
07 Décembre 2007
Contribution à la mise en place d'un
dispositif de gestion concertée de l'Aire
Marine Protégée de Saint-Louis du
Sénégal

Mémoire de fin d'études
présenté et soutenu par :
SERIGNE ABDOU AZIZ SY NDIAYE
En vue de l'obtention du
DIPLÔME D'INGÉNIEUR D'AGRONOMIE TROPICALE
(D.I.A.T) OPTION « ACTEURS DU DÉVELOPPEMENT RURAL »
Maître de stage : Dr Arona SOUMARE, WWF WAMER
Directeur de mémoire : Joël TARAUD, IRC-Montpellier
SupAgro

Contribution à la mise en place d'un
dispositif de gestion concertée de l'Aire
Marine Protégée de Saint-Louis du
Sénégal

Mémoire de fin d'études
présenté et soutenu par :
SERIGNE ABDOU AZIZ SY NDIAYE
En vue de l'obtention du
DIPLÔME D'INGÉNIEUR D'AGRONOMIE TROPICALE
(D.I.A.T), OPTION « ACTEURS DU DÉVELOPPEMENT RURAL »
Membre du jury :
Directeur de mémoire : Joël TARAUD,
Ingénieur en chef du genie rural (IRC SupAgro) Jacques RIPOCHE,
responsable du master ADR (IRC SupAgro),
Loïc TREBAOL , Consultant
07 Décembre 2007
i
RÉSUMÉ
A Saint-Louis, l'homme a exploité la mer et
transformé le littoral entraînant l'appauvrissement
généralisé de l'écosystème fluviomaritime
suite à la modification et la destruction des habitats. Certaines
espèces sont tellement vulnérables aux effets de l'action
anthropique (pêche, barrage de Diama, nouvelle embouchure
(brèche)...) qu'elles ont disparu de la majeure partie de leur aire de
répartition. Pour plusieurs autres espèces, l'extinction semble
imminente et l'Aire Marine Protégée est considérée
comme le meilleur moyen de garantir leur survie. C'est dans ce contexte qu'a
été créée l'AMP de Saint-Louis.
Toutefois, lorsque des populations comme celle de Guet-Ndar
vivant essentiellement de l'exploitation des ressources halieutiques sont
privées d'opportunités de pêcher, elles peuvent être
exposées au chômage et à la paupérisation. Les
autorités publiques souhaitent donc éviter les coûts
sociaux et économiques qui en résulteraient pour certaines
catégories de pêcheurs (surtout les poseurs de filets dormants qui
seront les plus affectés, le site de protection prévu constituant
leur principal lieu de pêche).
En effet pour qu'un tel projet soit viable il faut que les
acteurs concernés et surtout les usagers y adhérent. Il est
important que le plan de gestion soit élaboré de manière
concertée en tenant compte de l'avis des différentes parties
prenantes dans la définition des règles de gestion du
périmètre AMP et des zones périphériques.
Ce travail a permis de caractériser les
différents acteurs impliqués dans la mise en place et la gestion
de l'AMP, de mettre en évidence leurs points de vue
(particulièrement ceux des pêcheurs de Guet Ndar), et de les
croiser pour élaborer des pistes de réflexion sur des mesures et
des modalités de gestion concertée de cette aire
protégée.
L'État (la Direction des parcs nationaux et la
Direction des pêches maritimes), les artisans pêcheurs de Guet-Ndar
et le WWF sont les principaux acteurs de l'AMP. L'étude montre que les
pêcheurs n'ont pas forcément été bien
représentés dans le processus de mise en place de l'AMP et qu'il
est nécessaire de mieux les associer par la suite aux décisions
de gestion. D'autres acteurs ont aussi un rôle important à jouer
dans la réussite du plan de gestion s'ils sont représentés
dans le comité de gestion à savoir les gestionnaires du barrage
de Diama et de la brèche ou associés au processus, notamment les
armateurs industriels et les professionnels du tourisme.
Mots clés : Aire Marine
Protégée (AMP), gestion concertée, Guet-Ndar, Saint-Louis,
écosystème fluviomaritime, pêche.
ii
ABSTRACT
In Saint-Louis, people transformed the sea involving the
generalized impoverishment of the river and sea attributive ecosystem as well
as the modification and the destruction of the habitats. Some species are so
vulnerable to the effects of the anthropic action (fishing, Diama dam, new
mouth (breach) of the Sénégal.river.) that they disappeared from
the major part of their area of distribution. For several other species, the
extinction seems to be imminent and the marine protected area is considered to
be the best way to improve the conditions of their survival. It is in this
context that Saint-Louis MPA has been created
However, when the populations, like inhabitants of Guet-Ndar,
living basically from fishing resources are deprived of opportunities of
fishing, they could be threatened to unemployment and impoverishment. So the
public authorities wish to avoid such social and economic consequences which
would result from the reduction of fishing capacities (especially layers of set
nets which will be most negatively affected by the protection of the site,
principal area of fishing) and then lead to some prejudicial opposition to
possible new regulations.
Indeed, for such a project to be viable, it is necessary that
all the stakeholders, and in particular the fishermen will agree. Therefore, it
becomes important, even mandatory, to elaborate the plan of management in a
participative way taking in account the diversity of stakeholders to settle the
rules of management of the perimeter set up in AMP and of its associated
surroundings.
This report wants to contribute to the development of the plan
of management of the MPA of Saint-Louis. As a result, the identification of
most the stakeholders who should be involved in the process allows to highlight
the different points of view, particularly those of the fishermen of Guet-Ndar.
From this it will be possible to propose some ways and tools for a concerted
management.
State (Direction of national parks and Direction of maritime
fishing), the fishermen craftsmen of Guet-Ndar, and WWF is the principal actors
of the AMP. However of other actors could to play an important part in the
success of the plan of management if they were associated to the processes or
were represented in the board of management, in particular the managers of the
Diama dam and the breach, the industrial ship-owners, and the professionals of
tourism,
Key words: Marine Protected Area, concerted
management, Guet-Ndar, Saint-Louis, river and sea attributive ecosystem,
fishing,
iii
REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier toutes les
personnes et institutions qui nous ont permis de réaliser ce travail de
fin d'études.
Je remercie mon maître de stage, Arona Soumaré
pour m'avoir proposé ce sujet. Il m'a conseillé et
accompagné efficacement pour ce travail. A travers lui je remercie toute
l'équipe du WWF WAMER pour l'accueil et le soutien.
J'exprime ma reconnaissance envers le Directeur des Parcs
Nationaux du Sénégal, Colonel Mame Balla GUEYE pour m'avoir
accordé l'autorisation de réaliser cette formation à
l'étranger.
Nos recherches n'auraient pu aboutir sans les nombreux
concours qui nous ont été si largement apportés par
Joël TARAUD, Directeur de ce mémoire, qui m'a puissamment
aidé et guidé dans mes recherches. A lui nous adressons un grand
merci.
J'exprime ma profonde gratitude à Loïc TREBAOL qui
m'a constamment assisté de ses précieux conseils. Son appui
pédagogique m'a permis d'aborder les thèmes sous d'autres angles
de vue
Je tiens particulièrement à remercier Jacques
RIPOCHE qui s'est rendu sur la zone d'étude et m'a guidé par son
remarquable esprit de méthode. Sa présence et son aide ont
été déterminants dans l'accomplissement de cette
spécialisation en ADR.
Mention spéciale au Conservateur de l'AMP de
Saint-Louis, le Capitaine Bocar THIAM, et au Chef du BIPRAMP le Capitaine Issa
SIDIBE pour leur accueil, leur soutien et leur esprit d'équipe. Ils ont
beaucoup facilité le déroulement de ce stage.
