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DEDICACE
A madame et monsieur OMOKO
REMERCIEMENTS
Ce travail a bénéficié du soutien de
plusieurs personnes auxquelles nous tenons à témoigner notre
gratitude.
L'étude s'est faite sous la direction
éclairée de notre encadreur académique, le Professeur
Laurent Charles BOYOMO ASSALA. Nous lui témoignons notre profonde
gratitude pour sa constante disponibilité en dépit de ses
nombreuses occupations.
Nous témoignons également notre gratitude
à tous nos enseignants du Département de Sociologie-anthropologie
pour leurs précieuses contributions à travers leurs
enseignements. Nous pensons nommément au Professeur Valentin NGA NDONGO
et au Docteur Jean NZHIE ENGONO.
Les contributions de nos parents Julienne NGATOM, Martine et
Michel OMOKO, Hélène et Honoré PUEPI, Alice et Joseph
NJAMPOU, Céline et Emmanuel KWEFFO, Jacqueline NJITCHE, Abdou Karim
NJOYA et Crépin SALIF ont été d'une grande importance pour
la réalisation de ce travail. Nous leur témoignons notre
reconnaissance pour ce remarquable soutien.
Messieurs Pascal TOUOYEM, Ange Faustin KOYASSE et Pie
KATIHABWA nous ont facilité l'accès aux informations relatives
à cette étude. Les uns par la mise à notre disposition de
la documentation, les autres par la facilitation des contacts avec les
personnes ressources et les autres informateurs. Nous leur en sommes
reconnaissant.
Nos remerciements vont aussi à l'endroit de toutes les
personnes ressources et toutes les institutions nationales et internationales
auprès desquelles nous avons recueilli les informations. Nous ne pouvons
malheureusement pas toutes les citer, qu'elles trouvent ici l'expression de nos
sincères remerciements.
Nos frères Sidoine NGATOM, Carine, Guy et Christian
OMOKO, Jeannine et Marilyne NJAMPOU ont positivement influencé ce
travail par leurs encouragements et appuis divers. Nous leur en sommes
également reconnaissant.
Nos remerciements vont aussi à nos amis Larissa MAYAP,
Klébert FANGSEU et Bienvenu MOULIOM pour leurs contributions à la
mise sous forme typographique de ce travail.
Le soutien de nos amis Aline WEKETIA, Eddy Carlos FONKOUO,
Hubert POLLA, Gilles NGANSOP, Aimé NAYANG, Jules FOSSI, Romuald KENGNE,
Hugues TCHABO, Justin BIOMO, Pascal NONO, Flaubert WATAT, a été
précieux pour la réalisation de ce travail. Qu'ils trouvent ici
le témoignage de notre profonde gratitude.
LISTE DES ABREVIATIONS ET ACRONYMES
AID : Association Internationale de
Développement
APD : Aide Publique au
Développement
APICA : Association pour la Promotion des
Initiatives Communautaires
Africaines
BAD : Banque Africaine de
Développement
BASC : Bureau des Activités
Socio-Caritatives
BEAC : Banque des Etats de l'Afrique
Centrale
BIRD : Banque Internationale pour la
Reconstruction et le
Développement
BM : Banque Mondiale
CAD : Comité d'Aide au
Développement
CANADEL : Centre d'Appui aux Nouvelles
Alternatives de développement local
CAPME : Centre d'Assistance de Petites et
Moyennes Entreprises.
CAS III : Troisième Crédit
à l'Ajustement Structurel
CCS/PPTE : Comité Consultatif et de
Suivi de la gestion des ressources des Pays
Pauvres Très Endettés
CDF : Comprehensive Development
Framework
CEEAC : Communauté Economique des
Etats de L'Afrique Centrale
CEI : Communauté des Etats
Indépendants
CELLUCAM : Cellulose du Cameroun
CNUCED : Conférence des Nations
Unies pour le Commerce et le
Développement.
CSR/PPTE : Comité de Suivi de la
Réalisation des Projets PPTE
CTS : Comité Technique de Suivi des
programmes économiques
DCPE : Document Cadre de Politique
Economique
DDC : Direction du Développement et de
la Coopération
DIAL : Développement des
Investigations sur Ajustement à Long terme
DSA : Dimensions Sociales de
l'Ajustement
DSCN : Direction de la Statistique et de la
Comptabilité Nationale
DSRE : Déclaration de
Stratégies de Relance Economique
DSRP : Document de Stratégie de
Réduction de la Pauvreté
ECAM : Enquête Camerounaise
Auprès des Ménages
FASR : Facilité d'Ajustement
Structurel Renforcé
FCFA : Franc de la Communauté
Financière Africaine
FMI : Fonds Monétaire International
FOGAPE : Fonds d'Aide et de Garantie pour
les petites et moyennes Entreprises
FOSCAM : Fédération des
organisations de la société civile camerounaise
FRPC : Facilité pour la
Réduction de la Pauvreté et la Croissance
FSD : Facilité Suisse de
désendettement
GLP : Global Lactoperoxdase Programme
HIPC : Highly Indebted Poor Countries
IBW : Institutions de Bretton Woods
IFI : Institutions Financières
Internationales
Initiative PPTE : Initiative Pays Pauvres
Très Endettés
IRD : Institut de Recherche pour le
Développement
MINADER : Ministère de l'Agriculture et
du Développement Rural ex
MINAGRI : Ministère de l'Agriculture
MINAS : Ministère des Affaires
Sociales
MINEFI : Ministère de l'Economie et
des Finances
MINEPAT : Ministère du Plan et de
l'Aménagement du Territoire (actuel)
MINPLADAT : Ministère de la
Programmation, de la planification du
Développement et de l'Aménagement du
Territoire)
MINESUP : Ministère de
L'Enseignement Supérieur
MINFI : Ministère des Finances
MINPROFF : Ministère de la Promotion
de la Femme et de la famille
MINSANTE : Ministère de la
Santé publique
OCDE : Organisation de Coopération
et de développement Economiques
ODM : Objectifs de Développement du
Millénaire
ONG : Organisation Non Gouvernementale
OPEP : Organisation des Pays Producteurs
de Pétrole
PAS : Programmes d'Ajustement Structurel
PIB : Produit Intérieur Brut
PMA : Pays les Moins Avancés
PME : Petites et Moyennes Entreprises
PNB : Produit National Brut
PNG : Programme National de Gouvernance
PNUD : Programme des Nations Unies pour le
Développement
PUA : Presse Universitaire d'Afrique
PUF : Presse Universitaire de France
PUY : Presse Universitaire de
Yaoundé
RCA : République Centre
Africaine
RDPC : Rassemblement Démocratique du
Peuple Camerounais
SFI : Société
Financière Internationale
SIDA : Syndrome d'Immunodéficience
Acquise
UCAC : Université Catholique
d'Afrique Centrale
UDEAC : Union Douanière des Etats de
L'Afrique Centrale
UE : Union Européenne
UNC : Union Nationale Camerounaise
UNESCO : Organisation des Nations Unies pour
L'Education, la Science et la
Culture
UNEXPALM : Union des Exploitants des
Palmiers à huile
UNICEF : Fonds des Nations Unies pour
l'Enfance
VAN : Valeur Actuelle Nette
VIH : Virus d'Immunodéficience
Humaine
GLOSSAIRE
Club de Londres : Instance chargée de
renégocier la dette contractée par les
pays en développement auprès des banques
privées.
Club de Paris : Instance chargée de
renégocier la dette contractée par les
pays en développement auprès des Etats.
Créance : Droit d'obtenir à
son profit une prestation en espèces.
Crédit : Echange dans le temps de
biens ou de moyens de paiement
contre une Promesse de paiement ou de remboursement.
Crise de Liquidité : Situation d'un
pays, caractérisée par le manque de devises
nécessaires pour honorer ses obligations de
paiement
international.
Décote : Exonération
appliquée à une contribution
Dette : Obligation contractée
à l'égard d'un tiers ayant comme
contrepartie pour ce dernier une créance.
Dette Chirographaire : Créance qui
n'est pas garantie par un hypothèque ou un
privilège, ainsi que de son titulaire.
Encours de la dette : Montant à un
moment donné de la dette contractée et non
encore remboursée.
Liquidité : Capacité
d'honorer rapidement des engagements financiers.
Marché secondaire : Marché de
gré à gré sur lequel les détenteurs de
créances
échangent leurs titres.
Pétrodollar : Dollar
résultant de la commercialisation du pétrole brut.
Rééchelonnement :
Opération consistant à étaler la période de
remboursement
d'un prêt sur une période de remboursement
plus longue que
prévue initialement.
Restructuration : Opération par
laquelle une dette est modifiée pour permettre
un meilleur service de la dette, par exemple par un
rééchelonnement, un refinancement ou une
conversion de
créances en un autre actif.
Service de la dette : Charges
afférentes aux obligations contractées, soit par le
remboursement du capital d'une part et le paiement des
intérêts et des primes d'autre part.
Valeur nominale : C'est la valeur actuelle
de l'encours de la dette, autrement dit,
ce que doivent maintenant les PPTE, sans égard aux
taux
d'intérêt. La valeur nominale est par
conséquent supérieure à
la valeur actuelle nette.
VAN : Valeur actuelle nette de la dette.
Elle sert à déterminer la
valeur actuelle de flux futurs de remboursement de la
dette au
moyen du taux d'intérêt sur le
marché. Elle sert également à
comparer l'encours de la dette des divers PPTE.
RESUME
Cette étude est une tentative d'évaluation de
l'efficacité de l'Initiative PPTE sur la réduction de la
pauvreté au Cameroun, à partir de l'analyse sociologique de sa
mise en oeuvre.
Les déconvenues de la politique de lutte contre le
sous-développement- qui a eu pour instrument principal les Programmes
d'ajustement structurel (PAS)- ayant donné lieu à la promotion et
à la consécration de la politique de lutte contre la
pauvreté- qui a pour instrument principal l'Initiative PPTE-, la
présente étude s'intéresse à la mise en oeuvre de
l'Initiative PPTE et s'interroge sur son efficacité sur la lutte contre
la pauvreté au Cameroun.
Etant donné que l'efficacité de cette
Initiative, comme celle de toutes les initiatives de développement
social, dépend de la démarche adoptée pour leur mise en
oeuvre, l'étude envisage deux pistes de réponses à la
question de son efficacité. La première est relative à
l'adéquation des mécanismes de leur mise en oeuvre, et la seconde
à l'application de l'approche participative dans cette mise en
oeuvre.
Pour l'analyse sociologique de la mise en oeuvre de cette
Initiative, trois approches théoriques sont mises à contribution
: l'approche sociocritique, l'approche systémique et l'approche
stratégique.
A l'issue de cette étude, il apparaît que les
conditions de mise en oeuvre de cette Initiative ne permettent pas son
efficacité sur la réduction de la pauvreté au Cameroun.
Les obstacles à cette efficacité sur la réduction de la
pauvreté se trouvent aussi bien dans les mécanismes y relatifs
que dans l'application de l'approche participative.
ABSTRACT
The present study is an evaluative attempt of the
effectiveness of HIPC projects on poverty reduction in Cameroon, based on a
sociological analysis of their implementation.
Failures noticed in the underdevelopment control policy, whose
major tools were Programs for structural adjustment (PSA), led to the promotion
and dedication of the policy meant to curb poverty, using mainly HIPC
initiative. Our work therefore investigates about the execution of HIPC
projects as well as it questions their incidence on the reduction of the
poverty in our country.
