in Revue internationale de politique comparée, vol. 9, N°2, De Boeck & Larcier, Bruxelles, 2002, p. 168.

    32 Groupe consultatif sur la société civile et l'efficacité de l'aide. Un dialogue à intervenant multiples sur la société civile et l'efficacité de l'aide. Rapport final du Forum International, tenu du 3 au 6 février, Hôtel Château Cartier, Gatineau (Québec), disponible sur http://www.ccic.ca/f/002/aid.shtml#intl forum visité en date du 15 juillet 2008.

    développement. Cette définition très large est communément acceptée parmi les praticiens du développement.

    En revanche, cette définition ne nous apprend rien sur les rôles en matière de développement qu'il est d'usage d'attribuer à la société civile. Pour cette raison, il faut établir un cadre simplifié pour comprendre le rôle de la société civile.

    Pour parler des rôles de la société civile, il convient d'identifier plusieurs cadres qui rendent compte des rôles constructifs associés à la société civile. Le forum international sur la société civile tenu au Canada, identifie ou recense trois cadres de ce type.

    Le rôle de la société civile dans la participation des citoyens. Ce cadre port de l'image d'un tabouret à trois pieds formés par la société civile, le secteur privé et l'Etat. Ils constitueraient les piliers de l'espace social dans lequel les citoyens s'organisent sur une base volontaire pour promouvoir des valeurs et des objectifs partagés. Dans cette optique, la société civile est perçue comme essentielle au bon fonctionnement de la société et à la croissance du capital social.

    Une conception connexe assimile la société civile à l'un des cinq piliers de la démocratie de pair avec le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire et les médias indépendants. Cette conception présente le rôle de la société civile en termes de bonne gouvernance.

    Le rôle de la société civile dans les programmes de développement. En règle générale ceux qui travaillent avec des organisations de la société civile (OSC) ou des ONG du domaine du développement adoptent une perspective plus pratique. La société civile est ici une constellation d'organisations engagées dans les programmes et des opérations de développement.

    Le rôle de la société civile dans le renforcement du pouvoir social. Dans une approche axée sur les droits de la personne, la société civile est considérée comme un instrument de renforcement du pouvoir social de certains groupes, tels les pauvres et les dépossédés, les femmes, des groupes ethniques ou autres.

    En somme ces trois perspectives, bien que distinctes, sont complémentaires. Elles font ressortir trois grandes catégories de rôles pour la société civile et les organisations de la société civile. La première catégorie où les OSC sont une composante d'une société bien ajustée, d'un système de gouvernance responsable et efficace, et d'une saine démocratie. Ensuite la deuxième où les OSC sont des prestataires des services à travers les programmes et opérations de développement. Enfin, les OSC sont des instruments de renforcement du pouvoir social de certains groupes et de réalisation des droits de la personne.

    I.3. Confessions religieuses et développement local

    Le concept « développement » a reçu plusieurs contenus et suscite la polémique. Les chercheurs des différents domaines tentent, chacun en ce qui le concerne, de donner ce qu'il entend de ce mot. Qu'il s'agisse des économistes, des anthropologues ou d'autres, aucun terrain d'entente n'est obtenu.

    Pour les économistes, comme Amartya Kumar Sen, le processus de développement est lié à l'amélioration de la qualité de vie (quality of well-being). Dans ses travaux sur la famine, le développement humain ou encore sur l'économie du bien-être et le mécanismes fondamentaux de la pauvreté, Sen considère le processus du développement comme étant porté, au niveau local, par des initiatives en vue de favoriser l'accès des individus aux facilités économiques (facilités à produire, à consommer et à échanger), l'accès aux opportunités sociales favorisant l'équité et la justice sociale (l'éducation, la santé, ...), à la promotion des capacités33.

    Si Sen le définit comme dit précédemment, les socio-anthropologues comme JeanPièrre Olivier De Sardan34, rétorqueront en disant que le développement peut-être défini de façon méthodologique comme l'ensemble des processus sociaux induits par des opérations volontaristes de transformation d'un milieu social, engagées par le biais d'institutions ou d'acteurs extérieurs à ce milieu mais cherchant à mobiliser ce milieu, et reposant sur une tentative de greffe de ressources et/ou techniques et/ou savoirs. Il y a du développement du seul fait qu'il y a des acteurs et des institutions qui se donnent le développement comme objet ou comme but et y consacrent du temps, de l'argent et de la compétence professionnelle. Ce n'est ni un idéal, ni une catastrophe. C'est avant tout un objet d'étude.

    Ces deux exemples illustrent la polémique face à laquelle on se trouve pour définir ce concept. Pour nous, il ne s'agit pas d'entrer dans cette polémique mais de regarder les choses en face, surtout en RD. Congo. Avec la faillite de l'Etat congolais, les initiatives de prise en charge de tout genre ont gagné du terrain. Les populations elles-mêmes cherchent à trouver des solutions alternatives à leurs problèmes.

    Ces initiatives locales sont considérées comme du développement local dont parle Omer Mirembe35. Pour ce dernier c'est de préférence au niveau local qu'il y a lieu de mieux considérer les individus et les groupes sociaux comme des acteurs à part entière de leur développement, tirant part des opportunités à leur disposition, essayant de maîtriser

    33 SEN, Amartya Kumar,., Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté, traduit de l'anglais par Michel Bessières, Paris, éd. Odile Jacob, 2000, pp. 49-50.

    34 De Sardan, Olivier, Anthropologie et développement. Essai en socio-anthropologie du changement social, APAD-Karthala, Paris, 1995, p.7.

    35 KAMBALE MIREMBE, Omer, op.cit., p. 84.

    leur destin et non comme des destinataires passifs d'un développement offert par l'État ou les projets. Il n'y a donc pas de distinction à établir entre acteurs et bénéficiaires. Le développement local, poursuit-il, constitue un processus d'initiatives (sociales, économiques, culturelles) à la base, portées par des acteurs localisés (individuels et collectifs), en fonction des demandes locales précises et qui se réalisent dans des espaces localisés. Ce processus local n'est pas monolithique mais pluriel. Généralement, ces initiatives ne pèsent pas lourd, au point de vue quantitatif.

    A l'échelle locale, il s'agit des petits pas du processus de développement. Dans l'optique des populations, le processus de développement est lié à des initiatives leur donnant accès à des conditions de vie plus décentes, et fournissant des réponses aux demandes de sécurisation et de renforcement des capacités et du lien social. Les acteurs de ce développement peuvent être des individus ou des associations. La dynamique peut être portée par différents acteurs : des églises, des commerçants, des associations de quartier, des groupements de femmes, des clubs de jeunesse, des mutuelles, etc.

    De tous ces acteurs, ceux qui nous intéressent sont les associations en tendance religieuse qui font partie, dans la classification de Mafikiri Tsongo36, des intervenants sur le marché du développement. Pour lui, dans les pays du Sud, il existe quatre catégories de courtiers de développement : les organisations et réseaux confessionnels, les cadres originaires d'un pays, d'une région ou d'une localité, les mouvements culturels ethniques et les leaders politiques et paysans.

    Les associations et confessions religieuses sont très actives dans le développement local en RD. Congo, surtout dans le Nord-Kivu. Les associations religieuses ou de tendance religieuse ainsi que les réseaux auxquels elles appartiennent sont devenues incontournables. Chez les chrétiens, par exemple, comme le dit Litambala Mbuli Edouard37 la Bible devient une arme de contestation contre l'oppression, de quelque nature qu'elle soit. Elle est la voix des sans-voix et propose une dynamique libératrice.

    En fait, on peut voir à travers les autocollants et étiquettes affichées sur les parebrises des voitures, taxis et bus des extraits bibliques du genre : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et toute ta famille », « Le Seigneur est mon berger et mon protecteur », ... Parmi les ONG et autres associations sans but lucratif, des pareils extraits figurent même sur la première page des dépliants et sont considérés comme carte postale

    36 Mafikiri Tsongo, Angélus, « Analyse du marché de développement dans les régions déshéritées de l'Afrique subsaharienne du Nord-Kivu », in Parcours et Initiatives, Le marché, N° 5 octobre 2006, Centre de Recherches Interdisciplinaires du Graben- CRIG, Presses de l'UCG, Butembo, p.26.

    37 Litambala Mbuli, Edouard, Formations théologiques dans l'Eglise catholique de la République Démocratique du Congo. Enjeux théologiques et méthodologiques, L'Harmattan, Paris, 2007, p243.

    de l'organisation. Il peut s'agir des versets bibliques qui ont inspiré les membres fondateurs à prendre l'initiative.

    La question est de savoir comment évaluer ces utilisations ou cette lecture biblique dans la société ? Il ne s'agit pas d'entrer dans une discussion théologique mais de comprendre quel lien existe d'une part entre les confessions religieuses et la société civile et d'autre part comprendre ce lien dans la dynamique de développement locale en s'appuyant sur les associations qui naissent dans ce contexte.

    En somme, pour comprendre ce lien, il a été important de rappeler les composantes de la société civile. Concept aux notions imprécises, la société civile englobe une diversité d'acteurs dans ses composantes. Faut-il, en outre, comprendre l'historique du christianisme et du mouvement associatif dans notre zone d'étude pour passer aux études des cas ? Ce qui sera l'objet des chapitres suivants.

    Conclusion partielle

    La précision des mots clés dans un travail scientifique est d'une importance capitale. Elle permet d'éviter la confusion au cours de l'investigation.

    En ce qui concerne notre sujet de recherche, la précision de certains concepts, comme association, société civile et développement, n'est pas facile à atteindre en raison de la diversité des définitions adoptées par les chercheurs.

    En dépit de cette diversité et pour éviter d'entrer dans cette polémique, l'essentiel pour ce travail a été de comprendre dans quel contexte les associations naissent ainsi que les rôles qui leurs sont assignés par la collectivité. Bien qu'il y ait des similitudes, le contexte associatif qui caractérise la société civile varie d'un continent à l'autre. Le contexte occidental diffère ainsi des cas africains en cette matière.

    CHAPITRE II

    HISTORIQUE DU CHRISTIANISME ET DE LA SOCIETE CIVILE EN TERRITOIRES DE BENI ET LUBERO

    L'histoire du christianisme et de la société civile des territoires de Beni-Lubero s'inscrit dans des contextes en évolution. Nous pouvons évoquer d'une part le contexte colonial, d'autre part, la crise économique et politique qu'a traversé la RD. Congo. Avant de passer en revue cette histoire, il est important de présenter la zone d'étude où nous avons mené les investigations.

    II.1. Présentation du milieu : cadre physique, démographique, économique, culturel et réalités politiques

    Cette section vise à donner un aperçu général sur les aspects physiques, démographiques, économiques, socioculturels et politiques du milieu d'étude afin de comprendre dans quel contexte se situe la dynamique associative. Les actions de ces associations ne peuvent être étudiées dans un territoire pris isolement car leur rayon d'action est souvent étendu sur les deux territoires.

    Cependant, même si ces territoires ont une population relativement homogène, parce que la majorité est constituée des Nandes, quelques différences peuvent être relevées parci, par-là. Ces diversités sont d'ordre social, économique, climatique, administratif, religieux,...C'est pour cette raison qu'il est nécessaire de présenter ces deux territoires séparément.

    1. Le territoire de BeniLe territoire de Beni est situé dans la province du Nord Kivu, à l'Est de la République

    Démocratique du Congo. Il se situe entre 29° et 30° longitude Est. Sa superficie est de 7484 km2. Il est limité à l'Est par le mont Rwenzori (haut de 5119 m au pic Marguerite), au Sud-Est par le Lac Edouard et le territoire de Lubero, et au Nord par les territoires de Mambasa et le district de l'Ituri. A son extrême Nord et à l'Ouest, on trouve la forêt équatoriale alors que l'Est a une partie importante couverte par le Parc National des Virunga38.

    Etant situé entièrement dans la zone équatoriale sous un climat tropical humide, ce milieu connaît une succession alternative des saisons pluvieuses et sèches. En effet, comme le dit Michel EECKHOUDT cité par Christien Kathaka Kiswere39, les régions centrales

    38 Source : rapport administratif du territoire de Beni. Informations recueillies en juillet 2007.

    39 KATHAKA KISWERE, Christien, les initiatives locales et incidences sur l'économie du territoire de Beni. Cas de l'enseignement primaire privé agréé, mémoire de licence, UNIC-BENI, 2005-2006, p.12.

    situées en bordure immédiates de l'Equateur connaissent une chaleur étouffante, des pluies abondantes et répandues sur toute l'année. La température moyenne oscille entre 25 et 27°.

    Du point de vue administratif, le territoire fût créé en 1894 sous la dénomination « Territoire de la Semuliki » et dépendait du district de Kibali-Ituri, l'actuel district de l'Ituri en province Orientale. Il prendra le nom de territoire de Wanande-Nord suivant l'ordonnance du 21 mars 1932 avec Beni comme chef lieu mais sera sous la dépendance du district de Kibali-Ituri. Par ordonnance du 15 mars 193540, il est rattaché à la province du Kivu toujours avec le même chef lieu. L'année connaît l'introduction de la culture du café et du palmier à huile. Avec l'avènement de la guerre, considérée comme guerre d'agression ou par certains de « première guerre continentale africaine 41» déclenchée sous la coalition rwando-burundo-ougandaise le 2 aout 1998 à Goma, le chef lieu a été transféré de Beni à Oicha le 1er juillet 2000 puis reconnu officiellement en 2003 par le gouvernement congolais42.

    Le territoire compte quatre entités coutumières dont le secteur Rwenzori, le secteur Beni-Mbau, la chefferie Watalinga et la chefferie Bashu. A cela s'ajoutent cinq cités dont Bulongo, Lume, Oïcha, Mangina et Kyondo. La principale ville de ce territoire est celle de Beni.

    Du point de vue démographique, le territoire de Beni est habité en général par les nandes. Cependant, la ville de Beni est souvent appelée cosmopolite en raison de la présence de plusieurs autres ethnies qui y vivent. De 2000 à 2004, la population a évolué comme illustré dans le tableau suivant :

    Tableau n°1 : Situation démographique de Beni ville et territoire

    Année

    2000

    2001

    2002

    2003

    2004

    Ville de

    141312

    156943

    180832

    185618

    250929

    Beni

     
     
     
     
     

    Territoire de Beni

    653248

    682792

    710049

    747559

    808808

    Total

    794560

    839735

    890881

    933177

    1059737

    Source : Bureaux de l'Etat civil du territoire de Beni à Oicha et de la ville de Beni

    En analysant ces statistiques, nous retrouvons respectivement les taux de croissance annuels à partir de l'an 2000 : soit 5,68%, 6,09%, 4,75% et 13,56%. Soit une moyenne quinquennale de 7,52%. Ces pourcentages suscitent une attention particulière quant à leur

    40 Ordonnance n°44/A.I.M.O du 15 mars 1935.

    41 WILLAME, Jean-Claude, Les « Faiseurs de paix » au Congo. Gestion d'une crise internationale dans un Etat sous tutelle, Collection Livres du GRIP, n°288-289, GRIP, Bruxelles, 2007, p. 15

    42 Reconnaissance de Beni comme ville par le décret n° 041/2003 du 28 mars 2003.

    interprétation. En effet, de 2000 à 2003, l'augmentation de la population semble avoir été stable avant de doubler en 2004, année qui coïncide avec l'afflux des déplacés de l'Ituri ayant échappé aux atrocités subies dans leurs milieux d'origine.

    Ce que soutient Olivier Lanotte en disant:

    « depuis fin 2002, l'Est du Congo est en proie à une recrudescence dramatique des violences ethniques. Le retrait des troupes étrangères a en effet favorisé une reprise des combats au Sud-Kivu et dans l'Ituri où différentes milices congolaises soutenues par l'Ouganda ou le Rwanda se livrent à une lutte sans merci. Un conflit qui fait des dizaines des milliers de victimes et de déplacés » 43.

    La ville ainsi que le territoire de Beni ont accueilli des milliers des déplacés sur la route Beni-Eringeti qui mène vers Bunia. Cela a eu des conséquences sur le plan social et démographique.

    En mettant un accent sur l'aspect démographique, les statistiques données par les différents bureaux de l'Etat civil doivent être prises avec beaucoup de prudence. Comparer le taux de croissance de 7,52% obtenu pour la ville et le territoire de Beni au taux annuel national de 3,3% du recensement de 198444, on serait tenté de dire qu'il y a surpeuplement. Or, depuis 1984, aucun recensement scientifique n'a plus été organisé. On se contente actuellement de l'identification et de l'enrôlement effectués à Beni par la Commission Electorale Indépendante du 21 août au 4 novembre 2005. C'est cette commission qui a fourni les cartes d'électeurs considérées aujourd'hui comme pièces d'identité. Comparer à l'heure actuelle ce taux à celui de la croissance démographique annuelle de la RD. Congo, ce serait fausser l'interprétation dès lors que certains déplacés qui se sont enregistrés dans différents bureaux de l'Etat civil sont rentrés en Ituri. Il faudra attendre le nouveau recensement pour se prononcer sur cette question.

    Sur le plan économique, la situation de Beni est diversifiée. Après l'agriculture qui est la base de l'économie du territoire vient le commerce, puis la petite industrie et la pêche. Pour rappel la pêche se développe sur le lac Edouard qui couvre une superficie de 2.240 km2, dont 1.630 km2 se trouvent au Congo (73 %) et 600 km2 en Ouganda (27 %). Il se trouve dans la zone ouest du Rift africain situé à une altitude de 914 mètres45.

    43 LANOTTE, Olivier, République Démocratique du Congo. Guerres sans frontières. De Joseph-Désiré Mobutu à Joseph Kabila, Collection Livres du GRIP, n°266-268, GRIP, Bruxelles, 2003, p.156

    44 HAMULI KABARUZA Baudouin, et al. , La société civile congolaise. Etat des lieux et perspectives, Editions colophon, 2003, p. 18

    45 RENE, François, et DANIEL, Patrick, Archives de documents de la FAO. Les ressources halieutiques du lac Edouard/Idi Amin, Recueil de documents présentés à la Consultation technique des lacs Edouard et Mobutu partagés entre le Zaïre et l'Ouganda, 17-21 septembre 1990, Kampala/Ouganda. Disponible sur : http://www.fao.org/docrep/005/AC758F/AC758F04.htm visité le 15 juin 2008

    L'agriculture quant à elle est basée sur la culture de produits industriels, tels que le café, l'huile de palme, la papaye, l'arachide, et des produits vivriers comme le manioc, les haricots, la banane, la patate douce, la pomme de terre, le riz, le soya, le maïs et divers fruits. De toutes ces cultures, celle du café était la base économique du territoire de Beni, il y a deux décennies. Malheureusement, les plantations ont été décimées par la trachéomicose. Quelques centres de recherche et Organisations Non Gouvernementales (ONG) cherchent à contourner ce problème en vulgarisant d'autres variétés de caféiers résistant à la maladie. Il s'agit du Centre de Formation et d'Animation pour un Développement Solidaire (CEFADES) de l'Université Catholique de Graben/Butembo et du Syndicat des Défenses des Intérêts Paysans (SYDIP).

    S'agissant du commerce, celui-ci est parti de bases fragiles, car il est fondé sur l'exportation des produits agricoles et forestiers et l'importation des produits élaborés à partir du Moyen Orient. La quasi-totalité des magasins et boutiques est tenue par les Nandes. Ils ont leur sièges commerciaux à Butembo, une ville proche et située à 54 km. L'importance du territoire de Beni, sur le plan socio-économique, est liée d'une part à l'exportation des cultures industrielles et du bois de la forêt équatoriale, mais également aux usines de café, de papaïne et d'autre part de services publics. Ce commerce constitue la raison d'implantation de plusieurs services comme l'Office de Douanes et Accises, l'Office congolais de Contrôle, l'Office National du café, ... A ce titre Omer Kambale Mirembe nous décrit ce qui suit :

    « En plus Beni a l'avantage de se trouver sur la route menant à la frontière de Kasindi, principale porte d'entrée pour cette partie du Congo. Mais si les opérations de dédouanement se font à Beni et Kasindi la plupart des cargaisons, particulièrement les importations sont destinées à Butembo. [...] Seuls 10 à 20% des importations sont destinées à Beni, et il s'agit principalement des produits pétroliers, le reste constitue des importations en transit vers Butembo. Cependant, Beni réalise une quote-part plus importante des exportations : plus de 60% du tonnage. »46

    C'est également à Beni qu'est situé l'aérodrome Wageni dans l'enceinte de l'entreprise ENRA (Enzymes-Raffiners Association). Cet aérodrome accueille plusieurs avions cargos de moyen tonnage pour le commerce régional.

    Sur le plan industriel, l'activité tourne principalement autour de quelques produits. Il s'agit à titre illustratif de47 :

    46 KAMABALE MIREMBE, Omer, op.ci., p.99.

    47 Emmanuel MUSONGORA SYASAKA, « le rôle du marché dans la synergie agriculture et industries agroalimentaires du territoire de Beni et Lubero », Le marché. Parcours et initiatives, Centre de Recherches Interdisciplinaires du Graben, U.C.G-Butembo, N°5, octobre 2006, pp 257-278.

    - Enzymes-Raffiners Association (ENRA) qui a fonctionné depuis 1969 à Mutwanga pour l'achat de la papaïne, le café, l'exploitation du bois et la fabrication des meubles ;

    - Le Complexe Théïcole de Butuhe (CTB) dans la fabrication du thé depuis 1970 ;

    - La savonnerie Industrielle de Butuhe dans la fabrication du savon de ménage depuis 2000 ;

    - La Plantation du Nord-Kivu (PLANOKI) dans le traitement du café, ...

    Du point de vue culturel, il faut remarquer que le territoire de Beni occupé en majorité par les nandes répond aux caractéristiques culturelles dont parlent Muwiri Kakule et Kambalume48. En effet, les nandes occupent un espace constitué de deux blocs, le grand et le petit bloc. Le grand bloc dans le territoire de Beni est constitué des nandes qui habitent les deux collectivités suivantes : Bashu, avec comme chef lieu Vuhovi et Ruwenzori avec comme chef lieu Mutwanga. Le petit bloc est constitué des nandes vivant dans le centrenord du territoire de Beni. Ils sont entourés par d'autres peuples. Dans le petit bloc on trouve le groupement des Nandes-Kainama avec comme chef lieu Kainama. Par rapport aux autres tribus qui l'entourent, le petit bloc est influencé par les cultures de celles-ci notamment, les Batalinga à l'est, les Bahema-Boga au nord, les Balese Avonkutu à l'ouest et les Bambumba-Kisiki au sud. Sociologiquement, ils s'identifient aux nande de part leur langue et autres traits caractéristiques. En somme, la culture des nandes est toujours liée à l'historique de l'implantation cette ethnie découlant de son itinéraire lors de l'immigration.

    2. Le territoire de Lubero49

    Le territoire de Lubero, comme celui de Beni, est une entité décentralisée située au Nord-Kivu et mesure 18096 km2. Ce territoire se situe entre 1°de latitude Nord et 1° de latitude Sud et entre 28° et 30° longitude Est. Traversé par l'Equateur, il est limité à l'Est par le lac Edouard, à l'Ouest par le territoire de Bafwasende, au Nord par les territoires de Beni et de Mambasa, au Sud par le territoire de Rutshuru. Le chef lieu est situé à Lubero à environ 300 km au nord de Goma.

    Il connaît un climat tropical d'altitude avec un relief montagneux dont l'altitude varie de 1500 à 2000 m. C'est une région qui pratique des cultures maraîchères.

    La diversité des cultures agricoles est liée à celle du relief. Comme le souligne Anselme Paluku Kitakya50 en citant Kakule Vyakuno et Kasay Lenga Lenga, dans sa

    48 MUWIRI KAKULE et KAMBALUME, Identité culturelle dans la dynamique de développement, Academia Bruylant /Presses de l'Université Catholique de Graben, Louvain-la-Neuve/Butembo, 2002, p.20.

    49 Source : rapport administratif du territoire de Lubero. Informations recueillies en juillet 2007.

    50 PALUKU KITAKYA, Anselme, Interactions entre la gestion foncière et l'économie locale en région de
    Butembo, Nord Kivu, République Démocratique du Congo
    , thèse de docteur en sciences sociales,

    morphologie géophysique, la région présente un relief très contrasté, hérité de la tectonique des plaques qui s'est traduite par l'écartement des plaques africaines et somaliennes.

    Cette différenciation morphologique permet de distinguer quatre zones d'altitude : le fossé tectonique (850-1000 m), les hautes terres fraîches (2000-3100 m), les hautes terres tièdes (1400-2000m) et le plateau occidental (900-1400 m). Ce qui conduit à distinguer trois zones édaphiques et climatiques : les hautes terres, les terres moyennes et les basses terres.

    Sur le plan administratif, le territoire de Lubero compte quatre entités coutumières (Bamate, Bapere, Baswagha et Batangi), quatre agglomérations semi-urbaines (Lubero, Kayna, Kirumba et Kanyabayonga) et une ville, celle de Butembo.

    Au niveau démographique, le territoire est occupé par les nandes. Comme le dit Christian KAPARAY, il est facile de trouver ici 60 ménages au km2, alors que dans les basses terres, la densité tombe dans les 10 ménages au km2. La région se caractérise par son organisation en plusieurs villages avec un habitat groupé. Représentés par un chef du village, assisté par les chefs de familles, ces villages sont de taille importante. Cette dernière est d'environ 500 habitants en raison de 8-10 personnes par ménages. Le village compte en moyenne 300 ménages51.

    Les statistiques recueillies pour la seule ville de Butembo qui se trouve dans le territoire de Lubero montre que de 2000 à 2007 la population a tendance à la hausse. Nous dégageons à cet effet, un taux de croissance démographique moyenne de 4,66%. Mirembe souligne cela en ces termes :

    « à la base de cet accroissement, il y a à la fois des facteurs endogènes mais aussi l'exode rural. De plus, depuis que Butembo a le statut de ville, ses limites se sont étendues et elle a incorporé une population dépendant auparavant des entités rurales dites groupements. On sait aussi que l'extrême est du Congo constitue une zone de concentration de peuplement où le taux de croissance démographique dépasse la moyenne nationale estimée en 1984 à 3,1 % » 52.

    Sur le plan économique, le territoire de Lubero est axé sur l'agriculture. De façon générale, les cultures y pratiquées sont vivrières. Une grande partie de la récolte sert d'autoconsommation. On y rencontre quelques cultures industrielles. Il s'agit notamment du : caféier arabica, quinquina, pyrèthre. Actuellement certaines cultures industrielles sont en pleine vulgarisation par les Organisations Non Gouvernementales d'encadrement

    Développement, population et enviroemment, Université Catholique de Louvain, Presses Universitaires de Louvain, Louvain-la-Neuve, 2007, p.79.

    51 KAKULE KAPARY, Christian, Op.Cit, p.80.

    52 KAMBALE MIREMBE, Omer, op. cit., p.101.

    paysan. C'est le cas de l'aloès connu sous le nom « aloe verra » ou « ngaka » pour la langue vernaculaire. Cette base économique pousse la population à s'attacher à la terre. L'accès à la terre se fait soit par héritage, soit par cession du propriétaire terrien moyennant une redevance annuelle : poule ou chèvre selon l'étendue du lopin de terre. Les conflits fonciers y sont fréquents contrairement à ce qui se passe dans le territoire de Beni. Il s'agit souvent de conflits des limites des champs ou encore de mauvaise répartition des redevances perçues annuellement par les propriétaires terriens.

    Pour rappel, la terre demeure sous un régime foncier communautaire. Chaque chef de ménage, membre de la communauté, jouit d'un lopin de terre à transmettre aux générations futures. Une telle gestion des terres est sans doute l'objet des conflits fonciers suite à un taux de croissance démographique élevé non maîtrisé dans le contexte d'un Etat faible. Par ailleurs, la terre est l'objet de plusieurs enjeux selon les différentes logiques d'acteurs internes et/ou externes. Il s'agit des hommes d'affaires, des paysans, des services publics, des propriétaires terriens et des intermédiaires. Dans cette optique s'inscrivent plusieurs projets de « glissement des populations » exécutés par des ONGD et des associations confessionnelles. Il s'agit de projets qui consistent à sensibiliser les populations des Hautes Terres de Lubero, considérées comme région surpeuplée, à migrer vers les Basses Terres, territoire de Beni et le Sud-Ouest de Lubero où l'accès à la terre serait encore plus facile.

    Du point de vue commercial, le territoire de Lubero dépend des commerces situés dans la ville de Butembo qui sont depuis ces deux dernières décennies en pleine croissance. En effet, en 2001-2002, comme le dit Mirembe dans son étude, on pouvait compter plus ou moins 1200 boutiques et magasins dont la plupart sont des entreprises individuelles ou familiales, 160 officines pharmaceutiques, de nombreux métiers artisanaux et plusieurs micro-unités marchandes. Ces commerçants sont issus du paysannat dont ils gardent les traits de comportement. Ils effectuent souvent des échanges transnationaux : avec par exemple, l'Ouganda, le Kenya, le Moyen Orient, ...

    Nous pensons ainsi avoir donné un aperçu général sur les territoires de Beni et de Lubero. C'est dans ce même cadre qu'il faudra passer en revue l'historique du christianisme et de la société civile.

    II.2 Histoire du christianisme des territoires de Beni et Lubero.

    Dans son histoire, l'implantation du christianisme dans les territoires de Beni et Lubero s'inscrit dans un projet d'ensemble du Congo-Belge sous la bénédiction du gouvernement colonial. Sur le plan pratique, on s'aperçoit que le pays a été d'abord en contact avec le christianisme dans sa partie Sud-Ouest. Pour mieux comprendre cette évolution historique,

    il est plus intéressant d'analyser cela sur trois périodes : la période précoloniale, la période coloniale et la période d'après l'indépendance.

    Cette section nous aide également à comprendre comment le christianisme s'est installé plus particulièrement dans les territoires de Beni - Lubero afin d'établir une liaison avec la dynamique associative religieuse au sein de la société civile locale. Nous partons d'abord de l'aspect global de l'évangélisation du Congo pour finalement orienter le regard vers le territoire d'étude en mettant, d'un côté, un accent sur les missionnaires (catholiques et protestants) et de l'autre sur les églises de guérison ou prophétique qui se situent actuellement dans le courant des églises évangéliques.

    II.2.1. Période précoloniale : phase exploratoire

    1. Les catholiques

    Comme le souligne Edouard Litambala Mbuli53, l'Eglise catholique en RD. Congo a connu trois périodes dans son histoire de l'évangélisation. La première va de 1483, date de la découverte de l'embouchure du fleuve Congo par le navigateur portugais Diego Cão, à 1835 par la christianisation du royaume Kongo sur la côte atlantique. La deuxième évangélisation se situe entre l'organisation de la conférence de Berlin en 1885 et 1980, année du centenaire de l'évangélisation au Congo. Et la troisième phase d'évangélisation dénommée « évangélisation en profondeur » en 1980. Elle est développée par l'épiscopat qui congolais continue à se situer face à l'actualité du pays et au contexte sociopolitique.

    En se référant à la Conférence Episcopale Nationale du Congo, l'historique sur l'évangélisation au Congo peut-être classée en deux phases. Les évêques de la RD. Congo disent:

    « à la fin du 15ème siècle, le Congo est entré en contact avec des missionnaires portugais. Cette première phase de l'évangélisation, limitée à la partie Sud-Ouest du pays fut malheureusement interrompue en 1835 avec l'expulsion du dernier Capucin de Luanda par les calvinistes hollandais. La seconde phase de l'évangélisation, à partir de 1880, constitue une reprise de l'activité missionnaire par de nouvelles congrégations avec des équipes renouvelées et renforcées. Ces missionnaires pénétrèrent à la fois par l'Est et l'Ouest » 54.

    Toutefois, quelques points essentiels peuvent être retenus pour ces deux phases.

    53 LITAMBALA MBULI, Edouard, op.cit., p23.

    54 CONFERENCE EPISCOPLE NATIONALE DU CONGO, Nouvelle évangélisation et catéchèse dans la perspective de l'Eglise de Dieu en Afrique. Instructions à l'usage des agents de l'évangélisation et de la catéchèse en République Démocratique du Congo. Ed. Secrétariat Général de la CENC, Kinshasa, 2000, p. 27.

    En ce qui concerne la première, le premier contact du christianisme avec le royaume Kongo date du 3 août 1482/3, jour de l'arrivée de Diego Cão à l'embouchure du fleuve Congo. A l'époque des découvertes, le peuple du Nord-Ouest de l'Angola et celui du Sud-Ouest du Congo constituaient un seul et même royaume. Le premier prêtre à avoir foulé le sol du Congo est sans doute l'aumônier de la flottille portugaise de l'explorateur. A son retour au Portugal, Diego Cão prit à bord quatre Solongo qui devaient apprendre la langue portugaise et servir d'interprètes par la suite. Ceux-ci furent ramenés dans leur pays au deuxième voyage de l'explorateur. C'est en cette occasion en 1487, le roi N'zinga Nkuwu accepta l'offre d'amitié de Dom João II, roi du Portugal et demanda l'envoi de missionnaires et d'artisans pour entreprendre l'évangélisation du royaume et initier les habitants aux divers métiers exercés au Portugal. C'est pendant la deuxième mission de Diego Cão que l'amitié entre Lisbonne et Mbanza Kongo fût scellée. Ce qui ouvrit le pays au christianisme. Il y avait à bord de la flottille, conduite par le capitaine Rui Sousa, quelques franciscains et divers artisans : maçons, charpentiers, tuiliers, cordonniers, ménagères,... munis tous de leurs outils respectifs.

