3.2. MODES DE GESTION DES DECHETS SOLIDES MENAGERS ADOPTES
PAR LES COMMUNAUTES DE KPOMASSE.
Dans les communautés humaines, la gestion des
déchets se fait suivant deux méthodes désignées
sous le nom de: pratiques populaires ou traditionnelles et pratiques
modernes.
3.2.1. Pratiques populaires ou traditionnelles
Les déchets solides ménagers produits par les
ménages de Kpomassè sont formés de terre, de
matières végétales, de déjections d'animaux
d'élevage, des sacs plastiques et de quelques tissus, papiers, cartons
et piles. Les ordures contiennent peu de fer et de verre parce que ces derniers
sont récupérés par les acheteurs de ferrailles et des
verres. Toutefois, si la présence de fer dans les déchets solides
ménagers est dans une tendance régressive, celle des sachets
plastiques s'accentue au contraire dans les grandes agglomérations comme
les trois arrondissements de Kpomassè-Centre; Tokpa-Domèet
Sègbohouè.
Les pratiques populairesse définissent comme l'ensemble
de méthodes, procédures élaborées et
utilisées par les communautéspour l'élimination et
l'évacuation des déchets solides ménagers. Sur
soixante-quatre (64) personnes interrogées, 46% des personnes
interrogées de Kpomassè-centre; 33%des personnes
interrogées de Tokpa-Domè et 15% de personnes interrogées
àSègbohouè affirment que:«les ordures
ménagères une fois balayées sont mises en tas dans la
cour». Ces communautés disent qu'«elles sont
obligées de procéder comme cela parce qu'elles n'ont pas les
moyens pour faire comme ceux qui vivent en ville». 40% des personnes
jettent aussitôt balayés leurs déchets solides
ménagers sur les parcelles non habitées et sur les berges; elles
disent: «personnes n'habitent les parcelles et quant aux berges elles
sont proches de nos maisons, l'eau se chargera d'emporter les
déchets solides ménagers». 16% des personnes
interrogées à Sègbohouè, 15% des personnes
interrogées de Tokpa-Domèet 4%despersonnes interrogées de
Kpomassè-centre stockent leurs déchets solides ménagers
dans des récipients pour ensuite les vider sur des dépotoirs
sauvages, des bananeraies voisines etc. 35%depersonnes interrogées de
Kpomassè-centre et 17% de personnes interrogées à
Sègbohouè jettent les déchets solides ménagers dans
des trous sur la cour pour être plus rapides et de plus, disent-elles:
«dans ces trous les déchets se décomposent vite et les
trous nous reviennent vides».
Les arrondissements de Tokpa-Domè et
Sègbohouè, situés le long du lac Ahémé sont
les plus touchés par le phénomène de l'insalubrité.
Il est noté que près de 40% des ménages de ces
arrondissements jettent juste après le balayage ou autres
activités de productions, leurs déchets au bord de la ruelle
(Tokpa-Domè/Sègbohouè) et 60% seulement stockent leurs
déchets solides ménagers dans des récipients et les
déversent par la suite dans le lac. Mais cette dernière pratique
est en baisse dans les villages Tokpa-Domè, Adjatokpa,
Sègbohouè, Gbétozo, Lokogbo grâce à l'agence
belge ADEFI/CTB. Ce partenaire financier a aidé à
l'enlèvement des déchets solideset humains des berges du lac
Ahémé. De plus, Il a organisé des formations et
sensibilisations sur la gestion des déchets à l'endroit des
pêcheurs de la commune. Les personnes formées par ADEFI/CTB
confient que: «cette initiative a été d'un grand bien
non seulement à la gestionefficiente des déchets de toutes
catégories mais aussi à la protection des produits
halieutiques». Les ménages ne disposent pas de poubelles
respectant les normes d'hygiène pour la gestion des déchets
solides ménagers, le constat est pareil dans les ménages
supposés aisés, (tableau 4).
Tableau 4: Modes de
gestion des déchets solides ménagers dans les
ménages.
Arrondissements
|
Caniveaux et rues
|
Dans lac et rivières
|
Tas sur la cour
|
Fosse compo stères
|
Récipient
|
Trou
|
Kpomassè Centre
|
1%
|
0%
|
46%
|
15%
|
4%
|
35%
|
Sègbohouè
|
20%
|
30%
|
15%
|
2%
|
16%
|
17%
|
Tokpa-domè
|
20%
|
30%
|
33%
|
2%
|
15%
|
0%
|
Source: Enquête de terrain,
2014
Le phénomène dans ces divers lieux
d'évacuation des déchets des trois arrondissements ci-dessus
cités se présente comme ceci, (photo 1).