J'exprime ma reconnaissance envers les pêcheurs de
Guet-Ndar qui ont eut la gentillesse de nous recevoir malgré leur emploi
du temps souvent chargé et nous livrer une partie de leur savoir. Je
pense particulièrement à Baye DIALLO qui a su nous faire profiter
de sa connaissance du terrain.
Mes remerciements s'adressent aussi à Omar DIOUF du
CRODT/Saint-Louis, Abdou DIA, Cheikh Mbaye DIALLO, Inspecteur des pêches
de Saint-Louis et ses collaborateurs Malick GUEYE et Ablaye MBODJ, sans oublier
Ablaye DIAGNE, Capitaine du port de Saint-Louis pour leur accueil, leurs
conseils et leurs informations.
Je ne saurais terminer sans remercier aussi tous ceux que je
n'ai pas cités ici et qui ont contribué et participé
à ce travail participé à ce travail en leur demandant
toute leur indulgence pour les éventuelles imperfections et
omissions.
iv
V
DÉDICACES
Je dédie ce travail à mère,
à mon épouse, à mes frères et soeurs, oncles et
beaux parents, bref, à tous mes proches et à tous les membres de
ma famille.
Cette page ne suffirait pas pour leur signifier ma
gratitude pour leur soutien de tous les instants
vi
vii
QUELQUES ABRÉVIATIONS .
AFD : Agence Française de Développement
AJPGN : Association des Jeunes Pêcheurs de Guet -Ndar
APLB : Association des Pêcheurs de la Langue de Barbarie
AMP : Aire Marine Protégée
CDB : Convention Internationale sur la Diversité
Biologique
CIRAD : Centre International de Recherche Agronomique et du
Développement
CNEARC : Centre Nationale d'Études Agronomique des
Régions Chaudes
CNPS : Collectif National des pêcheurs du
Sénégal
CRODT : Centre de Recherche Océanographique de Dakar
Thiaroye
DPM : Direction des Pêches Maritimes
DPN : Direction des Parcs Nationaux
ENGREF : École Nationale du Génie Rural et des Eaux
et Forêts
FENAGIE : Fédération Nationale des Groupements
d'Intérêts Économiques de pêcheurs
GAIPES : Groupement des Armateurs et Industriels de la
Pêche du Sénégal GREP : Groupe Environnement Presse
IRC : Institut des Régions Chaudes (Montpellier
SupAgro)
MECROPAS : Mutuelle d'Épargne et de Crédit des
Organisations de Pêcheurs Artisanaux de Saint-Louis
MEPN : Ministère de l'Environnement et de la Protection de
la Nature
MEM : Ministère de l'Économie Maritime
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ONU : Organisation des Nations Unies
PNLB : Parc National de la Langue de Barbarie
PRCM : Programme Régional de Conservation Marine
SAED : Société d'Aménagement et
d'Exploitation des Terres du Delta du Fleuve Sénégal
SRPSM : Service Régional des Pêches et de la
Surveillance Maritime ZEE : Zone Économique Exclusive
WAMER : Western Africa Marine Eco-Region
WWF: World Wildlife fund (Fonds Mondial pour la Nature)
viii
ix
SOMMAIRE
RÉSUMÉ i
ABSTRACT ii
REMERCIEMENTS iii
QUELQUES ABRÉVIATIONS vii
SOMMAIRE ix
INTRODUCTION 1
PARTIE I : CONTEXTE GENERAL, PROBLÉMATIQUE ET
DÉMARCHE DE L'ÉTUDE
3
1 CONTEXTE GENERAL DE L'ÉTUDE 5
1.1 La zone d'étude 5
1.2 la structure d'accueil : une organisation de conservation de
la nature 7
1.3 les AMP dans le monde : UN aboutissement des recommandations
de rio. 7
2 PROBLÉMATIQUE : INTÉRÊT DES AIRES MARINES
PROTÉGÉES AU SÉNÉGAL : L'IMPORTANCE DE LA
PROTECTION, DE LA PÊCHE ET DES SIGNES
D'ÉPUISEMENT 13
2.1 Processus du choix des sites d'AMP au Sénégal
15
2.2 Cadre légal national : les instruments juridiques
applicables 21
2.3 Le cadre institutionnel 21
3 LA DÉMARCHE MÉTHODOLOGIQUE 27
3.1 La demande initiale : une demande aux objectifs larges 27
3.2 Objectifs spécifiques : des objectifs recentrés
dans le cadre du mémoire. 27
3.3 Objet du mémoire 28
3.4 Hypothèses de l'étude 28
3.5 But de l'étude : 28
3.6 La démarche 28
3.7 Difficultés rencontrées 33
PARTIE II : INFORMATIONS GÉNÉRALES SUR LA ZONE
35
4 PÊCHE ARTISANALE A SAINT-LOUIS, UNE ACTIVITÉ
TRÈS ANCIENNE QUI A
CONNU BIEN DES ÉVOLUTIONS 37
4.1 Évolution des activités de pêche 38
4.2 Organisation sociale et évolution 40
4.3 Cadre Socio-économique général 42
4.4 Conclusion 50
PART III : MILIEU BIOPHYSIQUE, MODES D'EXPLOITATION ET DE
GESTION 51
5 L'ENVIRONNEMENT PHYSIQUE 53
5.1 Les conditions météorologiques 53
5.2 Les conditions hydrologiques marines et leurs variations
saisonnières. 55
5.3 L'hydroclimatologie de la région. 59
5.4 Évolution géomorphologique à Saint-Louis
62
5.5 Les aquifères 64
5.6 Morphologie et sédimentation des fonds de pêche
au large de St-Louis 65
5.7 Les effets de la nouvelle brèche sur la pêche
maritime à Saint-Louis : la traversée de
la barre moins pénible mais des impacts négatifs
ailleurs. 69
5.8 Conclusion 71
6 LE PATRIMOINE NATUREL DE L'AMP : UNE SITE A HAUT POTENTIEL
BIOLOGIQUE 73
6.1 Les habitats naturels : Géographie et toponymie des
lieux de pêche 73
6.2 Les ressources exploitées : les poissons 76
x
6.3 Autres espèces présentes : les oiseaux, tortues
et mammifères marins 87
7 LES MODES D'EXPLOITATION : une diversité DE PRATIQUES
à l'origine de la
pression accrue sur la ressource et des conflits entre usagers.