    L'évangélisation débuta par la province de Soyo, avec le baptême du Mani Soyo, oncle du roi du Kongo, ainsi que celui d'un de ses fils le 3 avril 1491, en présence des notables et d'une foule immense de gens. Un mois après, le 3 mai 1491, le roi N'zinga Nkuwu fut baptisé du nom de Dom João avec six dignitaires du Royaume. Par le baptême du roi, le royaume du Kongo est entré officiellement dans l'Eglise catholique. Cependant, il est à souligné qu'on ne doit pas prétendre que dès ce moment tous les habitants faisant partie du petit peuple, aient été convertis par la prédication des missionnaires, ni que tous les baptisés aient vécu en chrétiens. Mais, d'après le principe de l'époque « selon lequel le pays suit la religion du roi », le royaume Kongo était devenu chrétien officiellement. Dans la réalité, l'impact initial de cette évangélisation fut minime. La preuve est qu'après le départ de la flotte portugaise en 1492, le roi N'zinga Nkuwu baptisé Dom João, renonça à sa foi chrétienne. Ce qui entraîna dans son apostasie l'un ou l'autre des notables baptisés. Néanmoins, il ne manifesta aucune hostilité particulière à la religion chrétienne, ni aux missionnaires à Mbanza Nsudi : lieu qui devint dans la suite un centre de gravité du christianisme au Kongo.

    La deuxième phase de l'évangélisation, intervient suite à l'apport de l'ordre des Capucins. En effet, la conférence Episcopale écrit à ce propos ce qui suit :

    « Après 30 ans d'interruption, la Sacrée Congrégation pour la Propagation de la
    Foi décida la reprise de l'activité missionnaire dans le pays. Par le décret du 9
    septembre 1865, la Préfecture apostolique du Congo, confiée autrefois aux

    capucins italiens, fut transférée aux spiritains français. Le 23 novembre 1874, Boma fut proposée comme point de départ pour la pénétration à l'intérieur du Congo. Et, après bien des visites de reconnaissance et de nombreuses démarches, deux Spiritains débarquèrent à Boma, pour y fonder une mission, au bord du fleuve, sur l'actuel Mont Saint-Esprit. C'était le 12 mai 1880. En novembre de la même année, les pères Blancs Missionnaires d'Afrique débarquaient eux aussi à Mulewa, à l'Est du pays 55».

    Sur base de la déclaration de la conférence épiscopale, on s'aperçoit clairement que les protestants calvinistes ont été présents sur le territoire pendant la période précoloniale. Ce qui nous amène effectivement à passer en revue la mission protestante.

    2. Les protestants

    Le protestantisme, dans son expansion, a profité de la période de la recherche des matières premières et de nouveaux débouchés commerciaux par les nations européennes. MUNAYI MUNTU-MONJI dit à ce propos :

    « à la fin de 1877, cette confession était déjà entre autres dans une région littorale de l'Afrique Centrale, non loin de la côte atlantique du Zaïre. Le protestantisme fit son entrée au Zaïre avec la visite de la côte atlantique par deux missionnaires de la Baptist Missionary Society (B.M.S) partis du Cameroun, George Grenfell et Thomas J. Comber. Momentanément rentrés au Cameroun, l'oeuvre évangélisatrice protestante démarra avec deux autres missionnaires appartenant à la Livingstone Inland Mission (LIM).»56.

    En se référant à Emile-Michel Braekman57, on se rend compte que le protestantisme y est arrivé bien avant notamment lorsqu'il parle des précurseurs du protestantisme au Congo.

    Les précurseurs sont des missionnaires qui s'intéressaient, d'une manière ou d'une autre, à la découverte de l'autre monde dont l'Afrique. Ils sont des calvinistes belges qui ont, au 16ème siècle, participé de près ou de loin à découvrir le Congo en appuyant les expéditions. Il s'agit principalement de Adrien Saravia, Pierre Placius, Pierre Van Den Broecke et de certains trafiquants évangélistes flamands. Emile-Michel Braekman, poursuit en disant qu'à ceux là s'ajoute l'écossais David Livingstone qui effectua plusieurs voyages entre l'Angleterre et l'Afrique. Il commença d'abord son exploration et

    55 CONFERENCE EPISCOPLE NATIONALE DU CONGO, Ibidem., p35.

    56 MUNAYI MUNTU - MONJI, les vingt - cinq ans de la faculté de théologie protestante au Zaïre : 1959 - 1984. Presses Typo-Offset de la SODAZ, Kinsahsa, 1984, p.12

    57 BRAEKMAN, Emile-Michel, Histoire du protestantisme au Congo, Editions de la librairie des eclaireurs unionistes, Collection Histoire du protestantisme en Belgique et au Congo Belge, Tome 5, Bruxelles, 1961, lire p.23-88.

    évangélisation au sud de l'Afrique, puis sur la côte orientale du même continent avant de découvrir le lac Tanganyika en avril 1867. Il s'établit à Ujiji en Tanzanie suite à la fatigue et à la maladie. De là, après son rétablissement, il va aller jusqu'au Maniema dans le Kivu où il parcourut l'Est du territoire du Congo pendant deux ans (du 12 juillet 1869 au 23 octobre 1871) explorant la rivière Lualaba qu'il croyait être le Nil. C'est en évangélisant dans cette partie du continent qu'il prit connaissance du fléau de l'Afrique noire : la traite des esclaves à laquelle il fallait mettre fin. Le massacre de Nyangwe perpétré par les arabes le 14 juillet 1871 l'obligeant à quitter le territoire, il rentra à Ujiji où il va rencontrer Henri Morton Stanley, explorateur anglais qui collaborera plus tard avec le roi Léopold II. Livingistone trouva la mort le 30 avril 1873 à Chintambo cherchant coûte que coûte à trouver les sources du Nil. Il est considéré comme le premier à avoir introduit le protestantisme à l'Est du Congo avant que cette partie du pays ne soit acquise par le roi Léopold II, histoire qui caractérisera la période coloniale.

    Outre les personnes citées comme précurseurs, selon MUNAYI MUNTU-MONJI58, il faut ajouter les pionniers protestants qui débarquèrent en 1878 à l'Ouest du Congo. Il s'agit de la Livingstone Inland Mission (L.I.M.) conduite par Henri Craven connu jusqu'aujourd'hui comme le premier missionnaire à commencer son oeuvre de façon permanente sur le territoire du Congo. Ils furent les premiers à fonder une mission protestante sur le sol congolais : ce poste est Mpalabala. En 1884, ne pouvant plus continuer à faire face aux innombrables difficultés, surtout d'ordre financier, la LIM céda ses postes et ses effectifs à d'autres sociétés missionnaires, l'une américaine et l'autre suédoise. Outre la LIM, comme pionniers il y a lieu de citer la Baptist Missionary Society et la Garanganze Evangelical Mission. A cette époque le Katanga s'appelait la Garaganze dirigé par le roi Msiri qui s'était farouchement opposé aux hommes blancs.59

    II.2.2. Période coloniale : 1885 - 1960

    1. Les catholiques

    Durant cette période l'histoire du christianisme du Congo est directement liée à celle de la colonisation. Les transactions internationales qui avaient précédé la naissance de l'Etat Indépendant du Congo (E.I.C) eurent pour conséquence la politisation de l'évangélisation. En effet, le roi Léopold II qui venait d'acquérir cette partie du continent à la Conférence Internationale de Berlin (1885) sera confronté à plusieurs problèmes de collaboration avec les missionnaires non belges qui étaient dans le pays parce que,

    58 MUNAYI MUNTU - MONJI, Idem., p.12.

    59 Braekeman, Emile-Michel, op.cit., p81.

    visiblement, ils ne lui obéissaient pas. Son entreprise était plus menacée par les visées d'autres puissances.

    Matthieu Sitone en citant la lettre du Frère Orban relate ce qui suit dans sa thèse de doctorant :

    « Au Congo-Belge, le pouvoir colonial préférait avoir des nationaux belges car les autres puissances européennes avec leurs missionnaires semblaient peu favorables à la petite Belgique. Les missionnaires établis au Congo étaient presque tous des « étrangers ». Les uns baptistes, les autres évangélistes et plus dévoués aux idées anglaises, surtout ceux qui dépendaient du cardinal Lavigerie. Il existait une opposition entre les missionnaires dirigés par Lavigerie et le roi Léopold II. C'est pourquoi, le roi Léopold II observait une grande réserve à l'égard des

    missionnaires étrangers de toute confession religieuse et souhaitait une majoritébelge parmi les congrégations religieuses »60.

    Pour lutter contre la campagne menée autour de l'Etat Indépendant du Congo, le roi décide de faire appel à d'autres congrégations religieuses qui pouvaient lui obéir même si elles étaient étrangères. C'est dans cette optique que la congrégation anglo-hollandaise des Prêtres de Mill-Hill va être sollicitée. Dans la suite cette congrégation aura le privilège d'être considérée comme une mission nationale, bien qu'étrangère. Ce n'est qu'en 1886 que le Pape Léon III va accorder le monopole de l'évangélisation de l'Etat Indépendant du Congo au roi61.

    Pour réaliser ce destin, le roi proposa la création, ou encore mieux, l'ouverture d'un séminaire africain à Louvain en 1886 en vue de former des missionnaires belges destinés pour le Congo. Il obtint la permission d'ouvrir ce séminaire en 1886 par l'entremise de l'archevêque de Malines et grâce à la collaboration des évêques belges. Par ailleurs, le roi sollicita la collaboration des Pères de Scheut et des Jésuites qui étaient plutôt orientés vers linde. Grâce à l'intervention du pape Léon XIII, Léopold II obtint gain de cause auprès des Scheutistes qui [...] acceptèrent la mission du Congo. Cette dernière fut érigée par le pape en Vicariat apostolique du Congo Indépendant le 11 mai 188862. Les scheutistes furent

    60 Lettre du Frère Orban de Xivry à Lambermont cité par Matthieu Muhemu Subao Sitone, Naissance et croissance d'une église locale (1896/97 - 1996). Le cas du diocèse de Butembo-Beni au Congo Kinshasa (RDC), thèse de docteur en histoire, Faculté de géographie, Histoire de l'art et tourisme, Université Lumière Lyon 2, juillet 2006, p.11.

    61 De MEEUS, D.F. et STEENBERGHEN, D.R., Les missions religieuses au Congo Belge. Anvers, Editons du Zaïre, 1947, p. 25-26.

    62 Matthieu Muhemu Subao Sitone, Naissance et croissance d'une église locale (1896/97 - 1996). Le cas du diocèse de Butembo-Beni au Congo Kinshasa (RDC), thèse de docteur en histoire, Faculté de géographie, Histoire de l'art et tourisme, Université Lumière Lyon 2, juillet 2006,, p.4.

    rejoints par plusieurs autres congrégations dont ceux du diocèse de Gand, les rédemptoristes, les jésuites, les trappistes, etc. 63

    Le vicariat64 comprenait toute la colonie à l'exception de la partie orientale entre la rivière Lualaba et le Tanganyika confiée aux Pères Blancs qui y placèrent un personnel religieux belge, alors que les jésuites s'implantèrent en 1893 dans la mission du Kwango. En outre le souhait du roi Léopold II était d'établir une collaboration religieuse, humanitaire et politique avec des missions nationales. Ces missions devraient être placées sous sa responsabilité et dirigées par les belges qui enverraient au Congo un personnel suffisant parmi les belges.

    C'est dans ce contexte, d'après Matthieu SITONE, que le Père Léon Déhon, fondateur des Pères de Sacré-Coeur de Jésus appelés aussi déhoniens, demandait une mission dans sa lettre adressée à Rome le 12 février 1897. Il venait de créer sa congrégation en 1877 et disposait de religieux en suffisance. Cette demande d'une mission au Congo fut bien accueillie à Rome pour l'évangélisation du Congo belge dans la province orientale. Cela coïncidant avec le désir immense du roi qui était en quête des missionnaires pour cet immense territoire qu'il venait d'acquérir à la conférence de Berlin en 1885. Les territoires de Beni et Lubero, qui constituent notre zone d'étude, dépendaient en cette époque de la province orientale. Ils se retrouvèrent ainsi dans sa juridiction.

    Comme l'écrit Matthieu, bien que la mission de Beni considère le 24 septembre 1906 comme la date anniversaire de sa fondation, il est à remarquer que le christianisme apparaît dans les contrées de Beni et de Lubero peu avant vers les années 1896/1897. La date du 24 septembre 1906 correspond à l'ouverture de la mission de Beni par les Déhoniens envoyés par le gouvernement de l'Etat léopoldien au Congo. C'est à cette date que le missionnaire de Sacré-Coeur (Déhonien), le Père Gabriel Grison, fut accueilli à Beni. Pour les autochtones ces différentes dates rappellent l'Etat Indépendant du Congo et particulièrement l'établissement du poste d'Etat dans le territoire de Beni en 1894. Sur le plan juridique, cette mission dépendait de la préfecture apostolique de Stanleyville car Beni n'a été reconnue comme mission au sens juridique qu'en 193465.

    Selon Matthieu toujours, avant la colonisation, les Nandes auraient subi l'influence des missionnaires du Cardinal Lavigerie, établis en Ouganda depuis 1893. C'est grâce à ceux-ci qu'on a des renseignements sur le passage dans la région de l'explorateur Henri Morton Stanley. Il s'agit plus particulièrement des Pères Blancs Auguste Achte et

    63 BONTINCK, François, L'évangélisation du Zaïre, Kinshasa, Ed. Saint-Paul Afrique, 1980, p.48.

    64 Le vicariat apostolique est une subdivision administrative dans l'église catholique dirigée par un vicaire apostolique ou encore mieux par un évêque chargé de l'administration d'un pays de mission qui n'est pas encore érigé en diocèse.

    65 Matthieu Muhemu Subao Sitone, Ibidem, p.8.

    Verangot. En plus cette influence missionnaire semble avoir été facilitée par les liens culturels partagés entre le peuple Nande vivant de part et d'autre de la rivière Semuliki. Des jeunes gens se rendaient à Fort-Portal, paroisse Virika en Ouganda, pour visiter leurs familiers et, à ces occasions, ils se préparaient au baptême. Revenus chez eux, ils devenaient les évangélisateurs de leurs congénères.

    Ce récit confirme la thèse selon laquelle les Nandes sont originaires de l'un des anciens royaumes des grands lacs d'Afrique, le Bunyoro-Kitara en Ouganda qui était prêt de la frontière avec le Congo. A ce propos le Père assomptionniste Lieven Bergmans66 dit que le Bunyoro Kitara comptait plusieurs tribus d'origines différentes. Il fut abord dirigé par les nilotiques (les Bahema) qui furent expulsés par les hamites (les Bachwezi). Avec le bouleversement politique au Bunyoro vers le 17ème siècle, cela va entrainer le départ des populations vers l'Ouest du royaume. Il s'agit des Barega, des Babira, des Banande,... La minorité des Nandes qui restèrent dans le pays constituant le nom des kondjo. La majorité pénétra le Congo et s'établit sur la crête Zaïre-Nil dans les actuels territoires de Beni et de Lubero.

    Sur le plan social, Anselme PALUKU KITAKYA dit :

    « les émigrants Nandes disposaient encore des facilités d'entretenir des relations avec leurs terroirs d'origine au kitara-Bunyoro dans l'Ouganda voisin » 67.

    De ce qui précède, on comprend bien que les prémisses du christianisme de cette contrée (territoires de Beni et Lubero) sont venues de l'Ouganda. L'influence missionnaire ougandaise ne pouvait qu'inquiéter l'Etat belge. Ainsi, le but d'implantation du poste d'Etat et de la mission de Beni semble, pour certains, non seulement de limiter l'influence musulmane et anglaise mais aussi améliorer les conditions morales et sociales des populations. Il s'agissait pour les belges de « civiliser » les indigènes. Le mot « civilisation » impliquant dans cette logique des aspects politiques (le changement du système politique traditionnel dirigé sous l'autorité coutumière, le « Mwami »), religieux (le rejet des valeurs traditionnelles religieuses), économiques (introduction de l'agriculture moderne et traçage des routes), sociales (construction d'hôpitaux, écoles et foyers sociaux), etc.

    Dans leur méthodologie d'évangélisation, les missionnaires contactaient d'abord les chefs des villages dont ils tentaient de gagner la confiance. Ensuite, il s'agissait de prêcher dans les villages même si ceux-ci étaient dispersés. Du point de vue sociologique, la région

    66 BERGMANS, Lieven , Histoire des Baswagha, Edition A.B.B., Butembo, 1970, p.8.

    67 PALUKU KITAKYA, Anselme, Les institutions foncières rurales et leur impact sur le développement local. Cas des Hautes Terres du Bunande au Nord-Kivu (République Démocratique du Congo), Mémoire, DEA en Développement, Environnement et Sociétés, Louvain-la-Neuve, janvier 2003, p. 42.

    est constituée par un habitat groupé. Les villages traditionnels sont dispersés. Les habitats sont construits de manière à former des rangées constituant ainsi le « Mulongo ». Les missionnaires y instruisaient ceux qui se présentaient et recouraient aux catéchistes itinérants ou parfois résidents qui devenaient les responsables spirituels des villages. Une autre méthode utilisée en vue de se faire accepter était d'enseigner les chrétiens dans la langue locale. Mais cela ne fut pas facile. Selon Matthieu Muhemu Sitone dans la contrée de Beni, il y avait un groupe de personnes qui ne voulait pas apprendre le swahili mais qui voulait suivre le catéchisme dans sa propre langue. C'est pourquoi, les missionnaires enseignaient dans la langue de l'Ouganda. C'est ce qui explique la confusion qu'a connu le Père Gabriel Grison à Beni dans la grande chapelle en utilisant le kiganda au lieu du kinande.

    Après le territoire de Beni, ce fut le tour de Lubero. Pendant que se poursuivaient les démarches d'une mission juridiquement autonome, à cause de l'expansion déhonienne dans le territoire même de Beni, les Pères du Sacré-Coeur étendaient leurs activités apostoliques notamment par la création dès 1924 du poste de mission Kimbulu Saint-Joseph, dans le territoire de Lubero. Toutefois, quatre ans avant, ils décidèrent d'ouvrir un petit séminaire à Beni. Le choix de l'emplacement du poste de Kimbulu fut fortement motivé par l'exploitation minière de la compagnie Minière des Grands Lacs (M.G.L.), par le poste d'État de Lubero, et enfin par la forte densité de la population ainsi que par fertilité présumée du sol qui pourvoirait aux besoins du poste. Cette implantation rappelle ce qui est qualifié de « trinité coloniale ». Celle-ci se compose de l'Etat, des Grandes compagnies minières et du poste de mission. Certes, insiste-il, les Pères n'étaient pas à la recherche de l'or, ni du platine mais de la sécurité en présence du groupe d'européens qui y travaillait et de l'Etat qui, éventuellement, dans une contrée encore insoumise offrirait une protection aux missionnaires68. Ils y installèrent un moulin et introduisirent la culture du froment. Pour faire face à une concurrence des protestants, il fallait placer de nombreux catéchistes dans les villages et leur rendre visite fréquemment.

    Au cours de cette période, les missionnaires ont été confrontés à plusieurs problèmes: à la situation sociopolitique provoquée par les révoltés repliés dans les montagnes qui les considéraient en connivence avec le pouvoir oppresseur de la colonisation ; à la situation culturelle, suite à la destruction de certaines chapelles par les conservateurs ne voulant pas que leurs enfants apprennent à connaître le « dieu » des blancs au détriment des valeurs ancestrales ; à la situation climatique favorable à la mouche tsé-tsé vecteur de la maladie du sommeil ; à la présence de l'ouragan qui démolit

    68 Matthieu Muhemu Subao Sitone, Ibidem, p.20.

    une grande partie de la mission ; à la pénurie du personnel au sein de la congrégation expliqué par la recherche d'un personnel belge ou hollandais sur le terrain alors que les allemands disponibles en étaient refoulés...

    En somme la mission de Beni fut abandonnée car une partie des missionnaires y connurent la mort. C'est dans ce contexte, aux dires de Matthiieu Sitone, que le Père Léon Cambron, considéra Beni, dans ses déclarations, comme une hécatombe des Pères du Sacré-Coeur de Saint-Quentin .

    Il a fallu attendre l'intervention des assomptionnistes pour prendre la relève dans la région en 1929. Ceux-ci travaillèrent beaucoup pour créer d'autres postes de missions dont Muhangi en 1933, Mulo en 1934. Mais ils avaient moins de marge de manoeuvre car ils dépendaient de la préfecture de Stanley-Falls. C'est pourquoi il fallait travailler sur l'autonomie. Beni fut officiellement reconnu comme vicariat apostolique dans un décret papal le 22 juin 1934 avec le Père Henri Piérard, comme Supérieur ecclésiastique de la mission de Beni. Renforcés par les soeurs oblates de l'assomption et en collaboration, ils ouvrirent des oeuvres sociales comme les dispensaires, les foyers sociaux, et les centres d'alphabétisation. D'autres postes des missions furent ainsi ouverts : à Bunyuka (1935), à Mbingi (1935), à Manguredjipa (1937) et à Kyondo (1938).

    Cependant le secteur scolaire était pénalisé faute du personnel qualifié. Les enfants ou écoliers doués étaient envoyés à Kilo dans la préfecture du Lac Albert à plus ou moins 370 km. Là on rencontrait des spécialistes d'enseignement au service des enfants du personnel minier. Des enfants en provenance du vicariat apostolique de Beni étaient acceptés en nombre très limité et devaient être les plus doués. Cela tend à confirmer que l'Etat belge implantait les structures sociales dans les contrées auxquels il portait intérêt. Devant la nécessité d'obtenir un personnel enseignant qualifié dans la région, les assomptionnistes décident en 1936 d'ouvrir une école normale à Beni. Elle sera ensuite sera transféré à Mulo en 1937 dans un climat froid sans trop de risques paludiques.

    Cette école normale fonctionnera, malheureusement, avec des limites car le cycle d'orientation se trouvait à Muhangi à environ 70 km pendant plus de trente ans. Ce n'est qu'au début des années 70 qu'un cycle d'orientation, le cycle d'orientation Biondi, sera ouvert dans le même milieu sous la deuxième république. Lubero qui était le poste d'Etat n'avait aucune école secondaire. Il en fut ainsi jusqu'aux années 1990. Il se posait donc un sérieux problème d'accès aux écoles. Et si l'on pouvait y accéder, la seule option à fréquenter était la pédagogie.

    Dans ce cadre, devant la floraison de la chrétienté et des oeuvres pastorales, sociales et caritatives avec un personnel diversifié constitué de religieuses et de religieux de

    l'assomption, le pape Pie XI nomma le Père Henri Piérard, vicaire apostolique de Beni et évêque titulaire d'Andropolis en Afrique du Nord. Il fut sacré évêque à Mulo le 21 novembre 1938, date qui coïncida avec le 58ème anniversaire de la mort du fondateur des assomptionnistes, le Père Emmanuel D'Alzon. Le sacre de Mgr. Henri Piérard et l'érection de Beni comme vicariat donna un nouvel an élan au christianisme. Malheureusement la deuxième guerre mondiale, les maladies tropicales et l'éloignement de la métropole freinèrent cet élan. C'est après cette guerre que la nouvelle conquête missionnaire s'est poursuivie sous Mgr. Henri Piérard qui déboucha sur l'ouverture des postes suivants : Musienene (1945), Butembo-Kitatumba (1946), Mutwanga (1947) et Bwisegha (1948). Dix autres postes furent ouverts entre 1950 et 1960. Cette période est considérée comme celle de la grande expansion du christianisme dans le vicariat de Beni.

    Dans l'entretemps Rome devança les politiques des indépendances en nommant des évêques locaux. Ce qui fut une phase transitoire vers l'Eglise locale. C'est dans ce contexte que Mgr. Henri Piérard sera nommé évêque résident et sa juridiction devint diocèse qui dépendra désormais de Bukavu (Sud Kivu comme chef lieu provincial) et non plus de Stanley-Falls (Kisangani) à plus ou moins 800km de la même ville. Le vicariat de Beni, devenu diocèse en 1959, comptait vingt paroisses dont six dans le territoire de Beni et quatorze dans le territoire de Lubero, ce dernier étant plus peuplé.

    2. Les protestants

    Du côté protestant, l'histoire est également liée à celle de la colonisation. L'acquisition du Congo par Léopold II eut une influence sur l'évangélisation du pays. Dès ce moment, la course était engagée entre ces missionnaires catholiques belges, dits nationaux et soutenus par l'Etat, et les missions protestantes seulement tolérées et exclusivement composées de non-belges. Il s'agit notamment des américains, des britanniques et des suédois. La fin du siècle vit s'installer deux autres importantes sociétés protestantes provenant des Etats-Unis, les presbytériens en 1891 et les disciples du Christ en 1899 au Kasaï et dans l'Equateur. D'autres sociétés missionnaires s'ajoutèrent, notamment : les méthodistes au Sud et au centre du Congo respectivement en 1907 et en 1914 ; l'Africa Inland Mission en 1912 ; la Mission au coeur de l'Afrique en 1913 ; la Mission Baptiste suédoise en 1919, etc.69

    Faisons remarquer que contrairement au catholicisme, le protestantisme a fait son entrée au Congo par plusieurs portes, les uns sont entrés par l'Ouest et les autres par l'Est. Ils ne semblaient pas parler un même langage et cela en raison de la diversité des dénominations et à des appartenances des missionnaires à plusieurs nationalités, ... Ces

    69 MUNAYI MUNTU - MONJI, Op.Cit. p.14.

    divisions et particularités, bien qu'ayant un esprit commun d'évangile, renforçaient la faiblesse dans laquelle se trouvaient ces « étrangers » face à la toute puissante Eglise Catholique romaine solidement centralisée, structurée et hiérarchisée. Dans le but d'harmoniser la collaboration entre ces missions et de constituer un bloc dans leur rapport avec l'Etat, les responsables de différentes sociétés protestantes avaient songé à créer un cadre de concertation qui commença par une conférence tenue en 1902. C'est de cette initiative, comme le dit MUNAYI, qu'est née l'Eglise du Christ du Congo (E.C.C) en juin 1934. Elle s'inscrit à la suite de plusieurs étapes dont la création du Conseil Chrétien du Congo en 1922 (C.C.C) et du Conseil Protestant du Congo (C.P.C) en 1924. 70 Dans sa philosophie, l'E.C.C montre que l'Eglise protestante est unique bien que sur place existent plusieurs communautés. Ainsi s'explique pourquoi en cette époque on assista à la délivrance d'une carte de membre pour les protestants congolais, comme témoignage de l'appartenance à une même église.

    L'analyse du contexte protestant est particulièrement complexe au regard non seulement de plusieurs communautés qui font partie du protestantisme en RD. Congo mais aussi des dissensions et schismes qui apparurent surtout dans les territoires de Beni et de Lubero. C'est pourquoi, parler des protestants, revient également à évoquer la question de l'implantation de l'E.C.C qui est aujourd'hui une union de soixante deux communautés protestantes de la RD. Congo. Selon, Musuvaho Paluku Dieudonné, elle est implantée à la suite de l'oeuvre évangélisatrice entreprise par les Eglises issues d'outre-mer. Poussés par le contexte du temps colonial, les protestants au Congo décideront de s'unir en une Eglise afin de répondre non seulement au Seigneur (...) et de faire un front commun vis-à-vis de l'autorité coloniale jadis injuste à l'endroit de la mission Protestante. L'ECC aura ainsi pour mission de s'occuper de l'évangélisation, des cultes, des oeuvres médicales, de l'éducation et de toutes les oeuvres sociales ayant trait au bien-être de l'homme. 71

    De façon générale, comme le dit MUNAYI Muntu-Monji, les communautés protestantes n'ont pas collaboré avec l'Etat. Leur caractère étranger et la non-soumission à certaines réglementations coloniales n'ont fait qu'accentuer les choses. Dans le domaine scolaire, ils ne voulaient pas suivre les instructions du gouverneur général de la colonie qui pouvaient les faciliter l'accès aux subsides. Après l'octroi généralisé des subsides de l'Etat aux missions catholiques dès 1925 -1926, les protestants ont compris qu'ils ne pouvaient pas, sans subsides gouvernementaux, développer leur enseignement au rythme de l'évolution de pays et de faire concurrence aux catholiques. C'est pourquoi ils mirent tout

    70 MUNAYI MUNTU - MONJI, Op.Cit. p.15.

    71 MUSUVAHO PALUKU, Dieudonné, Aujourd'hui comment être l'Eglise du Christ au Nord-Kivu ?, Défis et espoirs pour l'Eglise du Nord-Kivu, éd. Littérature Biblique, Bruxelles, 1999, p.28.

    en oeuvre pour remplir les conditions imposées par l'Etat pour obtenir les subsides. C'est qui semble expliquer pourquoi les oeuvres sociales protestantes, comme les structures scolaires, sont moins nombreuses durant la période coloniale. Il a fallu attendre en 1946 l'avènement du libéral Robert Godding, ministre belge des colonies, pour mettre toutes les missions chrétiennes dans la colonie sur un pied d'égalité. Cette égalité concernait plus particulièrement l'agréation des écoles et l'octroi par l'Etat des subsides relatifs à l'enseignement : avantages dont jouissaient déjà les missionnaires catholiques depuis 192672.

    Dans l'Est du Congo, plus particulièrement au Kivu73, le pionnier protestant fut George Gendell de la Baptist Missionary Society (B.M.S.) qui arrive à Nyangwe le 16 mai 1903 puis vint le pasteur Smith qui continua sa mission en créant le poste de Waïka dans le Maniema. Ensuite ce fut la mission Méthodiste du Congo Central (M.M.C.C.) qui ouvrit deux stations au Kivu : Tunda en 1922 et Kindu en 1954. Durant cette époque, le Kivu sera marqué par l'afflux de plusieurs missionnaires protestants, comme la Mission Libre Suédoise (M.L.S.) en 1921, considérée au Congo comme la première oeuvre du mouvement pentecôtiste de Suède, la Mission Libre Norvegienne (M.L.N.) en 1928, l'Evangelisation Society Africa Mission (E.S.A.M.) en 1922, l'Union Pentecostale des Missionnaires de Grande Bretagne et d'Irlande (U.P.M.G.B.I.) en 1922, l'Unevangelized Africa Mission (U.A.M).

    L'U.A.M, attire particulièrement notre attention en ce qui concerne l'évangélisation dans les territoires de Beni et Lubero74. L'article du Père Vincent K. Machozi 75 est également riche à ce propos. Dans son analyse parue dans Beni-Lubero Online, le 11 mai 2006, l'historique de l'église protestante dans les territoires de Beni et Lubero peut se résumer en ces quelques paragraphes.

    L'origine de l'Eglise Protestante au Grand Nord remonte au vaillant missionnaire américain Charles Hurlburt (communément appelée "Horove" par les nandes qui avaient du mal à prononcer son nom) qui était parti de Philadelphie en 1898 pour fonder une première mission à Kijabe au Kenya, à une centaine de kilomètres à l'ouest de Nairobi.

    72 MUNAYI MUNTU - MONJI, Op.Cit. p.17.

    73 Braekman, Emile-Michel, Op.Cit., p.209.

    74 Lire à ce propos KANISA LA KRISTO MU CONGO, shirika la kibatste katikati ya Afrika, poste ya katwa, « hotuba ya historia ya CBCA kuhusu yubile ya miaka sabini na tanoya upashaji ya habari njema katika jamuhuri ya kidemucratia ya Congo, [discours de l'histoire de la CBCA à l'occasion du 75ème anniversaire de l'évangélisation de l'église protestante au Congo], document swahili traduit en français et prononcé à Katwa le 23 mai 2004, 16p.

    75 MACHOZI K., Vincent a. a, « Enjambée historique de l'Eglise protestante du Grand Nord », in BeniLubero Online disponible sur : http://www.benilubero.com/index.php?Itemid=2&id=316&option=com content&task=view visité au 13 mai 2008.

    Profitant du passage du Président américain Théodore Roosevelt en tourisme au Kenya en 1909, Charles Hurlburt passa par celui-ci pour obtenir une permission du Roi Albert de Belgique de fonder une mission au Congo Belge. Le roi de Belgique accorda cette permission en 1910 à l'Eglise Missionnaires à l'Intérieur de l'Afrique (AIM= African Inland Mission). Paul Hurlburt, fils de Charles Hurburlt, ayant étudié à l'Ecole Presbytérienne de Los Angeles rejoignit son père en 1917 au Congo Belge et s'installa à Abba, au Nord-Est du Congo Belge.