Considering that, like that of any undertaking for social
development , the output of such projects depends on the procedure applied in
their execution, our study envisages two possible ways of handling the issue in
case (efficiency). The first relates to the accuracy of implementation
mechanisms whereas the second deals with the application of a participative
approach all along the process.
There are three theoretical approaches helpful to the
sociological analysis of the implementation of these projects: the
sociocritical approach, the systemic approach and the strategic approach.
At the end of our study, it appears that the implementation
conditions of the so-called projects do not enable effective reduction of
poverty in Cameroon, for hindrances lies both at the level of related
mechanisms and the application of the participative approach.
INTRODUCTION GENERALE
I. JUSTIFICATION DE L'ETUDE
Cette étude est essentiellement motivée par le
changement d'approche survenu dans les politiques de développement en
direction des pays en développement en général, et du
Cameroun en particulier. De la politique de lutte contre le
sous-développement, on est passé à celle dite de lutte
contre la pauvreté.
En effet, la politique de lutte contre le
sous-développement, caractérisée par la mise en oeuvre des
Programmes d'ajustement structurel (PAS) et les modifications qui s'en sont
suiviesont fait l'objet des critiques selon lesquelles les PAS ont
aggravé la pauvreté dans les pays qui ont fait l'objet de leur
application. Ces critiques ont amené les Institutions de Bretton Woods
à conduire des réflexions visant à palier les limites des
PAS. Ces réflexions ont abouti à la mise en place de l'Initiative
en faveur des pays pauvres très endettés (Initiative PPTE).
Initiative conjointe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire
international (FMI), l'Initiative PPTE consacre la politique de lutte contre la
pauvreté dans les pays bénéficiaires.
L'élection du Cameroun à cette Initiative dont
le point de décision a été atteint à la mi-octobre
2000, a consacré la politique de lutte contre la pauvreté au
Cameroun. Depuis ce temps, le concept de lutte contre la pauvreté a fait
une entrée remarquée dans les discours politiques et les
réflexions sur le développement au Cameroun, au point d'y
constituer désormais un élément central de la
rhétorique des acteurs engagés dans le développement. Avec
l'élection du Cameroun à cette Initiative, le grand public
n'ignore plus ce concept qui est repris par les médias nationaux et
internationaux, le gouvernement, les organisations internationales, les
organisations de la société civile, les élites et bien
d'autres. Mais au-delà d'un incontestable effet de mode, le concept de
lutte contre la pauvreté est caractérisé par un flou
sémantique qui n'est pas neutre dans l'abondant usage qui en est fait.
Même si un contenu lui est donné dans les textes fondateurs de
l'Initiative PPTE et dans le Document de stratégie de réduction
de la pauvreté (DSRP), des interrogations demeurent sur la
capacité des politiques y relatives, mieux de l'instrument y relatif,
à infléchir la pauvreté au Cameroun.
Il semble alors opportun d'interroger l'Initiative PPTE,
quant à son efficacité sur la lutte contre la pauvreté au
Cameroun.
II. DELIMITATION DE L'ETUDE
La politique de lutte contre la pauvreté a pour
instrument principal l'Initiative PPTE. Cette Initiative comprend les volets
économique et social. Le volet économique est relatif à la
conduite des réformes économiques en vue de l'atteinte des
performances macroéconomiques, et au désendettement. Le volet
social quant à lui concerne la lutte contre la pauvreté.
La présente étude s'intéresse
exclusivement au dernier volet de cette Initiative, celui de la lutte contre la
pauvreté et est consacrée à l'analyse sociologique de la
mise en oeuvre des projets y relatifs au Cameroun.
III. ETAT DES LIEUX SUR LA QUESTION
L'émergence de la notion de développement a eu
pour conséquence la catégorisation/ classification du monde en
« développés » et en «
sous-développés ». La perception du
sous-développement comme retard par rapport au développement a
sous-tendu la théorie évolutionniste de Rostow qui trace les
étapes essentielles et inévitables du développement. Cette
philosophie de retard qui envisage le développement des pays
sous-développés en terme de rattrapage économique a
été et/ou est encore à l'origine de la profusion des
politiques et/ou programmes de développement à destination des
pays sous-développés. Pour des raisons diverses, ces politiques
et/ou programmes n'ont pas conduit au bien-être des
bénéficiaires. Il s'est de ce fait imposé un changement de
perspective sur les politiques de développement. Des politiques dites de
lutte contre le sous-développement dans les années d'après
indépendance, on est passé de nos jours à celle dite de
lutte contre la pauvreté. Le Cameroun fait partie des
bénéficiaires de ces diverses politiques.
Jusqu'en 1985, l'économie camerounaise affichait une
situation enviable parmi les pays de l'Afrique subsaharienne. Au
développement continu de la production et des exportations agricoles
s'était ajoutée, à partir de la deuxième
moitié des années 70, l'exploitation des ressources
pétrolières.
Au cours de l'exercice 1985/86, l'économie enregistre
une baisse brutale des revenus d'exportation. Cette baisse concerne aussi bien
le pétrole que les autres produits d'exportation. La dégradation
de l'activité économique s'accélère en 1986/87, en
raison de la baisse persistante des coûts de principaux produits
d'exportation (pétrole, café, cacao et coton). Les taux de
croissance deviennent négatifs, les termes de l'échange se
dégradent de moitié.
En réaction à la crise, le gouvernement met en
oeuvre une politique d'ajustement interne qui montre très vite ses
limites. La réduction du train de vie de l'Etat et du poids du secteur
public dans l'économie s'avère insuffisante pour enrayer le mal
qui est profond. Le Cameroun connaît une chute de près de 65% des
termes de l'échange entre 1985 et 1987 .
Son incapacité à régler les
intérêts de la dette extérieure ainsi que les
créances internes élevées l'amènent à
emprunter le passage obligé du Fonds monétaire international qui
exige pour apporter sa première contribution financière au
redressement de la situation en septembre 1988, des réformes et des
engagements connus sous le terme d' « ajustement structurel ».
Cet ajustement va recouvrir toutes les politiques, programmes
et mesures visant à faire subir une cure d'austérité
à l'Etat et aux diverses couches sociales du pays, tout en recherchant
de nouvelles ressources pour rétablir les finances publiques et les
comptes extérieurs. Il en résulte la paupérisation de
larges franges de la population et l'effondrement des systèmes
d'éducation et de santé. Pour ces raisons, la contestation et la
difficulté à mettre en oeuvre ces mesures vont donner lieu
à la promotion des politiques sociales connues sous le terme de «
dimension sociale de l'ajustement structurel ».
Suite à la dévaluation du franc CFA intervenue
en janvier 1994, les autorités camerounaises vont mettre en oeuvre,
à partir du milieu des années 1990, un ensemble de mesures
d'ajustement structurel et des réformes visant à assurer une
compétitivité durable de l'économie camerounaise. En
août 1997, le Cameroun conclut avec le FMI un Accord au titre de la
Facilité d'ajustement structurel renforcée (FASR), en appui
à un programme économique et financier élaboré par
les autorités camerounaises, en concertation avec le Fonds et la Banque
mondiale. Ce programme vise principalement à mettre en place les
conditions d'une croissance économique soutenue et d'un redressement
notable du niveau de vie des populations. La conclusion de cet Accord consacre
la restauration d'une certaine crédibilité du Cameroun au sein de
la Communauté financière internationale, après une longue
période de relations rendues difficiles par une importante accumulation
d'arriérés de paiements extérieurs consécutive
à la crise des finances publiques et les échecs successifs de
quatre programmes soutenus par le Fonds monétaire international au titre
des Accords de confirmation.
A la suite de la mise en oeuvre des réformes contenues
dans le programme triennal 1997-2000, le Cameroun bénéficie du
mécanisme de réduction du service de sa dette extérieure
au titre de l'Initiative Pays pauvres et très endettés (PPTE).
Cette décision des conseils d'administration du Fonds monétaire
international et de la Banque mondiale en date du 11 Octobre 2000, se
caractérise entre autres par le lien qui est désormais
établi entre la conduite des réformes, les performances
macroéconomiques, le désendettement et la réduction de la
pauvreté. La complexité de ce lien et l'implication
désormais « exigée » de tous les acteurs sociaux
fondent la nécessité d'une démarche pédagogique en
vue de la compréhension, d'une plus grande internalisation et d'une
meilleure appropriation des réformes.
Depuis ce dernier Accord conclut avec les Institutions de
Bretton Woods, la politique de développement en vigueur au Cameroun est
axée sur la lutte contre la pauvreté, avec pour instrument
principal l'Initiative en faveur des Pays pauvres très endettés
(PPTE).
Pour la mise en oeuvre de cette Initiative au Cameroun, il a
été mis en place des mécanismes et une approche
supposée favoriser son efficacité sur la réduction de la
pauvreté. Mais toutes ces mesures permettent- elles alors à cette
Initiative de contribuer efficacement à la réduction de la
pauvreté au Cameroun ?
IV. REVUE DE LA LITTERATURE
Les investigations relatives à notre sujet font
état de nombreuses études sur la question. Ces études
peuvent être regroupées sous deux thématiques : celle de la
lutte contre la pauvreté au Cameroun et celle de l'Initiative PPTE au
Cameroun. Sous la première thématique, se retrouvent les travaux
de Albert Bakong-Epouné (1992), Séverin Cécile
Abéga, Marie-thérèse Mengué et Jean Didier
Boukoungou. Sous la seconde thématique, se retrouvent ceux de Isaac
Tamba (2001et 2002), de Octave Jokung Nguéna (2005).
Dans sa thèse de Doctorat en Sciences
économiques intitulée « Pauvreté et partage seuils de
pauvreté, aspects des politiques de lutte contre la pauvreté et
problématique de revenu d'existence en référence au
Cameroun » Albert Bakong-EPOUNE constate l'échec des approches
macroéconomiques en matière de lutte contre la pauvreté et
envisage une approche plus objective qui consiste à distribuer les
ressources de façon à assurer un revenu d'existence à tous
les individus. D'après lui, en effet, les stratégies de lutte
contre la pauvreté dans les pays en développement sont dans
l'impasse, car la croissance à elle seule ne permet pas une
évolution favorable de la situation des pauvres. L'économie
à plusieurs vitesse, poursuit-il, révèle une distribution
multimodale des revenus caractéristique d'une dysharmonie, du fait de la
non intégration et de l'existence sur le même territoire des sous
populations vivant des temps économiques différents. Pour mettre
un terme à cette situation en oeuvre au Cameroun, Bakong-Epouné
préconise une solution qui consiste en la détermination d'une
allocation inconditionnelle par le truchement du secteur dit « moderne
». Ainsi, émergera pense-t-il, une société plus
intégrée et dans laquelle l'on fera réellement front au
problème de la pauvreté.
Séverin Cécile Abéga pour sa part, dans
Société civile et réduction de la
pauvreté, part du constat de la prolifération-implication
des organisations de la société civile dans le
développement au Cameroun, pour s'interroger sur la contribution de
celles-ci à la réduction de la pauvreté au Cameroun. Il
relève les problèmes qui font obstacle à la contribution
efficace de ces organisations à la réduction de la
pauvreté au Cameroun.
Il en ressort que leur statut hybride entre l'entreprise
créée pour le bénéfice de leurs promoteurs et les
organisations de développement véritables, le transfert en leur
sein des tares reconnues aux administrations publiques et leur manque
d'organisation, constituent entre autres les obstacles à leur
contribution efficace à la réduction de la pauvreté au
Cameroun.