Photo1: Bananeraie servant
de dépotoir sauvage à Tokpa-Domè.
Source: Prise de vue;HOUNNOUGBO,
2014
Les déchets entreposés sur ce dépotoir
sauvage se décomposent sous l'effet des intempéries naturelles et
fournissent à la terre les nutriments nécessaires. Les
bananeraies reçoivent assez de déchets dans la commune de
Kpomassè parce que les communautéscherchent à enrichir les
exploitations de bananeraies. Les parcelles vides qui en reçoivent sont
réservées à la mise en valeur dans les années
à venir, les déchets sont ainsi utilisés comme des
fertilisants dans la commune de Kpomassè.La plupart des plantations de
bananes sont juste derrière les concessions ce qui rend l'accès
facile aux communautés après le balayage. Se faisant, plusieurs
ménages qui munies de poubelles pleines de déchets y ont
accès et les plantations sont embourbées en un temps record. Mis
à part les sachets plastiques qui ne se décomposent pas parce que
non biodégradables, tous les autres déchets sont
décomposés et les plantations se vident tôt de leurs
déchets. Les régimes récoltées dans ces bananeraies
sont de bonnes qualités et très prisées par les usagers
des marchés de la commune de Kpomassè. Voici un type de poubelle
de collecte utilisé par les ménages à
Kpomassè,(photo 2).

Photo2: Poubelle d'un ménage
àTokpa-Domè
Source: Prise de vue; HOUNNOUGBO,
2014
Ce ménage dispose de poubelle pour recycler les
déchets dans une communauté où la solidarité entre
l'homme, la terre, les animaux et les végétaux estle principe de
vie; où les déchets participentà lareconstitution de la
terre et à sa fertilisation. Cette attituderésulte de la
rencontre de la culture de Kpomassè avec les cultures
étrangèressurtout celle nigériane. L'état de la
poubelle montre néanmoins que malgré la rencontre entre les deux
cultures, les habitudes des communautésde Kpomassèn'ont
véritablement pas changées. Les représentations sociales
faites des déchets dans la commune de Kpomassè influencent
fortement les comportementsdes communautés malgré que plusieurs
ménages aient connus ce brassage avec la culture nigériane. Il
est vrai que les poubelles constituent un dispositif des pratiques modernes de
gestion des déchets dans la culture rencontrée mais ces
communautés ne sesont pas intéressées aux
rationalités qui sont derrières ce dispositif.Malgré tout,
cet emprunt culturel peut impulser un changement des perceptions et des
comportementschez les communautés de Kpomassè.Les ménages
dans lesquels existent les poubelles seront des exemples à citer pour
sensibiliser les autres. Il y a uneprédisposition des communautés
de Kpomassè à apprendre de nouvelles pratiques de gestion des
déchets alors il sera moins difficile d'instaurer les modes de gestion
efficiente des déchets dans la commune de Kpomassè;toute chose
qui peut faciliterl'entrée de cette dernière dans le concert des
communes de Ouidah, de Coméet deCotonou où ils
existentdéjà les pratiques modernes de gestion des
déchets.
Selon le document cadre de 2001 intituléPolitique
Nationale de la Santé Scolaire et Universitaire:
«L'école est un lieu privilégié pour l'acquisition
des connaissances, des attitudes, des habitudes et un comportement susceptible
d'influencer l'état de santé présent et futur de
l'apprenant», (MELIHO, 2003). Au plan de l'assainissement du
milieu scolaire, les écoliers s'occupent du nettoyage de l'environnement
des écoles; des salles de classes et des latrines. Dans les
établissements scolaires parcourus où il a
étéinterrogé sept (07)personnes; 80% des
interrogées reconnaissent que les ordures produites suite au balayage
des classes et de la cour de l'école sont jetées dans des trous
et brûlés une fois ces trous remplis. Presque tous les
établissements parcourus à savoir: EPP/Tokpa-Domè,
CEG/Tokpa-Domè, Epp/Kpomassè, CEG/Kpomassè-centre,
CEG/Sègbohouè, etc. disposent de comités de santé
chargés de la propreté et de la gestion des déchets
solides ménagers. Mais 60% des comités mis en place ne sont pas
fonctionnels dans les établissements scolaires, notamment dans les CEG
ce qui freine la gestion efficiente des déchets solides. Les
établissements scolaires en particulier ceux parcourus ont des tas
d'immondices entreposés dans des trous, parfois en attentes d'être
incinérésou en attente de décomposition parce que
oubliés. Les mouches s'y développent et viennent parfois se poser
sur les denrées alimentaires vendues aux apprenants, aucun des sept
établissements parcourus ne disposent de bacs à ordures ni
poubelles occasionnant ainsi des cas d'affections chroniques (diarrhée,
choléra, dysenteries etc.) dues aux conditions d'insalubrité
recensées dans presque tous les établissements.