    Neuf ans après, une dissension eut lieu en 1926 au sein de l'AIM quand Charles Hurburlt démissionna de l'Eglise AIM en signe de protestation contre les autres missionnaires qui voulaient élargir la mission à d'autres lieux que Kijabe (Kenya) et Abba (Nord-Est du Congo). Il rentra aux USA pour s'occuper de la présidence de la Société Biblique de Los Angeles. Ayant reçu un don de 25 000 US$ d'un riche fidèle du nom de Mr. McCormick, Charles Hurburlt demanda à son fils Paul Hurlburlt de fonder une nouvelle société missionnaire dans les coins non encore évangélisés d'Afrique. Ce schisme au sein de l'AIM donna naissance à l'UAM (Unevangelized Africa Mission = Mission pour l'Afrique non Evangélisée). Ce schisme se consolida en 1928 quand cinq missionnaires des familles Hurburlts, Williams, McIntoshes, Bigelows, et Belles arrivèrent en Afrique par la Tanzanie avant de s'installer le long de la Rivière Kabiro à Irango dans le territoire de Lubero après plusieurs mois de voyage par Bukavu, Sake et Masisi.

    Paul Hurburlt qui avait déjà appris le swahili au Kenya commença directement l'évangélisation auprès de la population locale qui connaissait un peu de swahili simplifié appelé « Kingwana ». Paul Hurburlt va apprendre le Kiswahili Sarufi à quelques fidèles pour que ces derniers soient en mesure de lire la Bible ainsi que d'autres écrits liturgiques écrits en Kiswahili du Kenya. Confronté à la difficulté de communiquer en Kiswahili avec la population locale de Lubero, Paul Hurburlt se résolut d'apprendre le Kinande, la langue locale. Son apprentissage rapide du Kinande impressionna beaucoup les populations contrairement aux autres expatriés colons et missionnaires. Très tôt, Paul entreprit la traduction de la Bible en Kinande.

    Cette église en naissance va connaître la première difficulté. C'est fut le refus de l'administrateur du territoire de Lubero qui représentait les intérêts miniers et commerciaux de plusieurs multinationales, de laisser les missionnaires évangéliser et éduquer la population de son territoire. Mais le Gouverneur de la Province résidant à Kisangani accorda aux missionnaires protestants le droit de poursuivre leur mission d'évangélisation dans la région.

    En 1929, quand le temps fut venu de construire une mission permanente, le choix de ces missionnaires protestants baptistes tomba sur Katwa, située à 5 Km au sud de Butembo. Un docteur du nom de Carl Becker s'y installa et ouvrit le premier dispensaire et la première léproserie. Pendant la même année, c'est-à-dire fin 1929, la deuxième mission fut construite à Kitsombiro, au sud de Lubero. La soeur de Paul Hurburlt et son mari James Bell ouvrirentt la mission d'Oicha, au Nord de Beni en 1930 et Frank Manning ouvrit celle de Rwanguba à 15 Km à l'Est de Rutshuru en 1931.

    Vincent Machozi poursuit en disant, la grande dépression économique des années 30 aux Etats Unis comme en Europe, affecta les efforts de ces vaillants missionnaires protestants du Grand Nord. C'est fut la deuxième difficulté. Certains missionnaires étaient appelés à survivre avec 60 dollars américains par mois. Cette somme modique pour eux arrivait au lieu de la mission avec un grand retard. Cette dépression économique provoqua des dissensions au sein de la mission faute des moyens financiers pour accomplir leur apostolat. En fait, comme raconte Vincent, ce sont les moyens financiers qui déterminent le genre d'apostolat à entreprendre dans les églises.

    A la suite de la grande dépression, la question du salaire des catéchistes protestants se posa avec acuité et les missionnaires eurent des visions divergentes là-dessus. Pour Paul Hurburlt, il ne fallait pas payer les catéchistes car ils auront leur vrai salaire au ciel. Un missionnaire du nom de Bigelow qui était un très bon chasseur d'éléphants, entreprit d'autofinancer sa mission avec le commerce de l'Ivoire. Selon Vincent Machozi, on raconte qu'il fut tué dans les années 1950 par un éléphant. Un autre missionnaire du nom de MacIntosh était populaire en donnant des habits aux fidèles en récompense du travail manuel rendu au bénéfice de la mission. Ce dernier était aussi le plus libéral de ces pionniers car il tolérait la polygamie, la consommation de l'alcool local, etc.

    Il y avait aussi une dissension au sujet de la langue liturgique. Pendant que Paul Hurlburt recommandait le kinande comme seule langue liturgique, MacIntosh continuait à prêcher en Kingwana. Ces différences créèrent par la suite un fossé infranchissable au sein des missionnaires.

    Le premier grand conflit entre les missionnaires éclata en 1933 quand le patron de la mission, Paul Hurburlt, arriva à Katwa en provenance de Kitsombiro et s'installa dans une ancienne maison de Becker avec l'intention de mettre ce dernier à la porte. Avec l'arrivée de Paul à Katwa, l'Eglise fut divisée en deux pendant plusieurs semaines, avec d'un côté le service liturgique en Kinande avec Paul et de l'autre le service liturgique en Kingwana avec MacIntosh. Finalement Paul fut le vainqueur de ce bras de fer. MacIntosh plia ses bagages et se rendit plus au Nord-Est du Congo pour rejoindre les missionnaires

    de l'AIM. Au départ de MacIntosh de Katwa, les pasteurs congolais n'avaient plus de salaire et Paul Hurburlt trouva l'opportunité de poursuivre son enseignement selon lequel celui qui veut travailler pour l'argent n'est pas digne du royaume des cieux. Selon cet enseignement, aucun salaire ne peut récompenser le travail fait pour l'Eglise car au Ciel Dieu donnera le juste salaire à ceux qui auront travaillé pour l'Eglise sur terre...

    Cette situation provoqua le premier grand départ des fidèles et des pasteurs congolais vers des Eglises ou lieux où ils pouvaient gagner un peu d'argent. C'est le cas d'un certain Makenzi qui émigra en Ouganda chez les Anglicans et qui à son retour à Katwa fut sacré champion de la liberté religieuse avant de se voir exiler à Bukavu. Après le départ de MacIntosh, Paul déménagea de Kitsombiro à Katwa. Pour gagner la confiance des gens, Paul commença à faire ce qu'il reprochait à ses frères américains qui donnaient des salaires aux catéchistes. En effet, il distribuait une cuillerée de sel à ceux qui venaient à l'Eglise et organisait des grandes fêtes à plusieurs occasions pendant lesquelles les fidèles venaient manger gratuitement. Pour renforcer son enseignement, Paul recommanda, comme méthode d'évangélisation, l'apprentissage de la Bible par coeur, l'abandon total des pratiques fétichistes traditionnelles, etc. Il se dévoua à la formation des catéchistes qu'il envoyait par après dans les villages de la région pour fonder des stations ou paroisses.

    Paul Hurburlt est connu comme le premier protestant à avoir construit une école et un internat pour les enfants issus des unions des expatriés blancs avec des femmes congolaises ou africaines. Ces « mulâtres » furent éduqués par l'UAM à Kitsombiro pour les garçons et à Katwa pour les filles.

    Cette mission connut de continuelles difficultés financières. Elle fut dans une situation désespérée à la fin de la deuxième guerre mondiale. Plus tard, la Conservative Baptist Foreign Mission Society va reprendre à son compte toutes les stations de l'U.A.M. En 1946, comme le relate Emile-Michel Braeckman, la Mission Baptiste du Kivu composée de 13 missionnaires de la Conservative Baptist Foreign Mission Society arriva au Kivu pour rouvrir les 5 stations momentanément abandonnées par l'U.A.M. Il s'agissait des missions de Ruanguba (Rutchuru) ouverte en 1932, Mushweshwe en 1938, Kindindu en 1940, Kistombiro et Katwa en 1928. Malheureusement, le 12 janvier 1948 fut une journée dramatique pour ces missionnaires. Paul Uhlinger, George Kevorkian et Edna Mae Sill qui se rendaient en avion de Katwa à Rwanguba pour y ouvrir une école biblique s'écrasèrent au sol quelques minutes après le décollage et moururent dans les flammes76.

    76 Braekman, Emile-Michel, op.cit., p.210

    3. Les églises messianiques

    Durant la même période, comme le dit René DEVISCH77, au Congo belge, les premiers prophètes prolifèrent en milieu kongo au moment où le peuple est affaibli par la maladie du sommeil qui, de 1904 à 1906, se répand dans la région où l'on aménage le chemin de fer au prix de nombreuses vies humaines et d'une déstabilisation désastreuse de l'écosystème et de l'ordre social. Vers les années 20, dit-il, les prophètes surgirent qui cherchaient à domestiquer la puissance blanche. Ils étaient sans doute influencés par les soldats congolais qui revenaient du Cameroun avec un esprit anticolonial suite à leur mission de contrôle de la force allemande dans ce pays. C'est en cette époque qu'apparaissent les prophètes kongo, les ngunza, messagers de la tradition kongo qui représentent le chef et les ancêtres. Ils semblent être issus de branches marginalisées de familles prestigieuses.

    Ces mouvements prophétiques, connus sous le vocable « ngunzisme », visaient l'anti-culturation. Dans ce contexte, c'est dans la même région que Simon Kimbangu découvrit la voie du salut. En 1917-1918, il eut la vision d'aller prêcher, mais il se buta à l'opposition farouche des pasteurs. Il fut rejoint par six autres compagnons qui s'adonnèrent avec force à leur oeuvre prophétique. La guérison par imposition des mains, les sermons et la lutte efficace contre les pratiques de sorcellerie attirèrent sur eux l'attention des foules, mais très vite aussi la répression coloniale. Il faut remarquer qu'au début des années 20, le pouvoir colonial ne pouvait accorder la liberté d'action aux fondateurs charismatiques de ces mouvements religieux indigènes. A la veille de l'indépendance, la reconnaissance officielle par le pouvoir colonial du kimbaguisme en tant qu'église à part entière, sous le vocable d'Eglise de Jésus-Christ sur la terre par le prophète Simon kimbangu (EJCSK), ouvrit une nouvelle période pour le courant messianique.

    II.2.3. Période post coloniale : 1960 à nos jours

    1. Les catholiques

    Après l'indépendance, dans le souci de rapprochement du pasteur avec ses fidèles Mgr Henri Piérard va décider en 1965 de transférer son siège épiscopal à Butembo. Il sera dans le même temps confronté aux problèmes internes avec ces propres missionnaires qui se plaignaient de sa gestion. Affaibli par la maladie, il va déposer sa démission comme évêque et proposer la présence d'un jeune évêque responsable de prendre la relève. Cette demande sera maintes fois refusée jusqu'à ce qu'il fut transféré le 17 mai 1966 en

    77 René DEVISCH, " « Le pillage de Jésus » : les églises de guérison et la villagisation de Kinshasa", in Gauthier de VILLERS (Eds.), Phénomène informels et dynamiques culturelles en Afrique, Institut AfriainCEDAF, n°19 - 20, L'Harmattan, Paris, 1996, p.93.

    Mauritanie comme évêque titulaire par le Pape Paul VI et par la même occasion, l'Abbé Emmanuel Kataliko, un natif et membre clérical diocésain de Beni, sera nommé comme évêque du diocèse. Il sera sacré évêque le 11 octobre 1966 à Butembo. Dans son évangélisation, le nouvel évêque va intégrer la dimension sociale comme cheval de bataille.

    Ce sacre de Mgr. Kataliko ouvrit ainsi une nouvelle étape pour le diocèse. Il va s'investir dans une double action : évangélisation et action sociale. Par exemple, il ouvre le centre de catéchèse à Butembo en 1969 ; il crée les paroisses de Mangina en 1968 et Mukuna en 1988, Bingo en 1990 et Kanyabayonga en 1990. A cela s'ajoutent plusieurs autres congrégations religieuses qu'il va accepter. Il va apparaître comme véritable « Evêque-cantonnier » avec des qualités exceptionnelles. Il va participer lui-même à plusieurs travaux d'ouverture des tronçons routiers reliant les milieux paysans dans le but de stimuler le petit commerce et rapprocher les pasteurs des chrétiens. Autour de sa résidence, il va ouvrir des coordinations comme le Bureau des OEuvres Médicales, (B.O.M.), la Caritas diocésaine et une pharmacie desservant les postes de santé les plus reculés dans les paroisses du diocèse.

    Sur le plan culturel et intellectuel, il va ouvrir l'Université Catholique du Graben à Butembo en 1989. Pour rappel, durant la période antérieure à 1989, il n'y avait pas d'établissement d'enseignement supérieur et universitaire dans cette partie du pays. Aussi devait-on effectuer de longs voyages pour entreprendre des études supérieures et universitaires. Ce qui entrainait une forte déperdition scolaire encore accentuée par la suppression de la bourse d'études du gouvernement. Il fallait donc aller à Bukavu et Bunia pour les uns, à Kisangani et Lubumbsashi et, pour les plus fortunés, à Kinshasa. Après 1989, certaines notabilités ont pris l'initiative d'ouvrir des établissements privés d'enseignement supérieur. Cette initiative a démarré timidement grâce au professeur NSAMAN-O-LUTU avec l'ouverture de l'Institut Supérieur de Gestion des Affaires (ISGEA) dénommé ultérieurement Université du CEPROMAD (Centre pour la promotion du Management et le Développement), UNIC en sigle.

    En somme, les oeuvres de l'Evêque Emmanuel Kataliko seront considérées comme un éveil de conscience à une société civile locale. Cela peut se lire dans son article écrit en 1970. Il s'agit pour lui d'une réflexion sur les possibilités et moyens de passer du sousdéveloppement au développement . A ce propos il dit :

    « Je ne suis pas prophète, mais j'envisage le problème tel qu'il se présente. Pour autant que je le pense, je crois que l'on commencera à sortir de ce sous- développement :

    1. Quand les gens commenceront à posséder des propriétés privées qu'ils pourront améliorer à leur guise.

    2. Quand la population aura compris elle-même le sens et l'avantage de se grouper en associations, en coopératives, car l'individualisme favorise la stagnation, se contente d'un bénéfice médiocre, et l'on ne montre pas clairement ce que l'on vaut.

    3. Quand les moyens de communication seront développés : entretien des routes existantes, construction de nouvelles routes : ce qui facilitera par conséquent les moyens d'évacuation des produits et d'importation d'autres marchandises.

    4. Quand on se sera penché sur le problème de sélectionner la semence pour rendre plus rentables les cultures actuelles.

    5. Quand on aura réorganisé le service sanitaire qui manque de médecins et de médicaments.

    6. Quand tout le monde aura compris la valeur de ces trois mots : justice, paix ; travail.

    7. Quand chacun, petit et grand, aura compris sa responsabilité pour la construction du pays.

    8. Quand on aura élevé le niveau intellectuel de la population : pour cela une mise en place de plusieurs écoles, primaires et secondaires, s'avère nécessaire. (...). En outre pour une région si populeuse une école même supérieure ne serait pas de luxe.

    9. Quand on aura organisé et construit des librairies et des bibliothèques où les étudiants et les intellectuels pourront cultiver et développer leurs connaissances »78.

    Sous sa responsabilité, le diocèse a traversé des moments de crise durant la phase post coloniale. Tout d'abord l'évêque Emmanuel Kataliko a hérité du diocèse juste après l'instabilité politique et la rébellion qu'a connu le pays au début des années 60. D'autres difficultés sont également à signaler. Il s'agit notamment de la pénurie du personnel ecclésiastique, du manque des moyens financiers, de la question linguistique avec le swahili comme langue d'évangélisation par les missionnaires au lieu du kinande connu de la population autochtone,...

    Sur le plan politique, les territoires de Beni et Lubero, ou encore mieux le diocèse de Butembo-Beni, connut les mêmes difficultés que celle qui furent vécues dans tout le pays.

    78 KATALIKO, E. (Mgr), Connais-tu ta région et ton Diocèse..., Sint Unum spécial, n°24,

    mars 1970, pp.27-28. Cité par KAMBALE MALEMBE Maurice, Impact de l'U.C.G sur le développement local. Essai d'évaluation économique et sociale, Mémoire de licence en sciences économiques, UCG, Butembo, 2006-2007, p.24.

    La collaboration qui existait entre les missionnaires et les chrétiens eut à subir une nouvelle épreuve : celle de la crise sociale et religieuse des années 70 due à la politique de l'authenticité établie par le président Mobutu. Cette politique déboucha sur le changement des noms des lieux. Pour Isidore Ndaywel79, le changement des prénoms chrétiens fut l'objet d'une controverse entre l'Eglise et l'Etat. Il semble avoir été une réaction à une provocation du quotidien belge La Libre Belgique qui se moquait de la loi du 5 janvier 1972 exigeant que les mulâtres prennent des noms africains. Cette recherche de l'authenticité suscita des réactions au sein de l'Eglise catholique considérée en ce moment là comme la seule force capable à faire face à un parti unique, le Mouvement populaire de la Révolution (MPR). Les jeunes furent interdits de participer aux organisations confessionnelles pour les faire adhérer au parti unique. Les solennités comme l'Ascension, l'Assomption et de la Toussaint ne pouvaient plus être célébrées en jours de semaine. La messe scolaire fut interdite et les leçons de religions remplacées par l'éducation civique. Les mouvements de jeunesses catholiques furent également supprimés. La conséquence de cette politique fut la perte de la liberté individuelle.

    Durant les années 80, les forces armées zaïroises occupèrent les territoires de BeniLubero justifiannt cela par la poursuite des rebelles ougandais repliés dans les Monts Ruwenzori, les NALU. L'Est de l'ex-Zaïre sera ainsi le théâtre d'affrontement plus particulièrement avec les deux guerres successives : celle de l'AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) de septembre 1996 ayant mené Laurent Désiré Kabila au pouvoir, et celle déclenchée le 2 aout 1998 à Goma par le RCD, Rassemblement Congolais pour la Démocratie ; toutes deux étant sous la bénédiction du Rwanda. Cette dernière date coïncide avec le sacre de Monseigneur Paluku Sikuli Melchisédech à Butembo. Il remplaça Kataliko comme évêque du diocèse qui venait d'être nommé archevêque de Bukavu à la suite de l'assassinat de l'archevêque Christophe Munziyirwa. Faisons remarquer que l'évêque Kataliko était reconnu pour son opposition à la dictature de Mobutu et plus tard par ses dénonciations des violations des droits humains commises par les différentes branches rebelles à l'Est du Congo. Son opposition la plus marquante est consignée dans son message adressé le jour de Noël 1999. Olivier Lanotte note que :

    « après s'être insurgé dans son message de Noël contre le pillage des ressources du Congo par une petite élite venue d'on ne sait où et avoir appelé la population kivutienne à la résistance civile pour protester contre l'occupation rwandaise,

    l'archevêque de Bukavu, Mgr Kataliko, est interdit de séjour dans son diocèse par les autorités rebelles et exilé à Butembo au Nord-Kivu »80.

    Il passera environ six mois à Butembo de février en septembre 2000. Il trouvera la mort à Rome deux semaines après son retour à l'archevêché de Bukavu.

    3. Les protestants

    Comme vu précédemment, dans le cours de la période coloniale et dans l'analyse de Vincent K. Machozi, une série de dissensions eurent lieu. Ce qui provoque la naissance d'autres églises au sein du protestantisme dans les territoires de Beni et Lubero pendant la période post-coloniale81.

    En 1989, par exemple, ce furent les événements appelés "affaire Katwa" à 5km de la ville de Butembo. En effet, jusqu' à cette année, il existait une seule communauté à Katwa, la Communauté Baptiste au Kivu (C.B.K), l'ancienne Mission Baptiste du Kivu qui connut des pertes des vies humaines suite à l'écrasement d'un avion petit porteur. A la suite d'un conflit de leadership, la CBK Katwa s'est scindée en deux, avec d'un côté l'aile du Pasteur Kamala et de l'autre la CEBA (Communauté des Eglises Baptistes en Afrique) représentée par Paluku Kalwaghe. Ce dernier s'était replié avec son église à Vukaka à 3 km de Katwa. Cette crise qui avait causé la mort de 3 fidèles avait aussi provoqué une très forte rivalité entre chrétiens, rivalité qui fut apaisée par la médiation de Mgr. Emmanuel Kataliko, à l'époque Evêque de Butembo-Beni. Quelques temps après, la CEBA va connaître aussi un autre schisme qui va donner naissance au début des années 90 à l' l'Eglise Evangélique du Rite Africain, EERA en sigle.

    Le fondateur de l'Eglise EERA, le pasteur Paluku Kalwaghe décédé en 1994, sera remplacé par après par son fils, le Patriarche Wasingywa Kalwaghe Jean Hus. Il s'est donné le titre de Représentant Légal et de Métropolitain de l'Eglise EERA, avec le village de Vukaka comme Quartier Général du Patriarcat de l'Afrique, Terre Sainte et Jérusalem des fidèles EERA de par le monde.

    80 LANOTTE, Olivier, op. cit, p121.

    81C'est dans ce contexte que l'administration des sacrements constitua un autre bras de fer entre Paul Hurburlt et les autres missionnaires installés à Kitsombiro. Pour les uns comme Deming, Holland, Manning, et Pickett, il fallait abandonner le baptême par immersion car il n'est pas biblique. Certaines argumentaient que le baptême est l'oeuvre du Saint Esprit, et il est conféré par un ministre qui évoque le Saint Esprit et qui impose les mains au baptisé. L'autre exemple cité est celui qui divisa Paul et ses confrères américains missionnaires fut le cas d'une jeune femme divorcée qui voulut se remarier à l'Eglise de Kitsombiro. Paul lui refusa le mariage mais Deming l'autorisa à se marier car la jeune femme n'avait pas en fait divorcé mais était abandonnée par son mari parti dans les Mines des Grands Lacs, MGL où il était resté pendant plus de 4 ans sans nouvelles. Quand la tension fut vive autour de ces questions sacramentaires, Deming et ses amis cités cidessus démissionnèrent de l'UAM et partirent s'installer au Burundi en 1938. Plusieurs fidèles de Kitsombiro les suivirent, dont le couple de la divorcée remariée. Au Burundi, ils fondèrent l'Eglise appelée « Worldwide Grace Testimony ».

    En somme, pour connaître les communautés existant sur le terrain d'étude au sein de l'Eglise protestante dans les territoires de Beni et Lubero, il est nécessaire de se rappeler les différentes dissensions qui ont eu lieu durant l'époque coloniale, puis post-coloniale. Ces dissensions sont liées non seulement à l'interprétation et pratiques bibliques suivies des difficultés financières des missionnaires mais aussi au leadership au sein de l'église locale.

    Néanmoins, quels que soient les hauts et les bas vécus par cette église, il est malhonnête, voire ingrat, de passer sous silence les oeuvres importantes et louables réalisées jusqu'à ces jours par la communauté protestante. Il s'agit de la modernisation de l'hôpital de Katwa qui, pratiquement, est devenu hôpital de référence, l'ouverture des différentes universités issues de la communauté protestante : l'Université Divina Gloria (U.D.G depuis 2002) et l'installation de l'Université libre des Pays des Grands Lacs, l'ULPGL campus de Butembo depuis 2002. Plusieurs projets d'ordre social ont été réalisés par cette église. A cela s'ajoute l'émergence d'une classe moyenne des commerçants issus de la même communauté. Certains sont même tentés de dire que le commerce de Butembo est tenu par les commerçants protestants. Ce qui reste une hypothèse encore à vérifier

    4. Les églises indépendantes

    En 1960, le pays connu les événements de l'indépendance produits d'un patriotisme exaspéré déjà en germe dans les mouvements messianiques à caractère politique et religieux dont le kimbanguisme en 1921 et le kitawala en 1940. Ces mouvements revendiquaient la libération de la colonisation et une religion pour les noirs. Ils furent condamnés par les missionnaires non seulement pour leur syncrétisme religieux, mais aussi en raison de la démolition des fondements du christianisme et la multiplication du nombre des renégats. En outre le pouvoir colonial prétextant leur xénophobie, ces mouvements seront persécutés avant l'indépendance seront obligés d'évoluer dans la clandestinité.

    Dans les années 70, précise René Devisch82, l'esprit messianique s'est manifesté sous une nouvelle forme avec la politique du recours à l'authenticité prônée par le parti-Etat, le Mouvement populaire pour la Révolution (MPR) qui se voulait à l'avant-garde du nationalisme africain. Au cours des années 80, le déclin de ce régime politique et de son idéologie s'est accompagné du surgissement de centaines d'églises charismatiques du Saint-Esprit.

    La plupart de ces églises, portant aussi le nom d'assemblées de Dieu, prennent naissance autour d'une figure prophétique, dont le lieu de résidence offre aux adeptes du voisinage un cadre d'accueil familial. Ces communautés religieuses rompent avec la

    82 René DEVISCH, op.cit. 94.

    logique sociale traditionnelle des milieux villageois qui s'appuient sur les liens de sang et une gérontocratie masculine rigide. Elles sont soudées entre elles par la référence à Simon Kimbangu considéré comme le Christ noir. Elles s'attribuent comme prophète-fondateur l'un ou l'autre de ses contemporains. C'est dans ce cadre qu'on évoque souvent les termes « Dieu de Simon Kimbangu, Dieu de SIKATENDA, Dieu de... », qui sont, en fait, des prophètes-fondateurs. Au cours des années 90, ces églises sont vues comme comblant le vide éthique et législatif suscité par la désertion des tribunaux et la dissolution du partiEtat. Les cérémonies liturgiques sont organisées dans l'enceinte de la parcelle du prophète.

    Pour les assemblées, une annexe couverte de feuilles de palmier ou une cabane en bâche sert souvent à abriter les fidèles. C'est dans ce contexte que Laurent Pierre-Joseph dit :

    « les assemblées de Dieu s'illustrent à la fois par leur prosélytisme agressif, par le

    caractère de leur recrutement (classes défavorisées) et enfin par l'atmosphère

    d'exaltation de leurs campagnes d'évangélisations et de leurs cultes »83.

    A l'Est surtout de la RD. Congo, dans les territoires de Beni et Lubero, ces églises se sont installées en masse vers les années 90. Elles ont été importées de l'Ouest du pays, dans la plupart de cas, par des agents ou fonctionnaires de l'Etat en mutation. En fait, avec le pouvoir centralisé à Kinshasa, il n'était pas étonnant de voir plus d'agents de l'administration publique, des entreprises étatiques ou paraétatiques débarquer à l'Est. Il s'agit des agents de l'administration publique (services de cadastres, titres immobiliers, parquets et tribunaux,...), des entreprises étatiques (le service des impôts, l'Office de douane et assise, ...) ou des entreprises paraétatiques (l'Office Congolais de Contrôle, la REGIDESO, ...), des officiers de l'armée et police nationale,... Il est souvent courant que, dans ces entreprises, on qualifie ces agents comme « pasteur ou apôtre X ». La langue de prédication est souvent le lingala, langue parlée à l'Ouest de la RD. Congo ou encore dans l'armée congolaise. Ces églises se comptent aujourd'hui par dizaines surtout dans des centres urbains comme Butembo et Beni, contrairement aux milieux ruraux où le catholicisme et le protestantisme sont encore bien enracinés.

    Dans ces églises, les fidèles sont issus essentiellement de classes particulières. Ce sont les migrants, les « mères monoparentales », les employés des bureaux et autres

    83 Laurent Pierre-Joseph, "Prosélytisme religieux, intensification agricole et organisation paysanne. Le rôle des « Assemblées de Dieu » d'Oubritenga (Burkina Faso), in J.-P Jacob et Ph. Lavigne Delville. Les associations paysannes en Afrique. Organisation et dynamiques, APAD-Karthala- IUED, Paris, 1994, p.160.

    représentants des classes moyennes, les personnes déplacées ainsi que les jeunes gens souvent coupés de leurs milieux d'origine84.

    84 DEVISCH, René, « Les Eglises de guérison à Kinshasa. Leur domestication de la crise des institutions », in. André Corten et André Mary (éds), Imaginaires politiques et pentecôtismes. Afrique/Amérique latine, Karthala, Paris, 2000, p119.

    II.3 Contexte évolutif de la société civile dans les territoires de Beni et Lubero

    Parler de société civile dans les territoires de Beni et Lubero dans son contexte historique semble être difficile en raison des obstacles rencontrés dans l'obtention d'écrits sur son origine. Considérée comme une vague des années 80, son historique s'inscrit dans le contexte national du mouvement associatif.

    II.3.1. Rappel

    En RD. Congo, l'émergence de la société civile a été lente en raison des restrictions des libertés associatives sous la dictature de l'ancien régime de Mobutu. A partir des deux dernières décennies (1980 et 1990), la société civile congolaise a connu une expansion plus rapide, à la faveur de l'ouverture politique au multipartisme et de la promotion de la coopération indirecte avec la communauté internationale. Dans sa configuration nationale, on trouve les ONG de développement, les ONG des droits humains, les syndicats, la presse libre et indépendante, les associations féminines, etc85.

    Pour Guy Boyoma86, vice-président de la société civile de la ville de Beni, la société civile de Beni-Lubero existe depuis bien longtemps. Dans ses propos, la société civile est née de la conférence Nationale Souveraine, CNS tenue à Kinshasa du 7 août 1991 au 6 décembre 1992. Cela se confirme dans les propos de Tabu Eboma André-Robert qui écrit :

    « au Centre Bondeko, dans la ville de Kinshasa les représentants de quelques associations civiles ont décidé de mettre sur pied une organisation regroupant, en dehors des partis politiques et des institutions publiques, toutes les associations civiles du Zaïre en vue de leur permettre de participer d'une manière responsable à la Conférence Nationale Souveraine (CNS) réclamée par le peuple. Cette organisation a été dénommée "La société civile". Elle comprenait huit groupes d'associations : les associations religieuses, les associations syndicales, les associations professionnelles, les associations humanitaires, les associations de réflexion, les associations de nature économique, les associations de femme et de la jeunesse et enfin les associations sportives et culturelle. Elle était censée représenter toute la Société Civile du Zaïre à la CNS. Selon l'esprit des fondateurs » 87.

    Pour rappel, cette conférence a été réclamée par le peuple suite à un constat du bilan négatif des trente une années d'indépendance du Zaïre, l'actuelle RD. Congo. Pour

    85 HAMULI KABARUZA Baudouin, et al. , Op. Cit., p. 27.

    86 Notre entretien avec Guy Boyoma lors de nos enquêtes.

    87 TABU EBOMA, André-Robert, La société civile,. Congonline.

    Alexis Kabambi88, il s'agissait spécialement de la situation socio-économique négative. Les travaux de cette conférence ont débouché sur l'élection de 453 de ses membres comme Conseillers de la République. Leur mandat tel que définit dans l'Acte de Transition, est de nature législative. A sa clôture, les participants mettront en place un Acte Constitutionnel de transition, un Gouvernement de transition, le Haut Conseil de la République, et le Conseil électoral. Cette conférence a élaboré un projet de constitution et un calendrier électoral.

    Pour le territoire de Beni et Lubero, le mot société civile est apparu dans un contexte de guerre. Ce mouvement existait déjà au début des années 90 lors du retour des participants à la conférence nationale souveraine tenue à Kinshasa. C'est dans un contexte de guerre que ce mouvement va se confirmer lors des préparatifs du Symposium International pour la Paix en Afrique tenu à Butembo du 26 février au 1er mars 2001. Ce forum a regroupé 1324 participants. Il a été organisé sous les auspices de l'Eglise du Christ au Congo Sud-Kivu, de l'archidiocèse de Bukavu (Eglise catholique), de la Société Civile du Sud-Kivu en collaboration avec les composantes de la société civile italienne (Beati I Costruttori di pace, Chiama l'Africa, Operazione Colomba), le diocèse de Butembo - Beni, l'Eglise du Christ au Congo Nord-Kivu et la société civile de Beni-Lubero. Il faut noter qu'environ 25089 italiens ont participé à ce forum alors que la région était en proie à la guerre.

    Pour la réussite de ce forum, cette organisation a été montée d'urgence pour que les points de vue des participants puissent converger. Il fallait participer au forum de façon organisée. En effet, avant ces assises, le comité qui assurait la coordination de la société civile à Butembo était démissionnaire et dirigé par monsieur Jean-Chrysostome Vahamwiti Mukesyayira, ancien secrétaire exécutif du Syndicat de Défense des Intérêts Paysans, une ONGD locale. Cette démission serait due aux menaces sécuritaires en période de rébellion dont étaient victimes certains dirigeants de la société civile de Butembo, à l'époque point focal de la société civile de Beni et Lubero90.

    L'abbé Apollinaire Malumalu91 qui était en cette époque, en France et membre influent de la société civile de Butembo s'est mobilisé en vue de sensibiliser quelques personnes à la constitution d'un comité de pilotage pour la réussite du forum. Ce comité a

    88 KABAMBI, Alexis, « Aperçu historique de la Conférence Nationale Souveraine », in La Renaissance, N°21, mensuel de l'Union de la Diaspora Congolaise, 31 octobre 1998, Montréal, Canada.

    89 Nous avons également participé à ce forum dans la commission traduction des textes italiens avec le professeur Kivete

    90 ROOIJACKERS, Marinus & PLOQUIN Jean-François, alerte à l'opinion nationale et internationale, communiqué de presse, Centre d'Information et de Solidarité avec le Congo-Kinshasa (COSI), Lyon 16 novembre 1999, disponible aussi sur http://www.congonline.com/Forum1/Forum04/Katahwa05.htm.