Marie-thérèse Mengué et Jean Didier
Boukoungou quant à eux, dans l'ouvrage collectif qu'ils ont
dirigé, partent des présupposés que la pauvreté
n'est pas une fatalité, ni le résultat d'un déterminisme,
pour fonder la nécessité des études approfondies sur les
discours traditionnels dominant qui masquent beaucoup d'ambiguïtés,
des contradictions et des non-dits sur la pauvreté. Ainsi,
Comprendre la pauvreté au Cameroun examine les questions
relatives à l'identification des causes, à la mesure des
manifestations sociales de la pauvreté, à l'explication de son
étendue et aux politiques publiques nécessaires pour sa
réduction. L'étude propose, pour lutter contre la pauvreté
de partir des comportements des acteurs au quotidien pour mieux prévoir
leurs réactions et les avantages qu'ils pourraient réellement
tirer des interventions plurielles menées par les nombreux acteurs au
Cameroun.
A côté de ces travaux sous la thématique
de la lutte contre la pauvreté, se retrouvent ceux relatifs à
l'Initiative PPTE au Cameroun.
Les travaux menés sous la direction de Isaac Tamba sur
l'Initiative PPTE au Cameroun sont contenus dans deux ouvrages parus
respectivement en 2001et en 2002.
L'ouvrage paru en 2001, intitulé Cameroun : enjeux
et défis de l'Initiative PPTE, tout en contribuant à
l'animation du débat sur l'intérêt grandissant du public
pour cette Initiative, en répondant à certaines questions
soulevées non seulement en rapport avec sa conception, mais
également et surtout avec sa mise en oeuvre et son suivi, s'interroge
sur l'efficacité du cadre de l'Initiative PPTE quant à
l'affranchissement du Cameroun d'une dette intolérable. Il montre aussi
comment cette Initiative fonctionne et quelle est la gamme
d'opportunités qu'elle offre pour les perspectives de
développement économique et social au Cameroun.
Il apparaît que malgré cette Initiative, le
service nominal de la dette du Cameroun reste important et pourrait absorber
une bonne partie des dépenses sociales, et qu'en l'absence d'apports
financiers extérieurs substantiels, elle risque de s'avérer
insuffisante pour atteindre les objectifs de développement international
fixés pour 2015. Par ailleurs, les appréhensions sur la gestion
de ressources PPTE laisse planer le doute quant à la capacité de
ces fonds à combler les attentes des populations et à leur
efficacité sur la réduction de la pauvreté. Les auteurs
incitent à changer les regards sur la nature et les effets potentiels de
l'Initiative PPTE.
L'ouvrage paru en 2002, intitulé Stratégie
de désendettement et politiques de développement au Cameroun :
rupture, permanence ou continuité ?, s'inscrit dans le prolongement
de la première cité plus haut. Il expose le processus PPTE au
Cameroun à travers l'examen de la réglementation du dispositif
PPTE et l'analyse de la première génération des projets
PPTE. Il traite en détail de l'impact du processus de
désendettement au Cameroun dans le cadre de cette Initiative et du trend
historique de pauvreté et des inégalités. Il porte
également une grande attention aux enseignements de quarante
années de financement de développement et énonce quelques
limites de l'approche DSRP.
Il en ressort que malgré les ruptures
provoquées par l'Initiative PPTE par rapport aux indicateurs de
viabilité de la dette extérieure et du taux de pauvreté,
il y a toujours des permanences relatives à la ténacité
des inégalités et aux besoins nécessaires pour financer le
développement. Ces permanences sont révélatrices de
l'insuffisance des ressources additionnelles, y compris celle du budget de
l'Etat pour l'atteinte des objectifs internationaux de développement
fixés pour 2015.
Octave Jokung Nguéna, dans son récent ouvrage
intitulé Initiative PPTE. Quels enjeux pour l'Afrique ?, part
de l'observation de la situation socioéconomique de l'Afrique pour
attirer l'attention des acteurs de développement africains sur les
enjeux de cette Initiative. Il constate que le continent ploie sous le poids
d'une dette qui obère ses chances de relance économique, et se
trouve en situation de marginalisation et de paupérisation. Il pense que
l'Initiative est l'occasion pour les pays bénéficiaires de
développer les capacités de l'Etat, de la société
civile et des collectivités locales, afin de sceller un contrat de
développement participatif et re-distributif. L'appropriation, la
collaboration et le rapprochement des populations sont, d'après lui, les
garants de la réussite de cette Initiative.
Il s'intéresse particulièrement à la
situation du Cameroun qui court encore après le « point
d'achèvement » et fait des recommandations. Ainsi, pour profiter
des enjeux aussi bien financiers que stratégiques et socio-politiques de
cette Initiative, le Cameroun devra, entre autres, réapproprier le
rôle de l'Etat, renforcer les capacités de la
société civile, restaurer les tableaux de bord économiques
et sociaux.
En somme, toutes ces études s'intéressent de
près à la lutte contre la pauvreté au Cameroun. Celles de
la première thématique font la critique des stratégies
traditionnelles de lutte contre la pauvreté au Cameroun et
préconisent une approche plus objective visant la promotion d'un
développement partagé. Celles de la seconde thématique,
qui se rapprochent plus de notre sujet, sont orientées vers une approche
évaluative de l'Initiative PPTE par rapport à la lutte contre la
pauvreté au Cameroun.
Cette évaluation à dominance économique,
ne permet pas de rendre compte de la capacité de l'Initiative PPTE
à lutter contre la pauvreté au Cameroun, pour autant qu'elle
ignore la dimension sociologique de cette Initiative. D'où, et ce qui
fait l'originalité de cette étude, l'analyse sociologique de la
mise en oeuvre du volet social de cette Initiative au Cameroun.
V. PROBLEMATIQUE DE RECHERCHE
Instrument principal de la politique de lutte contre la
pauvreté, l'Initiative PPTE succède aux Programmes d'ajustement
structurel (PAS) qui ont eu des conséquences sociales néfastes
sur les conditions de vie des populations des pays qui ont fait l'objet de leur
application, parmi lesquels le Cameroun :
« En aggravant la crise dans ses effets sociaux, les
mesures d'ajustement structurel touchent la vie quotidienne de tous les
individus, aînés et cadets sociaux, hommes et femmes notables et
« sans importance ». Elle devient ainsi directement palpable dans
l'espace où chacun inscrit sa vie et se bat pour survivre à des
moments et circonstances particulières. Les victimes directes de
l'ajustement structurel-« compressés », licenciés,
créanciers de l'Etat, propriétaires, contractuels de projets de
développement, caféiculteurs, diplômés sans emploi,
etc., se retrouvent dans la masse de tous ceux qui sont mis indirectement en
marge ».
Compte tenu de ces conséquences des PAS d'une part, du
lien établi entre l'Initiative PPTE et la lutte contre la
pauvreté, et des atouts proclamés de cette Initiative sur la
lutte contre la pauvreté d'autre part, son avènement au Cameroun
suscite le questionnement quant à son efficacité sur la lutte
contre la pauvreté. Ainsi, la question qui sert de fil conducteur
à cette étude se décline en ces termes :
L'Initiative PPTE peut-elle contribuer efficacement
à la lutte contre la pauvreté au Cameroun ?
VI. HYPOTHESES DE RECHERCHE
VI.1. Hypothèse générale
L'efficacité de la contribution de l'Initiative PPTE
à la lutte contre la pauvreté au Cameroun est
déterminée par la démarche adoptée pour sa mise en
oeuvre. La mise en oeuvre efficace des initiatives de développement est
déterminée par l'application des mécanismes adaptés
et de l'approche participative.
En effet, depuis la réflexion sur la « dimension
culturelle du développement » qui a réuni à Paris en
1992 la Banque mondiale, l'UNESCO, et d'autres organismes de
développement, réflexion au cours de laquelle il a
été reconnu que l'échec de la plupart des initiatives de
développement s'explique par une « conception étroite du
développement qui ne prend pas en compte la diversité des
cultures et des sociétés » , il s'est imposé la
nécessité d'une articulation entre développement et
sociétés. De cette articulation découle la double
démarche d'adaptation et de participation en matière de mise en
oeuvre des projets de développement. Adaptation par rapport aux besoins
et attentes des bénéficiaires des projets, et participation par
rapport à l'implication de ceux-ci dans la mise en oeuvre desdits
projets. Et la Banque mondiale affirmait encore à propos, dans le bilan
de son action lors de la conférence de Monterrey :
« Une leçon tirée de
l'expérience passée est que la reforme ne réussit
généralement pas sans une forte appropriation locale et une
approche large qui inclut la prise en compte des institutions, la gouvernance
et la participation des acteurs... ».
L'observation de cette double démarche dans la mise en
oeuvre de l'Initiative PPTE détermine son efficacité sur la lutte
contre la pauvreté au Cameroun.
VI.2. Hypothèses secondaires
VI.2.1- Hypothèse 1
L'adéquation des mécanismes de mise en oeuvre de
l'Initiative PPTE aux besoins et attentes des populations
bénéficiaires détermine son efficacité sur la lutte
contre la pauvreté au Cameroun. Cette démarche suppose la prise
en compte des préoccupations des populations bénéficiaires
dans cette mise en oeuvre.
VI.2.2- Hypothèse
2
La participation des bénéficiaires à la
mise en oeuvre de l'Initiative PPTE détermine son efficacité sur
la lutte contre la pauvreté au Cameroun. Cette démarche vise
l'appropriation des projets par les bénéficiaires et suppose leur
implication dans leur mise en oeuvre.
VII. OBJECTIFS DE RECHERCHE
VII.1- Objectif général
L'objectif général de la présente
étude est d'évaluer l'efficacité de l'Initiative PPTE sur
la réduction de la pauvreté au Cameroun, à partir de
l'analyse sociologique de la mise en oeuvre de cette Initiative. Cet objectif
général se subdivise en deux objectifs spécifiques.
VII.2- OBJECTIFS SPECIFIQUES
VII.2.1- Objectif spécifique
1
L'étude se propose d'évaluer, à partir de
l'analyse sociologique, l'adéquation des mécanismes de mise en
oeuvre de l'Initiative PPTE aux besoins et attentes des populations
bénéficiaires.
VII.2.2- Objectif spécifique
2
L'étude se propose également d'évaluer,
à partir de l'analyse sociologique, la participation des populations
bénéficiaires à la mise en oeuvre de l'Initiative PPTE.
VIII. METHODOLOGIE DE RECHERCHE
VIII.1- TECHNIQUES DE COLLECTE DES
DONNEES.
Dans le cadre de cette étude, deux techniques de
collecte des données ont été utilisées. Il s'agit
de :
L'observation documentaire : elle a porté sur les
rapports, les textes et les autres documents relatifs à la lutte contre
la pauvreté au Cameroun ;
L'entretien semi-structuré : il s'est effectué
avec les personnes ressources et les différents acteurs impliqués
dans la mise en oeuvre des projets PPTE au Cameroun.
VIII.2. OUTILS DE COLLECTE DES DONNEES.
Deux types d'outils ont été utilisés pour
la collecte des données :
-la fiche de lecture pour les rapports, les textes et les
autres documents relatifs à l'étude ;
-le guide d'entretien pour l'entretien
sémi-structuré avec les personnes ressources et les
différents acteurs de la mise en oeuvre des projets PPTE au Cameroun.