Les marchés quant àeux sont des sites de
production d'importantes quantités de déchets solides et de ce
fait, ils n'échappent non plus à l'insalubrité. Le
balayage des marchés est assuré par des groupements volontaires
non rémunérés. Le marché de Sègbohouè
et le marché de Tokpa-Domè ne sont pas
régulièrement balayés ce qui accentue leur
insalubrité. A cet effet, les femmes balayeuses posent le
problème de manque d'équipement et de motivation. Et quand ils
viennent à être balayés, 80% des ordures balayées
sont jetées dans la brousse à côté des
marchés ou brulés et le reste traine sur le sol dans les
marchés. Aussi, l'accumulation de ces déchets crée souvent
des tas d'immondices; les déchets solides ménagers autrefois
jetés reviennent dans les marchés, (Photo3).

Photo3: Tas d'immondices aux abords du marché
de Sègbohouè.
Source: Prise de vue; HOUNNOUGBO,
2014
Ce tas d'immondices se trouve juste à la lisière
de l'espace d'échanges commerciaux. Les usagers de ce marché s'en
soucient moins parce qu'il est remarqué que, parmi eux il y en a qui
mangent juste à coté du tas d'immondices. Les déchets
déposés sur ce tas se sèchent et se décomposent et
le sol à cet endroit se noircit. Ce phénomène est dû
au fait que les déchets libèrent des composants chimiques et des
métaux lourds qui s'infiltrent dans le sol. Ce sol est bien enrichit
parce qu'il est observé et comparé l'épaisseur des plantes
qui y poussent avec celles des sols voisins qui ne recoivent pas
régulièrement des déchets. Il est remarqué que
cesplantes sont plus dévéloppées que les autres, donc les
communautés ont raison quand elles affirment que: « les
déchets sont des fertilisants». Unecommunautédont
l'activité principale de revenus est l'agriculture a du mal à
accepter des pratiques de gestion des déchets qui l'obligerait à
payer pour l'enlèvement de ses fertilisants.
Dans les Centres de Santé d'Arrondissement (CSA)
à savoir: centre de santé de Tokpa-Domè, de
Sègbohouè où se sont déroulées
l'enquête de terrain; les agents chargés de la gestion des
déchets solides ménagers ont montré que les déchets
solides ménagers sont récupérés à l'aide de
poubelles disposées au niveau des salles. Seul le CSC de Kpomassè
qui en plus des poubelles des salles, dispose de poubelles dans la cour. Les
poubelles destinées aux déchets solides ménagers sont de
couleur noire sur recommandation de la DNSP. 85% des déchets solides
ménagers collectés à travers les poubelles sont
déversés dans des trous à ordures et brûlés
par la suite. Par contre, 15% des déchets ménagers restent dans
les trous ou s'éparpillent dans les coins des centres de santé
puis se décomposent. Voici une poubelle de collecte du CSC de
Kpomassè, (Photo4).

Photo4: La poubelle du CSC.
Source: Prise de vue; HOUNNOUGBO,
2014
Dans les centres de santé, l'utilisation des poubelles
n'est pas un hasard, elle vient du niveau d'instruction des agents de
santé. Les agents de santé sont des modèles à
suivre en matière d'hygiène et d'assainissement parce que
l'hygiène et la santé sont intimement liées. Les agents
chargés de la gestion des déchets sont aidés par la DHAB
qui leur fournit des poubelles et envoie des véhicules bennes pour
ramasser les déchets produits par les centres de santé. Un agent
du centre de santé de la commune de Kpomassè confie
que:«les bennes ne ramassent que les déchets
biomédicaux».Cette poubelle est estampillée
DHAB/MSP,cela montre qu'elle est utilisée par un centre de santé,
la couleur noire indique qu'elle est disposé là pour recevoir les
déchets solides ménagers. Que se soient l'inscription ou la
couleur, il est à remarquer qu'en plus des déchets
biomédicaux les centres de santé produisent des déchets
solides ménagers parce que avant tout les centres de santé sont
un espace de vie des patients et des traitants. L'usage des poubelles ne
relève pas d'un emprunt culturel ici mais d'un acquis des formations
sanitaires malgré tout cela, la gestion des déchets solides
ménagers ades lacunes. Les centres de santé sont les lieux par
excellence de l'Hygiène et l'assainissement et le soin qui est autour de
cette poubelle le témoigne.
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