89
7.1 Les moyens de production : des types de pêche en
fonction de l'embarcation et des
engins utilisés et du quartier 90
7.2 Les types de pêche artisanale 92
7.3 La Pêche industrielle : une pratique avec des effets
écologiques néfastes mais pas
l'unique responsable de la baisse des ressources. 101
7.4 Les conflits entre les usagers. 102
7.5 Les activités connexes à la pêche 103
8 DES DÉFIS A ReLEVER POUR UNE BONNE PARTICIPATION
COMMUNAUTAIRE 105
8.1 Les contraintes de la filière pêche à
Saint-Louis 105
8.2 point de vue des pêcheurs sur l'amp : des perceptions
différentes sur une notion mal
comprise 108
8.3 Des modes de Gestion dont on peut s'inspirer 111
8.4 DISCUSSION ET PROPOSITIONS 112
9 CONCLUSION GÉNÉRALE 115
BIBLIOGRAPHIE 117
TABLE DES MATIÈRES 121
LISTE DES FIGURES 125
LISTE DES TABLEAUX 127
ANNEXE 129
ANNEXE 1 : GUIDE D'ENTRETIEN 131
ANNEXE 2 : Les mécanismes de l'upwelling 136
ANNEXE 3 : Décret de création de l'AMP 137
ANNEXES 4 : Cartes des températures de surface et des
salinités de l'océan (saison froide-
saison chaude) pour la période 1971-1970 142 ANNEXE 5 :
Infrastructures de pêche et touristiques sur la Langue de Barbarie, au
nord de
l'embouchure 146
ANNEXE 6 : Accords de pêche
sénégalo-mauritaniens 147
ANNEXE 7 : Répartition spatiale des activités
à St-Louis 152
ANNEXE 8 : Évolution des effectifs et des
débarquements de la pêche à St-Louis 153
ANNEXE 9 : Axes de circulation et noeuds d'engorgements 154
ANNEXE 10 : Filets dormants 155
ANNEX 11 : Filets de senne tournante 155
ANNEXE 12 : Filets dérivants avec ses flotteurs 156
ANNEXE 13 : PALANGRIER 156
xi
ff Défendre la mer, c'est défendre le
droit des plus démunis à la vie le
A. LE. SANN (1986)
xii
1
INTRODUCTION
Les ressources marines et plus particulièrement les
ressources halieutiques, jouent un rôle capital dans l'économie et
la vie sociale du Sénégal. La pêche est la première
source d'entrée de devises avec une valeur des exportations de produits
halieutiques d'environ 200 milliards de F CFA par an (soit 304 460 000.euros).
Elle occupe 17% de la population active. Or, les tendances actuelles de
l'évolution des stocks montrent des signes inquiétants
(diminution de la taille moyenne des poissons capturés, réduction
des prises par unité d'effort de plusieurs espèces notamment les
espèces démersales côtières). L'épuisement
des stocks halieutiques entraînerait des conséquences
économiques et sociales désastreuses, DIOUF,P.S et
SIEGEL,P.(2005) ; SARR, O.(2005) ; ZEBA,S.(2003) ; PAULY,D.(2002).
Saint-Louis n'a pas échappé à ce
modèle. Les phénomènes de migration des pêcheurs de
Guet-Ndar vers d'autres centres de pêche et leur obstination à
pêcher dans les eaux sous juridiction mauritanienne démontre la
carence dont souffrent les côtes saint-louisiennes. Il est largement
admis par la communauté scientifique que cette variabilité est
provoquée par une combinaison de différents facteurs dont
essentiellement la surpêche et les conditions environnementales.
Il y a une affirmation, découlant de différents
constats : « la ressource halieutique est menacée, il est
urgent de prendre des mesures pour protéger, voire restaurer le
potentiel ». D'où, la volonté des pouvoirs publics
et des populations de pêcheurs de mettre en oeuvre des mesures de gestion
efficaces des ressources halieutiques. Aussi, en promulguant en 2004 le
décret de création de 4 Aires Marines Protégées
dont celle de Saint-Louis, le Sénégal s'est inscrit dans une
dynamique de création d'AMP et de renforcement de leur gestion.
Les organismes de développement, notamment non
gouvernementaux intervenant au Sénégal s'interrogent sur les
actions à mener à l'instar du WWF dans son programme d'appui
à la mise en place d'AMP et à l'élaboration de plans de
gestion. Les objectifs de croissance des revenus tirés de l'exploitation
des ressources halieutiques, notamment par la multiplication et
l'amélioration de l'efficacité des techniques de capture,
sont-ils contradictoires avec les objectifs de protection de
l'écosystème marin ? Cette étude réalisée
doit permettre de répondre à cette question et de rechercher les
solutions en associant toutes les parties prenantes à la
définition de règles pour une gestion concertée.
Le présent mémoire cherche à
caractériser les acteurs concernés par la mise en oeuvre de l'AMP
de Saint-Louis et à comprendre les opinions des uns et des autres sur
l'intérêt de l'AMP et le système de gestion à mettre
en place afin de protéger durablement la ressource et maintenir une
activité rentable pour les familles de pêcheurs qui en vivent.
Cette compréhension est indispensable pour les décisions et les
orientations de la gestion de la réserve et des projets de
développement visant à restaurer le milieu marin.
L'étude se base sur un travail de terrain de 6 mois et
3 mois de préparation. Elle est réalisée dans le cadre
d'un stage de fin d'études supérieures d'agronomie tropicale au
Centre National d'Études Agronomiques des Régions Chaudes
(CNEARC) de Montpellier
Dans une première partie seront présentés
le contexte général, l'historique des AMP pour définir la
problématique de l'étude et construire la démarche
méthodologique. La deuxième partie fournira des informations
générale sur la zone d'étude et la troisième partie
s'attachera à la description du milieu biophysique, à la
caractérisation des usagers de la ressources, à l'analyse des
modes d'exploitation et au recueil des points de vue sur la mise en
2
oeuvre de l'AMP. En conclusion seront repris les
éléments essentiels à considérer lors de
l'élaboration du plan de gestion afin de définir des
règles de gestion participative de l'AMP.
3
PARTIE I : CONTEXTE GENERAL, PROBLÉMATIQUE
ET
DÉMARCHE DE L'ÉTUDE
4
1 CONTEXTE GENERAL DE L'ÉTUDE
1.1 LA ZONE D'ÉTUDE
L'Aire Marine Protégée (AMP) de Saint-Louis est
située dans le département de Saint-Louis, sur la façade
maritime de la Communauté Rurale de Gandon (limite Est de l'AMP), dans
l'arrondissement de RAO, sur la Langue de Barbarie entre l'ancienne embouchure
du fleuve Sénégal et le quartier pêcheur de Guet-Ndar. Elle
se trouve entre la latitudes 15o 58'.5 N et 15o 50'.0 N
et les longitudes 16o 31'.5 W et 16o 48'.5 W. Elle couvre
une superficie de 496 km2 (16 km de côte et 31 km au
large).
Dans la Communauté Rurale de Gandon, l'AMP concerne du
Nord au Sud, les villages de : Keur Barka, Diele Mbame, Keur Bernard,
Tassinére, Mouit, Mboumbaye et Dégouniaye.
Dans la commune de Saint-Louis, elle intéresse surtout
les quartiers situés sur la Langue de Barbarie dont le principal est le
grand quartier pêcheur de Guet-Ndar

Guet-Ndar
WWW.ausenegal.com
AMP de Saint-Louis
5
Figure 1. Situation du Sénégal et de la
zone d'étude
Figure 2. Carte de l'AMP de Saint-Louis

6
7
1.2 LA STRUCTURE D'ACCUEIL : UNE ORGANISATION DE
CONSERVATION DE LA NATURE
Le WWF initialement World Wildlife
Fund (littéralement, Fonds mondial pour la vie
sauvage), rebaptisé ensuite World Wide Fund for Nature
(littéralement, Fonds mondial pour la Nature), puis
simplement WWF en 2001, est une organisation non gouvernementale internationale
de protection de la nature et de l'environnement, fortement impliquée
dans le développement durable. Cette association ayant son siège
à Gland en Suisse, compte plus de 4,7 millions de membres à
travers le monde et dispose d'un réseau opérationnel dans 96
pays.
Le WWF gère des politiques environnementales et
mène des études d'écosystèmes et d'autres milieux
à travers le monde. Il cible des ensembles géographiques
appelés Écorégions. Au départ, le WWF avait choisi
200 Écorégions à travers le monde et avait
décidé de se focaliser sur ces 200 Écorégions.
Aujourd'hui le nombre d'Écorégions a atteint 238 parmi lesquelles
l'Écorégion Ouest Africain (depuis 2000 avec un bureau
régional à Dakar) appelée WAMER (Western Africa Marine
Eco-Region). L'objectif du WWF WAMER est d'assurer la conservation durable des
écosystèmes marins et côtiers de l'Afrique de l'ouest.