VIII.3. TECHNIQUE D'ANALYSE DES DONNEES
La technique d'analyse des données utilisées
pour cette étude est l'analyse qualitative de contenu.
VIII.4. METHODE D'ECHANTILLONNAGE
L'Initiative PPTE faisant intervenir plusieurs
catégories d'acteurs dans sa mise en oeuvre, cette étude a
donné lieu à un échantillonnage par strates. Le principe
de cette méthode consiste à segmenter la population
d'étude à partir d'un ou de plusieurs critères
définis a priori. La méthode repose sur
l'hypothèse selon laquelle il existe une corrélation entre le
phénomène étudié et les critères retenus
pour la segmentation de la population, l'objectif étant d'obtenir des
segments regroupant des éléments les plus homogènes
possibles par rapport au phénomène étudié.
VIII.4.1. Critères de
sélection.
Les acteurs de la mise en oeuvre de l'Initiative PPTE au
Cameroun peuvent être regroupés en trois catégories selon
leur niveau d'intervention dans cette mise en oeuvre. Ainsi, il y a les acteurs
au sommet, les acteurs intermédiaires et les acteurs à la base ou
bénéficiaires principaux des projets. Eu égard à
cette catégorisation, les unités d'observation ont
été choisies suivant les critères ci-après :
-leur appartenance à l'une de ces trois
catégories d'acteurs ;
-leur implication réelle ou supposée dans la
mise en oeuvre de l'Initiative PPTE au Cameroun.
VIII.4.2. La sélection des
unités d'observation
Les unités d'observation ont été
choisies suivant les critères sus-évoqués et dans chacune
des catégories sus-mentionnées. Ainsi, ont fait l'objet de cette
étude, les unités ci-après.
VIII.4.2.1. Les acteurs au
sommet
Ils regroupent les institutions en charge de la politique
générale de l'Initiative PPTE au Cameroun. Dans cette
catégorie se retrouvent la Banque mondiale, le Fond monétaire
international (FMI) et le gouvernement à travers le ministère de
tutelle du Comité consultatif et de suivi de la gestion des ressources
PPTE (CCS-PPTE). Ont servi de cadre à cette étude dans cette
catégorie : la Banque mondiale, (bailleurs de fonds) et le MINEFI
(gouvernement).
VIII.4.2.2. Les acteurs
intermédiaires.
Cette catégorie est constituée d'acteurs jouant
le rôle d'interface entre les acteurs au sommet et ceux de la base. Au
centre de cette catégorie se retrouve le Comité consultatif et de
suivi de la gestion des ressources PPTE (CCS-PPTE) qui a pour rôle de
sélectionner les projets éligibles au financement PPTE. Tout au
tour de ce Comité se retrouvent les départements
ministériels promoteurs de projets, et les organisations de la
société civile.
Dans cette catégorie, ont servi de cadre à cette
étude :
Les départements ministériels : MINEPAT,
MINADER, MINSANTE, MINAS, MINPROFF ;
Les organes de gestion des ressources PPTE : CCS/PPTE, CTS
;
Les organisations de la société civile :
CANADEL, APICA, BASC.
VIII.4.2.3. Les acteurs à la
base
Cette catégorie d'acteurs est constituée des
bénéficiaires réels ou supposés des projets PPTE.
Parmi eux se retrouvent les organisations à la base et les populations
cibles des projets. Ont servi de cadre à cette étude dans cette
catégorie : L'UNEXPALM et le GLP.
VIII.5. CADRE CONCEPTUEL DE L'ETUDE
VIII.5.1. Les variables
VIII.5.1.1. Variable
dépendante
La variable dépendante est le phénomène
que l'on se propose d'étudier. Pour le cas de cette étude, il
s'agit de l'Initiative PPTE.
VIII.5.1.2. Variables
indépendantes
La variable indépendante est le facteur qui explique
le phénomène étudié (la variable
dépendante). Elle influence la variable dépendante. Il s'agit
pour le cas de cette étude de deux facteurs : l'adéquation des
mécanismes et la participation des bénéficiaires.
VIII.5.2. Les indicateurs des variables
indépendantes
VIII.5.2.1. Les indicateurs de l'adéquation
des mécanismes aux besoin et attentes des populations
Domaines cibles de l'Initiative ;
Critères d'éligibilité des projets ;
Origines des projets ;
Procédure de mise en oeuvre des projets ;
Financement des projets ;
Réalisation des projets.
VIII.5.2.2. Les indicateurs de la participation des
bénéficiaires
1 Rôle des bénéficiaires dans la mise en
oeuvre des projets ;
2 Degré d'implication dans la mise en oeuvre des
projets ;
3 Consultation des bénéficiaires dans la mise
en oeuvre des projets.
VIII.6. CADRE THEORIQUE D'ANALYSE
L'analyse sociologique de la mise en oeuvre de l'Initiative
PPTE au Cameroun a requis un certain nombre de grilles d'analyse. Trois grilles
d'analyse ont été utilisées. Il s'agit de l'analyse
sociocritique, de l'analyse systémique et de l'analyse
stratégique.
VIII.6.1. L'analyse
sociocritique
Héritage de l'école de Frankfort, l'analyse
sociocritique a pour ambition d'appliquer la théorie critique à
la lecture de la réalité sociale. Elle recommande une position de
soupçon vis-à-vis des apparences. Développé en
Sociologie par des auteurs tels que Georges Balandier et Jean Ziegler, elle
à pour vocation de mettre en évidence ce qui est caché.
Jean Ziegler écrit à ce sujet :
« Ce qui est montré est à expliquer par
ce qui ne se montre pas, car le caché est le plus véridique
».
L'approche sociocritique permet de déceler les aspects
cachés de la réalité sociale. Elle a permis, dans le cadre
de cette étude, de mettre en évidence les non-dits de la mise en
oeuvre de l'Initiative PPTE au Cameroun.
VIII.6.2. L'analyse
systémique
Enrichie par les apports de la cybernétique et des
théories de la communication, l'approche systémique insiste sur
l'urgence de penser la globalité ( et non les éléments
distincts), d'étudier les interactions (et non la causalité),de
percevoir les systèmes comme des ensembles de transformation (et non
statique), de saisir toutes les complexités. L'analyse systémique
envisagée pour cette étude est celle des applications
théoriques en Sciences politiques, celle développé par
David Easton (1965).
L'analyse systémique dans la perspective de Easton
consiste à étudier l'ensemble des interactions qui se produisent
entre le système et son environnement par les mécanismes d'
« input » et d' « output » .Les « input » sont
constitués par l'ensemble des demandes et soutien dirigés vers le
système.
A l'intérieur du système, les demandes et les
soutiens sont convertis par la réaction combinée de tous les
éléments constitutifs et provoquent de la part de
l'autorité régulatrice une réaction qui exprime la
manière dont ce système s'adapte ou tente de s'adapter aux
incitations et aux pressions qui émanent de l'environnement. Cette
réaction globale constitue la réponse du système ou «
output », mais amorce en même temps un nouveau circuit de
réaction ou « feedback » qui contribue à son tour
à modifier l'environnement d'où partiront ensuite de nouvelles
demandes et nouveaux soutiens. Telle se présente de façon
caricaturale, l'analyse systémique développée par David
Easton.
La mise en oeuvre de l'Initiative PPTE met en interaction
trois types de protagonistes : les promoteurs de projets, l'organe de gestion
des ressources PPTE (CCS/PPTE) et les bénéficiaires des
projets.
Les promoteurs des projets soumettent les projets («
input ») au CCS/PPTE qui en assure l'éligibilité et les
dirige (« output ») vers les bénéficiaires. La
réaction des bénéficiaires à ces projets («
feedback ») amorce un nouveau circuit en même temps qu'il contribue
à la formation de nouvelles demandes.
De façon schématique, l'application de cette
approche à notre étude se présente ainsi qu'il suit :
L'analyse systémique permet de rendre compte de la
capacité de l'Initiative PPTE à lutter contre la pauvreté
au Cameroun, à travers l'analyse des « inputs » et des «
output » de leur mise en oeuvre.
VIII.6.3. L'analyse
stratégique
L'analyse stratégique développée par
Crozier et Friedberg permet dans le cadre de la présente étude
d'analyser les stratégies des promoteurs des projets PPTE. En bref, le
volet social de l'Initiative PPTE est mis en oeuvre suivant des règles
et des principes qui sont au centre des stratégies des promoteurs de
projets. Face à la rigidité de ces règles et principes,
les promoteurs de projets ont développé des stratégies qui
leur permettent d'accéder au circuit de mise en oeuvre des projets, tout
en contournant les règles et les principes en vigueur.
L'application de cette analyse à la mise en oeuvre des
projets PPTE est susceptible de fournir des éléments
nécessaires pour la compréhension de l'impact de l'Initiative
PPTE sur la réduction de la pauvreté au Cameroun.
En somme, l'analyse sociocritique, l'analyse systémique
et l'analyse stratégique sont les trois grilles d'analyse
utilisées pour la lecture de la mise en oeuvre de l'Initiative PPTE au
Cameroun.
IX. INTERET DE L'ETUDE
Cette étude a un intérêt à la fois
théorique et pratique.
Au plan théorique, elle s'inscrit au coeur des
préoccupations de la Sociologie du développement et contribue
à montrer l'importance de cette Sociologie pour l'analyse des politiques
de développement. Plus explicitement, elle contribue à la
compréhension de la dynamique des politiques de développement
dans un contexte international marqué par la poursuite des objectifs
internationaux de développement, notamment celui relatif à la
réduction de la pauvreté de moitié à l'horizon
2015.
Au plan pratique, l'élection du Cameroun à
l'Initiative en faveur des pays pauvres et très endettés
(Initiative PPTE) a consacré la politique de lutte contre la
pauvreté au Cameroun. Cette Initiative qui vise le développement
des pays bénéficiaires par la réduction de leur niveau
d'endettement et de pauvreté, intervient à la suite des
Programmes d'ajustement structurel (PAS). Les résultats peu probants des
PAS ont suscité bien des déconvenues et sèment le doute
dans l'esprit du grand public quant à l'efficacité de
l'Initiative PPTE sur la lutte contre la pauvreté au Cameroun. La
présente étude est une tentative d'évaluation de
l'efficacité de l'Initiative PPTE sur la lutte contre la pauvreté
au Cameroun.
X. DEFINITION DES TERMES-CLES
Cette étude a donné lieu à l'usage d'un
certain nombre de termes qu'il est nécessaire de définir pour
faciliter la lecture du présent document. Ainsi, que faut-il entendre
par lutte contre la pauvreté, par mise en oeuvre de l'Initiative PPTE,
par « configuration développementiste » et par projet PPTE.
Lutte contre la pauvreté : Il
s'agit des actions relevant des politiques publiques de développement et
visant l'amélioration des conditions de vie des populations. Ces actions
sont à ne pas confondre avec les stratégies quotidiennes de
survie développées par les populations camerounaises.
Mise en oeuvre des projets : Ce groupe
de mots désigne le processus de matérialisation de cette
Initiative, notamment de son volet social. Ce processus comprend les
étapes que suivent les projets PPTE au Cameroun, celles de la
sélection et de la réalisation proprement dite.
