
Figure 37. Bateau ramasseur en stationnement au large de
Guet-Ndar
C'est une marée de deux mois avec un bataillon d'une
quinzaine de petites pirogues de ligne normale au minimum, travaillant pour le
compte d'un navire battant pavillon étranger (Corée et Russie
surtout). C'est une pêche contractuelle, formelle entre le capitaine de
pirogue et l'armateur par l'entremise d'un démarcheur local qui
procède au recrutement des pirogues. Le contrat entre pêcheur et
armateur garantit apparemment l'intérêt des deux parties. Chaque
capitaine forme sa propre équipe (3 à 4 personnes, le plus
souvent au sein de sa famille, avec ses frères ou cousins)
La pêche se déroule en dehors des eaux
sénégalaises, souvent vers la Sierra-Leone et la Guinée.
Dans la zone de pêche, le navire est ancré et au lever du
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jour, les pirogues partent pêcher ; au retour, elles
sont à nouveau amarrer en file à l'arrière après la
pesée des captures par unité de pirogue. Les prises sont
payées au kg (400 Fcfa le kg quelque soit l'espèce
capturée). La répartition des gains (rémunération
au part) se fait après paiement au terme de la marée
c'est-à-dire au retour du bateau et des unités de pêche
à Guet-Ndar. Dans l'intervalle de deux marées, les pêcheurs
sont immobilisés dans la perspective éventuelle d'un nouveau
départ.
La ruée vers les bateaux ramasseurs est
encouragée par la baisse des stocks de poisson à Saint-Louis, la
distance de plus en plus longue entre la côte et les lieux de
pêche, l'absence des frais à supporter par le pêcheur mais
aussi par la possibilité d'épargne qui s'offre à lui.
Quant à l'armateur, dans un contexte de concurrence international,
disposer d'une main d'oeuvre aussi experte et bon marché constitue une
aubaine. Autant recruter des travailleurs piroguiers plus productifs que des
marins inscrits dans leur pays d'origine.
Par ailleurs, les prix proposés (400 Fcfa /kg) sont
peu rémunérateurs, d'autant que ces prix peuvent être
multipliés par 10 s'il s'agit d'espèces nobles
débarquées à Saint-Louis. A SENE20 (1986)
souligne que c'est un travail comme intérimaire, une location de la
force de travail et de l'outil de production dans laquelle le rapport peut
dissimuler dans certains cas l'abus de confiance. En fait, la prise en charge
du pêcheur par l'armateur est une manière de le distraire pour
mieux accaparer l'essentiel du surplus.
Pourtant, le carburant est acheté par l'armateur
grâce aux tickets que lui cèdent les pêcheurs. Or,
l'État subventionne le carburant vendu aux pêcheurs. Ces bateaux
étrangers bénéficient ainsi de façon
déguisée de subventions de l'Etat.
Il serait ainsi intéressant d'étudier dans le
cadre du plan de gestion de l'AMP toute la problématique des bateaux
ramasseurs à Guet-Ndar, pour voir si les sommes qu'ils injectent
équivalent aux surplus de pêche économisés à
Saint-Louis et au manque à gagner de l'État. Autrement dit,
dégager les voies et moyens pour appuyer la mise en place d'entreprises
privées nationales comme le souhaitent beaucoup de pêcheurs qui
pensent que la promotion de bateaux ramasseurs battant pavillon
Sénégal pourrait contribuer à limiter la saignée et
à instaurer des rapports équilibrés et équitables
entre acteurs. Cela pourrait à terme atténuer la pression sur la
ressource et constituer de ce fait, une alternative à l'exploitation des
démersales côtières dans l'AMP et ses environs.