Il intervient dans six pays : Sénégal,
Mauritanie, la Gambie, le Cap-Vert, la Guinée Bissau et la Guinée
Conakry. Le WWF WAMER met en oeuvre des programmes dans plusieurs domaines dont
les aires marines protégées, la pêche durable, et les
espèces menacées (les tortues et les baleines).Il a aidé
le gouvernement du Sénégal à créer quatre AMPs
(Saint-Louis, Joal, Kayar et Abéné).
1.3 LES AMP DANS LE MONDE : UN ABOUTISSEMENT DES
RECOMMANDATIONS DE RIO.
En 1992, lors du sommet de la terre à Rio de Janeiro
sur l'Environnement et le Développement Durable, le
Sénégal et plus de 145 pays ont signé le document
légal désigné sous le nom de Convention sur la
Diversité Biologique (CDB). Les signataires se sont entendus sur un
programme pour mettre en oeuvre la CDB concernant la biodiversité marine
et côtière lors de leur seconde conférence tenue à
Jakarta, en Indonésie, en 1995
La même année de la réunion à
Jakarta, le Code de Conduite pour la Pêche responsable de l'Organisation
des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a
été signé. Le Code demande que : «les
états et utilisateurs des ressources aquatiques vivantes doivent
conserver les écosystèmes. Le droit de pêche sous entend
l'obligation de pêcher de manière responsable de telle sorte
qu'elle assure une conservation et une gestion efficace des ressources
aquatiques vivantes.» A SOUMARE (2007)
Le Plan de mise en oeuvre du Sommet mondial pour le
développement durable, diffusé en 2002, met l'accent en
particulier sur le besoin de « maintenir ou restaurer les stocks
à des niveaux permettant de produire le rendement maximal durablei, le
but étant d'atteindre
1 Le rendement maximal durable est la quantité maximale
de poissons d'un stock qui peut être retirée d'une pêcherie
sans compromettre la capacité du stock de se reconstituer
naturellement.
d'urgence cet objectif pour les stocks réduits, et
là où c'est possible, pas plus tard qu'en 2015
»2.
En 2003, le Congrès mondial sur les parcs naturels a
recommandé que de 20 à 30 % de chaque habitat océanique
soit pleinement protégé contre la pêche, A SOUMARE (2007).
En octobre 2005, le premier Congrès mondial des aires marines
protégées a eu lieu. Les progrès, malheureusement, sont
lents : les données récentes indiquent que, au rythme mondial
actuel de désignation des AMPs, la cible prévue pour 2012 ne sera
pas atteinte avant au moins 2085g.
Ensemble, ces accords ont le potentiel significatif de
contribuer à la conservation de la biodiversité marine et
côtière. Le Sénégal, en tant que signataire de ces
documents et pays côtier, a répondu en adoptant des mesures de
protection des ressources marines pour le futur. Soucieux de renforcer le
régime de gestion intégrée des zones marines et
côtières pour une conservation durable, ce pays, s'est investi
dans la création, en novembre 2004, de cinq (05) nouvelles Aires Marines
Protégées (AMPs) d'une superficie totale de 1030 km2
(103 000 ha) à Saint Louis, Cayar, Joal-Fadiouth, Abéné et
Bamboung.
1.3.1 Rôle de l'Aire Marine
Protégée
L'objectif d'une AMP est la gestion durable des ressources
marines et côtières, comme éléments de base du
développement et de la lutte contre les la pauvreté, des
communautés littorales. Cet objectif vise l'intégration des
actions de développement et de conservation de la biodiversité
marine et côtières (D. ARBOUR et al 2007).
Il convient d'un côté d'assurer la
cohérence entre les différents usages et besoins des acteurs
sociaux et de la dynamique des écosystèmes de l'autre; de
maximiser l'efficacité des politiques pour répondre à la
complexité des problèmes et à la pluralité des
parties prenantes publiques comme privées.
L'AMP donc a pour rôle selon P Emerit (2004) de :
- protéger les populations halieutiques
exploitées, favoriser la production de descendants afin de repeupler les
lieux de pêches et de collecte,
- prévenir les dommages causés à l'habitat
et promouvoir son rétablissement, - maintenir la diversité
biologique,
- faciliter le rétablissement de
l'écosystème après des perturbations anthropiques ou
naturelles majeures,
- servir de refuge contre la pêche pour des espèces
vulnérables,
- enrichir les lieux de pêche grâce au «
débordement d'adultes »,
2 Nations Unies. Plan de mise en oeuvre du Sommet mondial
pour le développement durable (2002), 2004, paragr. 31(a), p. 27.
8
3 « Global Targets for MPA Designations Will Not Be Met
Experts Respond », MPA News, vol. 7, no 5, novembre
2005.
9
- accroître la productivité des lieux de pêche
en protégeant les lieux favorables à la reproduction et
l'alimentation des poissons,
- réguler les différents usages de la mer
1.3.2 Les dispositions réglementaires
internationales
La gestion des ressources biologiques est régie au
niveau international par des traités ou accords multilatéraux.
Selon BEAUCILLON.C (2005), deux traités conclus sous l'égide de
l'ONU doivent être pris en considération pour cerner le cadre
juridique qui gouverne les aires marines protégées car ils posent
le cadre juridique universel pour la conservation des océans. Le
premier, relatif au secteur marin, est considéré comme le
fondement ultime de la protection du milieu. Le second, lié à la
protection de la biodiversité traduit le consensus international en la
matière.
Nous reviendrons également sur le Code de conduite pour
une pêche responsable dont l'objectif est d'appliquer le concept de
durabilité aux activités halieutiques.
1.3.2.1 La Convention des Nations Unies sur le droit de
la mer : la
fin d'un paradigme
Le régime de liberté (de navigation et de
pêche) qui s'appliquait dans le domaine maritime prend fin avec
l'adoption par les Nations Unies le 10 décembre 1982 à Montego
Bay en Jamaïque de la Convention sur le droit de la mer. Ratifiée
par le Sénégal en 1984, elle entre en vigueur en 1994. Elle
procède à la définition des zones marines où
l'État côtier exerce sa souveraineté et des espaces
maritimes internationaux. Cette classification a pour intérêt de
circonscrire les zones où l'État a l'obligation et la
compétence d'agir au bénéfice de la préservation
des écosystèmes, BEAUCILLON.C (2005). Cette convention attribue
ainsi aux États côtiers des droits souverains aux fins
d'exploitation, d'exploration, de conservation et d'aménagement sur des
ressources biologiques se trouvant à l'intérieur de leur Zone
Économique Exclusive (ZEE). Cette ZEE s'étend
généralement sur 200 miles, soit 370 km au-delà des lignes
de base. La Convention sur le droit de la mer stipule dans son article 56 que
« les États ont un droit de pêche exclusif et sont
propriétaires des ressources vivantes et minières dans la bande
marine de 200 miles adjacente à leurs côtes » mais
précise dans l'article 61 que cette zone ne doit pas faire l'objet d'une
surexploitation. L'État côtier peut y réglementer
l'activité de pêche ainsi que toute autre activité
économique, contraignant les pays de pêche lointaine à
négocier avec les pays côtiers l'accès à leur
ressource halieutiques.
La haute mer ou espace maritime international est la zone qui
commence par la limite extérieure de la ZEE. C'est le principe de la
liberté des mers qui y prévaut : liberté de pêche,
de navigation, de survol etc.4 L'article 116,
relatif au droit de la mer oblige les États pêchant en haute mer
à ne pas nuire aux intérêts des États côtiers
et l'article 119 prohibe la surexploitation des ressources de la mer.