    91 L'abbé Malumalu est l'actuel président de la Commission Electorale Indépendante de la RDC.

    été dirigé par Roger Nzama, Kilundo alors secrétaire exécutif de l'ONGD SEPRONA (Symbiose des Ecologistes pour la Protection de la Nature). C'est le comité de pilotage du SYPA qui par la suite deviendra la coordination de la société civile en majorité formée par les ONG locales et l'Eglise catholique.

    Une collaboration active s'est manifestée entre la société civile et l'Eglise catholique. En cette époque, certaines lettres ont été signées entre Roger Nzama, comme coordinateur de la société civile de Grand-Nord, et l'Evêque du diocèse de Butembo-Beni, Monseigneur Sikuli Paluku Melchisédech pour dénoncer les bavures des groupes armées. C'est le cas de la lettre adressée le 30 janvier 2002 au président ougandais concernant l'intervention de l'armée ougandaise à l'Est de la RD. Congo. Les deux signataires reprochaient à cette armée d'être responsable d'une insécurité totale dans les territoires de Beni et Lubero. Ainsi, en pleine période de guerre, l'Eglise catholique locale est devenue incontournable pour toute question sociale, politique et économique. Les actions communes de la société civile avec l'Eglise locale font même jusqu'aujourd'hui l'objet d'émissions radiodiffusées. C'est le cas de la Radio Moto Butembo-Beni (RMBB) qui, créée depuis 2000 et gérée par les missionnaires assomptionnistes, organise des émissions radiodiffusés dans ce sens.

    Aujourd'hui, outre les associations et ONGD, les universités et instituts supérieurs de la place sont parmi les principaux acteurs de cette organisation. C'est le cas de l'Université Catholique du Graben de Butembo. La question que l'on pourrait se poser est de savoir comment les associations, les ONG locales et l'Eglise sont arrivées à dominer ce mouvement ? Il paraît certain que celles-ci aient une influence économique et sociale dans les territoires de Beni et Lubero. C'est dans cette logique que, avant de passer aux études des cas des quelques associations de tendance religieuse, il est important d'analyser le contexte évolutif du mouvement associatif et des organisations non gouvernementales des territoires de Beni et Lubero.

    II.3.2. Le mouvement associatif et ONGD de Beni-Lubero.

    En remontant dans l'histoire de la culture du peuple Nande qui habite en majorité les territoires de Beni et Lubero, on se rend compte que l'apparition des associations n'est pas une chose récente. Comme le dit Jean-Pierre Olivier De Sardan92, les sociétés paysannes ont toutes une histoire de l'animation rurale, de la vulgarisation agricole, des coopératives, du parti unique, des micro- projets, des macro-projets, des groupements de producteurs, de la création des associations de ressortissants, etc.

    92 De Sardan, Oliver, op.cit , p127.

    En Afrique, il existe beaucoup d'expressions populaires qui révèlent que, face aux difficultés de la vie rurale, l'individu seul est bien faible, mais qu'en s'engageant dans une forme de coopération, il devient puissant pour les affronter. On connaît par exemple les difficultés de construction de l'habitat en milieu rural. Ces travaux ne se réalisent qu'en groupes de travail solidaires, véritables associations dont le but est d'aider à tour de rôle les membres de la communauté93.

    Pour ce qui concerne la RD. Congo et plus précisément les territoires de Beni et Lubero, on peut distinguer les associations traditionnelles des associations modernes.

    1. Les associations traditionnelles

    Avant la colonisation il existait déjà des associations « primitives ». C'est au cours de cette période qu'on peut situer le premier niveau de coopération. On peut énumérer certaines pratiques qui ont existé chez les nandes dans les territoires de Beni et Lubero94 :

    - le « kirimba », et le « lusumba » qui sont à l'origine deux pratiques de regroupements des jeunes en initiation à la vie communautaire. La première pratique était appropriée aux filles, alors que la seconde était un rite d'initiation des jeunes garçons. Au départ, cette initiation renforçait les liens de solidarité car, grâce à elle, l'individu sortait de la lignée familiale pour en créer d'autres liens avec les jeunes de sa génération. Elle s'est transformée aujourd'hui sous forme de tontine dans la mobilisation de ressources monétaires et non monétaires. Dans le cadre de la solidarité, la pratique va ainsi se transposer même chez les garçons. On rencontre actuellement les mêmes types de tontine masculine portant également le nom de « kirimba 95». En effet, comme tontine, le « kirimba » actuel est une association, ou encore mieux une mutuelle, basée sur les affinités et sur la confiance entre les membres du groupe. Les membres s'entraident et s'accordent des crédits mutuels tour à tour.

    - Le « kihingirano » ou « kirimya » qui est une pratique d'exécution des travaux champêtres et de construction observée encore en milieu rural. Ces travaux se font en commun à tour de rôle entre les membres qui ont souscrit à la pratique. Cette pratique présente l'avantage également de renforcer les liens entre les membres du groupe. Cependant, elle présente également des limites. En effet, c'est une association souvent ouverte : sans précision sur le nombre limité des membres qui la composent. L'expérience démontre que lorsque le nombre augmente, l'association devient inefficace dans la

    93 MONDJANAGNI, Alfred, « structures sociales et développement rural participatif en Afrique », in MONDJANAGI, A.-C., La participation populaire au développement en Afrique noire, Institut Panafricain pour le Développement (I.P.D.)/Karthala, Paris, 1984, pp. 24.

    94 Outre le texte de KAKULE KAPARAY Christian, nous nous sommes intéressés aux détails fournis par KALIVANDA, notre grand-mère.

    95 Le « kirimba » chez les Nande est ce qu'on appelle en lingala le « likelemba »

    satisfaction des membres. Par exemple, sur le plan agricole, étant donné que le groupe consacre toute la journée à travailler dans un champ d'un membre, plus on est nombreux, plus il va falloir de jours pour boucler le cercle alors que le calendrier agricole a aussi ses exigences. Par ailleurs, l'homme étant un facteur de production avec des limites (sa force est limitée), il n'est pas sûr de cultiver les étendues des champs de manière identique tour à tour. Du point de vue météorologique, les membres sont obligés d'obéir aux aléas du climat : quand il pleut le travail doit être interrompu. Une autre limite qui peut être évoquée est l'empêchement d'un membre (maladie ou autre) qui bouleverse énormément le calendrier des travaux. Bien entendu, les membres peuvent prendre des compromis pour éviter ces désagréments. Malheureusement ces compromis n'ont pas souvent de base solide.

    - Le « kighona », ou grenier en français, a été dans le temps une pratique par laquelle la communauté villageoise constitue une banque agricole de la récolte obtenue dans le but d'utiliser la quantité collectionnée à de fins circonstancielles : mariage, deuil, disette, prévoyance de semence,.... La banque agricole est souvent constituée des céréales.

    - Le « Ovuruma » et le « Ovutsura », sont de véritables associations des consommateurs. Les membres s'offrent tour à tour de la bière ou autre chose suivant une périodicité et un rythme de versements de cotisation prédéfini par les membres en fonction des participants. Ces deux types d'associations se composent de membres « fondateurs » et « non-fondateurs ». Pour les premiers, les membres fondateurs peuvent inviter un ami (appelé Omuhekwa) et lui offrir sa part pendant la consommation et ce dernier n'est pas automatiquement redevable au groupe alors que pour les seconds, celui-ci l'est obligatoirement. C'est-à dire pour le second type, les gens s'associent autour d'une boisson que prennent seuls ceux qui ont souscrit à la convention de se l'offrir à tour de rôle. Dès lors, un intrus devient automatiquement redevable étant donné qu'il n'a pas qualité.

    Ces pratiques témoignent des formes traditionnelles d'associations. C'est pour cette raison que Christian KAPARAY dit :

    « l'exécution commune et à tour de rôle des travaux, cette invitation au partage ou à la consommation constituent une ou des forme(s) primitive(s) de la coopérative "Ovusangi" » 96.

    Il faut souligner que ces pratiques relèvent d'une économie toute à fait informelle. Il s'agit d'une économie qui échappe au contrôle de l'Etat.

    Dans l'analyse de KAKULE MUWIRI et KAMBALUME KAHINDO97, on constate que la conception de l'association chez les nandes part du principe que l'individu

    96 KAKULE KAPARAY, Christian, Op.Ct., p.95.

    est au service non seulement de la communauté parentale mais aussi au service de la communauté villageoise. La communauté parentale est celle où existe le lien de consanguinité. Dès lors, les membres ou individus qui la composent vivent sous la même loi, celle de la prohibition des rapports sexuels. La communauté villageoise, au contraire part du principe que l'individu comporte nécessairement deux dimensions, la dimension familiale et la dimension sociale. Cette caractéristique lui confère un double statut : il est membre d'un groupe familial déterminé et en même temps membre ou citoyen de l'entité politico-administrative où il habite. Le premier statut le présente comme membre d'une communauté familiale donnée et le second comme membre d'une communauté de territoire.

    Chaque adulte suivant les obligations liées à son sexe, est tenu de prendre part au combat, aux rites agraires et aux travaux collectifs. Il est convié à assister aux séances de la justice98 surtout si un membre de la communauté est concerné. Il doit prendre part activement aux activités nécessitées par la célébration d'un mariage du membre. En outre, au niveau des activités d'entraide, un individu ou membre de la communauté bénéficie du concours des autres notamment dans des situations et activités qui l'engagent normalement seul : transport de matériaux de construction, moissonnage, labour, réception d'hôtes, maladie,... C'est pourquoi l'individu est tenu à s'associer aux autres pour vivre en harmonie dans la communauté. Le fait de ne pas s'associer peut le conduire à une vie malheureuse. De cette logique naît l'esprit associatif qui serait manifestement aujourd'hui la base des associations modernes dans les territoires de Beni et Lubero.

    2. Les associations modernes

    L'histoire du mouvement associatif actuel des territoires de Beni et Lubero est directement liée à celle du Nord-Kivu. Le mouvement associatif a été d'abord animé par les leaders paysans. Pour Kambale Malembe99, la première génération était composée des paysans mi-intellectuels et quasiment orientés vers le mouvement coopératif. Ce qui est confirmé par Vahamwiti Mukesyarira100 qui essaie de distinguer diverses périodes marquant l'évolution du mouvement associatif. Durant la première période, les premières

    97 KAKULE MUWIRI et KAMBALUME KAHINDO, Identité culturelle dans la dynamique du développement, Académia Bruylant/Presses de l'Université Catholique du Graben, Louvain-laNeuve/Butembo, 2002, pp.125-145.

    98 Ici nous faisons allusion aux palabres traditionnelles

    99 KAMBALE MALEMBE, Joseph, Identité et contribution des ONGD de Beni-Lubero au développement socioéconomique. Cas du CAUB et de COTEDER, Mémoire, Faculté des sciences économiques et de gestion, UCG, 2004-2005, p.49.

    100 VAHAMWITI MUKESYAYIRA, Leadership associatif et auto promotion paysanne. Eude comparative des associations coopératives, des comités villageois de développement et des radios clubs. Cas du NordKivu/Zaïre, Mémoire de diplôme des Hautes Etudes des Pratiques Sociales, Univesité de Lyon II, septembre, 1996.

    associations identifiées relèvent du mouvement coopératif. Elle s'étend jusqu'à la fin des années 70. Il distingue ensuite une série d'autres périodes suivantes :

    - 1945 - 1960, correspond à l'apparition du coopératisme social avec le cas de la Coopérative des Pêcheurs Indigènes du Lac Edouard.

    - 1967, prolifération des coopératives, seule forme associative acceptée après

    l'interdiction de plusieurs mouvements sociaux par le régime de Mobutu,

    - 1979, somnolence de plusieurs coopératives suite aux conséquences de la

    démonétisation anarchique de la monnaie Zaïre,

    - 1985, renaissance du mouvement associatif grâce à la présence de plusieurs organismes d'appui aux coopératives. Cette année sera marquée par la création de la FERCOOP ( Fédération Régionale des Coopératives du Kivu) avec un accompagnement important de l'ONGD Solidarité Paysanne oeuvrant à partir du Sud-Kivu à Bukavu, avec la naissance de l'Union des Services pour la Promotion des Coopérative (USPROCO Beni- Lubero) et la création du Conseil Technique pour le Développement Rural (COTEDER) par un groupe des jeunes finalistes de l'Institut Supérieur de Développement Rural de Bukavu originaires des territoires de Beni et Lubero.

    Bien qu'il exista des initiatives purement religieuses comme le Bureau Diocésain de Développement (BDD) en 1972, connu à cette époque sous le nom de Service de Développement Diocésain (SEDIDE) , le mouvement associatif s'enracine dans les années 80. La dynamique s'est amplifiée avec la crise économique et sociale. Les jeunes diplômés sans emploi, ainsi que les agents assainis de la fonction publique sont ainsi parmi les initiateurs d'associations au statut d'ONG. La plupart de ces ONG ont été installées d'abord dans le territoire de Lubero et ont été en majorité actives dans l'encadrement paysan. La situation a été renforcée par l'apparition des organismes internationaux oeuvrant dans le domaine agricole. Il s'agit de la Coopération canadienne en 1986, de l'ONG Agro Action Allemande (AAA) depuis 1998 et depuis 2006 l'arrivée des Vétérinaires Sans Frontières (Espagne et Belgique). Toutes ces associations avec statut d'ONGD sont basées à Butembo mais avec des activités qui s'étendent sur les deux territoires.

    Du point de vue structurel, les associations et ONGD locales présentent quelques caractéristiques qu'il convient de relever. Kambale Malembe101 constate que dans les territoires de Beni et Lubero, les ONGD se regroupent pour constituer des réseaux, collectifs, conseils,... Ces regroupement sont constitués à la base ou en amont par les Initiatives locales de Développement appelées ILD. La plupart des ONGD, membres de

    101 KAMBALE MALEMBE, Joseph, op.cit, p.52.

    réseaux ou collectifs des territoires de Beni et Lubero, ont comme caractéristique d'avoir soit un rayon d'action et un secteur d'activités commun, soit s'unissent parce qu'ils ont un même bailleur de fonds. D'autres se regroupent par une sorte d'amicalité, selon l'origine (provenance), ou alors la formation scolaire. Par ailleurs, certains se comportent en organisation d'appui plus technique que financier parce qu'elles connaissent elles-mêmes des difficultés financières.

    A Beni c'est avec l'installation du Fonds International du Développement Agricole de la coopération allemande (GTZ/FIDA) en 1996 et plus tard avec l'arrivée de Vision mondiale (World vision) que les initiatives locales ont commencé.

    Si à Butembo la plupart d'ONGD sont multi fonctionnelles102, à Beni la spécificité a été d'abord dans les droits humains et l'action humanitaire. C'est avec la crise politique et l'afflux des déplacés dans la ville de Beni en provenance de l'Ituri que plusieurs associations sont nées sous l'appui des organisations internationales dont la plupart y sont fonctionnelles depuis l'an 2000. Une dizaine d'ONG internationales y travaillent jusqu'aujourd'hui. A titre indicatif, nous pouvons citer CESVI (Cooperazione e Sviluppo entre 2002 et 2005), World Vision, Lutheran World Federation (LWF), Oxfam/GrandeBretagne, le Conseil Norvégien pour les Réfugiés (NRC), Solidarités Françaises, Médecins Sans Frontières, Save the Children, Première Urgence, les agences des Nations Unies comme la FAO, PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) et la Mission des Nations Unies au Congo.

    Ces organisations se concertent régulièrement pour la mise en oeuvre et le suivi de leurs actions sur terrain. Dans la ville de Beni, par exemple où est basé le bureau de coordination des affaires humanitaires, OCHA, chaque association ou ONG a au moins une place dans une de ses commissions. Cela renforce les activités de la société civile. Dans le cadre de la synergie associative au sein de la société civile, les activités sont plus orientées vers le plaidoyer, les dénonciations, les émissions radiodiffusées.

    A Butembo où il n' y a pas de cadre de concertation comme OCHA, les synergies entre associations se manifestent à travers les partenariats et les projets mis en place à travers les réseaux. Dans la mise en place la synergie, la coordination de la société civile fait intervenir aussi les confessions religieuses.

    Toutes ces différentes associations produisent des effets socioéconomiques. Leurs apports ne peuvent tout de même pas conduire à ignorer les critiques et les limites qui les concernent. Nous essayons d'illustrer cela par une étude des cas dans laquelle nous

    102 A Butembo, où l'on trouve les sièges de la majorité d'ONGD de cette région, les interventions sont orientées vers l'accompagnement agricole, les microcrédits, les droits humains, le développement communautaire, la lutte contre le VIH-SIDA, violences sexuelles ...

    analysons les apports et les limites de cinq associations considérées selon nos critères comme ayant une tendance religieuse. Il s'agit notamment pour l'Eglise catholique de trois associations dont le réseau « Tuungane », l'association « waibrahimu » et de l'ADLassomption. Pour le réseau protestant, de MAAMS et de PEAC.

    Conclusion partielle

    En vue d'aborder l'étude de quelques associations considérées comme ayant la tendance religieuse, il a été nécessaire dans ce chapitre de présenter d'abord le milieu d'étude, puis de passer en revue l'historique du christianisme et de la société civile des territoires de Beni et Lubero. Les points suivants peuvent être retenus.

    Les territoires de Beni et Lubero sont occupés en majorité par les nandes, une ethnie se trouvant à l'Est de la RD. Congo. Les deux territoires quoi qu'étant occupés par un peuple quasi homogène présentent des diversités sur le plan physique, démographique, administratif, social et économique.

    Dans leur évangélisation, ils ont connu trois périodes essentielles, chacune ayant des caractéristiques propres.

    La période précoloniale marquée par la tradition orale est celle pendant laquelle la population vivait les pratiques religieuses traditionnelles. Cette période a connu les expéditions de différents explorateurs occidentaux qui se sont intéressés plus à la côte occidentale du Congo dans la recherche des matières premières et la découverte des certains cours d'eau. Dans ce sens, Beni et Lubero ont eu les prémisses du christianisme en provenance de l'Est du pays, et ont subi notamment l'influence des missionnaires basés en Ouganda.

    La période coloniale, par contre est marquée par la concurrence des missionnaires catholiques et protestants. Les uns se sont heurtés aux difficultés climatiques qui ont occasionné leur mort massive, alors que les autres, considérés comme étrangers, ont connu des difficultés liées non seulement à la marginalisation financière par le pouvoir colonial mais aussi au leadership. Durant cette période, dans les territoires de Beni et Lubero, les oeuvres missionnaires catholiques ont été débutées essentiellement par les missionnaires de Sacré-Coeur de Jésus. Abandonnées par ceux-ci, à cause des diverses difficultés rencontrées, elles ont été poursuivies par les pères assomptionnistes. Du côté protestant, les missionnaires baptistes semblent avoir gagné le terrain par rapport aux autres.

    La période postcoloniale est marquée par les crises sociales, économiques et politiques auxquelles les missionnaires ont été confrontés. Elles ont été causées par le pouvoir dictatorial régnant dans les années 60 et 70. Ces églises classiques dirigées par des

    missionnaires concurrents, se sont retrouvées défiées par les mouvements messianiques, les églises évangéliques ou de réveil. Dans les territoires de Beni et Lubero les églises évangéliques ou de réveil sont portées par les agents de l'administration publique qui proviennent de l'ouest du pays.

    Outre les différentes mesures liées au programme d'ajustement structurel des années 80, les crises sociales, économiques et politiques de la deuxième république sont également évoquées parmi les causes de l'éveil du mouvement associatif au Congo. Au Nord-Kivu, et surtout dans les territoires de Beni et Lubero, cela a été renforcé par l'oubli du pouvoir central qui a presque tout abandonné à la population, mais celle-ci a été épaulée par les confessions religieuses et les oeuvres réalisées par ces dernières. Ce qui marque pour nous le début effectif des activités de la société civile dans ces deux territoires

    CHAPITRE III
    ETUDE DE CAS

    Dans le but de vérifier les différentes hypothèses de base, ce travail se base sur une étude de quelques associations auxquelles nous avons porté un intérêt particulier. Elles peuvent être de tendance catholique ou protestante.

    III.1 Les associations de tendance catholique

    1. Le réseau TUUNGANE

    a. Création

    Le comité « Tuungane » est né en 1987 d'une initiative des quelques103 chrétiens de la paroisse catholique de Lukanga dans le diocèse de Butembo-Beni avec l'appui du curé, le prêtre italien Giovanni Piumatti qui vit en RD. Congo depuis 1974. « Tuungane » est en fait un mot swahili qui signifie unissons-nous. La pensée est née d'un autre comité de développement communautaire « Projet Article 15-Lukanga » dont les actions se limitaient à la circonscription paroissiale. Ce dernier avait des actions essentiellement orientées vers la transformation des produits agricoles, notamment les céréales. Il s'agissait principalement d'installer des moulins dans différents secteurs paroissiaux. Pour rappel, avant 1982, les habitants de cette paroisse recourraient aux mortiers et pierres polies pour moudre les céréales et les cosettes de maniocs.

    D'autres activités importantes étaient également réalisées, dans les soins de santé primaires, l'alphabétisation, la constitution d'une banque des semences « kighona »,... Les semences des haricots, maïs et soja étaient d'abord multipliées dans le champ communautaire de la paroisse dont les travaux étaient exclusivement réalisés par les fidèles de façon bénévole.

    Les autres comités de développement des paroisses voisines ont été attirés par les principes et les méthodes du « Projet article 15 ». Ils sont d'abord venus participer à ces réunions pour pouvoir ensemble échanger les expériences, approfondir certains principes et se soutenir mutuellement dans le domaine du développement communautaire.

    Très vite, ce petit groupe de volontaires s'est transformé en une vraie assemblée qui attirera spontanément un très grand nombre de comités de base.

    Il faut aussi mentionner que le projet d'installation des moulins et turbines a plus intéressé les autres comités de développement tant paroissiaux que non paroissiaux. Alors que les assemblées générales du projet article-15 se tenaient chaque dernier samedi du mois à la paroisse de Lukanga, une nouvelle fenêtre a été ouverte pour les projets qui ne

    sont pas liés directement à celle-ci et pour éviter des confusions. Ce qui marqua le début des assemblées générales du comité Tuungane. Ceux qui se sont manifestés pour la première fois ont ainsi constitué le premier comité104. Chaque paroisse et toute organisation membre ayant souscrit à ce comité devait participer aux différentes réunions qui se tenaient dans la salle polyvalente de la paroisse à Lukanga le premier jeudi du mois. Aujourd'hui, les réunions se tiennent à Kimbulu où le siège de l'organisation a été transféré. Bien que Tuungane se soit inspiré d'un comité de développement paroissial, Article 15, l'organisation se déclare laïque : elle se dit être non religieuse.

    Cependant, lorsqu'on analyse certains projets réalisés sur des terrains paroissiaux, on a tendance à croire que le penchant vers l'église catholique n'est pas à écarter. Les financements dont l'organisation a bénéficié de la part des organisations religieuses comme Misereor confirment cette tendance.

    b. Activités et fonctionnement

    «Tuungane» comme réseau, fonctionne sous le statut d'association sans but lucratif. L'organisation fonctionne dans toute la province du Nord-Kivu et, dans ce rayon d'action, vise notamment à renforcer le développement au niveau de la base par la mise en oeuvre des principes d'échange d'idées et d'expériences dans le domaine du développement communautaire. De façon particulière, il s'agit d'organiser des rencontres régulières avec d'autres organisations locales, des voyages d'échange, la facilitation et l'installation des microcentrales pour activer les moulins et/ou produire le courant électrique, organiser des activités tant sociales qu'économiques, comme l'ouverture des cantines des pièces de rechange pour la maintenance des turbines et moulins installés, les soins de santé et l'éducation communautaire,...

    Avec l'évolution de la situation politique et sécuritaire du pays, Tuungane a ajouté d'autres objectifs, notamment la libération des personnes arrêtées parmi les membres des organisations qui composent le réseau. A cela s'ajoute la résolution pacifique des conflits, en faisant contrepoids au pouvoir pour faire entendre les voies de la population. Les organisations membres sont issues des milieux ruraux. A Lukanga, sur 36 personnes enquêtées en juillet 2007, 19 pensent qu'il est important de s'associer pour résoudre les problèmes dépassant les efforts individuels. Soit environ, 53% des enquêtés de ce milieu. Aussi, pour eux le fait d'être des simples villageois avec le droit et la possibilité de s'exprimer, de se faire attendre auprès des autorités politiques et administratives à travers

    104 Le premier comité est constitué de l'abbé Giovanni Piumatti (curé de la paroisse Lukanga), Simon Katsuva(de Kibirizi), Madame Mowa (de la paroisse catholique de Lubango),Muhindo Maliro de Bukununu, Musongya de Kalunguta, Madame Ngima de Magheria, et Ephrem Syasaka de Lukanga.

    Tuungane leur donne la joie et le courage de se rencontrer. Il s'agit d'une occasion de traiter aussi des problèmes relatifs à la citoyenneté. C'est le cas en 2005 et 2006, où les membres de cette organisation ont été sensibilisés en vue des élections présidentielles et législatives qui ont eu lieu en R.D. Congo.

    Les projets, ou encore mieux les activités de « Tuungane », naissent des facteurs sociaux, économiques et politiques qui plongent les paysans dans une vie précaire. C'est dans cette optique que le réseau tente de pallier à cette situation. Pour les responsables de ce réseau, c'est à l'Etat congolais qu'appartient de résoudre les difficultés auxquelles est confrontée la population. En exécutant ces projets, il ne s'agit pas de remplacer l'Etat mais de répondre de manière provisoire et urgente aux besoins locaux.

    En ce qui concerne les membres, environ 300 associations d'adhéranst sont représentées par leurs comités de développement. Tuungane tient compte des questions transversales. Il s'agit notamment de la représentativité des femmes dans l'organisation. Leur participation massive lors des assises témoigne de leur implication. Ainsi, un sous groupe appelé EPAM, Energie Propre aux Mamans, a été créé à cet effet. Il s'agit d'un ensemble de comités de développement qui se retrouvent dans cette organisation mais qui ont déjà un moulin fonctionnel. Ce sous groupe a aussi un comité élu, non pas par l'Assemblée Générale du réseau Tuungane mais par des délégués des comités ayant déjà des moulins opérationnels, membres de l'EPAM.

    L'image suivante illustre la participation de femme aux assises de Tuungane :

    Image n° 2: visibilité des associations lors de l'Assemblée générale

    Source : Galerie Beni-Lubero Online

    Source: Photo Fabrizio Rosa Brusin, ASMO- onlus

    Image n°3 : Participation des femmes aux assises

    Comme toute organisation les membres ont des droits et des devoirs. En recoupant les réponses des membres, quelques unes sont revenues avec répétition. Dans les assises, les membres enquêtés confirment à 100% qu'ils ont droit à la parole; tout membre peut se

    porter candidat pour être élu dans les différentes commissions et à la tête de l'organisation , bénéficier des faveurs du réseau, être informé de tout ce qui s'y passe, bénéficier de l'assistance du réseau en cas de problèmes, etc.

    Ce recoupement des informations englobe en fait les sept principes coopératifs énumérés par Catherine Davister et Sybille Mertens105 : l'adhésion volontaire et ouverte à tous, le pouvoir démocratique exercé par les membres, la participation économique des membres, l'autonomie et l'indépendance, l'éducation, la formation et l'information des membres, la coopération entre les coopératives et l'engagement envers les coopératives.

    Ces principes ne signifient pas que le réseau « Tuungane » est une coopérative, mais qu'à travers les droits et devoirs des délégués qui participent aux assemblées se dessine un esprit coopératif entre ceux-ci. Ce qui nous permet de classer cette association parmi les composantes de l'économie sociale. Pour rappel, l'économe sociale106 a comme composantes majeures, les associations sans but lucratif, les coopératives et les mutuelles. D'autres composantes sont également ajoutées. Il s'agit des organisations non gouvernementales, des fondations, des organisations des volontaires et des organisations qui oeuvrent dans le commerce équitable.

    Au sujet des réalisations de « Tuungane », en analysant davantage leurs actions, nous nous sommes rendu compte que l'organisation est plus orientée vers la transformation. Elle cherche à doter ses comités membres des turbines et moulins. Le tableau suivant illustre les différentes réalisations de Tuungane.

    Tableau n°3 : dotation des moulins et turbines aux comités de développement membres de Tuungane

     

    Donateur

    Nombre installé

    CEE107

    MISEREOR108

    Donateurs
    italiens

    Moulins

    0

    37

    53

    90

    Turbines

    5

    0

    0

    5

    Source : archives du réseau Tuungane.

    105 DAVISTER, Catherine & MERTENS, Sybille, La coopérative d'épargne et de crédit (COOPEC). Une entreprise pas comme les autres : fascicule. Centre d'économie sociale/Ulg, Cera Foundation, Leuven, s.d., p. 13.

    106 DEFOURNY, Jacques, Séminaire d'économie sociale. Dossier de lectures. Université de Liège, 2007- 2008.

    107 La Communauté Economique Européenne, CEE, est l'actuelle Union Européenne, UE.

    108 Les moulins financés par Misereor sont installés à Mihake/Luotu , Kasongwere/Magheria, Bisusuti, Nyondo, Mataba, Mabuku, Hutwe, Kaseghe, Vwimbi, Vukendo, Kauli lac,Kirirya, Munoli, Katolu, Kasinzwe, Kabasha, Mambingi, Mambasa/Alimbongo, Mutendero, Vusamba, Mabambi, Katolo, Bambu, Katondi, Mubana, Vuyinga, Mutwanga, Mangurejipa, Kiribata, Masereka Sayo, Kibingu, Biambwe, Lisasa, Beni, Vulambo/Isale, Somicar, Vahyana/Muvugha, Kimbulu.

    Pour les réalisations, l'organisation estime que 90 moulins sont installés dans son rayon d'action. Durant la période 1997-1998, on compte 37 moulins installés par le réseau dont le financement est en partie local mais aussi par le concours de l'ONG catholique allemande Misereor. Durant la même période 5 turbines pour fournir l'électricité ont été installées avec l'appui de la Communauté Economique Européenne à Lubango, Kipese, Mbingi, Kibirizi et Masereka.

    De façon générale ces turbines sont installées dans les concessions des paroisses ou sous leur responsabilité. Cela peut se justifier soit par le fait que, le prêtre étant très influent en milieu rural en RD Congo, surtout dans le diocèse de Butembo-Beni, peut proposer au comité de développement de réaliser les activités sur un terrain paroissial. C'est le cas d'un canal conduisant à une turbine ou à un moulin qui nécessite un espace. Le plus souvent dans les milieux peuplés comme dans la région maraichère de Lubero, seules les paroisses peuvent avoir la capacité d'avoir un terrain pour de telles activités. Le projet peut avoir aussi été introduit par le comité de développement paroissial lui-même. Le risque est que cela peut conduire à des conflits d'appropriation dans l'avenir étant donné que la logique des paroisses peut différer de celle de la population qui est bénéficiaire du projet. En fait, à Lukanga par exemple, on a recueilli les propos suivants :

    « les paroisses ont tendance à s'approprier nos réalisations bien qu'un ancien prêtre peut avoir contribué à sa réalisation. Cela se voit souvent quand c'est le terrain de la paroisse va abriter le projet 109».

    Cette déclaration nous paraît vraie dans la mesure où la logique de mutation ou de remplacement des prêtres dans une paroisse peut bouleverser les activités de développement s'il s'avère que celui-ci constitue le pilier du projet. Il faut souvent beaucoup des temps pour que les fidèles s'habituent aux nouveaux prêtres. La logique du bénéficiaire souvent peut différer de celui de l'intermédiaire. Dans ce cadre, le prêtre est considéré comme un intermédiaire entre le donateur et/ ou le réseau Tuungane. Il fait le pont avec le donateur. Le prêtre sait comment on monte un projet, les autres étant en général analphabètes. Souvent, son statut social lui permet d'entrer facilement en contact avec les chefs coutumiers locaux, propriétaires terriens. Sa capacité de faire le plaidoyer auprès des chefs coutumiers pour obtenir un terrain le rend incontournable dans la réalisation du projet. En fait, pour des projets d'installation des moulins ou de microcentrales, le plus souvent le terrain est considéré comme une contribution locale des bénéficiaires.

    109 Propos d'un enquêté membre de Tuungane à Lukanga. L'enquêté a préféré l'anonymat.

    Le projet le plus récents qui montre des divergences entre les logiques des responsables paroissiaux et les bénéficiaires est celui des dentisteries de Lukanga et de Kimbulu. Pour les enquêtés, le fait qu'il n'est pas facile de contrôler le bien installé sur le terrain paroissial, les populations désireuses de ces projets ont décidé d'installer ces dentisteries hors concession paroissiale. L'objectif de cette investigation n'est pas d'analyser les types des conflits engendrés par les projets communautaires. Mais on ne peut tout de même pas passer cela sous silence.

    En fait, dans les réalisations de Tuungane, une dentisterie a été installée à Lukanga et une autre est en cours à Kimbulu. Au regard du tarif en vigeur dans la dentisterie de Lukanga en comparaison avec d'autres plus proches, comme celle du centre médical anglican de Butembo, on peut se rendre compte que l'activité est purement sociale. Le tableau suivant donne les différents prix en vigeur dans ces deux dentisteries selon le type de service dont le patient bénéficie.