« Configuration développementiste
» : Cette expression de Jean-Pierre Olivier de SARDAN
désigne l'univers largement cosmopolite d'experts, de bureaucrates, de
responsables d'ONG, de chercheurs, de techniciens, de chefs de projets,
d'agents de terrain qui vivent en quelque sorte du développement des
autres, et mobilisent ou gèrent à cet effet des ressources
matérielles et symboliques considérables.Dans le cadre de cette
étude, elle désigne l'ensemble constitué de trois acteurs
concernés par la mise en oeuvre de l'Initiative PPTE au Cameroun. Il
s'agit des acteurs au sommet, des acteurs intermédiaires et des acteurs
à la base.
Projets PPTE : Ce sont les initiatives
de développement mises en oeuvre ou en voie de l'être dans le
cadre de l'Initiative PPTE.
XI. DIFFICULTES RENCONTREES
La conduite de cette étude a été
émaillée de nombreuses difficultés. La première est
relative à l'indisponibilité des ouvrages et des données y
relatifs; la seconde à la collecte des informations, du fait de
l'indisponibilité permanente des personnes ressources; la
dernière, d'ordre pécuniaire, ne nous a pas permis d'avoir les
coudées franches dans l'exécution du calendrier de recherche
relative à cette étude.
XII. PLAN DE L'ETUDE
Cette étude est subdivisée en quatre (04)
chapitres. Le premier chapitre fait une présentation de l'Initiative
PPTE et retrace le parcours du Cameroun dans cette Initiative. Le second est
consacré à la pauvreté et la problématique de lutte
contre la pauvreté au Cameroun. Le troisième quant à lui
analyse les mécanismes de mise en oeuvre de l'Initiative PPTE au
Cameroun. Le quatrième et dernier chapitre analyse l'approche
participative dans la mise en oeuvre de cette Initiative.
Chapitre I :
Le concept d'Initiative PPTE
La politique de lutte contre le sous-développement a eu
pour instrument principal les Programmes d'ajustement structurel (PAS). Mais
les déconvenues de cette politique ont conduit à la promotion et
à la consécration de la politique de lutte contre la
pauvreté, laquelle politique a pour instrument par excellence
l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (Initiative
PPTE). Cette Initiative a fait une entrée remarquable dans le langage
des acteurs engagés dans le développement au Cameroun, comme dans
bien d'autres pays bénéficiaires. Au-delà du grand usage
qui en est fait, elle suscite toujours le questionnement quant à son
identité propre. Que faut-il entendre par Initiative PPTE ? Quels en
sont les principes ? Quelle en est la spécificité ? Et puisque le
Cameroun y est admis, quelle en est sa situation et quel en est son parcours ?
Quels sont enfin les écueils déjà relevés de cette
Initiative ? La réponse à toutes ces questions fait l'objet du
présent chapitre.
I. APPROCHE THEORIQUE DE L'INITIATIVE PPTE
L'intelligibilité de l'Initiative PPTE passe
nécessairement par sa définition, son aperçu historique et
son fondement théorique.
I.1. L'Initiative PPTE : Esquisse de définition
L'Initiative en faveur des pays pauvres très
endettés en abrégé Initiative PPTE, plus connue sous son
sigle anglais HIPC pour Highly indebted poor countries, est la dernière
stratégie en date en matière de désendettement. Elle
s'inscrit dans le cadre de la conversion de la dette et succède à
plusieurs autres stratégies déjà
expérimentées. L'Accord de Toronto (1988) ou plan de
réduction de la dette publique des pays à faibles revenus, le
Plan Brady (1989) qui allie allègement de la dette et octroi de nouveaux
crédits, le Plan de Trinidad (1990) qui offre un allègement plus
substantiel de la dette des pays les plus démunis, l'Initiative de
réduction de la dette des pays les plus endettés selon les termes
de Naples (1994) : réduction jusqu'à 67% de la dette des pays les
moins avancés (PMA) sous réserve de la mise en place d'un
programme d'ajustement, sont entre autres les stratégies
déjà expérimentées en matière de
désendettement des pays éprouvant des difficultés à
honorer leur service de la dette extérieure. En raison de l'impact
limité de ces stratégies sur le niveau d'endettement de ces pays
à faibles revenus ou à revenus intermédiaires et
lourdement endettés, le Fonds monétaire international (FMI) et la
Banque mondiale ont conjointement proposé en septembre 1996 à
Lyon, l'Initiative de réduction de la dette en faveur des pays pauvres
très endettés ou Initiative PPTE.
En effet, après la crise des années 1980, des
mesures ont été prises pour soutenir les pays ainsi
frappés. Ces mesures, Programmes d'ajustement structurel (PAS),
rééchelonnements du service de la dette arrivant à
échéance, opérations sur le stock de la dette, n'ont pas
produit les résultats attendus en terme d'amélioration sensible
de leurs principaux indicateurs d'endettement, particulièrement dans les
pays de l'Afrique subsaharienne qui ont continué à accumuler
d'importantes dettes. Par ailleurs, à la morosité de la
croissance économique s'est ajoutée une pauvreté
grandissante dans la plupart de ces pays. C'est pour remédier à
cette situation que le FMI et la Banque mondiale ont conjointement lancé
cette Initiative dont l'objectif principal est d'offrir aux pays pauvres
très endettés la possibilité de se libérer du
cercle vicieux de l'endettement extérieur, en investissant les
économies réalisées de l'allègement de leur dette
dans les projets et programmes destinés à réduire la
pauvreté dans leurs pays respectifs.
L'Initiative PPTE place la lutte contre la pauvreté au
centre du dispositif de réduction de la dette, en faisant de la
rédaction du Document de stratégies de réduction de la
pauvreté (DSRP) une condition d'éligibilité d'une part, et
du lien entre réduction de la dette et réduction de la
pauvreté une conditionnalité générale s'appliquant
à tous les nouveaux financements sous conditions
privilégiées des IBW d'autre part. Ainsi, les DSRP remplacent
désormais les anciens Documents cadre de politique économique
(DCPE) et deviennent en principe le Document de référence pour
l'ensemble des bailleurs de fonds.
L'identité de l'Initiative PPTE se décline plus
aisément à travers le schéma ci-après, lequel
permet également d'établir la différence entre cette
dernière et les PAS d'une part, et entre la politique de lutte contre la
pauvreté et la politique de lutte contre le sous-développement,
d'autre part. Cette différence se lit plus aisément dans le
schéma ci-dessous.
Schéma 1 : Les innovations apportées
par l'IPPTE
|
Politique de développement
Spécificités desdites
politiques
|
Politique de lutte contre le sous-développement
|
Politique de lutte contre la pauvreté
|
|
Objectif principal
|
Ajustement structurel
|
Lutte contre la pauvreté
|
|
Instrument principal
|
Programme d'ajustement structurel (PAS)
|
Initiative Pays pauvres très endettés (IPPTE)
|
|
Sous-instruments ou composantes de l'instrument principal
|
Document cadre de politique économique (DCPE)
|
Document de stratégies de réduction de la
pauvreté (DSRP)
|
|
Crédit d'ajustement structurel (Banque mondiale)
|
Crédit de soutien à la réduction de la
pauvreté (Banque mondiale)
|
|
Facilité d'ajustement structurel renforcée (FMI)
|
Facilité pour la réduction de la pauvreté et
la croissance (FMI)
|
|
Traitement de la dette
|
-Indirect (Club de Paris)
|
Allègement de la dette (PPTE)
|
|
Elaboration
|
-1 Politique imposée de l'extérieure -2
Décidée « d'en haut » -3 Secret
|
-4 Politique élaborée par le pays -5 Approche
« par le bas » -6 Transparence
|
|
Prise en compte des spécificités du pays
|
Faible
|
Forte
|
|
Financement
|
Priorité aide-projet
|
Priorité aide budgétaire
|
|
Indicateurs de suivi/conditionnalité
|
Indicateur de moyens
|
Indicateurs de résultats
|
Source : A partir de Cling,
Jean-Pierre et al (Dir.).
Il apparaît que l'Initiative PPTE est l'instrument de
la nouvelle politique de développement, une politique axée
à la fois sur le désendettement et la réduction de la
pauvreté. Plus simplement, l'Initiative PPTE est un instrument de
développement basé sur la reconversion de la dette
extérieure des pays pauvres et très endettés en projets de
développement .Elle a un volet économique qui consiste en la
conduite des reformes économiques en vue de l'atteinte des performances
macroéconomiques,et un volet social qui consiste en la mise en oeuvre
des projets de développement. Elle s'opérationnalise par le
virement des fonds destinés au service de la dette extérieure
dans un compte destiné au financement des projets de
développement social. Quel en est donc l'historique ?
I.2. L'Initiative PPTE : Aperçu historique
L'Initiative PPTE est l'aboutissement d'un long processus de
désendettement qui plonge ses racines dans l'histoire de l'accumulation
des arriérés de paiement de dette extérieure par les pays
à faibles revenus. En effet, après la crise de la dette des
années 1980, crise marquée par le défaut de paiement du
Mexique, le risque d'une crise financière internationale est devenu
permanent. Pour endiguer cette crise de la dette et éviter que par effet
de contagion celle-ci mette en péril l'équilibre du
système financier international, des solutions ont été
envisagées. Les créanciers publics ont progressivement admis
qu'une partie de la dette des pays du Sud était impayable et qu'un
allègement de la charge de cette dette était inéluctable.
Toute une série de mesuresvisant à contenir cette crise de la
dette s'est donc mise en place au cours des années 1980, après
celle de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le
développement (CNUCED) intervenue deux ans plus tôt,
précisément en 1978. Au cours des années 1980, les
réductions de dette vont commencer à être accordées
de manière systématique par le Club de Paris. Les
réductions vont porter initialement sur 33% des flux
rééchelonnés (sommet du G7 à Toronto en 1988), puis
sur 50% (Londres en 1991). Le G7 réunis à Naples en 1994 porte ce
pourcentage à 67%.
Face à la pression des organisations de la
société civile qui mettent en exergue les effets catastrophiques
du surendettement sur les populations des pays pauvres, et devant le constat du
maintien d'un niveau d'endettement insupportable malgré les
rééchelonnements successifs, les pays du G7 réunis
à Lyon en 1996 lancent une Initiative en faveur d'un groupe de pays
considérés comme « pays pauvres très endettés
» (PPTE), portant le pourcentage de réduction de leur dette
à 80. Ce plan d'allègement engage pour la première fois de
manière intégrée tous les types de créanciers
publics, y compris les Institutions financières internationales (IFI)
qui jusqu'alors se refusaient à alléger la dette
multilatérale. Mais cette première initiative n'a pas
tardé à montrer ses limites. Sous la pression de la campagne
Jubilé 2000 qui a collecté plus de 24 millions de signatures dans
le monde, les pays du G7 réunis à Cologne en 1999 décident
de renforcer l'Initiative PPTE I. L' Initiative PPTE II lancée en 1999
permet d'accroître le nombre de pays bénéficiaires et le
volume des allègements, un assouplissement des critères
d'éligibilité, des allègements plus rapides et une
orientation de l'Initiative sur la réduction de la pauvreté.
A ces mesures vont s'ajouter des initiatives de
réduction de la dette dans un cadre purement bilatéral. La
réduction de la dette des pays de la zone franc entreprise par la France
en 1989 et en 1994, la Facilité Suisse de désendettement (FSD)
lancée par la Suisse en 1991 la réduction sensible de la dette
bilatérale des pays pauvres très endettés par la Chine en
2000 constituent, entre autres, les initiatives bilatérales de
réduction de la dette qui ont favorisé l'adoption de
l'Initiative PPTE.