Avec l'extension des juridictions nationales par cette
Convention, les Etats ont tenté d'accroître les
bénéfices tirés des pêcheries de leur ZEE en
investissant massivement dans des flottilles de pêche et des usines de
transformation modernes destinées à répondre à la
demande croissante de poisson et de produits de la pêche. Aussi, à
la fin des années 1980, il
4 SENAGROSOL-CONSULT (2007). « Élaboration d'un
plan d'aménagement et de gestion de l'AMP de Cayar : Rapport bilan
diagnostic ». pp 21
10
est devenu évident que les ressources halieutiques, ne
pouvaient plus soutenir, cette exploitation et cette mise en valeur rapide.
Dés lors, de nouvelles approches de gestion du milieu marin prenant en
considération la conservation s'imposaient.
1.3.2.2 La Convention sur la Diversité
Biologique (CDB)
Adoptée à Rio en 1992, elle a été
ratifiée par le Sénégal en 1994. La plupart des
dispositions de la CDB obligent les États signataires à
coopérer pour la conservation et l'utilisation durable de la
diversité biologique. Elle s'applique donc à la
biodiversité de l'espace marin et côtier. En son article 2, elle
procède à la définition de la zone
protégée
Considérée comme étant « toute zone
géographiquement délimitée et qui est
désignée ou réglementée, et gérée en
vue d'atteindre des objectifs spécifiques de conservation ». Chaque
Partie contractante doit selon l'article 8, établir un système de
zones protégées qui sont gérées suivant des
formules cohérentes (plans, Stratégies, Politiques
intégrées à celle des autres secteurs -art. 6) BEAUCILLON
C, (2007). Ces prescriptions renforcent les dispositions relatives au respect
de la biodiversité ainsi que les obligations édictées par
la Convention sur le Droit de la Mer. En effet, l'article 22 évoque la
primauté de cette dernière sur la CDB en cas de conflit.
Au regard de la CDB, les AMP jouent un double rôle Selon
BEAUCILLON. Elles doivent tout d'abord contribuer à la conservation
stricte du patrimoine écologique (article 8). Elles interviennent
ensuite comme recommandée par l'article 10, dans le processus de gestion
durable des ressources naturelles de l'État côtier.
1.3.2.3 Le Code de conduite pour une pêche
responsable et ses
implications en matière de durabilité
Comme nous l'avons évoqué, c'est la Convention
sur le droit de la mer de Montego Bay qui établit définitivement
les limites géographiques des différentes zones marines. Ce
traité fixe les statuts juridiques des zones maritimes, avec pour
principal corollaire, la répartition des compétences
étatiques pour réglementer l'accès et l'usage des
ressources halieutiques. Une fois les pouvoirs partagés,
l'activité de pêche redevient majoritairement une question de
souveraineté nationale, de " propriété " de l'État
ou de négociation interétatique (voire de conflits
d'intérêts). Mais, face à l'échec des politiques
nationales de gestion, souvent incapables de réguler des pressions
excessives de pêche, le code de conduite de 1995 tente d'appliquer le
concept de durabilité aux activités halieutiques et
définit dans ce but les principes fondamentaux d'une pêche
responsable.
Le Code a été élaboré par la FAO
(Food and Agriculture Organisation) et adopté à
l'unanimité par la Conférence de la FAO le 31 octobre 1995. Il
trouve son origine dans la Déclaration de Cancùn (Mexique) de mai
1992 qui va poser les bases du concept des pêches responsables. Il
s'articule autour de dix objectifs présentés à l'article
2. Par sa portée globale destinée à l'ensemble des
activités halieutiques, le Code ne fait pas référence
expressément à la gestion des pêcheries dans les AMP.
Toutefois, plusieurs recommandations spécifiques à certaines
zones ou à certains types d'activités sont, de fait, directement
applicables aux aires protégées, considérées le
plus souvent comme des lieux d'expérimentation privilégiée
pour la modélisation du développement durable, Bertrand, C
(2004), .
Selon, Bertrand, C, l'article 10 du Code, sur
l'intégration des pêcheries dans l'aménagement des zones
côtières, incite les États à adopter " un cadre
juridique et institutionnel et a définir
11
des politiques appropriées...pour permettre une
utilisation durable des ressources ". La question de l'allocation des
ressources est souvent facteur de conflits : entre plusieurs communautés
de pêcheurs invoquant un accès aux espaces de pêches, entre
les communautés de pêcheurs et les autres utilisateurs des zones
côtières (tourisme, pêche industrielle, expansion
urbaine...). La prévention des risques potentiels d'interactions doit
être évaluée avec la mise en place en parallèle de
mécanismes de résolution des conflits au niveau administratif
(art. 10.1.4). Les AMP suscitent souvent la convoitise de ceux qui sont
à sa périphérie, ainsi un aménagement efficace
implique un cadre juridique et institutionnel fort et une définition
précise des rôles et des responsabilités respectives des
organismes de gestion. L'utilisation du zonage apparaît comme un moyen
pertinent de réglementation de l'accès aux espaces et
d'utilisation rationnelle des ressources. De plus, les droits et pratiques
traditionnelles des communautés côtières doivent être
reconnus et garantis et leurs représentants consultés et
associés aux processus de décisions engagés par
l'autorité publique (art. 10.1.2 et 10.1.3).
12
13
2 PROBLÉMATIQUE : INTÉRÊT DES AIRES
MARINES
PROTÉGÉES AU SÉNÉGAL :
L'IMPORTANCE DE LA
PROTECTION, DE LA PÊCHE ET DES SIGNES
D'ÉPUISEMENT
La pêche a une importance stratégique dans
l'économie sénégalaise de par son rôle dans
l'approvisionnement en protéines (la part du poisson dans la
consommation de protéines animales est supérieure à
75%)5, des emplois qui en dépendent (63000 pêcheurs,
94% dans le secteur artisanal, AFD/Dakar.2004) des revenus qu'elle
génère, du rôle qu'elle joue dans la fixation et la
stabilité des communautés littorales. Cependant, face à
une population croissante, une demande de plus en plus importante des
marchés mondiaux, des outils d'exploitation de plus en plus
sophistiqués, les ressources halieutiques sont menacées et la
question de leur gestion devient de plus en plus une urgence.
Lors d'un groupe de travail tenu à Dakar en 2001 dans
le cadre du programme SIAP6 (Système d'Information et
d'Analyse des Pêches) sur l'évolution des stocks halieutiques
pendant les cinquante dernières années, il a été
établi que les stocks halieutiques (notamment les espèces
démersales à haute valeur commerciale) de
l'écorégion marine ouest-africaine allant de la Mauritanie
à la Guinée (le Cap Vert y compris), ne sont actuellement que le
cinquième de ce qu'ils étaient en 1950 ( Pauly, 2002 cité
par P S Diouf et al 2005 ).
C'est le cas à Saint-Louis où une forte colonie
de pêcheurs (7751 pêcheurs, 1543 pirogues opérationnelles,
CRODT/ISRA 2005) avec une grande diversité d'unités de
pêche se concentre sur un espace géographique étroit (forte
compétition entre pêcheurs) et débarque un tonnage
important de poisson : les débarquements en 2006 sont estimés
à 49393 tonnes contre 49613 tonnes en 2005 soit une baisse de 0,4%,
alors que la valeur commerciale (respectivement 6 542 711 303 et 5 421 633 800
FCFA a connu une hausse de 20% (SRPSM/SL).