    Tableau n°4 : Comparaison des prix : dentisterie de Lukanga et Centre anglican de Butembo en $US.

    Services

    Dentisterie de

    Lukanga

    Centre médical

    anglican de

    Butembo

    Variation

    des prix en %

    (1ère classe)

    Variation

    des prix en %

    (2ème classe)

    1ère

    classe

    2ème

    classe

    1ère

    classe

    2ème

    classe

    Arrachage d'une dent

    2

    1,5

    4

    2

    100

    33,3

    Plombage de

    dent

    10

    2

    25

    20

    150

    900

    Nettoyage des

    tartres

    4

    0,5

    20

    10

    400

    1900

    Prothèse

    20

    12

    30

    20

    50

    66,7

    Source : dentisterie ASMO/Lukanga et Centre médiacal anglican de Butembo

    Le tableau précédent montre que le tarif de la dentisterie de Lukanga installée par l'association « Tuungane » est de loin inférieur à celui du centre médical anglican de Butembo qui sont deux dentisteries séparées de 40 km.

    Le prix de la dentisterie anglicane basée à Butembo est toujours élevé. L'arrachage simple augmente de 100% pour la première classe alors qu'il est de 33,3% pour la seconde.

    Toujours par rapport à la première et à la seconde classe, les prix du plombage augmentent respectivement de 150% et 900%. Pour le nettoyage des tartres, les variations sont respectivement de 400% et 1900%. Enfin, le coût de la mise d'une prothèse dentaire augmente de 50% pour la première classe et de 66,7% pour la seconde.

    En ce qui concerne les prix, les différences sont énormes . Chaque dentisterie définit les classes de ses clients dans sa politique des prix discriminatoires. Pour la dentisterie « Tuungane » par exemple, tout client résident à Lukanga et/ ou venant d'un milieu rural proche est considéré comme n'ayant pas les moyens. Il est considéré comme faisant partie de la deuxième classe. Tout client venant d'un milieu urbain comme Butembo et Beni, pour se faire soigner à Lukanga est supposé avoir des moyens. Celui-ci est classé directement dans la première classe.

    Pour les anglicans, d'autres critères entrent en ligne de compte pour la différenciation des prix. Il s`agit du statut social du client, de sa profession, ... Ainsi, un enseignant de Butembo n'est pas de la même classe qu'un commerçant. Par ailleurs, quelle que soit la dentisterie,le prix est fonction du soin et des produits pharmaceutiques appliqués.

    Certes, la comparaison entre ces deux centres pris dans deux milieux non homogènes (rural et urbain) peut sembler non conforme. Pour justifier cette comparaison, nous partons de l'hypothèse selon laquelle les deux dentisteries ont presque le même rang et qu'il n'y en a pas d'autres dans la région. Dans cette logique, le client (paysan ou non) pouvait tout de même se rendre à Butembo pour poursuivre le même type de soins si « Tuungane » n'avait pas réalisé le projet. Quel que soit son pouvoir d'achat, il consentirait plus de sacrifices pour se faire soigner.

    c. Les acteurs de « Tuungane »

    Le réseau « Tuungane » fait intervenir plusieurs acteurs dans ses activités tantôt internes, tantôt externes. Les acteurs internes sont les membres ou comités de développement qui le constituent. Ces comités sont formés essentiellement des paysans. Ils sont souvent consultés à la base pour réaliser un projet. En tant que participants locaux à un projet, ils interviennent, par exemple, pour tracer un canal, déblayer le terrain, transporter le sable pour la construction d'une turbine,... Le rôle des chefs coutumiers dans les activités est capital. Comme propriétaires de terre, ils sont consultés pour mettre à la disposition de différents comités de développement des espaces où se réalisent les différents projets.

    Parmi les acteurs externes, Tuungane collabore plus avec les associations et volontaires italiennes. Il s'agit par exemple du Rotary Club de Butembo qui reçoit les dons du Rotary Club de Lecce, une ville italienne. A cela s'ajoute Misereor et la CEE.

    Images 4 &5 : Remise des matériels par le Rotary Club effectuée par le docteur Mundama Jean-Paul

    Source : Galerie photo Beni lubero Online

    La collaboration de ce réseau avec la coordination de la société civile de Lubero est

    très étroite. Les personnes contactées lors de notre enquête affirment à 67% que la

    coordination de la société civile ne les consulte pas pour ses activités. Elle se contente

    souvent de consulter quelques personnes influentes du réseau, comme l'abbé Giovanni

    pour s'enquérir de la situation sécuritaire et des violations dont la population est victime.

    Pour les enquêtés, il serait préférable que les responsables de cette coordination participent

    aussi aux assemblées générales pour recueillir le maximum d'informations sur les

    problèmes du milieu étant donné que les participants viennent des plusieurs coins reculés.

    Cette situation peut se lire dans les déclarations de l'abbé Malumalu. Selon lui,

    «Le concept société civile est très récent dans les territoires de Beni et Lubero. Il y a des poussées vers le droit de l'homme. La tentative de restructuration de cette organisation se fait sentir au niveau local. Malheureusement, celle-ci est limitée car les gens ne sont pas dans la dynamique politicienne, ils sont plus capitalistes. Ils veulent bien le changement dans le développement et droit de l'homme, dans le syndicalisme. Actuellement, à Butembo, il y a tentative d'intégration abusive de l'église, des ONG et de la Fédération des Entreprises au Congo. De plus il y a une fragmentation et des replis stratégiques, chacun veut maintenant à se réunir de son côté. La société civile se

    réunit d'une manière opportuniste. Elle a du mal à remorquer avec elle l'intérieur des territoires110 ».

    Cette déclaration donne raison à ceux qui accusent la société civile d'être une affaire des citadins et d'urbains. Bien que la coordination parle au nom de la population de Lubero, sa légitimité est ainsi remise en question. Comment alors la société civile arrive-telle à faire le contrepoids au pouvoir si les personnes qu'elle défend ne reconnaissent pas en elle ce rôle ?

    Cette question reste en suspens car pour se prononcer, il serait nécessaire de recueillir le maximum d'informations en utilisant un échantillon stratifié et le plus représentatif possible. Toutes les couches sociales doivent ainsi faire l'objet de la consultation.

    A la question de savoir quel rôle l'Etat congolais joue dans la réalisation des projets de Tuungane, les responsables contactés pensent qu'il se limite à donner les documents légaux autorisant le fonctionnement de l'organisation. Aucun subside de l'Etat envers cette organisation n'est signalé. Les différents services administratifs se limitent donc à fournir à « Tuungane » les autorisations de réaliser un projet qui, du reste, sont aussi payants. Aucune autorisation n'est gratuite. Il s'agit du service des affaires sociales qui normalement encadre toutes les associations sans but lucratif. D'autres services interviennent, comme le Ministère de la Justice pour l'octroi de la personnalité juridique, le Ministère de Plan à travers sa division provinciale qui identifie les ONG sur un terrain donné. L'Etat congolais se présente, dès lors, comme un acteur qui se réduit à la fourniture des documents administratifs et obtenir des recettes, alors que les besoins sur le terrain sont multiples.

    110 Notre entretien avec l'abbé Apollinaire Malumalu le, 27 février 2008, lors de son passage à l'Université Catholique de Louvain.

    2. Les « Waibrahimu »

    a. Création.

    L'association « waibrahimu » est une association purement religieuse créée en 1995 à Lukanga pour essayer de résoudre les conflits fonciers observés dans la région maraîchère de l'Est de la RD. Congo. Le nom waibrahimu est un mot swahili qui signifie litéralement les « Abraham ». Les initiateurs du projet sont entre autres l'abbé Giovanni Piumatti, Ntotole, Janvier, Michel Kalinga, Angelus Mulumemukuhi, Joseph Mwenge, Ephrem Syasaka, Muhasa, Léonard et Bosco. Inspirée de l'histoire d'Abraham qui reçut de Dieu l'ordre de quitter son pays ou sa patrie pour aller là où l'Eternel l'indiqua. C'est ainsi que les membres ont décidé de dénommer cette association111.

    L'association a pour projet de sensibiliser la population vivant dans les Hautes Terres de Lubero à migrer vers les Basses Terres où l'accès à la terre est plus facile. L territoire de Lubero étant confronté aux conflits fonciers, l'idée du projet est de montrer à la population que la vie ne se limite pas seulement à son milieu d'origine et qu'on peut trouver le bonheur ailleurs. En fait, selon Koen Vassenroot et Timothy Raeymaekers112, 90% de la population vivant de l'agriculture, les conflits fonciers à l'Est de la RD. Congo s'expliqueraient par la pression démgraphique et la guerre. Cepedant, poursuivent-ils, dans la région la guerre n'a fait qu'accentuer le problème serieux de gestion de la terre.

    Il est intéresant ici de rappeler que plusieurs facteurs sont à la base des conflits fonciers dans le territoire de Lubero . Tout d'abord, l'accroissement rapide de la popualtion serait la principale cause du morcellement des terres, alors que les espaces disponibles restent les mêmes. Le même lopin de terre legué par un ancien parent est morcelé entre les descendances. Il suffit de deplacer les limites d'un lopin de terre pour qu'un conflit interminable éclate entre deux voisins. Anselme Paluku Kitakya113 met un accent sur les facteurs d'émergence liés à la vente de la terre. Dans ses recherches, il estime que divers facteurs suivants expliquent la vente de terres et conduisentt souvent à des conflits fonciers :

    - La pauvreté due à la baisse des prix des produits agricoles et à la déterioration des termes de l'échange entre produits manufacturés et produits agricoles.

    - La multiplication des besoins.

    111 Sur le dépliant de Waibrahimu, on peut voir facilement la référence ayant inspiré leur association. Genèse 12 ,13 :8. Ces versets sont relatifs à l'histoire à la migration d'Abraham qui cherchait la terre lui indiquée par Dieu.

    112 KOEN VLASSENROOT et TIMOTY RAEYMAEKERS, Conflits et transformation sociale à l'Est de la RDC, Academia press, Universiteit Gent, 2004, p.80.

    113 PALUKU KITAKYA, Anselme, Op.Cit., p.136.

    - La polygamie conduit certains membres de la famille à requérir la division du patrimoine familial.

    - Les conflits de pouvoir et de gestion de redevances conduisent à la cession des terres familiales.

    - L'absence des titres fonciers légaux fait que les chefs terriens remettent en cause les conventions foncières, exproprient les parcelles des vassaux et les vendent aux nantis. Cette situation est due à la non-effectivité de la loi foncière et/ou à la dualité de la gestion foncière114.

    - L'avancée rapide de l'urbanisation conduit les chefs terriens à vendre les terres dans les campagnes envoisinant les villes et les cités.

    - L'épuisement de la fertilité des sols lié aux mauvaises techniques culturales. - L'ignorance de la loi et de la coutume foncière.

    - La cupidité des chefs terriens.

    - Les mésententes au sein des familles des chefs terriens.

    - Enfin, le non paiement des redevances par certains paysans qui estiment ne pas

    produire assez pour obtenir une chèvre et/ou poule sur le marché qui est utilisé dans

    la coutume nande pour s'acquiter de son devoir auprès des chefs terriens.

    C'est dans ce contexte que l'association Waibrahimu a été créée pour essayer de

    résoudre le problème des conflits fonciers dans le territoire de Lubero. La création de

    l'association « waibrahimu » est liée donc aux facteurs démographiques et économiques

    qui conduisent aux conflits fonciers. D'autres facteurs s'y ajoutent : les facteurs culturels et

    judiciaires. ce dernier facteur est soutenu par les propos de Anselme Paluku qui dit :

    « C'est dans le cadre de la gestion et du jugement des litiges fonciers et de la vulgarisation de la loi foncière que l'administration judiciaire intervient dans le domaine comme des véritables prédateurs d'argent auprès des justiciables. La durée de gestion de certains dossiers se trouve inutilement allongée et des jugements subjectifs peuvent être rendus à la faveur des parties les plus offrantes ».

    b. Organisation et réalisations

    Pour encourager la population à se déplacer et pour que celle-ci s'approprie le projet, l'abbé Giovanni Piumatti avait décidé de démenager de Lukanga vers Muhanga (Bunyatenge) dans le Sud de Lubero. Selon certaines informations, le lieu d'acceuil était une région minière anciennement sous le contrôle d'une entreprise allemande. Tout en étant à Lukanga, l'abbé Giovanni va amorcer la construction des quelques maisons

    pouvant servir de logement pour faciliter le lancement du projet. Il s'agissait de préparer des infrasructures de base pouvant encourager la population: une école, un centre de santé bien équipé, une chapelle, une salle polyvalente, une microcentrale...

    Quelques temps après, les membres fondateurs ont été rejoints par d'autres ménages ayant décidé de souscrire au projet. Aujourd'hui le nombre des ménages qui ont déménagé et adhéré au projet est estimé à 200 venus non seulement de Lukanga mais surtout de Masereka et Kayna. A cela s'ajoutent 500 autres ménages autochtones. A l'arrivée, un champ d'au moins un hectar devrait être attribué au migrant. Les femmes rejoignaient leurs époux après la prémière récolte115.

    Cette stratégie a été adoptée pour faciliter l'adaptation et, plus spécialement, pour ne pas perturber l'année scolaire des enfants qui devaient migrer avec leurs parents. Toutes les structures sociales préparées ont comme personnel des enseignanst et des infirmiers venus de Lukanga et payés par l'abbé Giovanni. Le projet semble avoir eu des donnateurs en Italie, pays d'origine de ce dernier. La plupart des enfants qui ont déménagé pour étudier à Muhanga ont été jumélés à quelques familles italiennes pour le paiement de leurs frais scolaires. 25 à 30 tôles ont été mises à la disposition des méganes pour la construction de leurs habitats car au début les hommes migrants passaient la nuit dans un foyer social, une maison commune, construite à cet effet. Tout chef de ménage qui a rempli sa maison a aussi droit au courant électrique.

    c. Les acteurs de l'association « Waïbrahimu ».

    Pour les acteurs de ce projet, il y a lieu aussi de distinguer les acteurs internes et externes.

    Pour cette association, les acteurs internes sont à 100% les paysans. Les membres adhérents sont tous les migrants qui souscrivent au projet. L'abbé Giovanni joue ici le rôle de catalyseur. Comme le projet est essentiellement du domaine agricole, les chefs coutumiers interviennent pour que les migrants accèdent à la terre.

    Au niveau externe plusieurs acteurs sont à signaler. En plus de la fourniture des semences et autres intrants agricoles, l'ONG internationale Agro Action Allemande (AAA) a joué également un rôle capital dans la réhabilitation de la route qui relie Muhanga à la cité de Lubero. Comme dit précédemment, les ménages venus de Lukanga ayant des écoliers bénéficient du jumelage avec les familles italiennes. La paroisse catholique piémontaise Pinerolo est intervenu dans la fourniture du matériel pour la mise en place des

    115 Nous avons eu des difficultés de trouver les quantités réelles produites par ces ménages bien qu'ils estiment être capables de produire chacun 10 sacs de 100Kgs de haricots sur le champ obtenu. L'association ne tient pas des statistiques de la production agricole de ses membres, statistiques qui peuvent faciliter l'analyse de l'impact du projet au regard des résultats obtenus.

    infrastructures de base. Une dizaine des volontaires italiens116 y arrivent chaque année pour donner un soutien aux structures sociales qui maintiennent les « waïbrahimu » sur place.

    Le rôle de l'Etat dans ce projet est analysé ici de façon négative. En effet, depuis les guerres de l'est du Congo, la localité de Muhanga/Bunyatenge est confrontée à une insécurité totale. Dans les forêts avoisinantes, on sigale la présence non seulement des rebelles rwandais considérés comme génocidaires mais aussi des maï-maï qui pillent les récoltes de la population. Actuellement, les « waibrahimu » se trouvent dans la difficulté de nourrir leur famille. Les champs ne sont plus entretenus parce que les hommes craignent de se faire enlever dans leurs champs par des inciviques et autres rebelles vivant dans la forêt congolaise. Lorsqu'ils tentent d'entretenir leurs champs quelle que soit la situation, ils sont accucés par les autorités administratives de nourrir les rebelles et forces négatives et d'être en conivence avec eux. Les « waïbrahimu » se retrouvent ainsi entre le marteau et l'enclume.

    3. L'association ADL-assomption : Appui au Développement Local

    a. Création

    ADL-assomption est une asbl créée par les pères assomptionnistes de Butembo depuis 2001 dans le but non seulement d'appuyer et d'accompagner la population dans l'amélioration des conditions de vie et dans la promotion des valeurs humaines mais aussi pour auto-promouvoir les communautés de base défavorisées. Son rayon d'action statutaire est la province du Nord-Kivu. Elle est pour le moment opérationnelle dans les territoires de Beni et Lubero, plus spécialement dans les villages de Vuvatsi, Kitovo, Musingiri, Musienene, Bunyuka, Butuhe, Kivetya et Munoli.

    L'initiative est venue des pères assomptionnistes qui, lors de leur apostolat dans les paroisses, ont découvert les besoins énormes auxquels font face les chrétiens dans le domaine de la sécurité alimentaire, l'habitat, la santé et l'alphabétisation des jeunes. L'intervention auprès de la population à travers ces domaines permet aux assomptionnistes de concilier l'aspect spirituel des fidèles à l'aspect matériel.

    b. Organisation et réalisations

    ADL fonctionne comme une association sans but lucratif régie par la loi congolaise. Pour son fonctionnement, elle a des organes qui lui permettent d'exécuter ses activités. Il s'agit de l'assemblée générale qui comprend les différents groupes membres fondateurs.

    116 Les volontaires italiens suivants sont les principaux acteurs du projet : Giampaolo (dentiste), Marco Rocco(dentiste),Tamara Andiloro(hygiéniste), Marina(enseignante), Pinuccio (agriculteur),Nino (ingénieur informaticien), Iolanda (infirmière), Diego (laborantin), Donata (vétérinaire), Piero Iemolo (médecin),Baldino(chimiste), Fulvio (dentiste), Paola (dentiste), Lama(hygiéniste), Sergio(médecindentiste),Tonino(prothésiste),Graziella(infirmière),Elia(professeur des mathématiques) et Fabrico (prothésiste).

    Ces groupes de base se trouvent dans les villages où l'association intervient. Le conseil d'administration est assuré par les pères assomptionnistes. D'autres organes s'y ajoutent, notamment la commission de contrôle, la direction générale, le service d'animation et d'autofinancement.

    Depuis sa création, l'association a déjà plusieurs réalisations que nous pouvons porter à l'actif de son bilan. Il s'agit de 345 ménages formés dans les techniques agricoles et obtenant des fournitures de semences, une microcentrale hydroélectrique installée à Vuvatsi et l'adduction de 22 sources d'eau potable. L'association dispose d'un centre d'initiation aux métiers et développement appelé CIMEDE à travers lequel elle intervient pour encadrer les jeunes désoeuvrés. On rencontre dans ce centre l'atelier de formation à la coiffure, l'atelier de cordonnerie et celle de peinture. Pour réaliser ces activités, l'association a été entièrement financée par les pères assomptionnistes de Kambali. Aujourd'hui l'association s'autofinance avec les recettes tirées de ses activités. Les différentes activités emploient un total de 22 personnes salariées payées avec les recettes qui proviennent des activités, surtout les ateliers de coiffure, de cordonnerie et de peinture.

    c. Les acteurs de ADL- assomption

    Les principaux acteurs de cette association sont d'abord les initiateurs, les pères assomptionnistes de Butembo qui y apportent beaucoup des moyens et du temps pour sa réussite. Les organisations de base (O.B.) se trouvant dans les villages, ainsi que les paroisses catholiques où elles se localisent, jouent un rôle primordial dans ces activités. Elles lui fournissent les informations pratiques permettant d'avoir les données sur la situation sociale et économique du milieu. L'association bénéficie de l'expertise des étudiants de l'Institut Supérieur Emmanuel d'Alzon de Butembo (ISEAB), une institution créée par les pères assomptionnistes. Jusqu'à présent, l'association ne collabore avec aucune autre association. Elle intervient moins dans les activités de la société civile.

    III.2. Les associations de tendance protestante

    1. L'association MAAMS

    a. Création

    MAAMS, est une association sans but lucratif, asbl, qui signifie Multi Actions d'Assistance aux Marginalisés et aux Sinistrés. Créée le 31 janvier 1998, l'organisation a comme objectif de :

    - Assister en soins de santé primaires les personnes vulnérables, les sinistrés (victimes de guerre et de catastrophe), les détenus, les orphelins, les veuves, les personnes vivant avec le VIH/SIDA et les personnes âgées.

    - Assister et défendre les droits des enfants abandonnés, les personnes en situation particulièrement difficile notamment les sourds, les muets, les lépreux, les personnes vivant seules, etc.

    - Assister les détenus dans la protection de leurs droits et liberté.

    - Promouvoir les activités artisanales et centres d'apprentissage professionnel.

    - Initier les actions de développement afin d'alléger la tâche de la femme des milieux ruraux.

    Selon les membres fondateurs, sa création a été inspirée d'un verset biblique qui dit :

    « Alors le roi dira à ceux qui seront assis à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez acceuilli ; j'étais nu, et vous m'avez vêtu ; j'étais malade, et vous m'avez rendu visite ; j'étais en prison et vous êtes venus vers moi. Les justes lui repondront : Seigneur quand t'avons-nous vu ?[...]Et le roi leur repondra : je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que les avez

    faites »117.

    Ce passage biblique est un condensé des objectifs de MAAMS. Toutes les activités réalisées tournent ainsi autour de cette logique.

    Ces activités sont exécutées pour trouver des solutions alternatives aux problèmes urgents. Ces problèmes sont causés par les facteurs politiques et humains (la geurre et le VIH/SIDA), les facteurs naturels ( les catastrophes), les facteurs sociaux et économiques (pauvreté),etc.

    b. Organisation et rélisations.

    Le MAAMS fonctionne comme une asbl avec des documents légaux délivrés par le Ministère des Affaires Sociales, celui de la Justice et le Ministère de Plan118. Dans ses statuts, l'organisation prévoit des organes qui sont l'assemblée générale, le conseil d'administration, le commissariat au compte et le secrétariat exécutif.

    Dans la plupart des cas, au début de la journée les activités de cette asbl commencent par les prières organisées par le personnel. En relevant les activités et réalisations importantes, on peut classer celles-ci en cinq volets d'interventions. Il s'agit des activités

    117 La Sainte Bible, Mathieu 25 :34-40, Société Biblique de Genève, Genève/Paris, 22ème édition, 2002, pp.986-987.

    118 N° 08/DIVAS/NK/012/1999 du ministère des affaires sociales, N° 055/Just.G.S/DR.NK du ministère de la justice et N°000097/DPD/NK/99 du Ministère de Plan.

    en rapport avec le développement communautaire, l'éducation et la formation des jeunes, l'action humanitaire et sociale, la lutte contre le VIH et les violences sexuelles et enfin la promotion des droits humains

    Son rayon s'étend à tout l'espace de l'ex-Kivu. On enregistre des réalisations faites à Goma, Rutshuru, Beni et Lubero. Notre travail étant circonscrit dans les territoires de Beni et Lubero, nous nous limitons à analyser les activités sur ces territoires.

    Dans le développement communautaire, 102 femmes ont été formées en gestion rationnelle des microcrédits, 1260 femmes ont été préparées à l'auto-prise en charge et à l'approche du développement fondé sur les droits,... Dans le même sens MAAMS exécute un projet d'assistance en intrants agricoles. Son but est d'améliorer la sécurité alimentaire de 3450 ménages agricoles en situation de post conflit dans les territoires de Beni-Lubero et cela avec l'appui de Pooled Fund/PNUD. Il s'agit d'un financement de plus ou moins 184000$US. Les villages concernés par le projet dans le territoire de Lubero sont Biena et Mangurijipa alors que pour territoire de Beni il s'agit d'Oicha, Mbau, Beni-ville, Vurondo et Butuhe. Pour cette activité, l'association procède à la distribution de 27600 kilogrammes de semences de légumineuses (haricots et maïs) mais aussi de semences maraîchères (choux et aubergines). A cela s'ajoute la distribution de 600 géniteurs de lapins améliorés, 6900 houes, 350 arrosoirs, 690 râteaux et 1500 haches. Les ménages sélectionnés sont essentiellement des ménages agricoles composés des familles retournées de guerre dans leur milieu d'origine.

    Par ailleurs, ces intrants agricoles sont achetés localement auprès des importateurs en procédant à un appel d'offre des produits dont l'association a besoin en grande quantité. Elle emploie 28 personnes salariées avec une rémunération allant de 100 à 500 $US.

    Les activités de MAAMS sont classées dans le développement communautaire du fait que les bénéficiaires eux-mêmes participent à l'identification des besoins. C'est en fait la base qui définit le type de projet à exécuter et les stratégies nécessaires à mettre en place aux regards des risques attendus.

    Dans l'éducation et la formation des jeunes adolescents, MAAMS encadre 20 clubs de jeunes dans la lutte contre le Virus de l'Immunodéficience Humaine (VIH/SIDA). Dans cette activité, il s'agit d'organiser des ateliers et séminaires dont les thèmes sont orientés vers l'éducation à la vie familiale et à la sexualité responsable. Dans la même activité l'organisation équipe une mini-bibliothèque et une vidéothèque qui sont mises à la disposition des jeunes qui l'exploitent souvent pendant les vacances.

    Dans l'action humanitaire et sociale, MAAMS procède à la distribution de vivres aux personnes vivant avec le VIH. Pour ce volet, l'organisation encadre 60 personnes venant

    des différents ménages regroupés dans une association des personnes vivant avec le VIH (PVV). Il s'agit en général des veufs ou veuves dont un conjoint est mort du SIDA. Ces personnes sont souvent affaiblies par la maladie et par la non accessibilité aux médicaments antirétroviraux (ARV). Les vivres leur sont distribués selon les normes énergétiques proposées par la FAO, Fonds des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture.

    Pour rappel la moyenne énergétique à consommer est représentée par la disponibilité énergétique alimentaire par personne (DEA) qui correspond à l'alimentation disponible pour la consommation humaine au cours de la période de référence, exprimée en termes énergétiques (kcal/pers/jour). L'estimation est souvent faite sur base des bilans alimentaires dressés à partir de la production et le commerce (importation et exportation) de denrées alimentaires. La DEA par personne est de 2000 kcal par jour pour les femmes et tourne autour de 2500kcal par jour pour les hommes. La moyenne de 2003 est fixée à 2414 (kcal)119

    Dans la lutte contre le VIH et les violences sexuelles, MAAMS, procède à la prise en charge des femmes violées sexuellement et des femmes veuves vivant avec le VIH à travers la « thérapie par occupation ». Cette activité consiste à former celles-ci à un métier notamment en coupe couture et en tricotage. L'organisation dispose d'un atelier équipé en machines de broderie, de tricotage et de coupe-couture. A la fin de la formation, chacun reçoit un kit de couture pour permettre la réinsertion sociale.

    Cet atelier permet à l'organisation de s'autofinancer. Les tricots produits sont essentiellement pour les bébés. Dans ce cadre, MAAMS a signé des conventions avec des centres de santé et maternités dans la ville de Beni. Les tricots sont fournis aux femmes enceintes en attente d'accouchement à un prix variant entre 3,5$ et 5$ suivant le modèle fabriqué. La matière première, c'est-à-dire les boules de fil, est achetée localement auprès des commerçants. Ce qui donne un coup de pousse à l'économie locale.

    Selon le responsable de l'atelier de l'organisation une dizaine de boules de fil achetées coûte 5$ et permet de produire trois tricots complets pour bébé. Le rapport de production du second semestre de l'année 2006 montre qu'environ 834 tricots pour bébés ont été fabriqués et vendus dans la ville de Beni120. Bien entendu, tous les accouchements ayant bénéficié de cette production ne concernent pas seulement la ville mais aussi les femmes provenant de ses environs.

    119 Fonds des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, Méthodologie de la FAO pour mesurer la prévalence de la sous alimentation, division de la statistique de la FAO, Rome, octobre 2003, p.4.

    120 Ici il faut retenir que le chiffre donné ne contient pas la quantité non vendue restant en stock et celle produite empruntée ou donnée à titre d'encouragement (prime) au personnel technique de l'association travaillant dans l'atelier.

    Dans la promotion des droits humains et surtout des enfants, les bénéfices tirés de l'atelier permettent de scolariser 50 enfants orphelins du SIDA sélectionnés dans les ménages des PVV que l'association encadre. Pour l'année scolaire 2006-2008, chaque écolier a pu bénéficier de 50$ dont 30$ comme frais scolaires et 20$ pour les objets classiques. Au total 2500$ ont été débloqué dont 1500$ payés directement aux chefs d'établissements comme minerval121 et le reste pour l'achat des outils scolaires des enfants.

    c. Les acteurs

    La logique actuelle en matière d'exécution des projets est celle du partenariat avec d'autres organisations. Les activités se font en regroupant un certain nombre d'organisation qui oeuvrent dans la même branche : c'est la synergie. Cette pratique est encouragée car elle s'avère plus efficace pour promouvoir une plus grande participation des citoyens et un développement local accru. C'est dans ce sens que MAAMS s'associe à d'autres organisations et plates-formes. MAAMS travaille en synergie non seulement avec d'autres organisations non-gouvernementales se trouvant dans son rayon d'actions mais aussi en collaboration avec les services techniques étatiques de tutelle.

    Dans l'exécution de ses programmes, MAAMS introduit les thématiques transversales comme la notion de genre, le VIH/SIDA, et met un accent sur les droits de la femme, de l'enfant ainsi que sur la résolution pacifique des conflits. Toutes les activités se réalisent dans le respect des principes humanitaires122.

    MAAMS a comme partenaire financier la Solidarité Protestante Belge, le Service d'Entraide et de Liaison (SEL Belgique), le Pooled Fund/PNUD, le bureau des affaires civiles de la MONUC123-Beni. MAAMS est le point focal adjoint de la commission VIH/SIDA du « cluster124 » santé sous la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) à Beni. Dans son projet exécuté par le financement du Pooled Fund, elle collabore avec les organisations locales comme AFNAC, COTEDER, CCTA, CROIX ROUGE RD Congo/Butembo

    Au niveau national, l'Etat lui délivre les documents légaux pour son fonctionnement. Par ailleurs, pour le renforcement de son projet de scolarisation des enfants orphelins du SIDA, l'organisation a reçu un subside de l'Etat à travers le Programme National Multisectoriel de lutte contre le VIH-SIDA (PNMLS). L'Etat congolais a renforcé l'atelier de couture et de broderie dont dispose l'organisation en accordant une somme de 3300$.

    121 Le mot minerval signifie dans le contexte belge les frais de scolarité payés par les écoliers ou élèves.

    122 Cfr Charte humanitaire disponible sur www.sphereproject.org visité le 30 juin 2008.

    123 Mission des Nations Unies au Congo.

    124 Le cluster est un regroupement ou réseau d'organisations non gouvernementales du même secteur regroupées au sein de OCHA avec des externalités positives.

    Le PNMLS n'est pas ici à confondre avec le Programme National de lutte contre le sida (PNLS) restructuré en 1999.

    Si le PNLS est sous tutelle du ministère de la santé et s'attache plus particulièrement à la prise en charge médicale du VIH, au contraire, le PNMLS créé en 2004 dépend directement de la présidence de la république. C'est ce dernier programme qui définit et oriente la politique nationale de lutte contre le sida. Il accrédite également les centres médicaux125. Bien qu'une partie des fonds alloué au PNMLS vienne du gouvernement congolais, la grande partie provient de la Banque mondiale, de la Banque Africaine de Développement, de la Belgique, du Canada, des Pays-Bas, de l'Union Européenne, et de la France. Tous ces fonds sont gérés ou cogérés par la Bureau Central de Coordination (BCECO) qui oeuvre sous tutelle du Ministère des Finances126.

    Par ailleurs, nous pouvons faire remarquer que cette association collabore avec l'ECC, l'Eglise du Christ au Congo. Au début de ses activités, les fonds qu'elle recevait transitaient d'abord par le compte de l'ECC avant qu'elle n'ouvre son propre compte. La raison était de crédibiliser l'association car pour les responsables de MAAMS, l'église reste la seule institution qui paraît encore sérieuse en RD. Congo. C'est pour cette raison qu'à notre question de savoir pourquoi sur le dépliant de l'association apparaît le verset biblique, le responsable estime que c'est important pour que tout le monde sache quelle a des origines bibliques. Elle noue des relations avec des pasteurs pour accéder aux fidèles. L'église apparaît comme l'institution qui rend les associations crédibles. C'est pourquoi certaines associations sont chapeautées par elle en RD. Congo.

    Par rapport à d'autres associations vues précédemment, il ya lieu de constater que MAAMS affirme avoir de très bonne relation avec la coordination de la société civile. Un projet a d'ailleurs été exécuté ensemble. Il s'agit de la mise en place de 60 comités locaux de développement à travers les territoires de Beni et de Lubero. Ce projet a été appuyé par le bureau des affaires civiles de la MONUC de Beni. La coordination de la société civile de Beni organise des réunions auxquelles participent les associations retenues. La coordination a déjà répertorié toutes les associations qui la composent. Celles-ci sont régulièrement invitées aux différentes réunions organisées.