Toutes ces mesures et bien d'autres s'inscrivant dans la
même perspective ont contribué à l'adoption de l'Initiative
PPTE par les Institutions de Bretton Woods. En somme, l'Initiative PPTE plonge
ses origines dans l'histoire du désendettement des pays à faibles
revenus très endettés. Ces pays pauvres considérés
comme « très endettés » dans le cadre de cette
Initiative forment une quarantaine de pays à faible niveau de PIB par
habitant qui ont accès à des ressources bon marché
auprès de la Banque mondiale et du FMI. Cette Initiative rompt avec le
tabou de l'intangibilité de la dette multilatérale et repose sur
la définition des règles générales de
réduction de la dette. Pour cela, elle constitue une avancée par
rapport aux pratiques antérieures. Quelles sont alors les bases
théoriques de cette Initiative ?
I.3. L'Initiative PPTE : fondements théoriques
Au-delà des revendications d'ordre éthique
(devoir de solidarité mondiale, Jubilé 2000) qui ont
plaidé en faveur de l'adoption de l'Initiative PPTE, cette
dernière repose sur des théories à la fois
économique et juridique.
I.3.1. Fondement économique de l'Initiative
PPTE
Face aux problèmes de l'endettement endémique
des pays du sud, plusieurs méthodes issues de la « théorie
de l'excès d'endettement » ont été envisagées
et expérimentées pour ramener le niveau de dette de ces pays
à de niveaux soutenables, solvables. Au nombre de ces méthodes
figurent le rééchelonnement et la conversion.
Le rééchelonnement de la dette consiste pour un
créancier à consentir à son débiteur le report,
à une date ultérieure, du paiement des termes échus du
service de la dette. Il en résulte une diminution immédiate du
service de la dette mais une augmentation au total de son montant selon la
méthode dite du « chasse-neige ».
La conversion quant à elle consiste à
transformer les titres de créances en éléments d'actifs ou
en dette interne. Connue sous le terme anglais « swap » qui signifie
échange, cette opération consiste pour un Etat endetté
à obtenir de rembourser sa dette en monnaie locale à condition
que les sommes remboursées soient réinvesties dans le pays.
La conversion de la dette peut s'effectuer contre actifs
locaux (actions, obligations) ou en projets de développement.
La conversion de la dette contre actif implique
généralement le rachat de la dette avec décote par un
investisseur qui l'échange contre des fonds en monnaie locale
utilisée pour acheter des actifs ou titres privés.
La conversion de la dette en programmes de
développement implique également son rachat avec décote
sur le marché secondaire et son échange en monnaie locale en vue
de financer des projets de développement en actions sociales : projets
environnementaux, éducation, santé, lutte contre la
pauvreté.
A l'issue de cette exploration des méthodes
économiques de traitement de dette, il apparaît que l'Initiative
PPTE relève de la conversion, plus précisément de la
conversion de la dette en programmes de développement.
Après avoir rencontré une forte opposition chez
les créanciers, c'est à la fin des années 1980 que cette
pratique prend effet à la faveur de la prise de conscience par les
créanciers que l'abandon partiel de créance ne recouvre pas un
acte de générosité mais de réalisme
économique, dans la mesure où ils reconnaissent qu'en situation
de surendettement, faute de contrepartie, la valeur réelle d'une
créance est inférieure à sa valeur nominale. Cette prise
de conscience prend sa source dans une analyse de l'américain Krugman
qui, s'inspirant d'un modèle popularisé par son collègue
Laffer en matière de taux de prélèvement fiscal,
relève qu'au-delà d'un certain niveau, l'augmentation nominale de
la dette du débiteur souverain s'accompagne d'une diminution de sa
valeur réelle. Dans cette situation, préconise-t-il, un
traitement efficient de l'endettement des pays nécessite une
réduction du montant nominal du passif afin d'accroître la valeur
marchande courante des remboursements futurs. En d'autres termes, un effacement
de tout ou partie de l'endettement global du débiteur souverain s'impose
au moyen des procédés de capitalisation ou de rémission
des dettes. C'est sous cet angle théorique que peut être
économiquement comprise l'Initiative en faveur des pays pauvres
très endettés. Cette Initiative a également un fondement
juridique.
I.3.2. Fondement juridique de l'Initiative
PPTE
Le problème de l'endettement fait également
l'objet des analyses juridiques. Il y est reconnu que des changements sensibles
d'orientation dans la conjoncture économique générale
(ralentissement de la hausse des prix et des affaires) peuvent hausser le poids
de la charge courante et future des annuités d'emprunts, à tel
point que le débiteur se révèle être dans
l'incapacité immédiate et/ou à venir d'en assurer le
remboursement. Cette défaillance du débiteur, reconnaît
l'analyse juridique, ne relève pas de son incompétence ou de sa
malhonnêteté, elle trouve plutôt son origine dans la crise.
Et dans cette situation, la morale des relations entre les sujets au lien
d'obligation, mais aussi l'intérêt même du créancier
au rétablissement de son débiteur (afin que se poursuivent au
mieux leurs relations d'affaires), condamnent l'exécution du contrat
selon ses modalités initiales. Il s'impose alors la
nécessité d'un réaménagement qui requiert la
participation des créanciers. Cette participation se traduit par
l'ouverture des pourparlers entre les parties qui s'accordent sur la
nécessité de maintenir entre elles un rapport obligatoire tout en
recomposant la substance de l'endettement du débiteur dans des termes
correspondant à ses nouvelles capacités de remboursement. La
dette acquiert alors le statut d'objet de négociations à l'issue
desquelles les parties concluent des conventions définissant de
nouvelles prestations financières à la charge du débiteur.
Ainsi, la recomposition de l'endettement assure la poursuite des relations
d'affaires entre le débiteur et ses créanciers tout en permettant
aux seconds de recouvrer une partie de leurs droits et au premier de se
libérer en exécutant des prestations
réaménagées.
Cette recomposition de l'endettement s'inscrit, sur le plan
technique, dans deux sortes de contrats, ceux qui impliquent l'extinction des
rapports d'obligation originels sous l'effet d'une novation de l'endettement et
ceux qui maintiennent les liens de droit initiaux en opérant une simple
modification de l'endettement.
La novation est une mutation de l'obligation qui
s'opère soit par changement de créancier, soit par changement
d'objet, voire par changement de modalités. Par changement de
créancier, la novation a pour effet de faire payer la créance due
par le débiteur à un créancier autre que celui qui avait
noué le rapport d'obligation. Par changement d'objet, elle a pour effet
de remplacer l'ancienne créance par une nouvelle ayant un objet
différent.
L'Initiative PPTE semble conduire à ces deux niveaux
de la novation. D'une part, le mécanisme de l'Initiative PPTE met
à la charge du débiteur une obligation de conversion de la dette
de sommes d'argent initialement dues en obligation de développement.
D'autre part, cette obligation de développement a pour créanciers
les populations du pays débiteur et non plus les créanciers
prêteurs.
La modification de l'endettement renvoie au concordat. Il
s'agit d'une convention à caractère collectif par laquelle
l'Assemblée générale des créanciers chirographaires
d'un débiteur en règlement judiciaire lui accorde soit les
délais de paiement (concordat d'atermoiement), soit des remises d'une
fraction uniforme de chacune de ses dettes chirographaires (concordat de
remise), soit simultanément des délais et des remises.
Les remises de dette dans le cadre du concordat ne peuvent
être assimilées aux remises de dette proprement dites qui sont
purement volontaires. De plus, leur soumission à une acceptation de la
part du débiteur n'enlève rien au contexte judiciaire dans lequel
elles s'inscrivent et qui est étranger à la remise de dette. En
outre, l'intention libérale qui fonderait la remise de dette y serait
absente. Les créanciers n'agissent que dans leurs intérêts
et ne cherchent qu'à sauver une partie de leurs droits, en autorisant la
poursuite de l'exploitation commerciale par le débiteur. Les remises de
dette consentie dans le cadre de l'Initiative PPTE s'inscriraient dans un
contexte marqué par le souci des créanciers de sauver une partie
de leurs engagements de solidarité. Ils auraient ainsi par le truchement
de l'Initiative PPTE partiellement résolu la question de l'aide aux pays
en développement.
A l'issue de l'analyse de l'Initiative PPTE en rapport avec
les dispositifs de traitement de la dette, il apparaît qu'elle a un
fondement juridique. Elle est pleinement fondée sur la novation de
l'endettement et légèrement sur le concordat. Il en ressort
qu'elle constitue un devoir de solidarité de la part des
créanciers.
En effet, à travers ses aspects et ses objectifs
fondamentaux, l'Initiative PPTE apparaît comme un instrument de
conquête des droits économiques et sociaux. Le droit à
l'éducation et à la santé, l'accès à l'eau
potable, à un logement décent ou encore aux infrastructures de
base constituent ce que l'on appelle les services sociaux essentiels. Il s'agit
en droit, des besoins fondamentaux et nécessaires à la
dignité de tout être humain. Le constat que ces droits font
défaut dans les pays pauvres très endettés justifierait
également cette initiative en faveur desdits pays. Il y donc lieu
d'affirmer que la réduction de la pauvreté qui est l'objectif
final de l'Initiative PPTE s'inspire largement du souci de procurer ou de
renforcer le minimum social aux populations des pays pauvres très
endettés. L'Initiative PPTE est donc également fondée sur
le souci d'humanisation du monde à travers la réduction des
inégalités économiques criardes.
En définitive, l'Initiative PPTE a des fondements
à la fois économiques et juridiques, lesquels fondements
permettent l'intelligibilité de la remise de la dette dans le cadre de
ladite Initiative. Comment s'opère cette Initiative ?
II. ELABORATION DE L'INITIATIVE PPTE : CHEMINEMENT ET
PRINCIPES
L'Initiative PPTE, sous sa forme actuelle, est l'aboutissement
d'un processus de maturation initié depuis septembre 1996. Elle repose
sur des principes auxquels doivent s'accommoder les pays éligibles.
II.1. Cheminement de l'Initiative PPTE
L'Initiative PPTE a connu une évolution passant de la
version initiale (Initiative PPTE-I) au cadre renforcé (Initiative
PPTE-II).
II.1.1. L'Initiative PPTE initiale ou Initiative
PPTE-I
Lancée en septembre 1996 par la Banque mondiale et le
FMI, l'Initiative PPTE-I a été conçue pour résoudre
de façon durable le problème de la charge globale d'endettement
des pays pauvres très endettés en ramenant cette charge à
un niveau « soutenable ».
Cette Initiative s'inscrivait en droite ligne des
facilités d'annulation des dettes précédentes (termes de
Naples, puis de Lyon), la différence fondamentale étant que pour
la première fois, la dette multilatérale est concernée.
L'objectif de l'Initiative PPTE-I était d'assurer, au cas par cas, la
viabilité de la dette globale des pays considérés, les
dotant des moyens de s'affranchir irrémédiablement du cycle des
rééchelonnements et en les encourageant à poursuivre des
politiques économiques saines.