Les variations sont aggravées par le fait que les bancs
et lieux de pêche ne sont pas propriété privée comme
la terre en agriculture et que plusieurs unités de pêche se font
concurrence pour un stock épuisable de poissons.
Du point de vue des pêcheurs Saint-Louisiens, la
pression sur la ressource est telle que la croissance du stock halieutique est
affectée aujourd'hui par l'intensité de l'effort de pêche
qui lui est appliquée. Conséquence direct, selon les
pêcheurs de Guet-Ndar : la disparition de la plupart des espèces
démersales côtières. Ils affirment que la Dentée
(Dentex filosus) et les Mérous (Epinephelus aeneus et
gigas) très prisés par les populations et les exportateurs
ont presque totalement disparu induisant une diminution des prises et un
éloignement progressif des lieux de pêche (les eaux mauritaniennes
sont de plus en plus sollicitées). Dotés d'une plus grande
autonomie, les pêcheurs vont de plus en plus loin et mouillent leurs
engins dans la
5
www.oceanium.org
6 Projet financé par l'Union Européenne en
faveur des six pays membres de la Commission Sous-régionale des
Pêches. L'objectif recherché était de permettre à
ces États de réunir les données scientifiques sur leurs
pêcheries, disponibles aussi bien localement que dans les institutions
partenaires à l'étranger, en vue de les traiter et de les
diffuser, A SOUMARE 2007
14
zone où le chalutage est autorisé, sans les
matérialiser comme il se doit. Ceci entraîne des risques de
destruction de ces engins et de conflits avec les chalutiers.
Il s'y ajoute que les aménagements effectués sur
le fleuve Sénégal avec l'érection du barrage de
Diama7 ont beaucoup modifié la dynamique
estuarienne de cette zone d'importance capitale pour certaines espèces,
entraînant du coup, la disparition des espèces
inféodées telle le Capitaine (Polydactylus quadrifilus),
et l'appauvrissement du fleuve. Du point de vue de l'ichtyologie, DIOUF (1999)
cité par KANE (2007) estime que la biodiversité des poissons est
menacée dans le cadre de l'après barrage. En effet, les ouvrages
constituent des barrières physiques contre la migration des poissons et
entraînent une perte d'habitat du fait du rétrécissement de
la zone estuarienne. Le mode de gestion de Diama (retenues et lâchers
périodiques d'eau) entraîne des variations brusques du milieu
néfastes aux poissons évoluant dans l'estuaire. En fait, l'AMP de
Saint-Louis est directement sous l'influence des aménagements du fleuve
qui ont été faits pour d'autres raisons que la pêche
côtière ou la gestion des ressources halieutiques. Selon les
techniciens du service de l'hydraulique de Saint-Louis, les impacts
ichtyologiques n'ont pas été pris en compte lors de leur
construction. Les techniciens du service régional des pêches y
voient une cause plus fondamentale de la diminution de la ressource halieutique
que l'activité des pêcheurs piroguiers.

Figure 3. Le barrage de Diama
De ce fait, les pêcheurs estuariens se rabattent sur
l'océan et augmentant la pression sur ce milieu déjà
menacé. « Ici à Saint-Louis, la mer ne nourrit plus son
homme » avoue un pêcheur lors d'un entretien, affirmation
corroborée par un phénomène de migration
saisonnière d'une grande intensité chez les pêcheurs de
cette localité. En 2005 déjà, le CRODT a établit
(à l'issu d'un recensement national de la pêche artisanale
sénégalaise) que le département de Saint-Louis ne
reçoit presque pas d'unités de pêche
étrangères alors que les Guet-Ndariens sont présent dans
tous les grands centres de pêche maritime: Louga, Kebemer, jusqu'au sud
à Bignona où elles représentent entre 20 et 54% de la
flottille (CRODT/ISRA 2005)
7Construit en 1986, il a pour objectif
d'empêcher le remontée d'eau salée en période de
basses eaux,qui peut atteindre 200km en amont, d'assurer une réserve
censée permettre l'irrigation en saison sèche. En tout il doit
permettre l'irrigation de 120 000 ha. Le but est de produire assez pour
réduire le déficit alimentaire vivrier sénégalais,
MONGET C (1997)
15
Un fait nouveau que nous avons vérifié au cours
des entretiens, est que, ce sont maintenant les pêcheurs eux-mêmes
qui tirent sur la « sonnette d'alarme ». Soucieux de leur devenir ils
sont conscients du fait que les prélèvements sont excessifs et
que le renouvellement de la ressource est compromis si cette tendance se
maintient.
Aussi, pour assurer une exploitation durable de la ressource
ou en d'autres termes, éviter que le système d'exploitation ne
porte atteinte à la capacité de récupération de la
ressource, les prélèvements doivent rester inférieurs
à la productivité de cet écosystème largement
affecté par les barrages qui ont modifié les
caractéristiques physiques, biologiques et chimiques du milieu . Il
s'agit donc de gérer (voire contrôler) ces
prélèvements pour limiter l'effort de pêche.
En effet, il semble possible d'agir sur le système
d'exploitation en proposant des mesures ou stratégies d'action pour une
utilisation durable (maintien et/ou reconstitution) de la ressource encore
disponible. C'est donc dans un contexte national caractérisé par
une diminution progressive des ressources halieutiques que le WWF, la Direction
des Parcs Nationaux (DPN), le CRODT, Wetlands International, la FENAGIE
(Fédération Nationale des GIE de pêcheurs), le GAIPES
(Groupement des Armateurs et Industriels de la Pêche du
Sénégal), l'Océanium ont lancé l'initiative de
création d'Aire Marines Protégées au
Sénégal. Selon P S DIOUF (2005), cette initiative de
création de nouvelles Aires Marines Protégées au
Sénégal, coordonnée par le WWF, s'intègre dans un
processus plus large du Programme Régional de Conservation Marine
(PRCM), visant à doter la sous-région ouest-africaine d'un
réseau d'Aires Marines Protégées permettant d'une part de
préserver la diversité biologique et culturelle de la zone, et
d'autre part de promouvoir l'amélioration des moyens d'existence des
populations locales.
En septembre 2003, lors du cinquième Congrès
Mondial des Parcs, le Gouvernement du Sénégal déclarait
son intention de créer cinq nouvelles aires marines
protégées. Cette déclaration d'intention a
été honorée, une année plus tard, par la signature
d'un décret présidentiel (N° 2004-1408 du 04 Novembre 2004)
portant création de 5 AMP dont celle de Saint-Louis qui couvre une
superficie de 496 km2. Ces AMP constituent selon les experts du WWF
une « option efficace pour conserver la biodiversité marine
».
2.1 PROCESSUS DU CHOIX DES SITES D'AMP AU
SÉNÉGAL
Le processus de sélection des sites potentiels d'Aires
Marines Protégées a été caractérisé
par une démarche participative, multisectorielle, pluridisciplinaire et
scientifique. L'approche a également intégré les savoirs
traditionnels (WWF : A SOUMARE et al, 2005).
Pratiquement, tous les principaux acteurs intervenant dans les
zones marines et côtières du Sénégal étaient
impliqués dans le processus de sélection des sites. Les
collectivités locales, le WWF, la Direction des Parcs Nationaux, la
Direction des Pêches, la Direction de la Protection et de la Surveillance
des Pêches, le Centre de Recherches Océanographiques de
Dakar-Thiaroye (CRODT), l'Université de Dakar, l'UICN (Union Mondiale
pour la nature), Wetlands International, l'Océanium (Club de
plongée et ONG de Conservation de la Nature), le GREP (Groupe
Environnement et Presse), les pêcheurs de base représentés
par la FENAGIE (Fédération Nationale des Groupements
d'Intérêt Économique - Pêche du
Sénégal), le CNPS (Collectif National des Pêcheurs du
Sénégal), le Comité de Pêche de Kayar, le GAIPES,
ont participé à l'initiative de création de nouvelles
Aires Marines Protégées au Sénégal.