    Cependant, selon les déclarations du coordonateur de MAAMS, aucune collaboration ne se fait avec les opérateurs économiques de Beni. Au contraire, ce sont les opérateurs

    125 TRENADO Emmanuel, DIAWARA Estelle et NGOUOLELE Cyprien, Rapport de mission de l'AIDES en République Démocratique du Congo Kinshasa, du 24 au 30 mai 2005, Réseau Afrique 2000, p.7.

    126 Bureau Central de Coordination, Résumé d'exploitation exercice 2004 (en milliers de dollars), Kinshasa 2004, p.9.

    économiques qui bénéficient des dépenses de l'organisation. Pour eux, l'objectif est le lucre alors que MAAMS est une asbl.

    2. La province de l'église anglicane au Congo - PEAC(Programme de Santé et Lutte contre le VIH/SIDA)

    a. Création.

    L'association PEAC a été créée en 1989 dans le cadre évangélique pour promouvoir les soins de santé primaires et faire face à un contexte de précarité de la population qui, souvent, entraîne celle-ci dans des pratiques sexuelles en vue de se procurer de l'argent. Ce qui a pour conséquence l'augmentation du taux de prévalence des maladies sexuellement transmissibles. L'association a été créée par tous les évêques de l'Eglise anglicane au Congo.

    Pour le responsable du PEAC, cette organisation sinvestit avant tout dans la lutte contre la pandémie du SIDA. Cette maladie est considérée par l'organisation comme causée par les facteurs humains et économiques. Elle a été propagée à une vitesse vertigineuse avec la guerre : les violences sexuelles, le non entretien des ouils trachants dans certaines institutions sanitaires et les salons de coiffure, ... La pauvreté conduit également à exercer le "métier" avec tout ce que cela a comme conséquence.

    L'Eglise anglicane en s'impliquant dans ce programme veut que sa mission évangélique soit complète en combattant la propagation du virus mais aussi en assurant le traitement des personnes vivant avec le VIH-SIDA dans la dignité.

    b. Organisation et réalisations

    Le PEAC fonctionne sous la responsabilité totale de l'église anglicane. Toutefois, les bénéficiaires de ses activités sont de toutes les confessions religieuses.

    Le PEAC oeuvre dans divers divers domaines d'intervention : la santé curative et préventive plus spécialement dans la lutte contre le VIH-SIDA, dans le domaine de l'éducation en procédant aux sensibilisations dans les écoles , églises, etc.

    Chaque matin, le PEAC organise des prières matinales dans différents centres de santé où il intervient et cela directement dans les salles des malades. A cela s'ajoute l'organisation de journées de reflexion sur la situation des malades du SIDA dans son rayon d'action.

    En ce qui concerne ses réalisations, PEAC procède à la construction des centres de dépistage volontaire du SIDA. Il a construit deux centres de depistage volontaire (CDV) au sein des centres de santé anglicans de Beni et Butembo.

    c. Les acteurs.

    A notre question sur le type de relations que le PEAC entretenues avec d'autres organisations, les reponsables affirment collaborer seulement avec les associations qui sont également dans la lutte contre le VIH et la défense des droits des orphelins. Il s'agit des associations MAAMS, du programme de promotion de soins de santé primaire (PPSSP) et de STOP SIDA. Ces deux dernières sont également des organisations locales protestantes.

    Au niveau de la coordination de la société civile, PEAC est plus impliqué dans la dénonciation des violences des droits des orphelins du SIDA. L'organisation lance des communiqués radiodiffusés soutenus par le bureau de coordination de la société civile de Beni.

    L'Etat ne donne pas de subside au programme. Mais avec l'appui du programme multisectoriel de lutte contre le VIH-SIDA, PNMLS, l'Etat intervient en donnant des séances d'enseignements pratiques et théoriques.

    Conclusion partielle

    Dans ce chapitre, sur base de l'analyse de ces cinq associations nous pouvons retenir qu'elles sont impliqées dans des actions qui visent à repondre aux besoins des membres ou de la population.

    Pour les associations catholiques, le rôle des prêtres est déterminant dans la création et la dynamique associative à tendance religieuse. Dans l'exécution des projets, outre la dynamique interne aux associations à tendance catholiques comme « Tuungane », « wabrahimu » et ADL-assomption, celles-ci recourent à l'appui extérieur, soit auprès des associations congolaises comme Rotary Club, soit aux ONG et volontaires occidentaux. La société civile, qui logiquement, parle en leurs noms consulte moins la base associative rurale. Si elle la consulte, ce n'est que d'une manière irrégulière en milieu urbain, comme à Butembo.

    Dans leurs actions surtout en milieu urbain, les associations de tendance protestante, , s'associent non seulement aux ONG internationales et agences onusiennes pour assurer la visibilité de leurs projets mais elles collaborent aussi avec la coordination de la société civile, surtout à Beni où celle-ci se réunit régulièrement avec les autres associations, notamment en profitant des réunions de coordination organisées par le bureau de coordination des affaires huamaitaires, OCHA.

    CHAPITRE IV

    LES ANALYSES : APPORTS, LIMITES ET PERSPETIVES IV. 1 Les apports

    Les différents apports de la société civile en RDC sont liés directement à ceux des ONG qui ont tendance à s'identifier à cette dernière. On se rappelle, comme déjà dit dans le chapitre précédent, que le mot société civile est utilisé à tort et à travers, dans des sens divers et souvent contradictoires. François Houtart127 le confirme en disant :

    « le monde des ONG, celui des organisations de défense des droits de l'homme, de la solidarité avec le Tiers Monde, des mouvements féministes ou écologistes, s'identifie souvent avec le concept de société civile ».

    L'importance des ONG et donc de la société civile, est souvent présentée en la situant dans un contexte d'échec de l'Etat en Afrique. Les ONG ont proliféré en Afrique aussi bien géographiquement que fonctionnellement. Alors qu'au cours des décennies précédentes, elles étaient en grande partie limitées au travail humanitaire et à l'aide aux refugiés, les ONG se trouvent aujourd'hui présentes dans tous les domaines128. Elles se retrouvent dans l'agriculture, les soins de santé primaire, l'approvisionnement en eau potable, la réhabilitation des routes de desserte agricole, la microfinance, les droits humains, l'environnement, la lutte contre le VIH-SIDA, l'alphabétisation, etc.

    Comme le dit François Rubio, s'il est un secteur où le rôle des organisations non gouvernementales s'est imposé, c'est celui du développement. Ainsi, le secrétaire général des Nations Unies, dans un rapport de 1998 qui lui avait été commandé par l'assemblée générale des Nations unies sur les relations entre le système onusien et les organisations non gouvernementales, écrivait :

    « En termes de transferts nets, l'ensemble des organisations non gouvernementales représente la deuxième source d'aide au développement »129.

    Pour emboîter le pas de Gautier Pirotte, nous pouvons donc considérer que les apports des associations à tendance religieuse, faisant partie de la société civile, s'inscrivent dans une logique où celles-ci sont considérées comme lieux de contestation ou d'opposition et d'innovations sociales.

    127 HOUTART, François, « La société civile : enjeu des luettes sociales pour l'hégémonie » in Alternatives Sud. Société civile : lieu des luttes sociales, CETRI/L'Harmattan, Vol.V.1, Louvain-la-Neuve/Paris, 1998, p.5.

    128 YASH TANDON, « Un point de vue africain sur les ONG étrangères en Afrique : leurres et succès », in Alternatives Sud, Les ONG : instruments du néolibéralisme ou alternatives populaires ?, CETRI/L'Harmattan, Vol.IV(1997).4, Louvain-la-Neuve/Paris, 1998, p.62.

    129 RUBIO, François, Dictionnaire pratique des Organisations Non Gouvernementales (ONG), Ellipses, Paris, 2004, p.130.

    Leur création et émergence dépendent de deux conditions: la condition de nécessité et celle de cohésion sociale. D'une part la condition de nécessité traduit le fait qu'elles répondent à des besoins impérieux, non rencontrés par le marché, ni par les pouvoirs publics ; d'autre part, la condition de cohésion sociale qui pousse les gens à une dynamique communautaire plutôt que sur la mise en place de stratégies purement individuelles. Cette cohésion leur permet de mettre sur pied des solutions collectives répondant à la nécessité ressentie130. Jacques Defourny et David Develtere estiment que cette seconde condition pourrait aussi être évoquée en termes de « capital social » minimum.

    En fait, au sens de Robert David Putnam131 et de ses disciples comme James Coleman, la valeur collective de toutes les normes et relations sociales horizontales au sein de ces associations permettent la coordination d'actions en vue d'atteindre des objectifs communs. Ce que renforce Patrick Hunout en disant que cela conduit à un ensemble d'attitudes et de dispositions mentales favorisant la coopération dans la vie sociale. Ces types des relations augmentent la cohésion sociale et la productivité de la communauté.

    Dans cette optique, au niveau des innovations sociales, les associations et réseaux qu'elles composent sont devenus aujourd'hui une alternative lorsqu'il s'agit de trouver des solutions aux problèmes urgents sur lesquels l'Etat semble fermer les yeux.

    Dans l'électrification des milieux ruraux, l'exemple de Tuungane démontre à suffisance que l'Etat ne soutient pas ses activités. L'Etat se limite à octroyer des autorisations de fonctionnement qui ne sont d'ailleurs pas gratuites. En matière d'électricité, on peut clairement dire que les territoires de Beni et Lubero sont complètement oubliés par le gouvernement. Dans l'historique de l'électrification de ces deux territoires, on peut lire ou constater avec Kapray Chritian132 l'oubli total ou alors le manque de volonté du pourvoir de Kinshasa.

    Il énumère cinq tentatives d'électrification de ces territoires qui connurent souvent des échecs. La première initiative de l'électrification par l'Eglise catholique avec Monseigneur Kataliko en 1978 a souffert d'une absence totale d'autorisation de fonctionnement de la part du gouvernement central de l'époque et d'une mauvaise gestion des fonds de réserve. La deuxième tentative entreprise par la Communauté Economique Européenne, dans les années 1980-1990, était un projet dans un cadre bilatéral mais il n'a pas abouti car il a été détourné au profit de Mobay Mbongo, ville se trouvant dans la région

    130 DEFOURNY, Jacques et DEVELTERE, Patrick, « Origines et contours de l'économie sociale au Nord et au Sud », in DEOURNY, Jacques, DEVELTERE, Patrick et FONTENEAU, Bénédicte (Eds.), L'économie sociale au Nord et au Sud, De Boeck, Bruxelles/Paris, p.45.

    131 PUTNAM, Robert David, "Bowling Alone: America's Declining Social Capital», Journal of Democracy - Volume 6, Number 1, January 1995, pp. 65-78.

    132 KAKULE KAPARAY, Chritian, Op. Cit. , p181.

    de l'Equateur (province de l'ancien président Mobutu). La troisième et la quatrième tentatives ont été freinées par la guerre. La cinquième ou la dernière semble avoir réussi à Butembo sous l'initiative des opérateurs économiques regroupés au sein de la Fédération Economique du Congo. Ce dernier projet a par la suite connu des difficultés suite au mauvais choix des techniciens sud africains de l'entreprise Clackson Power. L'engouement de la population à souscrire à ce projet était énorme. Sur 5000 abonnés, 680 avaient été fournis en électricités mais cela n'a durée que deux ans.

    La condition de nécessité paraît évidente dans ce cas : l'électricité est devenue aujourd'hui incontournable pour l'amélioration des conditions de vie de la population de Beni et Lubero. Dans cette région à économie « dollarisée », basée sur l'importation et l'exportation, Butembo constitue un pôle commercial. Certains produits qui pouvaient être transformés localement continuent à être importés faute d'électricité. C'est qui fait qu'à l'heure actuelle, le mot électricité est devenu en RD. Congo comme un refrain ou alors comme un appât dans les campagnes électorales, tant présidentielles que législatives. On constate que, pour se faire élire il suffit de promettre l'eau potable et le courant électrique aux électeurs qui, dans la suite, se trouvent déçus. Cela prouve en suffisance que la population en a besoin.

    En ce qui concerne la cohésion sociale et dans le cas de Tuungane, cette condition se vérifie dans la mesure où le réseau des relations s'appuie sur une forte homogénéité sociale et ethnique. La plupart des membres sont non seulement des nandes mais aussi des paysans. Cette cohésion sociale est pour chaque membre une source de confiance dans le comportement. Or cette confiance est une composante essentielle du capital social car elle lubrifie les relations entre les membres.

    Quant aux activités de « Waibrahimu », les conflits récurrents dans la région maraîchère justifient la pertinence du projet dans la distribution des terres. C'est aussi une nécessité à la quelle l'Etat devrait répondre. L'accroissement rapide et la vente anarchique des terres sont autant des problèmes auxquels il faut trouver solution. Le fait pour un groupe d'avoir constitué une association dont l'objectif est de faciliter la migration à la recherche des terres montre que les membres se connaissent, qu'ils ont confiance en eux. Cette confiance leur permet de nouer des relations avec les chefs terriens du milieu d'accueil pour obtenir des terres et produire des quantités des vivres pour un temps bien délimité.

    En ce qui concerne MAAMS et PEAC, leur implication dans la lutte contre le VIHSIDA est une nécessité. Si l'homme est considéré comme facteur de production principal par les économistes, l'Etat devrait s'investir pour sa santé.

    On se souviendra que suite à la crise des politiques publiques et de plans d'ajustement structurel, l'initiative de Bamako a été lancée en 1987 dans le domaine sanitaire. Deux volets ont été introduits dans les structures sanitaires publiques et de participation communautaire. Le premier consistait non seulement en une politique publique de financement des soins de santé primaires par le paiement des médicaments et des services par les usagers mais aussi en une politique d'équité dans l'accès aux soins. Le second, par contre, visait la décentralisation du secteur de la santé par la création de districts sanitaires et la gestion conjointe de ressources générées par le personnel de santé. Après une décennie depuis le lancement de cette initiative, on se rend compte que cette initiative semble avoir échoué.

    L'insuffisance ou le manque des moyens financiers pousse les gens à l'automédication traditionnelle ou moderne. En RD. Congo, plus spécialement dans les territoires de Beni et Lubero, cela se renforce davantage en raison de la quasi inexistence des mutuelles de santé qui pouvaient faciliter l'accès aux soins. Si certains individus peuvent se regrouper pour créer une mutuelle de santé, elle finit toujours par connaître des problèmes : les membres qui ne tombent pas malades et qui, par ricochet, ne bénéficient pas des avantages de la mutuelle tout en étant en ordre dans les cotisations, finissent toujours par abandonner le système.

    De la même façon, en matière de VIH-SIDA, l'équation devient encore compliquée suite au manque d'antirétroviraux pour ceux qui peuvent avoir la capacité de s'en procurer mais suite aussi à la marginalisation dont les porteurs de cette maladie sont victimes. Ils sont pointés du doigt par certains et finissent par vivre avec la maladie en jouant au jeu de cache-cache. Il faut alors chercher à les découvrir par des stratégies appropriées en utilisant la sensibilisation et d'autres moyens. Dans cette optique, l'apport des associations comme MAAMS et PEAC n'est pas à négliger. Les dépenses qu'elles effectuent pour leurs projets, est un ballon d'oxygène pour les opérateurs économiques locaux. Le personnel employé par celles-ci dans différentes activités a des implications au niveau social.

    En somme, les synergies que ces associations de tendance religieuse mettent en place sous le label de la société civile, leurs donnent du poids face à un Etat qui ne fait qu'octroyer des autorisations de fonctionnement. On ne doit pas oublier que ces mêmes associations constituent une base imposable crédible : elles sont souvent considérées comme des bons payeurs pour les bureaux ou entrepôts qu'elles prennent en location par rapport à d'autres acteurs locaux. Les propriétaires des maisons se bousculent pour décrocher un locataire qualifié d'ONG. Celles-ci en payant leur loyer retirent directement à

    la source 18% de la location qu'elles versent au service des impôts. Sans cette stratégie, l'impôt sur le revenu locatif échapperait à l'Etat, le locataire n'étant pas une personne morale comme les ONG. Cet impôt sur le revenu locatif est en charge du propriétaire mais retenu à la source par l'ONG locataire. De même, le personnel qu'elles emploient est soumis au paiement de l'impôt sur la rémunération professionnelle.

    Finalement, l'Etat se retrouve affaibli devant une société civile, influencée ou dominée par les confessions religieuses qui sont impliquées dans tous les secteurs socioéconomiques.

    IV.2 Les limites

    1. Les limites générales

    Les apports des associations sans but lucratif et des ONG locales dans le territoire de Beni et Lubero ne doivent pas cacher certaines réalités considérées comme limites pour celles-ci. Parmi les limites générales, on peut citer la tendance des ONG à prétendre représenter toute la société civile du territoire ; de même que la tendance des leaders des associations de devenir plus tard des politiciens. Puis il y a le fait que servir une ONG est devenu une profession. Enfin, la gestion des associations locales est souvent opaque.

    Sur le plan de la représentativité, l'analyse faite des cinq associations, montre visiblement que la société civile des territoires de Beni et Lubero a du mal à étendre son pouvoir auprès des associations qui se trouvent en milieu rural. 67% des enquêtés en milieu rural, notamment à Lukanga, connaissent la société civile mais ne savent pas réellement quel est son agenda. Pour certains, la relation est très étroite. La coordination de la société civile ne les consulte pas sauf dans les associations urbaines qui sont invitées à certaines réunions et exécutent des projets en commun. La société civile apparaît comme une affaire ou un mouvement des associations urbaines et non des paysans. Cette situation met en doute la légitimité et la représentativité dont se réclament certains.

    Dans cette logique, Thierry Pech et Marc-Olivier Padis133 disent que le caractère global et représentatif des ONG suscite deux types de réflexion : celle concernant la géographie d'une société civile un peu rapidement qualifiée de « globale », alors qu'il existe des déséquilibres de représentation entre les différentes régions du monde, et l'autre, concernant la représentativité dont elles se réclament, alors que la nature des causes qu'elles défendent ne suffirait peut-être pas pour leur octroyer la légitimité.

    Ces deux auteurs analysent essentiellement la représentativité et la légitimité internationale de la société civile au niveau international. Mais au regard de se qui se passe

    sur le terrain, on constate une comparable situation au niveau de la société civile locale des territoires de Beni et Lubero.

    Au niveau de la tendance politique des leaders des associations ou ONG locales, ceux-ci sont accusés par la base de se servir de l'association pour accéder aux postes politiques. Sur 130 personnes enquêtées, 63% répondent positivement. Pour Emile Le Bris134, les associations confessionnelles de développement constituent désormais un mode d'accès à des positions politiques ou, à tout le moins, un puissant moyen d'influence. Pour les adeptes de l'Eglise évangélique, la politique ne se conçoit plus comme une souillure mais bien comme un devoir et il n'est pas imaginable de la conduire en amateur.

    A partir du moment où, en RD. Congo, la société civile a été représentée dans la période transitoire au sein des institutions politiques, cette thèse ne peut surprendre personne. Dans cette logique, les leaders sont également accusés d'être complices du pouvoir au lieu de lui faire le contre pouvoir.

    Le professionnalisme affiché par les ONG, elles l'ont acquis du fait de leur plus grande capacité à côtoyer « les plus pauvres » et à atteindre des régions isolées, mais aussi par leur tendance à encourager la participation locale et à coopérer avec les acteurs locaux et les populations bénéficiaires, en donnant la parole aux groupes marginaux ; grâce à leur faible coût de fonctionnement, à leur capacité à innover et à s'adapter aux changements, elles contribuent à la consolidation des institutions et organisations locales135.

    Cette professionnalisation a plusieurs conséquences auxquelles Pirotte fait allusion et que nous considérons comme des limites. On peut évoquer l'effet d'uniformisation des ONG dans leurs modes opératoires et structures organisationnelles avec des conceptions des projets similaires : ce qui pose un réel problème d'identité et d'ancrage local par rapport aux populations bénéficiaires.

    A cela s'ajoute le développement d'une logique clientéliste sélective des bailleurs de fonds à l'égard des ONG : ce qui crée une dépendance financière alors qu'elles sont censées incarner les nouvelles sociétés civiles. Sur ce point, on constate aujourd'hui que les projets financés ne reflètent pas nécessairement les besoins. La plupart des projets sont conçus par les leaders de l'association ou par l'ONG qui est informée de la disponibilité de fonds dans une matière spécifique. Ce qui revient à dire que ce sont les appels à propositions, les offres, qui suscitent les demandes chez les bénéficiaires alors que c'est l'inverse qui serait souhaité. Le projet financé ne l'est pas parce qu'il a été bien conçu mais

    134 Le Bris, Emile, Préface du livre, in René OTAYEK, Dieu dans la cité. Dynamiques religieuses en milieu urbain ouagalais, CEAN, Bordeaux, s.d., p.8.

    135 Henrik Secher Marcussen, cité par Gautier Pirotte, op.cit, 2007.

    parce que les responsables ont des relations avec l'évaluateur représentant les donateurs sur le terrain.

    Par ailleurs, le fractionnement apparent dans le paysage des ONG conduit certaines d'elles à être exclues des ressources financières. Cette fracture est due à l'apparition, d'une part, des ONG professionnalisées et insérées au sein des réseaux transnationaux, et, d'autre part, celles laissées en marge de ces réseaux.

    Les ONG sont accusées d'être opaques. Pour Samy Cohen136, beaucoup d'ONG sont relativement opaques et leur représentativité est sujette à caution. Elles n'ont pas les mêmes objectifs, ne défendent pas les mêmes valeurs et n'entretiennent pas les mêmes rapports à l'État. A ce sujet, les fonds qui leur sont alloués de l'extérieur ne sont jamais connus. Lorsqu'on pose une question sur les finances d'une organisation, rares sont celles qui répondent positivement, alors que dans l'opinion publique tout le monde sait que la plupart des fonds alloués vont alourdir la dette de l'Etat. Se pose alors la question de savoir qui est l'Etat, si ce n'est cette population qui devrait avoir le droit d'être informée sur les fonds attribués aux associations ?

    Enfin, la limite générale qui doit être soulignée est celle de l'ambiguïté créée par la société civile. La constitution d'une société civile forte et autonome par rapport au champ politicien crée de l'ambiguïté, alors qu'elle devrait atténuer et neutraliser les dérives qui assurent la conservation du pouvoir. Comme le dit Jean-Claude Willame137 au début des années 90, comme ailleurs en Afrique, certains milieux d'églises ont effectivement formé la pointe avancée d'une société civile en gestation. Alors qu'au Kenya et au Madagascar, certains milieux d'églises ont pu se former et se situer clairement et sans ambiguïté par rapport aux dérives politiciennes, la situation est plus ambivalente dans le cas du Zaïre, l'actuel RD. Congo.

    En effet, en ce qui concerne la République Démocratique Congo, si on passe en revue la situation des milieux confessionnels dans la fondation de la société civile, il y a lieu de constater des divergences. L'église catholique, avec les associations qu'elle encadre a beaucoup milité pour des reformes. Au niveau protestant, les chefs de file des églises ont tenu dans le temps un discours conduisant à l'absentéisme. Pour les kimbanguistes, la situation est tout à fait autre. Cette église a été considérée dans le temps comme étroitement liée au pouvoir de la deuxième république, si bien qu'aucune opposition ou contre-pouvoir ne s'est manifesté de sa part. Mais en RD. Congo, catholicisme et

    136 COHEN, Samy, « ONG altermondialistes et société civile internationale », colloque sur les mobilisations altermondialistes, organisé par le GERMM-AFSP, Paris, 3-5 décembre 2003, p.16 disponible sur : http://www.afsp.msh-paris.fr, consulté le 4 avril 2008.

    137 Jean-Claude Willame, Gouvernance et pouvoir. Essai sur trois trajectoires africaines, Madagascar, Somalie, Zaïre, Cahiers Africains, Institut Africain - CEDAF, n°7-8, L'Harmattan, Paris, 1994, p. 137.

    protestantisme ont été défiés par une vague de groupes des prières et l'arrivée des évangélistes.

    2. Les limites particulières

    a. Les limites de TUUNGANE

    L'association « Tuungane » accuse certaines faiblesses. Il s'agit, par exemple, de la faible participation aux réunions des associations et membres fondateurs. Les associations qui appartiennent aux intellectuels et qui, au début, ont été actives finissent par ne plus participer. Selon les responsables de « Tuungane », les associations locales abandonnent le réseau lorsqu'elles n'y trouvent plus d'intérêt ou lorsqu'elles estiment avoir la capacité de nouer des relations avec les bailleurs des fonds indépendamment du réseau. Ce qui pousse à croire que la présence de certaines d'entre elles aux réunions serait due au manque de bailleurs de fonds propres. La philosophie des associations par rapport aux réseaux comprend ainsi plusieurs zones d'ombre qui nécessitent d'être éclairées.

    Par ailleurs, dans la catégorisation des bénéficiaires de ses réalisations, comme pour la dentisterie, les critères sont encore flous. Le fait qu'une personne soit venue du milieu urbain pour poursuivre les soins dentaires à Lukanga ne signifie pas que celle-ci soit d'une classe nantie. Des clarifications doivent être faites en cette matière.

    Enfin, les non-membres du réseau « Tuungane », accusent l'organisation d'être entièrement dépendante des initiateurs, surtout de l'abbé Giovanni Piumatti. Pour eux, il n'y a pas de démocratie lorsque les responsables du réseau ne sont pas ouverts à toute question posée. Sur 20 personnes contactées sur cette question et sur l'avenir du réseau, 65% de celles-ci estiment que la plate-forme pourra disparaître au départ de Giovanni. Le manque de motivation, poursuivent-ils, des techniciens qui installent les différents moulins dans la région renforce encore cette situation alors que ce sont eux qui doivent gérer les différents projets dans le futur.

    b. Limites de l'association « waibrahimu »

    A voir le projet de l'association « waibrahimu », celui-ci est intéressant et apprécié. Il y a urgence à trouver une solution durable aux conflits fonciers qui se vivent dans l'est de la RD. Congo. Mais la question que l'on doit se poser est de savoir s'il existe vraiment de terres vacantes en RD. Congo qui peuvent susciter l'appui à la migration de la part des bailleurs internes et externes. Ces activités semblent être entreprises en dehors d'une étude sociologique ou anthropologique du milieu d'accueil. Aujourd'hui les membres de l'association « waïbrahimu » sont dans une nouvelle étape et se demandnet s'il est opportun d'envisager une migration vers Mambasa parce qu'ils sont confrontés à d'énormes difficultés tant de la part de population locale de Muhanga qui les avait

    accueillis que de la part des forces rebelles vivant dans la forêt. Les premiers estiment que les membres et bénéficiaires des actions de cette association retirent trop d'avantages du prêtre qui les soutient et des terres qu'ils ont mises à leur disposition. Les seconds se comportent en véritables groupes de terreur vis-à-vis des « waïbrahimu ».

    Si les « waibrahimu » se heurtent à des difficultés à Muhanga où ils ont été accueillis par des nandes, autochtones, on ne sera pas surpris de voir les mêmes difficultés surgir à Mambasa dans la province orientale où les populations sont les peuples « lese, bila » et pygmées avec des cultures tout à fait différentes. Si aussi la plupart de ces tribus sont des chasseurs dans la forêt, accepteraient-ils que cette forêt soit abattue pour en faire des champs les privant ainsi du gibier dans l'avenir ? Un chef terrien peut accepter, volontiers, ce projet parce qu'il est ami ou a été influencé par quelques personnes leaders du milieu (prêtre, administrateur local, ...) ; cela n'exclut pas que de nouveaux conflits surgissent autour de la terre entre les descendants. Dans cette hypothèse, ce projet sera lui-même porteur des conflits et la cohésion sociale risquera d'être entravée.

    Par ailleurs, les défenseurs de l'environnement vont-ils laisser des associations pareilles poursuivre les recherches des terres au service de l'agriculture, alors que le combat actuel tourne autour des espèces à protéger. Les responsables interrogés en cette matière estiment que le fait de migrer vers Mambasa permettra aux membres de l'association d'accéder à des terres plus grandes qu'à Muhanga/Bunyatenge avec la possibilité de diversifier leurs cultures : celle du riz et du palmier à huile. François Houtart138, s'oppose catégoriquement à l'expansion de la palme africaine. Il estime qu'elle conduit à l'impact social et écologique négatif. Cette extension poursuit-il, est une solution à la destruction du milieu naturel à l'encontre des accords de Kyoto.

    A notre avis, c'est aussi oublier les caractéristiques de certains peuples qui sont attachés vitalement à leur terre lorsqu'on entreprend un projet de glissement de la population. La preuve en est que les personnes ayant souscrit au projet « waibrahimu » continuent à conserver leurs lopins de terre dans les villages d'origine comme Lukanga, Masereka, Magheria,...Ceux-ci sont entretenus pour les comptes des migrants par les membres des familles restés au village. On est donc loin d'avoir trouvé la solution au problème.

    Par ailleurs, le flou qui entoure la loi foncière congolaise ne fait que renforcer l'ambiguïté et l'embarras dans l'esprit des usagers de la terre congolaise.

    138 HOUTART, François, « L'expansion de la palme africaine. Un projet mondialement et écologiquement destructeur », in Essais : agriculture, développement durable et mondialisation, éditions Colophon asbl, Bruxelles, 2006, p.99.

    Comme le dit René Okitundu Avoki139, visiblement il n'existe pas des terres vacantes en RD. Congo, sauf dans l'esprit du législateur. Malgré l'absence de bornes et poteaux délimitant les propriétés, chacun vous dira, sans hésitations, « au-delà de cette rivière, commence le territoire de telle communauté et à partir de telle vallée nous sommes dans nos terres ». Pour lui, en réalité cela veut dire simplement qu'il y a des frontières non écrites qui délimitent leurs territoires et que, par conséquent, ces terres ne sont pas vacantes.

    c. Les limites d'ADL-assomption, MAAMS et PEAC

    Parmi ces trois organisations situées en milieu urbain, il faut faire remarquer qu'aucune ne se spécialise dans un domaine précis. Elles ont tendance à intervenir dans plusieurs domaines. La conséquence d'une telle stratégie, certains programmes ne sont pas ou peu mis en oeuvre et peut, par ricochet, conduire à leur inefficacité sur le terrain.

    Une attention particulière peut être portée sur MAAMS. Le choix des activités de formation à la coupe-couture, au tricotage et à la broderie devrait être revu. La tendance actuelle sur terrain est à l'achat d'habits déjà cousus. Cela constitue une nouvelle donne dont on doit tenir compte si l'on veut éviter de former des personnes qui, du jour au lendemain, se retrouveront sans marché même si on leur a fourni le matériel à la de leur formation.

    IV. 3 Les perspectives : avenir associatif des territoires de Beni et Lubero.

    L'avenir des associations, et donc de la société civile locale, dépend de leurs apports, des facteurs de leur création tant internes qu'externes, ... Qu'il s'agisse des associations catholiques, protestantes ou autres au sein des territoires de Beni et Lubero, toutes naissent des besoins de leurs membres ou de la population qui, d'une manière ou d'une autre, bénéficient des réalisations et leurs dépenses. Cependant, la réussite n'est possible que lorsqu'il y a cohésion sociale.

    Dans cette logique, toute activité devrait s'inspirer d'abord de la culture locale. En tant que processus de transformation de la société, les pratiques associatives peuvent être liées à la construction des identités140. Si l'association existe parce que les membres sont issus d'une même ethnie, d'une même religion, d'une même école, d'un même village, d'une même activité ou d'un secteur ou encore ont un même bailleur de fonds (donateur), elle sera jugée par rapport à sa dynamique et par rapport au contexte de son évolution.

    139 OKITUNDU AVOKI, René, « Gouvernance locale et communauté de base au Congo (RD) », in Sophie Charlier, Marthe Nyssens, Jean-Philippe Peemans et Isabel Yépez del Castillo. Une solidarité en actes : gouvernance locale, économie sociale, pratiques populaires face à la globalisation, presses universitaires de Louvain, Louvain-la-Neuve, 2004, p.248.

    140 DELIEGE, Robert, « Les associations comme supports identitaires », in Momar-Coumba Diop et Jean Benoist (dir), op.cit ., pp.103-106.

    C'est pourquoi dans les territoires de Beni et Lubero, les associations à tendance religieuse dans leurs actions doivent privilégier celles qui sont issues des besoins locaux plutôt que d'actions opportunistes. En conséquence, le manque de donateur pour un réseau d'associations ayant des actions opportunistes peut conduire à sa dissolution ou à sa faillite. Un danger existe aussi pour les associations qui sont attachées à des personnes influentes qui interviennent comme courtier de développement dans l'obtention ou la canalisation des fonds.

    Les différents bureaux de coordination de la société civile, Beni et Lubero, devront être proches de la population quelle soit rurale ou pas s'ils veulent connaître ses vrais besoins. Si toutes ces activités nécessitent des moyens financiers, nous pensons que le rôle de l'Etat congolais ne devrait pas se limiter à la fourniture des documents administratifs aux acteurs non étatiques, comme aux associations. Il faut, en outre, octroyer des subsides permanents et suffisants de la part de l'Etat pour permettre de répondre aux besoins primordiaux.