Cette Initiative s'inscrivait également dans le droit
fil de l'ajustement structurel et était destinée à
être une « facilité » supplémentaire
accordée aux pays pauvres réussissant le mieux dans leur
programme de réformes macroéconomiques avec le FMI. Ainsi, pour y
être admissible, le pays était appelé à remplir les
conditions ci-après :
-être éligible pour recevoir une assistance
à titre concessionnel du FMI ou de la Banque mondiale,
c'est-à-dire être éligible au guichet de prêt de
l'Association internationale de développement (IDA) ou aux concours de
la Facilité pour la réduction de la pauvreté et la
croissance (FRPC) ;
-avoir obtenu de bons résultats dans le cadre des
programmes de réformes entrepris avec l'appui du FMI et de la Banque
mondiale ;
-avoir une dette insoutenable après l'application des
termes de Naples, soit une réduction de 67% de la valeur actuelle nette
(VAN) de la dette éligible au Club de Paris.
La mise en oeuvre de la version initiale de l'Initiative PPTE
se déroulait en deux phases : le pays éligible devait avoir suivi
avec succès pendant trois ans un programme du FMI pour atteindre le
« point de décision » ; puis, il devait réussir
à nouveau trois ans de programme pour aboutir au « point
d'achèvement », où devait intervenir l'allègement de
dette.
Ces conditions se sont révélées trop
restrictives pour faire de l'Initiative PPTE initiale une solution à la
mesure du problème de la dette multilatérale des pays pauvres
très endettés. Sur 41 pays potentiellement éligibles
à l'Initiative sous cette première formule, sept seulement ont pu
bénéficier d'un début de traitement de la dette jusqu'en
1999 où l'Initiative PPTE-I s'est transformée.
II.1.2. L'Initiative PPTE renforcée ou
Initiative PPTE-II
L'Initiative PPTE renforcée voit le jour au sommet du
G7 de Cologne en 1999, à la suite des limitations de la version initiale
et sous la pression de la campagne Jubilé 2000. Les modifications
qu'elle apporte par rapport à l'Initiative initiale sont principalement
de trois ordres : l'assouplissement des conditions d'entrée et
l'approfondissement des allègements de dette ;
l'accélération et la simplification du déroulement de
l'Initiative ; l'institution du DSRP comme cadre de partenariat
stratégique de l'Initiative.
L'élargissement de l'Initiative résulte du
relâchement de l'excès de prudence qui l'avait jusqu'alors
caractérisé. Il était devenu manifeste en 1999 que
l'Initiative originelle, à laquelle n'avaient pu accéder que sept
pays en l'espace de trois ans, n'apportait pas de réponse à la
hauteur du problème de l'endettement des pays les plus pauvres. C'est
à ce problème qu'a répondu la version renforcée en
offrant des conditions d'admission plus accessibles à un grand nombre de
pays pauvres lourdement endettés. Cette nouvelle version met
également l'accent sur l'importance d'une réduction plus grande
du fardeau de la dette. L'abaissement du ratio VAN de la dette/exportation de
200-250% à 150%, l'abaissement du ratio VAN de la dette/recettes
budgétaires de 280% à 250%, la révision à la baisse
des seuils d'admissibilité concernant le degré d'ouverture de
l'économie de 40% à 30% pour le ratio exportation/PIB, et de 20%
à 15% pour le taux de recettes publiques d'une part, le changement en
mieux de la base d'évaluation de l'allègement de la dette au
titre de l'Initiative, le passage de 80% à 90% du taux
d'allègement de dette en ce qui concerne les annulations de dettes
bilatérales d'autre part, sont entre autres des mesures
d'élargissement et d'approfondissement des allègements de la
dette dans le cadre de la version renforcée de l'Initiative.
L'accélération et la simplification de la
procédure de l'Initiative ont été favorisées par
plusieurs mesures. L'instauration d'une aide intérimaire entre le stade
de la prise de décision et la fin du processus, la concentration en
début de période de l'aide fournie par les Institutions
financières internationales (IFI) après la fin du processus et
l'adoption de dates flottantes pour la fin du processus, laquelle adoption
incite les pays à une prompte application des réformes et permet
à ceux du peloton de tête d'arriver plus vite à la fin du
processus, constituent les mesures d'accélération et de
simplification de la procédure.
L'innovation essentielle apportée par l'Initiative PPTE
renforcée réside dans le lien qu'elle établit avec le
DSRP. Ce lien marque la fin de l'ajustement structurel. Le DSRP devient le
cadre de partenariat obligé des pays pauvres très endettés
avec les bailleurs de fonds. En plus de la modernité du DSRP, et
notamment son centrage sur la problématique de la pauvreté, la
sortie de l'Initiative PPTE du cadre de l'ajustement représente un pas
essentiel pour pouvoir réellement proposer une solution nouvelle en
matière de traitement de la dette. La flambée de la dette
étant un résultat direct de l'ajustement structurel, il
était peu convaincant de vouloir traiter de la soutenabilité de
long terme de cette dette à l'intérieur du mécanisme qui
est à la source de la situation d'insolvabilité, si ce n'est pour
un nombre réduit de « bons élèves » ayant
résolument changé leurs pratiques.
L'élargissement de l'Initiative PPTE à
l'ensemble des PPTE, son supplément d'ambitions par rapport à la
version initiale et l'adoption d'un nouveau cadre de partenariat (DSRP) sont
les caractéristiques de l'Initiative PPTE renforcée.
Au-delà de ces modifications, l'Initiative PPTE repose sur des principes
qui gouvernent sa mise en oeuvre.
II.2. Principes de l'Initiative PPTE
L'Initiative PPTE vise principalement à ramener la
charge globale de la dette des pays admissibles à un niveau soutenable.
Elle repose sur des principes dont l'objectif est de doter les pays
considérés des moyens de s'affranchir définitivement du
cycle de rééchelonnement. Ces principes s'articulent autour des
deux phases de mise en oeuvre de cette Initiative : le point de décision
et le point d'achèvement.
II.2.1. Le point de
décision
C'est la première étape du processus PPTE. Pour
y accéder, les pays candidats doivent non seulement avoir une dette non
soutenable selon les critères présentés ci-dessus
(après traitement traditionnel dans le cadre du Club de Paris), mais se
soumettre à un certain nombre de mesures visant à donner la
preuve de leur capacité à faire usage utile des
allègements à concéder. Ainsi, ils doivent souscrire et
adopter un programme triennal de réformes économiques et
d'ajustement structurel appuyé par le FMI et la Banque mondiale. Ils
doivent également présenter dans le Document de stratégies
de réduction de la pauvreté (DSRP) (éventuellement
intérimaire), leurs stratégies de lutte contre la
pauvreté. Ledit document doit être réalisé en
concertation avec la société civile. Pendant cette période
et à l'appui de leur programme de réformes, les pays
concernés continuent à recevoir l'assistance concessionnelle
traditionnelle par les donateurs, les Institutions multilatérales, de
même que les allègements de dette de la part des créanciers
bilatéraux, y compris le Club de Paris. Cette période dite «
probatoire » doit être sanctionnée par de bons
résultats dans l'application des mesures de réformes
économiques. Au terme de ce programme triennal intervient l'Analyse de
soutenabilité de dette (DSA) dont l'objectif est de déterminer le
profil courant de la dette extérieure des pays en question. Si le ratio
de la dette extérieure après application des mécanismes
traditionnels d'allègement de dette est supérieur à 150%,
le pays est admis pour une assistance au titre de l'Initiative. Dans le cas
particulier des pays à économie très ouverte (avec un
ratio exportation/PIB supérieur à 30%) ayant un endettement
élevé par rapport aux recettes budgétaires, et ce
malgré l'excellent niveau de recettes mobilisées (au-dessus de
15% du PIB), le ratio de la VAN de la dette sur les exportations retenu comme
objectif peut être fixé au-dessous de 150%. Dans ce cas,
l'objectif retenu pour le ratio VAN de la dette sur les recettes
budgétaires est de 250% au point de décision.
Au « point de décision », les IBW
décident de l'allègement à concéder au pays au
point d'achèvement. Le montant est calculé à partir des
données d'endettement disponibles au point de décision, de
façon à rendre l'endettement du pays soutenable.
II.2.2. Le point
d'achèvement
C'est la seconde et dernière étape du processus
de mise en oeuvre de l'Initiative PPTE. Pour y accéder, le pays doit,
après avoir atteint le « point de décision », finaliser
son DSRP ou DSRP intérimaire et la mettre en oeuvre de manière
satisfaisante, tout en poursuivant ses efforts en matière de
stabilisation macroéconomique par la mise en place d'un nouveau
programme avec les IBW. A cette « période transitoire » du
processus, la Banque mondiale et le FMI fournissent une aide
intérimaire, notamment par des versements au titre des nouvelles
modalités de prêt, et par les allègements
multilatéraux prévus. Les autres créanciers
multilatéraux concèdent aussi une première part de leurs
allègements. Cette « période transitoire » de trois ans
dans l'Initiative PPTE initiale, est dite « flottante » dans
l'Initiative PPTE renforcée, sa durée dépend des
progrès réalisés par le pays concerné.
Au vu des performances économiques du pays et des
progrès réalisés dans la mise en oeuvre d'une politique de
développement axée sur la lutte contre la pauvreté, les
IBW décident que le pays a atteint le « point d'achèvement
». C'est à ce stade du processus que prennent effet les
allègements de dette prévus au « point de décision
».
La trajectoire et les principes de l'Initiative PPTE la
distinguent des autres instruments et/ou dispositifs de développement.
Quelle en est sa spécificité ?
III. SPECIFICITE DE L'INITIATIVE PPTE
L'Initiative PPTE est un instrument et/ou dispositif de
développement à l'instar de l'Aide publique au
développement (APD) et des Programmes d'ajustement structurel (PAS). En
quoi se distinguent-ils ?
III.1. L'Initiative PPTE et l'APD
Bien qu'antérieure à l'Initiative PPTE, l'Aide
publique au développement est d'une apparition relativement
récente dans l'histoire économique. Définie comme aide
apportée aux Etats par d'autres Etats (et on parle d'aide
bilatérale) ou transitant par des organismes internationaux, comme les
agences spécialisées des Nations Unies, le FMI et la Banque
mondiale (on parle alors d'aide multilatérale), elle a été
instituée pour la première fois après la deuxième
guerre mondiale. Ses bénéficiaires à cette époque
n'étaient pas les pays en voie de développement, mais l'Europe,
l'objectif étant de lui permettre de se relever après les
destructions et le traumatisme de la deuxième guerre mondiale. C'est
à cet effet qu'a été créée la Banque
internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD),
l'actuelle Banque mondiale. Le Plan Marshall a été un volet
essentiel de cette stratégie de reconstruction de l'Europe en ruines.
Ce n'est qu'autour de 1955 que cette aide va se reporter vers
le Tiers Monde nouvellement indépendant, principalement l'Asie, dans un
but à la fois politique (éviter l'extension du communisme) et
humanitaire. Elle s'est secondairement et progressivement dirigée vers
les pays les plus pauvres parmi lesquels ceux de l'Afrique subsaharienne.
La notion même d' « Aide publique au
développement » n'a été définie qu'en 1969 par
le Comité d'aide au développement (CAD) de l'Organisation pour la
coopération et le développement (OCDE). Pour le CAD, ressortent
de l'APD :
-les ressources fournies dans un cadre bilatéral aux
pays en développement ou accordées par le biais des institutions
multilatérales ;
-les ressources attribuées par des organismes publics
;
-les ressources dont le but est de favoriser le
développement économique ;
-les ressources assorties de conditions financières
favorables : dons ou prêts dont l'élément de
libéralité est au moins égal à 25%.