16
Le processus de sélection des sites des Aires Marines
Protégées piloté par le WWF WAMER a été le
suivant :
- Une réunion organisée par la Direction des
Parcs Nationaux (DPN) regroupant des représentants des différents
acteurs travaillant dans les zones marines et côtières du
Sénégal (professionnel de la pêche artisanale et
industrielle, administration de la pêche, Direction des Parcs Nationaux,
Recherche, ONGs internationales et nationales, presse et Collectivités
Locales...) a été organisée pour identifier les objectifs
de création de nouvelles aires marines protégées et
répertorier tous les sites potentiels. Trente trois (33) sites ont
été répertoriés. Cette réunion est suivie
d'une recherche bibliographique pour établir une liste des objectifs et
des critères habituellement utilisés à travers le monde
pour sélectionner des sites d'Aires Marines Protégées
- Une deuxième réunion, a été
organisée par la DPN pour identifier dans la liste des objectifs et des
critères donnée par la synthèse bibliographique, ceux qui
sont pertinents pour le Sénégal. Au final, dix-huit
critères classés suivant leur nature en cinq groupes ont
été choisis (liste détaillée de tous les
critères en annexe) : critères sociaux, critères
économiques, critères liés à la recherche,
critères bioécologiques, critères liés à la
faisabilité. Ensuite ces critères ont été
classés en critères cruciaux (que l'Aire Marine
Protégée devait obligatoirement satisfaire) et en critères
secondaires. Le critère le plus important, et qui conditionnait tout,
était l'accord des populations locales pour la création d'une
Aire Marine Protégée. De la même manière, des
objectifs pertinents pour le Sénégal ont été
sélectionnés.
- Lors d'une troisième réunion, les
critères et les objectifs choisis ont été croisés
avec les caractéristiques des trente-trois sites identifiés. Cet
exercice a permis d'éliminer plusieurs sites et de ne retenir que
onze.
- Le WWF, mandaté par les autres parties prenantes, a
rendu visite au Ministre de l'Environnement pour lui rendre compte des
résultats des trois réunions. Le Ministre a donné son
accord pour la création des Aires Marines Protégées et a
écrit au Directeur des Parcs Nationaux pour lui demander d'appuyer
très fortement l'initiative de création d'Aires Marines
Protégées. Ce soutien politique a été
déterminant dans le succès de l'initiative.
- Il a été demandé à un
sociologue, assisté d'un biologiste et d'un économiste du CRODT,
de traduire les critères retenus en un questionnaire permettant de
recueillir les informations sur le terrain notamment au niveau des onze sites
présélectionnés.
- Des équipes, constituées chacune d'un
biologiste, d'un sociologue et d'un agent de l'administration, ont
été envoyées sur le terrain pour recueillir les
informations relatives aux critères de sélection. La collecte des
informations s'est faite lors de réunions regroupant des
représentants de tous les acteurs du site mais également en
consultant la bibliographie et en discutant avec les experts en science de la
nature (biologiste, environnementaliste, océanographe, écologiste
etc.) et en science humaine (socio-économiste...).
- Une fois les informations recueillies, une réunion
regroupant des représentants des structures (citées en dessus)
travaillant sur la zone marine et côtière du Sénégal
a été organisée pour faire le choix définitif des
sites. Un tableau à deux entrées (critères cruciaux et
sites) a été construit. Pour chaque critère, en tenant
compte des
17
informations recueillies, il était demandé aux
experts qui ont effectué les travaux de terrain de donner une note
allant de 0 à 5. Le total de tous les points a été
calculé pour chaque site. Les quatre sites qui avaient le plus grand
score ont été choisis. Il s'agit de Saint-Louis, Kayar,
Joal-Fadiouth et Abéné.
Tableau 1. Classement des sites selon les critères
cruciaux
CRITÈRES CRUCIAUX
|
NOMBRE DE POINTS OBTENUS
|
KL
|
AB
|
FA
|
ND
|
MB
|
JL
|
MD
|
LC
|
LT
|
KA
|
SL
|
Importance économique nationale/internationale
|
3
|
4
|
3
|
1
|
5
|
4
|
3
|
3
|
3
|
5
|
4
|
Maintien des méthodes traditionnelles d'exploitation
ressources
|
2
|
4
|
2
|
2
|
1
|
4
|
3
|
4
|
0
|
4
|
3
|
Existences
d'organisations locales
|
2
|
3
|
3
|
0
|
4
|
4
|
2
|
4
|
1
|
5
|
4
|
Valeur culturelle
|
5
|
4
|
2
|
5
|
2
|
5
|
2
|
1
|
1
|
3
|
4
|
Valeur éducative
|
4
|
4
|
2
|
4
|
4
|
4
|
2
|
5
|
2
|
5
|
4
|
Appui des populations locales
|
2
|
4
|
4
|
3
|
3
|
5
|
3
|
5
|
4
|
5
|
5
|
Appui des autorités
|
5
|
4
|
5
|
4
|
4
|
5
|
4
|
5
|
3
|
5
|
5
|
Compatibilité avec les systèmes d'exploitation en
place
|
5
|
4
|
3
|
5
|
2
|
5
|
5
|
5
|
4
|
5
|
3
|
Importance écologique nationale/internationale/ mondial
|
5
|
4
|
4
|
3
|
4
|
4
|
4
|
4
|
2
|
5
|
4
|
Présence d'habitats vulnérables
|
4
|
3
|
3
|
2
|
5
|
5
|
5
|
3
|
4
|
5
|
3
|
Présence d'espèces ou de populations
d'intérêt particulier
|
4
|
4
|
4
|
3
|
3
|
4
|
4
|
3
|
2
|
5
|
4
|
Importance dans le fonctionnement et le lien des
écosystèmes
|
4
|
4
|
4
|
2
|
4
|
5
|
4
|
3
|
3
|
5
|
5
|
Total score
|
45
|
46
|
39
|
34
|
41
|
54
|
41
|
45
|
29
|
57
|
48
|
Rang
|
5 ex
|
4
|
9
|
10
|
7e x
|
2
|
7 ex
|
5e x
|
11
|
1
|
3
|
Source : WWF(2005)
KL : Kalissaye AB : Abéné FA :Fambine MB : Mbour MD
: Mbodiéne JL :Joal
LO : Lac Ouye LT : Lagune de Toubab Dialaw Ka : Kayar SL :
Saint-Louis
18
- Une fois les sites sélectionnés, des missions
de terrain ont été organisées par la DPN pour informer les
populations des sites choisis et leur demander de confirmer leur volonté
de créer des AMP.
- A Saint-Louis, les organisations professionnelles (Section
locale du CNPS, Mouvement des Jeunes Pêcheurs de Saint-Louis (MJP/SL),
Union des Pêcheurs Artisanaux de Guet-Ndar (UPAG), Section locale du
Syndicat National des Pêcheurs Maritimes du Sénégal (SNPMS)
et de la FENAGIE pêche, GIE des quais de pêche de Saint-Louis,
Association des femmes transformatrices de Saint-Louis etc.), l'Administration
des pêches, la DPN, les autorités coutumières et
administratives, ONGs, Recherche, et Collectivités locales ( Conseil
Régional et Municipal de Saint-Louis, Conseil Rural de Gandon) ont sur
l'initiative de la DPN appuyée par le WWF, tenu une réunion pour
confirmer leur adhésion au projet de création sur la partie de
l'océan atlantique qui fait face à Saint-Louis.