    Lorsque les associations, religieuses ou non-religieuses, composant la société civile dépendent de financements extérieurs, elles peuvent connaître certaines dérives : elles ne connaissent pas l'agenda des institutions qui les financent ou des courtiers qui interviennent en leur faveur. L'indépendance des associations est ainsi remise en question. La nécessité d'un Etat minimum stable et organisé permettrait à ces associations de répondre aux besoins à travers son soutien. Cela peut se lire dans les propos de François RAILLON qui dit :

    « La dérégulation et la privatisation sont appelées à confiner l'État dans ses fonctions régaliennes, et à confier à la société civile - aux associations - le soin de gérer le pays. La condition d'épanouissement de la société civile, selon le nouveau credo, est l'État minimum... De même que le marché a besoin de règles et d'une autorité régulatrice pour fonctionner, la société civile requiert l'existence d'un État ordonné et stable. »141

    Conclusion partielle

    La grille analytique utilisée dans ce chapitre montre que les apports de « Tuungane », « waïbrahimu », ADL-assomption, MAAMS et PEAC sont nombreux et que la réussite dépend de la reconnaissance des besoins et de la cohésion sociale. Les besoins sont multiformes. Certains doivent être rencontrés court terme (urgence auprès des déplacés, les dénonciations par les associations de violation des droits de l'homme,...) ; d'autres à moyen et à long terme (besoins d'électrification). Chaque association essaie de

    141 RAILLON, François, « A la racine de l'herbe : les infortunés de la société civile en Indonesie », in Démocratie et société civile. Une vue du Sud. Revue internationale de politique comparée, vol. 9, N°2, De Boeck & Larcier, Bruxelles, 2002, pp. 245- 259.

    trouver d'autres acteurs avec lesquels elle peut collaborer et lui faciliter la tâche afin de réaliser les objectifs assignés. On y arrive par diverses synergies résultant de partenariats tant internes qu'externes.

    En ce qui concerne l'Etat, celui-ci n'intervient qu'en termes administratifs visant à la reconnaissance des activités des associations étudiées. Toutefois, quelques unes d'entre elles se trouvant en milieu urbain, comme MAAMS et PEAC, ont déjà bénéficié du soutien du PNMLS, Programme National Multisectoriel de Lutte contre le SIDA : un programme dépendant de la présidence de la république. Ainsi donc, la part de l'Etat dans les actions sociales face aux associations est minime, du moins pour celles qui ont été prises dans échantillon.

    Mais, les critiques concernent aussi ces associations. Celles-ci sont accusées en raison de :

    - l'opacité dans leur gestion. Ce qui pousse certaines personnes à douter de leur avenir ;

    - la main-mise par certains responsables et/ou structures, comme les paroisses, sur base de leur statut de leaders ;

    - l'ambiguïté dont elles font montre par rapport à leur position politique, la tendance à se pencher vers les projets opportunistes, ...

    CONCLUSION GENERALE

    Cette étude a été consacrée à l'analyse des actions des organisations ou associations à tendance religieuse qui font partie des composantes de la société civile locale dans les territoires de Beni et Lubero. Ces actions ont été analysées du point de vue social et économique afin de comprendre la dynamique de développement.

    Dans cette question de recherche, on a visé essentiellement à comprendre la part de ces associations dans cette dynamique. On a alors constaté combien les confessions religieuses dont elles sont issues se retrouvent de façon implicite mais réellement déterminantes dans le développement local face à un Etat qui semble être moins engagé dans ce sens. Pour appréhender cela, il a fallu d'abord connaître les facteurs qui expliquent la création des associations dans les territoires de Beni et Lubero, puis analyser les stratégies d'acteurs mis en oeuvre pour réaliser les objectifs, et enfin, dégager leurs apports et limites avant de proposer quelques pistes pour l'avenir.

    Pour parvenir à comprendre cette problématique, le travail a recouru à quatre chapitres dont le premier a tenté de clarifier les concepts de base dans leur contexte historique et géographique ; le deuxième a présenté le milieu et analysé l'historique du christianisme et du mouvement associatif de Beni et Lubero ; le troisième a procédé à l'étude de cas et le dernier, passe en revue les apports, limites et perspectives relatives à ce secteur.

    En résumé, divers facteurs sont déterminants dans la création des associations quelle que soit leur tendance :

    - les facteurs historiques et culturels montrent que dans les territoires de Beni et Lubero, habités par les nandes, l'individu est au service de la communauté parentale mais aussi au service de la communauté villageoise. Ce qui explique l'existence de différentes formes associatives traditionnelles qui permettent l'individu de vivre en harmonie avec les autres. Il doit s'associer aux autres pour réaliser certains travaux au village, pour repondre à la multiplicité des besoins auxquels il faut trouver solution tant à court terme qu'en long terme,

    - les facteurs liés aux conflits fonciers qui conduisent les gens à se regrouper pour trouver des terres accessibles,

    - Les autres facteurs sont liés à la présence de bailleurs ou donateurs et poussent les associations à naître ou à former des réseaux pour bénéficier des fonds dans tel ou tel secteur.

    Tous ces facteurs ne peuvent être considérés isolement. Quant au rôle des prêtres ou des pasteurs d'églises, il devient souvent déterminant. Leur statut social leur permet d'accéder à certaines choses que la base n'a pas. Les églises permettent aux associations de se rendre crédibles. Les projets qu'elles réalisent leurs permettent de faire face à l'Etat qui, en principe, devrait les prendre en charge dans ses fonctions régaliennes. Par exemple, lorsqu'il s'agit de l'électrification qui apparaît parmi les interventions de la majorité d'associations répertoriées en annexe ; ou lorsqu'il s'agit de la prise en charge des malades du SIDA, ou la sécurité alimentaire, ...Si certaines associations naissent de manière opportuniste, c'est-à-dire en raison de la présence des bailleurs de fonds sur le terrain, cela a aussi des conséquences négatives. Le départ des intermédiaires ou le manque de donateurs dans l'avenir, pourrait conduire, à long terme à des conflits sociaux et à la dissolution des associations. D'où la nécessité d'avoir un Etat stable pour soutenir les actions, tant sociales qu'économiques.

    En somme, nous pensons avoir vérifié notre hypothèse principale selon laquelle la multiplication des associations a un impact sur le développement. Le fait que les associations de tendance religieuse soient impliquées dans différents domaines témoigne de cette dynamique. Chacune essaie, pour sa part, de répondre non seulement aux besoins nécessitant des actions urgentes mais aussi à ceux nécessitant des réponses à long terme.

    En consultant les associations, nous nous sommes rendu compte qu'aucune d'entre elles n'a montré le rôle des opérateurs économiques privés dans la réalisation des activités. Pour MAAMS, par exemple, comme ces opérateurs visent le lucre, il importe que les acteurs à but non lucratif ne puissent pas collaborer ou participer au projet. Quel qu'il soit, sur terrain, les opérateurs économiques privés nationaux et internationaux ont des actions qui se réalisent et qui pourraient avoir des liens avec les associations sans but lucratif tant religieuse que non religieuse.

    Le domaine du développement est donc vaste et complexe. Une étude ultérieure pourrait être consacrée au développement local résultant, d'une part, des interactions entre les associations locales, religieuses ou non religieuses et, d'autre part, des institutions privées à but lucratif. Ces dernières peuvent être nationales ou étrangères.

    103
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    AUTRES DOCUMENTS

    KANISA LA KRISTO MU CONGO, shirika la kibatste katikati ya Afrika, poste ya Katwa, hotuba ya historia ya CBCA kuhusu yubile ya miaka sabini na tanoya upashaji ya habari njema katika jamuhuri ya kidemucratia ya Congo, [discours de l'histoire de la CBCA à l'occasion du 75ème anniversaire de l'évangélisation de l'église protestante au Congo], document swahili traduit en français et prononcé à Katwa le 23 mai 2004, 16p.

    SOURCES INTERNET

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    - Groupe consultatif sur la société civile et l'efficacité de l'aide. Un dialogue à intervenant multiples sur la société civile et l'efficacité de l'aide. Rapport final du Forum International, tenu du 3 au 6 février, Hôtel Château Cartier, Gatineau (Québec), disponible sur http://www.ccic.ca/f/002/aid.shtml#intl forum visité en date du 15 juillet 2008.

    - RENE, François, et DANIEL, Patrick, Archives de documents de la FAO. Les ressources halieutiques du lac Edouard/Idi Amin, Recueil de documents présentés à la Consultation technique des lacs Edouard et Mobutu partagés entre le Zaïre et l'Ouganda, 17-21 septembre 1990, Kampala/Ouganda. Disponible sur : http://www.fao.org/docrep/005/AC758F/AC758F04.htm visité le 15 juin 2008.

    - MACHOZI K., Vincent a. a, « Enjambée historique de l'Eglise protestante du Grand Nord », in Beni-Lubero Online disponible sur : http://www.benilubero.com/index.php?Itemid=2&id=316&option=com content&task=view visité au 13 mai 2008.

    - ROOIJACKERS, Marinus & PLOQUIN Jean-François, alerte à l'opinion nationale et internationale, communiqué de presse, Centre d'Information et de Solidarité avec le Congo-Kinshasa (COSI), Lyon 16 novembre 1999, disponible aussi sur http://www.congonline.com/Forum1/Forum04/Katahwa05.htm, consulté le 5 juin 2008.

    - Charte humanitaire disponible sur www.sphereproject.org visité le 30 juin 2008.

    - COHEN, Samy, « ONG altermondialistes et société civile internationale », colloque sur les mobilisations altermondialistes, organisé par le GERMM-AFSP, Paris, 3-5 décembre 2003, p.16 disponible sur : http://www.afsp.msh-paris.fr, consulté le 4 avril 2008.

    TABLE DE MATIERES

    Dédicace

    Remerciements

    . i

    ii

    INTRODUCTION

    . 1

    1. Etat de la question

    1

    2. Problématique

    3

    3. Hypothèses de travail

    4

    4. Objet et but de la recherche

    5

    5. Méthodologie

    . 6

    6. Subdivision du travail

    .. 10

    7. Difficultés rencontrées

    10

    8. Zone d'étude

    ... 11

    CHAPITRE I : CADRETHEORIQUE : ORIENTATIONCONCEPTUELLE

    .... 12

    I.1. Les associations

    12

    1. Quelques définitions

    12

    2. Historique du mouvement associatif

    14

    3. Motifs de création et typologies

    17

    4. Rôle et importance des associations

    18

    I.2. Notion de société civile

    .19

    I.3. Confession religieuse et développement local

    22

    Conclusion partielle

    . 24

    CHAPITRE II : HISTORIQUE DU CHRISTIANISME ET DE LA SOCIETE

    CIVILE EN TERRITOIRES DE BENI ET LUBERO 25

    II.1. Présentation du milieu 25

    1. Le territoire de Beni 25

    2. Le territoire de Lubero 29

    II.2. Historique du christianisme des territoires de Beni et Lubero .. 31

    II.2.1. Période précoloniale : phase exploratoire 32

    II.2.2. Période coloniale : 1885 - 1960 36

    II.2.3. Période postcoloniale : 1960 à nos jours 47

    II.3. Contexte évolutif de la société civile dans les territoires de Beni et Lubero 54

    II.3.1. Rappel . 54

    II.3.2. Le mouvement associatif et ONGD de Beni-Lubero .. 56

    1. Les associations traditionnelles .. 57

    2. Les associations modernes 59

    Conclusion partielle . 62

    CHAPITRE III : ETUDE DE CAS 64

    III.1. Les associations de tendance catholique . 64

    1. Le réseau « Tuungane » . 64

    2. Les « waïbrahimu » 73

    3. L'association ADL- assomption : Appui au développement Local 76

    III.2. Les associations de tendance protestante . 77

    1. L'association MAAMS 77

    2. La PEAC 83

    Conclusion partielle . 84

    CHAPITRE IV : LES ANALYSES : APPORTS, LIMITES ET PERPECTIVES.. 85
    IV.1. Les apports 85

    IV.2. Les limites 89

    IV.3. Les perspectives . 94

    Conclusion partielle 95

    CONCLUSION GENERALE 97

    BIBLIOGRAPHIE 99

    ANNEXES 106

    ANNEXE 1 : Liste des organisations membres du réseau Tuungane . Source : réseau Tuungane ANNEXE 2 : Tableau synoptique des acteurs de développement local de beni et lubero. Source : CAID - asbl + nos enquêtes

    ANNEXE 3 : Questionnaire d'enquête.

    ANNEXES

    ANNEXE I : LISTE DES ORGANISATIONS MEMBRES DU
    RESEAU TUUNGANE
    .

    Sydip Luotu, Uwaki/Pabuka, Développement de base Musenda, Moulin Lubero, Umoja/Kilalo, Cofamu/Mutwanga, Masua/Mbwarara, SIDEPAM/Mambasa, UPOMA/Magheria, Comité de développement Hutwe, APACOKi/Kasando, Afia njema/Ngitse, Comité de développement Vusesi/Bwinu, Apronut/Kirumba, Comité de développement Secteur Kalambo, Art 15 Lukanga, MOMULI/Aloya, Umoja/Malende, Ifed/Vusalya, APACOKI/Kasando, Comité de développement Mole Amini Yesu, Comité de développement Luotu-lac-Ngekeni, Comité de développement Katetsa , Tusharikiane/Bingi, Comité de développement Musenda, APEMABU/Buhoyo, UWAKI/Somicar, Comité de développement Kaghuli-lac, COFEKA/Kabasha, Comité de développement/Karuruma, Umoja/Visusuti, Tusaidiane/Kirirya, APDL/Bukununu, Tuyitsinge/Vulambo, comité de développement Masereka-Sayo, Comité de développement Wepete/Kaseghe, Comité de développement Luotu, Umoja/Kahondo, IFED/Kasongwere, Ifed/Vukoka-Kivira, Comité de développement/Bweteta-Ngulo, COOFEKA/KanyatsiBuna, SYDIP/Kyavisimi, RECONG-Ngeleza, LIMABEK/Mutendero, CODEMUKO Kyulo, Secteur Kalambo, IFED/Mikondero, Tusikanaye Vikindwe, ACUKA Kaseghe, Tupime Tutawaza Ikuvula, Comité de développement Muhanga ,Comité de développement Katwe-Kabate, Comité de développement Mubana, Ovughuma ko kaghala, CODEKA Kavingu, Tuwatikanaye/Kagheri, Tulimiane, DECOVU/Vutsorovya, Comité de développement Katondi, APPEDEKI/Kibirizi, Mwangaza /Mihaki, Cofamu/Mutwanga, Comité de Développement Mubana, Uwaki/Beni, Comité de développement Kimbulu, Umoja Kilalo, Tuyire tuti Kiyite, Bwera si bukoni, Tusharikiane, ACUBELE/KatolaBambu, COAKA/Kabanda, ACUCOBA/Birenge, COAKI/Kibingu, IFED/Katwe, IFED/Bulotwa, Amukeni Bukendo, Caritas/Bukendo, Devel/Bukununu, Paysan club Munoli, IFED/Buruse , Comité de base Kasongwere, Buuma Kokaghala, IFED/ Bulambo, Ifed/Mubugha , Maendeleo Lubango, Ifed Muvugha, Comité de développement Bangi si vavi/Buleshe-Kyondo, Tuonane/Kiragho, IDM/Mutiri-Butembo, Tukeberane Makima, ADM/Makima, UADEKI, Tusaidiane Njip-lac, Songa Mbele, UWAKI/Kalimbuta, IFED/Mundiba, UADEKI/Kipuli, UWAKI/Magheria, Ifed Kalengehya,Ifed Kyondo, Tuwatikanaye, COOFA/Iaviro, Ifed/Katiri, CODECOKA, Umoja Kilalo, Kashalira Kibirizi, Comité de développement Biambwe, Comité de développement Bimoti, Umoja ni Faida, Coofengu/ Ngumo, Wangeve syatevwa, Epasu Moti/Ndoyo, Kuchoka ni faida, Vangi si Vavi/Musienene-Vuhambo, Comité de développement/Maboya-Ngulo, CODECIKA, Comité de développement Mbungwe, COOAPEJAZOO/Bulongo, Baraza la hekima, IFED /Kayna, Comité de développement paroisse Kitatumba, Twanzane Mbingi, IFED/Vahyana, Tusharikiane/Katondi, Pas à pas Kiribata, UWAKI/Lisasa, Tuwatikanaye /Kasima, Situluhe/Nyabili, Mwangaza, Comité de développement Paroisse Kanyabayonga, Comité de développement secteur Miriki, Comité de base de Musenda/Kighali, Umoja Kilalo, DECROUBU/Kalunguta, COCALU /Lushebere, IFED/Bikara-lac, Tusikilizane Butakonda, Tusikilizane/Kirirya, Anea/Kipese, Tusaidiane/Kasomero, COD/Kanyabayonga, Codeka/Kaseghe , Kamandi centre, Tuendelee/ Mataba, Kihanda si kilwa, Comité de développement/Visiki-Mambingi, EKA/Mahamba, Comité de développement cité Kanyabayonga, IFED/Kyangendi, Comité de développement Kasongwere, Centre SYDIP/Vuole, IFED/Kalimba-Lukando, UWAKI/Vukununu, Mwangaza Mihake, COODERUKA/Katolu, Comité de développement Malende, Comité de développement Kasinzwe, Situlwike/Vutongole, Comité de développement Ngoya, COFEKA/Kabasha, Techniciens Tuungane, Comité de développement Mambingi, Comité de développement Kasima, UWAKI-Tuungane/Beni, CDRKI/Kipese, Comité de développement Kasongwere.

    ANNEXE 2 : Tableau synoptique des acteurs de développement de Beni et Lubero Source: CAID-asbl + nos enquêtes

    Tableau n° : répertoire des acteurs de développement de Beni et Lubero

    N° d'ordre

    Dénomination

    Sigle et date de création

    Siège

    Rayon d'action

    Domaines d'interventions

    1

    Association Coopérative

    pour Electrification des Agglomérations au Nord-Kivu

    ACOELAR 1999

    Butembo

    Nord-Kivu

    Transformation, Electricité

    2

    Association des

    Cultivateurs des

    Collectivités des Bamate et Batangi

    ACUCUBA 1987

    Kirumba

    Collectivité Batangi

    Agriculture, Transformation, Ecologie

    3

    Association des Femmes pour le Progrès Social et Culturel

    AFPCS

    1998

    Butembo

    Nord-Kivu

    Défense de Droits Humains/Syndicat

    4

    Action pour l'Intégration
    de l'Ouest de Beni et
    Lubero au Développement

    A.I.O.D

    Butembo

    Ouest/Beni Lubero

    Agriculture, élevage Transformation, Santé, RDA,
    Environnement, Promo-Femme

    5

    Association pour le

    Développement Socio-

    économique et de lutte
    contre le chômage

    ADE.LUC

    Butembo

    Nord-Kivu

    Agriculture, Encadrement Jeunesse, Nutrition, Education.

    6

    Association des

    Négociants des Produits
    Agricoles

    ANEPROA 1995

    Butembo

    Beni/Lubero

    Commercialisation

    7

    Association pour la

    Promotion Nutritionnelle

    APRONUT 1987

    Kirumba

    ZSR/Kaina

    Agriculture,

    Elevage, Transformation, Ecologie, Nutrition

    8

    Association des

    Transporteurs et Taximen au Congo

    A.T.CO

    1986

    Butembo

    Lubero

    RDA, Transport

    9

    Association des Petits

    Eleveurs de Kasando

    ASSOPELKA 1987

    Kirumba

    Batangi, Bamate

    Agriculture,

    Elevage, Environnement

    10

    Banque d'appui à

    l'entreprenariat Féminin

    B.A.E.F

    2001

    Butembo

    Lubero

    R.D.A, Transport

    11

    Bureau de Développement Communautaire Baptiste au Centre de l'Afrique

    B.D.C/
    CBCA

    Goma

    Kivu et

    Province Orientale

    Agriculture,

    Elevage, Santé,

    Transformation,

    Electricité, Habitat,

    Eau et

    Assainissement, Promotion de la
    Femme

    12

    Centre de Promotion

    Socio-Sanitaire

    CEPROSAN

    1992

    Butembo

    Santé, Formation,

    Eau,

    Assainissement, Nutrition, Epargne

    13

    Bureau Diocésain

    de Développement

    B.D.D.

    1988

    Butembo

    Beni-Lubero

    Agricultute,

    Elevage, Formation, Habitat, Nutrition, Culture, Eau

    14

    Centre d'Animation pour la Culture et le Développement de Kirumba

    CACUDEKI 1978

    Krumba

    Nord-Kivu

    Agriculture,

    Elevage, Urgence,

    Santé, Alphabétisation, Déplacés

    15

    Coordination

    d'Aide aux

    Déplacés

    C.A.D.

    2000

    Beni

    Beni

    Urgence

    16

    Centre d'Apprentissage des Métiers à la
    Jeunesse

    C.A.M/J.D

    Butembo

    Nord-Kivu

    Agriculture,

    Elevage, Santé,

    Encadrement de la Jeunesse, Artisansat

    17

    Centre d'Adaptation et de Promotion des Semences

    Améliorées

    CAPSA

    1942

    Luotu

    Lubero

    Agriculture

    18

    Consortium de

    l'Agriculture

    Urbaine de

    Butembo

    C.A.U.B.

    2000

    Butembo

    Butembo

    Agriculture, élevage, Eau, Assainissement

    19

    Centre d'Appui à la Promotion Nutritionnelle

    CEPRONUT 1992

    Butembo

    Bashu/Baswag ha

    Agriculture,

    Elevage, Transformation, R.D.A.

    20

    Centre Consultatif

    en Techniques

    Agricoles

    C.C.T.A

    1992

    Butembo

    Beni-Lubero

    Agriculture,

    Ekevage, Transformation, R.D.A.

    21

    Coopérative de

    Constructions

    Rurales

    C.C.R

    2000

    Butembo

    Nord-Kivu

    Habitat,

    Encadrement, Jeunesse, Transformation

    22

    Collectif des ONG Laïcs de Beni et Lubero

    COBELU 1996

    Butembo

    Beni-Lubero

    Formation, Défense, urgence,

    Information, Communication

    23

    Collectif des

    Associations Féminines

    C.A.F.

    2001

    Beni

    Beni

    Formation,

    Promotion de la

    Femme,

    Information, Communication

    24

    Coopérative

    Centrale du Nord- Kivu

    COOCENKI 1980

    Mighobw e

    Nord-Kivu

    Agriculture, Elevage, Commerce

    25

    Coopérative Financière et de
    Développement Socio-économique

    COODEFI 1981

    Butembo

    Beni-Lubero

    Epargne

    26

    Coopératives des

    Dépositaires des

    poissons en

    Territoire de Lubero

    COODEPOL 1995

    Butembo

    Lubero

    Commerce, Alphabétisation, Epargne

    27

    Communauté des

    Planteurs et Eleveurs de la Région Maraîchère

    COPERMA

    Vunya- kondomia

    Beni-Lubero

    Agriculture,

    Elevage, RDA,

    Urgence,

    Promotion de la

    Femme

    28

    Conseil technique

    pour le

    Développement

    Rural

    COTEDER 1986

    Butembo

    Beni-Lubero

    Transformation, Formation, Alphabétisation, Electricité, Promotion de la
    femme

    29

    Cercle Culturel

    Gloria

    C.C.G.

    1981

    Butembo

    Beni-Lubero

    Formation,

    Epargne, Artisanat, Loisir, Information

    30

    Coopératives des

    Dépositaires des

    Produits Vivriers

    COODEPROVI 1990

    Butembo

    Beni-Lubero

    Commerce

    31

    Intégration de la

    Femme au
    Développement

    IFED

    1991

    Butembo

    Beni-Lubero

    Agriculture,

    Elevage, Transformation, Formation, Formation, Alphabétisation, Habitat, Droits
    humains,

    Promotion de la

    Femme

    32

    Initiation des Jeunes aux Activités de Développement

    I.J.A.D

    Butembo

    Beni-Lubero

    Agriculture, Elevage,

    Commerce, Formation, Encadrement, Artisanat, Information

    33

    Centre Educative

    pour la Fin de la Faim

    ASEFIFA 1994

    Butembo

    Beni-Lubero

    Agriculture, Elevage

    34

    Coopérative Minière Agricole et Forestière

    COMAGRIFOR 1987

    Butembo

    Beni-Lubero

    Exploitation

    35

    Ligue des

    Organisations des

    Femmes Paysannes

    du Nord-Kivu

    LOFEPANOKI 1997

    Butembo

    Nord-Kivu

    Agriculture, élevage, Formation

    36

    Maarifa club

    MAARIFA- CLUB

    1990

    Musienene

    Baswagha

    Agriculture, Elevage, Santé,

    Electrification,

    Habitat, Eau &

    Assainissement, Environnement, Promotion de la
    Femme

    37

    Centre de

    Développement

    Rural

    CE.DE.RU

    Kibututu

    Rutshuru, Beni,

    Lubero

    Agriculture, Transformation

    38

    Centre de

    Formation et

    d'Animation pour

    le Développement

    Solidaire

    CEFDES

    1995

    Butembo

    Beni/Lubero

    Agriculture, Elevage, Transformation, Commerce, Education

    39

    Centre Nutritionnel pour le Développement

    CENUDES

    Musienene

    Baswagha

    Agriculture, Elevage, Alphabétisation

    40

    Centre de

    Promotion Rural

    Matumaini/

    Domaine Mutinga

    CEPRORUMA 1996

    Musienene

    Baswagha

    Agriculture, Habitat

    41

    Mission d'Aide aux Déplacés

    M.A.D.

    2000

    Butembo

    Beni- Lubero

    Urgence aux

    déplacés

    42

    Coopérative de

    Vente des Produits Agricoles du Lac Idi Amini

    COOVEPALA

    Butembo

    Nord-Kivu

    Commerce, santé

    43

    Mission Sociale

    MISO

    1999

    Butembo

    Beni- Lubero

    Agriculture, Elevage, formation, artisanat, urgence,

    promotion de la femme

    44

    Muungano wa

    wamama wamaendeleo ya
    Lubero ya Kusini

    MUMALUKU 1998

    Kirumba

    Batangi, Bamate

    Agriculture, Défense des
    Personnes

    45

    Pioche pour

    l'autosuffisance Alimentaire

    PAA
    2000

    Butembo

    Beni-Lubero

    Transformation, Elerctrication, Eau & Assainissement

    46

    Programme d'Actions Locales

    P.A.L

    1998

    Kanyabayonga

    Lubero

    Agriculture,

    Elevage,

    Formation, Environnement, Urgence,

    Promotion de la

    femme

    47

    Programme Agro-

    alimentaire de

    Vuhima

    P.A.A.V

    Bunyuka

    Beni

    Agriculture, Elevage, Transformation, RDA

    48

    Paix Durable et

    Développement Social

    P.D.D.S

    1999

    Beni

    Nord-Kivu

    Formation,

    Défense des

    personnes

    49

    Programme environnement

    autour du Parc

    National des
    Virunga

    EPVI KACHECHE 1987

    Goma

    Nord-Kivu

    Agriculture,

    Elevage,

    Formation,

    Epargne, Encadrement, Loisirs, Environnement.

    50

    Article 15

    Article 15

    1982

    Lukanga

    Beni-Lubero

    Transformation, santé,

    encadrement

    51

    Reserve des Gorilles de

    Tayna

    R.G.T.

    1998

    Mambasa, Mavono

    Batangi, Bamate

    Santé,

    formation, urgence, information

    52

    Projet d'Assistance Mutuelle aux veufs et orphelins

    PAMAVO 1999

    Lubero

    Beni-Lubero

    Agriculture, élevage, santé,
    formation, encadrement, nutrition

    53

    Reserve des gorilles de

    Tayna

    R.G.T

    1998

    Mambasa, Mavovo

    Bamate

    Santé,

    Formation, urgence, information

    54

    Watu Imara kwa maendeleo

    Reseau Wima 1996

    Butembo

    Beni-Lubero

    Agriculture, élevage, formation, urgence

    55

    Comité Tuungane

    Tuungane

    Lukanga/kimbulu

    Beni-Lubero, Ritshuru

    Transformation, électrification, habitat

    56

    Santé et éducation pour

    l'intégration des populations

    SEIPI

    1995

    Butembo

    Beni-Lubero

    Encadrement, jeunesse

    57

    Symbiose des écologistes

    pour la protection de la
    nature

    SEPRONA

    Goma

    Nord & Sud- Kivu

    Agriculture, élevage, formation,

    pêche, eau &

    assainissement, environnement

    58

    Syndicat paysan et artisanat

    SPAR

    1981

    Beni

    Beni-Lubero

    Agriculture, formation, défense des
    personnes

    59

    Solidarité Mutuelle de la

    route Manguredjipa

    SOMURMA

    Butembo

    Bapere, Baswagha

    RDA &

    transport

    60

    Syndicat de défense des intérêts paysans

    SYDIP

    1993

    Butembo

    RDC

    Agriculture, élevage,

    formation, pêche, promotion

    femme, syndicat de défense

    61

    Université Catholique du

    Graben

    UCG
    1989

    Butembo

    RDC

    Education, recherche

    62

    Union des coopératives des femmes de Beni

    UCOOFABE 1986

    Beni

    Beni

    Agriculture,

    défense des

    droits des

    personnes, promotion de la femme

    63

    Umoja wa wamama wa Lubero

    UWALU

    1985

    Butembo

    Lubero

    Agriculture, élevage, loisirs, santé,

    environnement

    et éducation

    64

    Confrerie scolaire

    de développement

    CSD
    1991

    Butembo

    Beni/lubero

    Agriculture, élevage, santé,
    loisirs,

    environnement, éducation

    65

    Femmes engagées

    pour la promoion de la santé intégrale

    FEPSI

    2000

    Butembo

    Nord-kivu

    Santé,

    formation, promotion de la femme,

    éducation, information

    66

    Intégration des

    paysans agriculteurs au développement

    IPAD

    1996

    Kyondo

    Bashu, Baswagha

    Elevage, transformation, alphabétisation, urgence

    67

    Compassin pour la défense des désheritées

    CO.SAN.DES 2000

    Butembo

    Beni-lubero

    Santé, eau et

    assainissement

    68

    Coopérative de

    développement Mukilima au Congo

    COODEMUCO 1987

    Butembo

    Beni-Lubero

    Agriculture, commerce,

    pêche, défense

    des droits

    humains,

    69

    Let's protect

    children

    LPC

    2000

    Butembo

    RDC

    Agricultre, élevage, santé,
    alphabétisation, encadrement

    des jeunes

    loisirs

    70

    Club Ovuyingo

    COV
    1998

    Butembo

    Beni-Lubero

    Agriculture, élevage, santé,
    eau,

    assainissement

    71

    Syndicat des femmes travailleuses

    SYFET

    2000

    Butembo

    Beni-Lubero

    Urgence

    72

    Femmes agronomes

    en action

    FAA

    Butembo

    Nord-kivu

    Agriculture, élevage, crédit

    73

    Solidarité pour la

    promotion sociale et la paix

    SOPROP

    1994

    Goma

    RDC

    Défense des

    droits humains

    74

    Association des

    formations des

    ajusteurs métalliques

    AFAM

    2000

     
     

    Ajustage, électricité

    75

    Centre d'appui aux

    initiatives de
    développement

    CAID

    1988

    Beni

    Beni

    Vulgarisation agrosylvo pastorale et
    ménagère, éducation

    formelle et

    informelle, formation et
    information,

    encadrement de

    la jeunesse,

    appui

    nutritionnel,

    crédit

    76

    Association pour la promotion de l'agriculture

    ASPA

    Butembo

    Beni-Lubero

    Agriculture, élevage, encadrement

    des jeunes,

    commerce, formation, urgence

    77

    Lutte contre la

    pauvreté pour le

    développement intégré

    LPDI

    2000

    Butembo

    Beni-Lubero

    Agriculture, élevage, santé,
    formation, loisir

    78

    Union de la

    communauté des rescapés du Nord-Kivu

    USCOR

    Butembo

    Beni-Lubero

    Habitat, loisir,

    promotion de la femme

    79

    Mission

    d'assistance aux

    enfants désoeuvrés

    MAED

    2001

    Beni

    Beni-Lubero

    Encadrement de la population artisanat

    80

    Waibrahimu

    Waibrahimu 1995

    Muhanga

    Batangi, Bamate

    Glissement de

    la population,

    promotion de la femme

    81

    Conseil régional

    des ONG de
    développement

    du Nord-Kivu

    CRONGD/ Nord-kivu

    Goma

    Nord-kivu

    Formation, défense des
    droits humains

    82

    Bureau

    oecuménique

    d'appui au

    développement

    BOAD

    Goma

    Nord-kivu

    Santé,

    agriculture, eau

    &

    assainissement, urgence,

    éducation

    83

    Mission

    d'assistance aux

    opprimés

    MAO

    2000

    Beni

    Nord-kivu

    Elevage, agriculture,

    santé, formation, alphabétisation, encadrement des jeunes, artisanat, forge, RDA, nutrition,

    urgence, promotion de la femme

    84

    Centre d'encadrement

    des enfants

    rescapés non

    accompagnés et

    orphelins

    CERAO

    Beni

    Nord-kivu

    Agriculture, élevage, santé,
    encadrement jeunesse,

    défense des

    droits humains, nutrition, environnement, urgence

    85

    Programme d'appui sanitaire
    et nutritionnel

    PROASANU 1993

    Beni

    Beni-lubero

    Agriculture,

    élevage, santé,

    eau &

    assainissement, glissement de la population

    86

    Association des

    paysans pour le
    développement rural

    APADER

    Mutwanga

    Mutwanga

    Agriculture, environnement

    87

    Association

    chrétienne des

    indigents non

    privilégiés de

    Ruwenzori

    ACINRU

    Mutwanga

    Mutwanga

    Agriculture, artisanat, scolarisation

    88

    Action pour la

    gestion agricole

    AGA

    Kyondo

    Kyondo

    Agriculture

    89

    Association des

    cultivateurs pour la
    recherche

    ACRAG

    Kyondo

    Kyondo

    Agriculture, RDA

    90

    Ushirika bora kwa wa mama

    USHIBO

    Beni

    Beni

    Agriculture, élevage

    91

    Action sur

    l'amélioration de la

    culture fruitière au
    Nord-Kivu

    AACF

    Beni

    Beni

    Agriculture, élevage

    92

    Association des

    mamans pour le
    développement

    artisanal

    AMDA

    Beni

    Beni

    Artisanat

    93

    Association des

    femmes

    kimbanguistes

    AFKI

    Beni

    Beni

    Agriculture

    94

    Centre d'accueil pour les handicapés physique

    CAPHY

    Beni

    Beni

    Artisanat et santé

    95

    Centre de

    développement des

    pygmées de Mwenda

    CEDEPYM

    Mutwanga

    Mutwanga

    Artisanat et santé

    96

    Umoja wa wamama wa Kivu

    UWAKI

    Beni

    Beni

    Agriculture

    97

    Encadrement et

    développement des

    pygmées

    ENDEPYG

    Oïcha

    Beni

    Alphabétisation, promotion du
    peuple pygmée

    98

    Mission des

    compagnons

    batisseurs

    MICOBA 2002

    Beni

    Beni

    Habitat

    99

    Projet orphelinat pour la lutte contre le kwashiorkor

    P.O.L.K.