En résumé, l'APD représente les
décaissements de dons et les prêts accordés par tous les
organismes publics à des conditions financières
bilatérales en vue de promouvoir le développement
économique et la protection sociale. Ce sont des prêts
concessionnels consentis à un taux d'intérêt
inférieur d'au moins 25% du taux couramment pratiqué sur le
marché. Outre ces apports financiers, l'APD comprend les
allègements de dette et la coopération technique.
L'APD comporte deux variantes, à savoir les dons et les
prêts. Le don est une opération unilatérale du donateur
vers le bénéficiaire qui n'entraîne pas de créance.
Il peut s'agir d'une aide en nature ou en assistance technique. Le prêt,
quant à lui, exige toujours un mouvement de retour de capitaux vers le
donateur. Car l'obligation est faite au pays bénéficiaire de
rembourser le principal et de payer les intérêts aussi petits
soient-ils.
L'APD, pour les pays les plus pauvres comme pour les pays dits
« à revenus intermédiaires », a débouché
sur un endettement considérable, véritable fardeau qui a
conditionné, à partir de 1980, l'orientation de la
coopération pour le développement vers le règne de
l'ajustement structurel et aujourd'hui vers celui de l'Initiative PPTE.
L'APD est, à l'instar des PAS et de l'Initiative PPTE,
un instrument de la coopération Nord-Sud. L'avènement de
l'Initiative PPTE n'entraîne aucunement sa disparition. Mais plusieurs
facteurs expliquent sa tendance baissière en Afrique. Il s'agit, entre
autres, de sa mauvaise utilisation et l'échec de l'ajustement structurel
qui découragent les bailleurs de fonds internationaux ; de
l'effondrement de l'aide apportée jusqu'à la fin des
années 1980 par l'ex-Union soviétique d'une part, et les pays
arabes d'autre part, en raison de leurs difficultés financières,
et qui n'est pas compensée par l'émergence de nouveaux donneurs
tels la Corée du Sud ou Taiwan ; la concurrence croissante de nouveaux
pays (ex-Union soviétique) qui ouvrent de nouvelles destinations pour
l'aide ; une tendance de plus en plus forte à privilégier l'aide
d'urgence et l'aide humanitaire ; la lassitude croissante des donneurs face
à la stagnation des pays les moins avancés (PMA) après
plus de quatre décennies d'aide au Tiers Monde ; des coupes
budgétaires croissantes pratiquées dans les pays riches pour
endiguer la montée des déficits publics, en raison de la
montée du chômage, de l'exclusion et d'une tendance croissante des
vieux pays industriels au repli sur des problèmes nationaux. Qu'en
est-il de l'Initiative PPTE et les PAS ?
III.2. L'Initiative PPTE et les PAS
La mise en oeuvre de l'APD dans les pays du Tiers Monde a
débouché sur un endettement considérable des pays les plus
pauvres. Pour faire face à cette situation d'endettement et de
sous-développement continu de ces pays, les Institutions de Bretton
Woods ont mis sur pied les Programmes d'ajustement structurel (PAS).
L'ajustement structurel est lancé au début des années
1980, en réponse à la crise des Etats et aux dysfonctionnements
apparus dans des économies dont la viabilité reposait sur une
injection massive de capitaux extérieurs, qu'ils soient fournis par
l'aide ou par l'emprunt. La dette devient telle qu'elle obère les
perspectives de développement et oblige les théoriciens à
repenser leur approche des conditions du « décollage » des
pays en voie de développement.
Les politiques d'ajustement structurel sont alors mises sur
pied pour financer non plus des réalisations physiques (« projets
de développement »), comme ce fut le cas avec l'APD, mais pour
allouer aux Etats des sommes forfaitaires, déboursées en deux ans
en général, par tranches conditionnelles, en vue de leur
développement économique.
D'abord expérimenté en Asie du Sud-Est, puis en
Amérique latine, l'ajustement va être axé sur
l'assainissement des finances publiques, l'ouverture des marchés au
commerce international, la libéralisation des marchés, les
privatisations et la réforme du secteur public.
Transféré en Afrique où le
Sénégal en est le précurseur depuis 1979, la plupart des
pays passent des accords avec le FMI et la Banque mondiale à partir de
1984-1985. L'ajustement structurel n'y obtient pas les résultats
escomptés : beaucoup de pays s' enlisent dans des politiques de rigueur
financière qui asphyxie l'économie sans permettre de mettre en
place les conditions de la reprise.
Défini comme financement d'un programme
accompagné de conditions portant sur l'économie dans sa
globalité, l'ajustement structurel se rapproche de l'Initiative PPTE par
l'exigence des réformes macroéconomiques dont la mise en oeuvre
satisfaisante conditionne l'admission des pays candidats. Mais elle s'en
distingue aussitôt par le lien qu'elle établit entre les
réformes macroéconomiques et la réduction de la
pauvreté. De plus, l'Initiative PPTE est financée par les
ressources issues de l'allègement de la dette et non des prêts
comme ce fut le cas pour les PAS.
L'échec des PAS, du fait de leur approche peu
socialisante, a donné lieu à la promotion et à la
consécration de la politique de lutte contre la pauvreté, avec
pour instrument par excellence l'Initiative PPTE. Quelle en est la
particularité ?
III.3. L'Initiative PPTE et la réduction de la
pauvreté : le DSRP
La particularité de l'Initiative PPTE réside
dans le lien qu'elle établit entre l'allègement de la dette et la
réduction de la pauvreté. Ce lien s'articule autour du Document
de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP). Qu'est-ce
que le DSRP ? Comment en est-on arrivé là ? Quels en sont les
principes ?
III.3.1. Le DSRP : esquisse de
définition
Le Document de stratégie de réduction de la
pauvreté, en abrégé DSRP, est le document dans lequel sont
formulés les objectifs et les stratégies de réduction de
la pauvreté et la croissance des pays engagés dans l'Initiative
PPTE. Il est le cadre de référence des politiques de
développement des PPTE. Mieux, il est le nouveau cadre contractuel de
partenariat entre les IBW et les pays pauvres très endettés. Il
représente, dans le cadre de l'Initiative PPTE, ce qu'était le
Document cadre de politique économique (DCPE) pour les Programmes
d'ajustement structurel.
Le DSRP se caractérise par la recherche de la
compatibilité des politiques macroéconomiques, structurelles et
sociales d'un pays avec la poursuite des objectifs de réduction de la
pauvreté et de développement social. Il sert de base à la
formulation des opérations de prêts de la Banque mondiale et du
FMI, et constitue un cadre pour assurer la cohérence de tous les
programmes appuyés par la FRPC ou par la Banque mondiale.
Il est établi en étroite collaboration avec la
Banque mondiale, le FMI et d'autres Institutions et bailleurs de fonds
multilatéraux de manière à assurer la transparence des
opérations et une large participation au choix des objectifs, à
l'élaboration des politiques et au suivi de leur application.
De façon générale, le DSRP doit contenir
au minimum les points ci-après :
-des objectifs de réduction de la pauvreté et de
développement social à moyen et long terme, ainsi que toute une
gamme d'indicateurs de résultats pertinents permettant de suivre
l'évolution des progrès dans les principaux domaines de lutte
contre la pauvreté ;
-un cadre macroéconomique compatible avec les objectifs
sociaux et de réduction de la pauvreté couvrant une
période d'au moins trois ans.
-les priorités de réformes structurelles ainsi
que les stratégies sectorielles (programme triennal) et les besoins de
financement (intérieur et extérieur) associés à la
réalisation des objectifs de croissance et de réduction de la
pauvreté ;
-les mesures de lutte contre la pauvreté et autres
politiques sociales liées à une analyse de l'impact sur la
société des politiques macroéconomiques et structurelles,
et les besoins de financement correspondants ;
-les besoins de financement extérieurs globaux, y
compris au titre de l'assistance technique et de la fourniture des services
correspondants, pour chaque année du programme.
Schématiquement, la structure-type du DSRP comporte
cinq point à élucider : l'état des lieux (contexte
économique et social ; rappel des politiques passées et en cours)
; la description du processus participatif ; les objectifs et les axes
stratégiques de réduction de la pauvreté et la croissance
; l'évaluation des coûts et l'allocation des ressources ; le
suivi-évaluation.
Le DSRP est le cadre désormais à la mode en
matière d'aide au développement, il s'impose déjà
hors du cadre de l'Initiative PPTE. Comment est-on arrivé à cet
instrument ?
III.3.2. Genèse du DSRP
Au cours de la seconde moitié de la dernière
décennie, les Institutions financières sont
préoccupées de préparer la suite de l'ajustement
structurel. Il est question de préparer à la fois un nouveau
cadre conceptuel de développement, un nouvel instrument contractuel de
développement et un nouvel outil financier.
Le Comprehensive Development Framework (CDF) est le vaste plan
de développement multi-acteurs conçu et présenté
sous forme de matrice. Promu par le Président Wolfensohn lui-même
et officialisé en juillet 1999, il s'impose pendant une courte
période comme le nouvel instrument de travail de la Banque mondiale avec
les pays pauvres. Le CDF s'attaque principalement à deux faiblesses des
précédents programmes d'ajustement :
Il a une vocation globale permettant de traiter tous les
secteurs et non pas de se cantonner aux réformes de type
macroéconomique ;
Il est destiné, de par son champ étendu et son
caractère multi-acteurs, à devenir l'instrument de coordination
entre les bailleurs de fonds par excellence, et plus généralement
entre tous les acteurs (gouvernement, société civile, secteur
privé, partenaires financiers).
Presque dans le même temps que se développe le
CDF, les services de la Banque mondiale développent et présentent
également en septembre 1999 l'idée d'un cadre stratégique
de partenariat centré sur la lutte contre la pauvreté. C'est
finalement cet instrument, le DSRP, à la fois plus opérationnel
et plus « moderne », qui est retenu comme suite à l'ajustement
structurel. Et c'est ainsi que le DSRP s'est imposé comme «
substitut fonctionnel » du Document cadre de politique économique
(DCPE) et comme base de tous les accords au titre de la Facilité pour la
réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC). Quels en sont
les principes ?
III.3.3. Principes des DSRP
En rupture avec les pratiques antérieures qui
consistaient pour l'essentiel à définir de l'extérieur des
politiques que les pays étaient chargés d'appliquer sous peine de
sanctions financières, la nouvelle démarche
préconisée dans le cadre des DSRP prévoit la mise en
oeuvre d'un processus participatif pour la définition des politiques de
lutte contre la pauvreté. Centré sur la lutte contre la
pauvreté, le DSRP est organisé selon un plan
général dont les grandes lignes ont été
définies par la Banque mondiale dans son document de
référence. Selon ce document, « six principes de base
sous-tendent la définition et la mise en oeuvre des DSRP ». Ces
principes énoncent que les stratégies devraient répondre
aux exigences suivantes :
-être impulsées par le pays, c'est-à-dire
impliquant une large participation de la société civile et du
secteur privé dans toutes les étapes opérationnelles ;
-être axées sur les résultats et
centrées sur des résultats susceptibles de
bénéficier aux pauvres ;
-être globales, dans le sens où elles
reconnaissent la nature multidimensionnelle de la pauvreté ;
-être hiérarchisées, afin de rendre
possible la mise en oeuvre des politiques à la fois fiscales et
institutionnelles ;
-être orientées vers la recherche de partenariats
avec les acteurs de l'aide au développement (aide bilatérale,
multilatérale et ONG) ;
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