    2001

    Kasindi

    Kasindi Lubiriha

    Nutrition

    100

    Union des filles

    écologistes pour le
    développement

    intégral

    UFEDI

    Beni

    Beni

    Environnement, promotion de la
    femme, écologie

    101

    Centre de

    développement agropastoral

    CEDAP

    Butanuka

    Ville Beni

    Agriculture ,

    élevage

    102

    Bureau

    d'encadrement paysanne du Nord-
    Kivu

    BEAP

    Musienene

    Beni

    Agricole

    103

    Elevage des

    crocodiles et la

    gestion des milieux
    naturels

    ECROGEMIN

    Sula/Beni

    Beni

    Protection de la

    faune et de la flore

    104

    Organisation des

    filles mères

    OFIM

    Oïcha

    Beni

    Socioculturel

    105

    Organisation des

    paysans agriculteurs

    des fruits

    OPAF

    Maboya

    Beni

    Agriculture, transformation,

    106

    Association des

    organisations agropastorales du
    Nord-Kivu

    ASOPANK

    Butembo

    Butembo

    Agriculture, élevage

    107

    Programme d'enregistrement des rescapés et amorphes au centre
    d'assistance médical

    aux malnourris,
    veuves et orphelins

    PRALVI

    Butembo

    Lubero

    Eau &

    assainissement

    108

    Association pour le développement et la lutte contre la pauvreté

    ADELUCOP

    Bulengera

    Butembo

    Assistance diverses

    109

    Association des

    fermiers de Kalehe et Luholu

    AFEKALU

    Butembo-Goma

    Butembo

    Elevage

    110

    Développement Intégré à la base

    DIB

    1996

    Butembo-ville

     

    Information, éducation, commercialisation

    111

    Association nde la

    défense de droit de la femme

    ADDF

    Butembo

    Nord-Kivu

    Défense des droits
    de la femme,

    assister les
    femmes

    prisonnières et
    émission

    radiodiffusées.

    112

    Centre d'études

    juridiques appliquées

    CEJA

    Butembo

    Butembo

    Accompagnement juridique, séminaire d'information

    113

    Association des

    taximen des motos et voitures

    ATAMOV 1990

    Butembo

    Butembo

    Transport, communication

    114

    Organisation

    paysanne pour la

    pisciculture familiale

    OPIFA

    Route Mangina et SOMICAR

    Mangina

    Pisciculture

    115

    Association des

    déplacés de guerre de Butembo

    ADGUBU

    Butembo

    Butembo

    Urgences, artisanat

    116

    Handicapés,

    orphelinat, nutrition,

    coupe et couture

    HONUC

    2001

    Q.Malepe/Beni

    Beni

    Scolarisation, couture, nutrition

    117

    <sécours et

    compassion aux

    pygmées et aux
    démunis

    SECODYP 2002

    Katwa-Vukaka/ Butembo

    Butembo

    Santé, éducation,

    électrification, urgence

    118

    Club Mapendo

    Club Mapendo 2001

    Beni

    Beni

    Développement socioculturel, urgence

    119

    Paradise Visi Congo

    PAVICO

    2002

    Ville de

    Butembo

    -

    Elevage

    120

    Promotion des

    initiatives d'élevage

    des petits bétails

    PIEPB

    Q. Cité belge/

    Beni

    Beni

    Elevage

    121

    Biotechnologie ménagère

    BTM
    1999

    Beni

    -

    Appui et promotion des

    projets d'autofinancement des ménages. Technologie de production ménagère

    122

    Mapendo kati ya wa mama

    UPENDO

    Q. Cité belge

    Beni

    Agriculture, élevage, et

    sylviculture

    123

    Solidarité des jeunes pour le développement

    SJD

    2002

    Kitulu/ Butembo

    Butembo

    Encadrement des jeunes

    désoeuvrés, aide mutuelle, sensibilisation à la paix

    124

    Foyer de

    développement en

    chefferie de Bashu

    FODEBA

    Butungera

    Bashu/Beni

    Education agropastorale,

    promotion de l'habitat,
    transport et communication

    125

    Fondation descendance Vyunza

    Fond-Nyunza

    Vutswande

    Gr., Masiki-

    Kalonge,

    Bashu

    -

    Eau et assainissement,

    santé, nutrition,

    électrification assistance

    humanitaire aux

    vulnérables déplacés et
    réfugiés

    126

    Association des

    personnes

    handicapées

    APH

    Concession OASIS

    Butembo

    Butembo

    Amélioration de l'habitat,

    artisanat, santé

    127

    Participation des

    mamans enseignantes au développement

    PMED

    2000

    Kasabinyole Beni

    Beni

    Epargne

    128

    Association des

    veuves de Beni

    ASVEB

    Q.Biautu

    Beni

    Agriculture, élevage rotatif

    129

    Comité de

    développement Tuendelee Mataba

    CDTM

    Beni/Mataba

    Beni

    Santé

    130

    Coopérative de

    femmes agricultrices

    de Mutwanga

    COFAMU

    Mutwanga

    Beni

    Agriculture, électrification

    131

    Coopératives des

    femmes de Mavivi

    CODEFEMA

    Mavivi

    Beni

    Développement agriculture

    132

    Lutte et intégration

    du paysan au

    développement

    LIPD

    1998

    Butembo

    Nord-Kivu

    Echange d'expérience,

    promotion sociale et
    économique,

    Artisanat et nutrition

    133

    Paysans regroupés

    pour l'étude et

    l'action de
    développement

    intégré

    PREADI

    1999

    Butembo

    Nord-Kivu

    Nutrition, information,

    encadrement des débiles

    134

    Coopérative d'épargne des crédits

    COFICO

    Beni

    Nord-Kivu

    Epargne et crédit

    135

    Coopérative d'épargne et de crédit/Beni

    COOPEC- Beni

    Beni

    Nord-kivu

    Epargne et crédit

    136

    La Graine

    La Graine 2001

    Butembo

    Nord-kivu

    Epargne

    137

    Conseil d'appui pour l'autoréalisation des initiatives locales

    COARILO

    Beni

    Nord-Kivu

    Agriculture

    138

    Centre de formation

    professionnelle des

    mécaniciens et

    chauffeurs

    CFPMC

    Beni

    Nord-Kivu

    Professionnalisation de la

    jeunesse désoeuvrée

    139

    Juventus de Paix

    Paix

    Beni

    Nord-Kivu

    Socioculturel

    140

    Groupe Pax Christi Butembo (ancien groupe universitaire)

    PCB-Pax Christi Butembo

    Avenue Kiombwe, n°20

    Nord-kivu

    Education à la paix, droits humains et citoyenneté

    141

    Assistance aux

    démunis

    ASADE

    Beni

    -

    Savonnerie, actions sociales et culturelles

    142

    Forum des écologistes
    pour le
    développement intégré

    FEDI

    Butembo

    Lubero

    Développement intégral

    143

    Programme rural

    d'adduction d'eau et lutte contre les vers intestinaux

    PRALVI

    Butembo

    Lubero

    Eau &

    assinissement

    144

    Centre d'animation

    agricole

    CAA

    Kyondo

    Beni/lubero

    Agriculture

    145

    Complexe d'initiative

    des cultivateurs et
    éleveurs du Nord-Kivu

    CICEKI

    Beni

    Territoire de

    Beni

    Agriculture, élevage

    146

    Centre d'appui au

    développement

    CENTRAD

    Beni

    Territoire Beni/

    Lubero

    Agriculture

    147

    Greatlakes association

    for development

    GLAD

    Butemb

    Lubero

    Sécurité des

    indigènes minoritaires, défense des droits humains

    148

    Coopérative d'amélioration de petits Elevages de Butembo

    CAPEBU

    Butembo

    Lubero/beni

    Elevage

    149

    Association des filles mères de Beni

    AFMB

    Beni

    Beni

    Action sociale et culturelle

    150

    Coopératives des

    dépositaires des

    poissons de Beni

    CODEPOB

    Beni

    Beni

    Commerce, épargne

    151

    Fraternité Nationale

    des prisons au Congo

    FNPC

    Beni

    RDC

    Assistance aux

    prisonniers

    152

    Groupe Anti Sida

    Butembo

    G.A.S/B

    Butembo

    Territoire Lubero

    Santé

    153

    Programme de

    réhabilitation et

    protection des pygmées

    PREPYG

    Butembo

    Beni-Lubero

    Développement intégral

    154

    Ateliers des mamans

    pour les foyers

    améliorés

    AMAFA

    Beni

    Beni

    Artisanat, énergie

    155

    Association des

    mamans évangelistes

    pour la paix durable

    AMEPD

    Q. Malepe-Beni

    Beni

    Artisanat

    156

    Association des

    mamans pour le
    développement socioculturel

    AMADASCU

    Q. Biautu/beni

    Beni

    Savon,

    agriculture, artisanat

    157

    Association des

    mamans comercçantes au Congo

    A.MA.CCO

    Beni

    Nord-Kivu

    Commerce

    158

    Femmes unies pour la sensibilisation et
    l'autosuffisance

    économique et
    alimentaire

    FUSESA

    Q. Biautu/ Beni

    Beni

    Savonnerie, agriculture, artisanat

    159

    Mamans éleveuses de Biautu

    MAELB

    Beni

    Beni

    Volaille

    160

    Centre d'apprentissage professionnel des jeunes

    CAPJ

    Beni

    Beni

    Encadrement de

    la jeunesse

    désoeuvrée

    161

    Coopérative des

    femmes de lutte contre la malnutrition

    COOFELUMA

    Beni

    Territoire Beni

    Agriculture et

    élevage

    162

    Union des femmes pour le progrès familial

    UFPF

    Beni

    Beni

    Apprentissage des métiers

    163

    Association des

    veuves de Vingazi

    AVEVI

    Beni

    Beni

    Agriculture, alphabétisation, artisanat

    164

    God's Glory Minstries

    GGM

    Butembo

    Butembo

    Evngélisation, scolarisation des orphelins

    165

    Mutuelles des

    agriculteurs de

    Mabuku

    MAGRIMA

    Beni

    Beni

    Agriculture

    166

    Centre de rééducation

    pour l'enfance

    défavorisée et

    délinquante

    CREDD

    Beni

    Beni/Nord- kivu

    Protection de

    l'enfance

    167

    Thehe Fuvi nous

    orphelins

    THEHE FUVU

    Beni

    Beni

    Nutrition, santé, intégration des
    orphelins, éducation

    168

    Centre d'animation

    culturelle et de

    promotion de la

    jeunesse désoeuvrée

    COCUPROJED

    Kitsumbiro

    Lubero/ Nord- Kivu

    Sensibilisation

    et formation des jeunes

    désoeuvrés, alphabétisation

    169

    Société civile du

    Grand Nord

    SCGN

    Butembo

    Nord-kivu

    Défense des

    droits huamains, urgences

    170

    Association culturelle Nande

    Kyaghanda/Beni

    Beni

    Beni

    Socioculturel

    171

    Centre d'encadrement des orphelins

    CEO

    Liva / May-

    Moya

    Territoire Beni

    Agriculture, éducation des
    orphelins

    172

    Communauté évangelique de la
    bonne nouvelle

    CEBN

    1993

    Beni

    Beni

    Evangélisation

    173

    Eglise de Dieu vivant

    EDV
    1992

    Beni

    Beni

    Evangélisation

    174

    Assemblée

    évangélique de

    pentecôte universelle

    AEPU

    Beni

    Bdeni

    Evangelisation

    175

    Centre missionnaire

    évangélique au Congo/ église primitive

    CMEC

    1998

    Beni

    RDC - Beni

    Evangélisation

    176

    Eglise de Christ et

    Compagnon

    CHRISCO 1981

    Beni

    Beni-Lubero

    Evangélisation

    177

    Mission évangelique des adventistes du septième jour

    Adventistes du

    7ème Jour

    1926

    Rwese

    Beni-Lubero

    Evangélisation, scolarisation

    178

    Assemblée des filles du christ

    AFC

    1987

    -

    Beni-lubero

    Evangélisation

    179

    Réveil spirituel en

    Christ

    1996

    Beni

    Territoire beni

    Evangélisation

    180

    Ministère de graine

    vivante du Sénevé

    MIGRAVIS 1996

    Oïcha

    Beni-Lubero

    Evangélisation

    181

    Eglise de Jésus Christ de l'esprit de vérité

    BIMA

    1991

    Butembo

    Beni-Lubero

    Evangélisation

    182

    Ministère de

    d'enseignement

    biblique au Congo

    MEBECO 1996

    Beni

    Territoire Beni

    Evangélisation

    183

    Association pour

    l'unification du

    christianisme mondial

    AUCM

    1983

    Beni-Butembo

    RDC

    Evangélisation

    184

    Eglise de Dieu

    1999

    Beni-Butembo

    Beni-Lubero

    Evangélisation

    185

    Jésus Seul Sauveur

    JSS

    1996

    Kisangani

    Beni- Lubero

    Evangélisation

    186

    Eglise Néo-apostolique

    1978

    Kinshasa

    Beni- Lubero

    Evangélisation

    187

    Fraternité évangélique

    pentecôte en Afrique et au Congo

    FEPACO 1991

    Kinshasa

    Beni- Lubero

    Evangélisation

    188

    Eglise universelle de Jésus- Christ

    EUJC

    1987

    Lubumbashi

    Beni-lubero

    Evangélisation

    189

    Ministère évangélique

    Jéhovah

    MEJN

    Butembo

    Nord-kivu

    Evangélisation

    190

    Eglise de Nazaréen

    International

    1996

    Goma

    Nord-Kivu

    Evangélisation

    191

    Ministère : Fondation

    OLANGI WOSHO

    F.O.W

    1996

    Beni-Butembo

    Beni- Lubero

    Evangélisation

    192

    Mission évangelique pour le sauvetage

    MES
    1996

    Butembo

    Nord-Kivu

    Evangélisation

    193

    Assemblée chtétienne des messagers

    ACM

    1996

    Beni

    Beni

    Evangélisation

    194

    Assemblée Béthel

    BETHEL

    1996

    Beni

    Beni

    Evangélisation

    195

    Eglise pentecôte

    RHEMA

    1985

    Beni

    Beni

    Evangélisation

    196

    Communauté des

    Eglises de Pentecôte en afrique

    CELPA

    1995

    Beni-Butembo

    Beni- Lubero

    Evangélisation

    197

    Message du temps de la fin par le prophète

    BRANHAM 1991

    Beni-Butembo

    Territoire Beni/

    lubero

    Evangélisation

    198

    Eglise de Philadelphie au Congo

    EPHICO

    1996

    Butembo

    Beni- Lubero

    Evangélisation

    199

    Association de Ministère de reveil penteôtiste

    AMRP

    1994

    Beni

    Beni

    Evangélisation

    200

    Fondation Internationale

    de l'Evangile

    FIE

    1998

    Beni

    Beni

    Evangélisation

    201

    Ministère International de l'évangélisation Corps du Christ

    M .I.C.C

    1996

    Beni

    Beni

    Evangélisation

    202

    Eglise Charismatique au

    Congo

    -

    Beni

    Beni

    Evangélisation

    203

    Eglise Pentecôtiste

    SMVRNA

    SMVRNA

    Kalunguta

    Beni

    Evangélisation

    204

    La Voie Internationale The Way Rameau/Beni

    -

    Beni-Butembo

    Beni- Lubero

    Evangélisation

    205

    Agape Christ Cathédral

     
     
     

    Evangélisation

    206

    Eglise Elshaddai Temple

     
     
     

    Evangélisation

    207

    Mission

    d'évangélisation et

    d'assistance sociale

    LIGHT IN DARKENE SS M

    Butembo

    Butembo

    Evangélisation

    208

    Chambre de prière

    Yesu ni njia ya uzima 2001

    Beni

    Beni

    Evangélisation

    209

    Association des

    trafiquants du Congo

    ATRACE

    Butembo

    Congo-Est

    Commerce, aide mutuelle

    210

    Coopérative des tailleurs pour la promotion sociale

    COOTRAP ROSO

    Vutsetse/Bute mbo

    Butembo

    Coupe et couture

    211

    Association coopérative de groupement d'éleveurs du Nord-kivu/

    Groupement Elevage de

    Beni

    ACOGENO KI

    CEB/ Beni

    Goma

    Beni

    Dépôt de produits vétérinaire

    212

    Coopérative des

    producteurs de café de Beni

    COOPROCAFE

    Butembo/Beni

    Nord-kivu

    En faillite

    213

    Coopérative des

    Matériaux de

    construction

    COMACO 1994

    Beni

    Boikene/ Beni

    En faillite

    214

    Coopérative de

    commercialisation des produits agricoles

    COOPROA 1997

    Beni

    Beni

    Dépôts et

    alimentations des

    produits agricoles,

    moulins, presse à
    huile, pharmacie

    215

    Coopérative pour le

    développement du
    paysannat de Tamende

    COODEPA/ Tamende

    2000

    Tamende

    Beni

    Palmerais et cultures

    vivrières

    216

    Association

    coopérative des

    exploitants des

    matériaux de

    construction

    AEMACO 1990

    Beni/ Rond-

    point

    Beni

    Vente moellon, sables, graviers,...

    217

    Union des

    coopératives agricoles et multifonctionnelles de Beni

    UCOAMUBE

    Beni Marché

    central

    Beni

    Unification des

    coopératives, sensibilisation

    218

    Union coopérative des femmes agricultrices de Beni

    UCOOFABE 1994

    Beni

    Beni

    Promotion de la

    femme, champ
    collectif, restaurant

    219

    Union des planteurs

    pour le développement agricoles

    UPDA

    1992

    Toda

    Beni

    Encadrement des

    paysans

    220

    Coopératives des

    planteurs de Beni

    COOPLABE 1992

    Beni

    Beni

    En faillite

    221

    Coopérative de

    développement des

    agriculteurs de Ngadi

    COODENGA

    Ngadi/beni

    Beni

     

    222

    Coopératives des

    exploitants du petit
    élevage

    CEPEL

    1989

    Beni

    Beni

    En faillite

    223

    Coopératives des

    bloquetiers et

    briquetiers WIVU

    COOBLOBRI 1993

    Beni

    Beni

    En faillite

    224

    Société coopérative

    des exploitants

    forestiers de Beni

    SOCOEFOBE 1998

    Beni

    Beni

     

    225

    Association coopérative d'approvisionnement

    en produits

    pharmaceutiques

    ACAPHAR 1999

    Beni

    Beni

    Santé (en faillite)

    226

    Coopérative d'écoulement des

    produits vivriers et

    industriels/ section
    Beni

    COOPROVI 1999

    Butembo

    Beni

    Commercialisation

    227

    Programme

    d'assistance aux

    pygmées

    PAP

    Beni

    Beni- Lubero

    Promotion des pygmées, actions sociales et économiques

    228

    Compassion
    International

    C.I

    Bunia

    Ituri, Nord-Kivu

    Développement de

    l'enfant en partenariat
    avec l'Eglise

    229

    Multi Actions

    d'assistance aux

    Marginalisés et aux
    Sinistrés

    MAAMS

    1998

    Goma

    Beni

    Actions humanitaires

    sociales, développement

    communautaire, Apprentissage des métiers, sécurité alimentaire, lutte
    contre le VIH-SIDA et les

    violences sexuelles, droits
    humains, promotion de la

    femme, éducation et

    formation des jeunes
    adolescents

    230

    Programme de

    promotion des soins de santé primaire

    PPSSP

    Bunia

    RDC

    Santé, lutte contre les

    violences sexuelles

    ANNEXE 3 : QUESTIONNAIRES D'ENQUETE

    1. Questionnaire destiné aux membres et responsables des associations.

    Dans le cadre d'un travail de mémoire pour obtention du Diplôme de Master complémentaire en développement, environnement et sociétés, vous êtes priés de répondre aux questions ci-dessous. Le travail traite sur le mouvement associatif et la dynamique de développement des associations de tendance religieuse au sein de la société civile des territoires de Beni et Lubero.

    1. Nom de l'organisation :

    2. Date de création : Début effectif des activités:

    3. Initiateur(s) :

    4. Causes de création de l'association :

    5. Rayon d'actions

    6. Contexte de création de l'association (exemple contexte des guerres, contexte des catastrophes naturelles, contexte de pauvreté de la population, conflits fonciers...)

    7. Il y a t- il une inspiration religieuse (confessionnelle) qui a poussé à la création de l'association ? C'est-à-dire il y a-t-il un lien entre la religion et le mobil de création de l'association ? exemple un verset biblique qui est à la base de cette initiative ?

    8. Si oui, quelle est cette inspiration ? Donnez la référence biblique !

    9. L'association dispose-t-elle d'un statut juridique ? oui ou non

    10. Il y a-t-il un règlement et des documents administratifs pour son fonctionnement ? Par exemple donnez le numéro des documents d'autorisations.

    11. Si non, comment fonctionne-t-elle ?

    12. Dépend-t-elle de l'église ? laquelle ?

    13. Quel est le rôle des prêtres ou des pasteurs qui y sont membres ?

    14. Le passage biblique cité ci-haut, figure t-il sur vos documents (comme sur le dépliant, dans le préambule des statuts, dans le document de projets, ...) ?

    15. Si oui, pourquoi préférez-vous que cela apparaisse ?

    16. Objectifs de l'association ?

    17. Nombre des membres fondateurs ?

    18. Total des membres ?

    19. Estimez-vous le nombre des bénéficiaires des projets de l'association ?

    20. Quelles sont les conditions pour adhérer à celle-ci ?

    21. Quelle est la confession religieuse des fondateurs ?

    22. Il y a-t-il des femmes parmi les membres fondateurs ?

    23. Si oui, estimez leur pourcentage ?

    24. Pensez-vous qu'il est vraiment nécessaire de former une association pour répondre aux besoins des marginalisés ou des vulnérables ?

    25. Justifier ?

    26. Donnez les domaines d'interventions de votre association:

    27. Quelles sont les priorités ?

    28. Pouvez-vous donner les réalisations de votre association depuis sa création ?

    29. D'où proviennent les moyens de réalisations de ces projets ?

    30. Avez-vous des bailleurs de fonds ou partenaires qui soutiennent les activités? Pouvez-vous les citer

    31. Quel est leur statut ? (Par exemple des ONG du nord, des églises, l'Etat pour les subsides, les personnes de bonne volonté,...).

    32. Comment l'association mobilise-t-elle au niveau local les membres ?

    33. Quels sont les avantages d'être membre d'être dans l'association ?

    34. Quand vous comparez les membres et les activités actuelles par rapport au début de l'association (sa création), pouvez-vous dire qu'il y a progression ou régression ? C'est-à-dire est-ce qu'on peut dire que les gens sont encouragés ? Pourquoi ?

    35. Si votre association est un réseau, les associations de base ont-elles une appartenance à une confession religieuse ?

    36. Parmi elles, existe-t-il des comités de développement paroissiaux (Catholiques ou protestants) ? Pouvez-vous les citer ?

    37. Quelle place donnez-vous à la religion dans cette association ?

    38. La confession religieuse a-t-il un rôle dans les activités ?

    39. Si oui, la religion permet-il de répondre aux attentes des bénéficiaires ? Comment cela ?

    40. Organisez-vous quelques prières dans vos activités ? Si oui décrivez comment cela se fait ?

    41. Ne pensez-vous pas que la confession religieuse peut handicaper les activités auprès des bénéficiaires s'ils ne sont pas de la même foi ? Justifiez

    42. Collaborez-vous avec les autres associations ?

    43. Comment cela se manifeste t-il?

    44. Existe-il une plate-forme des associations en tendance religieuse dans le rayon d'action? Laquelle ?

    45. Si oui, quelles sont ses activités ?

    46. Pouvez-vous citer quelques associations qui la composent ?

    47. Existe-il de collaboration entre votre association et le bureau de la société civile de Beni-Lubero ?

    48. Si oui, comment cela se fait-il ?

    49. Si non pourquoi ?

    50. Que pensez-vous ou quelle est votre impression sur les activités de la société civile de Beni-Lubero ?

    51. Avez-vous de bonnes relations avec le bureau de coordination de la société civile?

    52. Cette coordination collabore-t-elle avec les associations religieuses ? Pourquoi ?

    53. Les responsables de la coordination sont - ils engagés à soutenir les projets de tendance religieuse ?

    54. Est-ce que l'Eglise contribue à consolider les activités de la société civile des territoires de Beni et Lubero ?

    55. Pensez-vous vraiment que cette coordination de la société civile peut faire son rôle sans l'aide des églises locales ?

    56. Quelles sont les faiblesses de cette société civile

    57. Quelles activités avez-vous déjà exercé ensemble avec la coordination de la société civile ?

    58. Votre association est -elle consultée et associée aux décisions de la société civile ? Comment ?

    59. Aujourd'hui la société civile en RD. Congo tend à s'institutionnaliser. Pensez-vous qu'il est nécessaire de passer par cette structure pour faire attendre la voix des populations ? Pourquoi ?

    60. Quelles sont les difficultés de votre association ?

    61. Quelles critiques adressez-vous à cette société civile ?

    62. Quelle critique adressez-vous aux églises locales (catholiques, protestantes,...) dans le cadre de vos activités?

    63. Quel est le rôle de l'Etat dans vos activités ?

    64. Quelle critique adressez-vous à l'Etat pour les activités de l'association?

    65. Quel est le rôle des opérateurs économiques dans vos activités ?

    66. Quelle critique adressez-vous aux opérateurs économiques pour les activités de l'association ?

    67. Quel est le rôle des chefs coutumiers dans vos activités ?

    68. Quelle critique adressez-vous aux chefs coutumiers pour les activités de l'association ?

    69. Quel est votre dernier mot ou message au regard des activités de l'association ?

    2. Questionnaire d'enquête destiné aux non-membres des associations

    Dans le cadre de rédaction d'un mémoire pour l'obtention du diplôme de Master complémentaire en développement, environnement et société, vous êtes priés de répondre aux questions suivantes. Le thème est « Mouvement associatif et dynamique de développement au sein de la société civile de Beni et Lubero. Cas des associations de tendance religieuse »

    1. Sexe de l'enquêté : Age :

    2. Votre statut social ? (étudiant, fonctionnaire, enseignant, .... ?

    3. Etes-vous membre d'une association ? Si oui laquelle ?

    4. Quel est son domaine d'intervention ?

    5. Est-elle issue d'une confession religieuse ou non

    6. Si oui, pourquoi avez-vous adhéré ?

    7. Pensez-vous qu'il est important de s'associer pour résoudre certains problèmes ? Justifiez !

    8. Avez-vous l'information qu'il existait dans la région des formes traditionnelles d'associations qu'on peut considérer comme base du mouvement associatif moderne de Beni-Lubero ?

    9. Pouvez-vous citer quelques associations traditionnelles que vous connaissez ?

    10. Existent-ils aujourd'hui ? Si oui sous quelle forme ?

    11. Pensez-vous que les associations modernes142 ont une inspiration traditionnelle pour marquer la prolifération du mouvement associatif de Beni-Lubero?

    12. Quels autres facteurs peuvent être à cette base ? Citer les ?

    13. Avez-vous déjà entendu parler de « société civile » ?

    14. A quoi pensez-vous quand on évoque ce terme à Beni ?

    15. Toutes les associations sont-elles inclues dedans ? Quelles sont celles que vous connaissez comme actives dans la société civile ?

    16. Selon vous, dans quel contexte pensez-vous que le mot société civile est apparu dans la contrée de Butembo, Beni et Lubero ?

    17. Vers quelle année peut -on situer son apparition ?

    18. Connaissez-vous les causes de sa création?

    19. Les villages ou campagnes sont-ils associés aux activités de la Société civile ?

    Justifiez !

    20. Connaissez-vous les composantes de cette société civile ?

    21. Comment celle-ci mobilise-t-elle ses composantes?

    22. Comment les dirigeants de la société civile accèdent à leur fonction ? Donnez la

    procédure que vous connaissez ou que vous avez déjà a entendu parler ?

    23. Les confessions religieuses sont elles impliquées dans les activités de la société civile ?

    24. Quelle est leur place ?

    25. A votre avis toutes les confessions religieuses sont-elles impliquées dedans ? Justifiez

    26. Sinon quelles sont celles qui sont actives ? Pourquoi ?143

    27. A votre avis quelles sont les principales activités de la société civile de Lubero- Beni ?

    28. Comment mobilise t- elle les confessions religieuses qui s'y intéressent ?

    29. Collabore t- elle avec les autres couches sociales non intellectuelles ?

    30. Collabore t- elle avec les opérateurs économiques ? Comment ?

    31. La population voit - elle réellement les actions de cette Société civile à son avantage ? Justifiez ?

    142 Les associations modernes dont nous faisons allusions sont celles qui répondent aux lois actuelles qui régissent les asbl par opposition aux associations de faits qui existaient dans le temps dans la culture locale. Nous faisons allusions à la culture « nande » étant donné que c'est la tribu majoritaire de la zone d'étude : Beni et Lubero.

    143 Par exemple les catholiques, les protestants, pentecôtistes et églises de réveil, les kimbanguistes, les musulmans, ...

    32. Pensez-vous que la société civile de Beni-Lubero est apolitique ? JustifiezQuel peut être le rôle et l'importance de la société civile ?

    33. Quelles sont les difficultés de cette société civile ?

    34. Quelles sont ses forces ? Quelles sont ses faiblesses ? Quelles sont ses opportunités ? Quelles sont ses menaces ?144

    35. Pensez-vous que la base est consultée pour les activités ?

    36. Avez-vous déjà entendu parler des associations suivantes : « Tuungane » ,

    « Waïbrahimu », ADL-assomption, MAAMS et PEAC ?

    37. Que savez-vous de ces associations ?

    38. Appréciez-vous leurs activités ?

    39. Pourquoi ?

    40. Comment voyez-vous l'avenir de la société civile de Beni et Lubero?

    41. Que pouvez -vous proposer à cette organisation ou mouvement aux regards des faiblesses et menaces que vous avez soulignées. ?

    42. Comment trouvez-vous l'attitude de l'Etat vis-à-vis de la société civile?

    43. Que conseillez-vous aux confessions religieuses qui sont impliquées dans les

    activités ?

    44. Que conseillez-vous à celles qui ne sont pas impliquées.

    45. Quel est votre dernier mot ?

    Merci

    Emmanuel Musongora Syasaka

    144 - Les forces de la société civile sont les éléments (matériels ou non matériels) qui appartiennent à celle-ci et qui concourent à la réalisation de ses objectifs. Les faiblesses sont au contraire les éléments internes qui peuvent handicaper la réalisation des objectifs. Ils dépendent de la politique interne de la société civile.

    - Les opportunités sont des éléments (matériels ou non matériels) externes à la société civile qui peuvent concourir à la réalisation des objectifs alors que les menaces sont des éléments externes à la société civile et qui peuvent handicaper la réalisation des ses objectifs. Tous influencent la gestion de l'organisation tout en étant externe à celle-ci.