Le processus ainsi décrit traduit la volonté des
autorités à appliquer une approche globalement participative.
Cependant, il y a fort à parier qu'en organisant de telles rencontres
(pour mettre tout le monde autour de la même table) on ne favorise pas
l'expression de ceux qui sont socialement les moins favorisés (les
populations à la base). Cette démarche n'aide pas les
professionnels de la pêche (ceux qui vont en mer et tirent sur le filet
...) à construire et à exprimer leur point de vue qui est
fondamental pour la viabilité des AMP. Nous pensons que des diagnostics
participatifs préalablement menés dans les régions de
pêche situées sur le littoral, auraient eu plus de chance de faire
participer les populations. Cela aurait permis de mieux appréhender les
préoccupations des populations, pour en tenir compte dans la prise des
décisions. D'après DARRE, JP8 (2006): « il ne
peut y avoir un partage réel de l'initiative sans accord explicite sur
le but poursuivi »
2.1.1 La délimitation de l'AMP de Saint-Louis sur un
espace de pêche déjà trop étroit
Le choix des sites est un préalable à la
délimitation de l'espace physique devant faire l'objet d'une protection.
La réunion fut l'occasion pour les acteurs locaux d'émettre des
propositions quant au site à retenir. La zone de Praia, l'embouchure
(ancienne embouchure) et ses environs (zone à fort potentiel crevettier)
ont été proposées. A Saint-Louis, il a été
retenu que le choix définitif de l'emplacement de la future AMP allait
se faire donc après une localisation plus précise des sites
proposés et une comparaison des avantages offerts par chacun d'eux au
regard des objectifs visés par la création d'une AMP. Sur demande
de la DPN, la mission de délimitation a été menée
sous la direction du Service Régional des pêches qui s'est
appuyée sur l'expertise constituée par les pêcheurs de
Guet-Ndar. Quelques arguments ont guidé la volonté de la mission
à positionner l'AMP entre le canal de délestage ouvert en 2003
sur la Langue de Barbarie et l'ancienne embouchure du fleuve
Sénégal.
- D'abord il y'a la proximité des deux embouchures qui
constituent des zones de forte affluence pour les poissons qui se reproduisent
dans l'estuaire. C'est un milieu où selon les pêcheurs la
présence de la crevette (sources alimentaire des
8 Jean-Pierre DARRE, 1986 : Aider les producteurs à
résoudre leurs problèmes / Documents de cours : formation master
ADR-CNEARC . 115p
espèces démersales côtières) est
quasi permanente, donc, il serait potentiellement propice à la
fréquentation des espèces fonds.
- Ensuite le site est non juxtaposé aux quartiers
pêcheurs et englobe la brèche devenue le passage le plus
emprunté par les pirogues pour éviter la barre au niveau de
Saint-Louis. Il fallait mettre l'AMP aussi loin au sud de Guet-Ndar sans
empiéter sur la région de Louga pour éviter aux
pêcheurs un accès difficile à la mer dans l'espace bordant
les habitations. Qui plus est, la marge de manoeuvre est limitée
côté nord par la proximité de la frontière avec la
Mauritanie (2à 3km au nord de Guet Ndar).
- Enfin, il restait à raisonner la taille, et
définir une superficie dont la surveillance ne présenterait pas
de contraintes difficiles à lever en termes de moyens matériels
et de ressources humaines à mobiliser. L'AMP de Saint-Louis est tout de
même avec ces 496 Km2 la plus grande de toutes celles
créées au Sénégal. En effet selon P S
DIOUF9 , les pêcheurs de Saint-Louis
recherchent des moyens pour lutter contre la concurrence des chalutiers qui
violent leur espace de pêche et l'AMP leur semble être un frein
supplémentaire à leur intrusion. C'est pour cette raison qu'ils
ont la plus grande AMP.
19
9 In le soleil No11196 du 22-09-2007. P 8

Mobilisation des acteurs (Association et
groupement de pêcheurs)
nitiative de création d'AMP
Choix des sites d'AMP
Délimitation des AMP
Zonage participatif
État
.1.2 (D PN, DPM)
ONGs (WWF, Wetlands International,
Océanium, UICN) et
Recherche
(CRODT, UCAD...)
Collectivités
locales (commune et conseil Régional)
Pilotage ilotage
Expertise conservation
Définition des critères de choix
Validation
Expertise gestion
Validation
Élaboration de Plan d'Aménagement et
de Gestion
Évaluation des plans et réorientations
éventuelles
Comité de gestion
Indicateurs de suivi d'efficacité
Maître d'ouvrage
2003
Enquêtes exploratoires
Information, sensibilisation
Décret de création
Nov 2004
2007-2008
Accompagnement du plan de gestion
20
Figure 4. Processus d'implantation des AMP au
Sénégal
21
2.2 CADRE LÉGAL NATIONAL : LES INSTRUMENTS
JURIDIQUES APPLICABLES
SENAGROSOL-CONSULT (2007) dans son rapport bilan diagnostic
réalisé sur l'AMP de kayar10 est amplement revenu sur
les lois, décrets et arrêtés relatifs à la gestion
du milieu marin au Sénégal. Pour analyser l'environnement
juridique dans lequel s'insère l'AMP de Saint-Louis nous nous
intéressons particulièrement ici au régime juridique du
Domaine Public Maritime et au régime juridique de la pêche
maritime
2.2.1 Le régime juridique du Domaine Public
Maritime
La loi 76-66 du 02 Juillet 1976 portant Code du domaine de
l'État définit le statut juridique de la zone géographique
érigée en AMP en inscrivant dans les composantes du domaine
public naturel la mer territoriale (art 5a), soit 200 miles (370 km) à
partir des lignes de base : c'est le domaine maritime, imprescriptible et
inaliénable de par sa nature. Le code du domaine de l'État
dispose dans son article 20 alinéa 1 que « Nul ne peut sans
autorisation délivrée par l'autorité compétente,
occuper ou exploiter une dépendance du domaine public ou l'utiliser dans
les limites excédant le droit d'usage qui appartient à tous sur
les parties de ce domaine affecté au public ».
2.2.2 Le régime juridique de la pêche
maritime
Intégralement située dans l'espace maritime
l'AMP de Saint-Louis abrite des pêcheries traditionnelles. Il y'a lieu
ainsi d'intégrer le régime juridique de la pêche maritime
(surtout artisanale) à la définition des règles de gestion
de l'AMP.
L'instrument principal en matière de
réglementation de la pêche maritime est le code de la pêche
maritime. Le code dispose qu'il s'applique à toutes les activités
de pêche qui s'exercent dans les eaux maritimes sous juridiction
sénégalaise. Le décret 98-498 fixant les modalités
de la loi portant Code de la pêche maritime, complète et
précise ce dispositif juridique, notamment son chapitre 4
intitulé « Mesures de conservation » qui
détaille les engins de pêche autorisés et le maillage des
filets, la taille et le poids minima des espèces capturables et les
zones réservées exclusivement à la pêche artisanale.
Ces règles visent la préservation de la biodiversité
marine, de l'équilibre des stocks et la gestion durable des ressources
halieutiques. L'article 30 du décret interdit l'usage et la
détention « à bord des embarcations de pêche des
filets maillants fabriqués à partir d'éléments
monofilaments ou multimonofilaments en nylon »
2.3 LE CADRE INSTITUTIONNEL
Le Ministère de l'Environnement et de la Protection de
la Nature et le Ministère de l'Économie Maritime sont les
principales institutions publiques impliquées dans le processus de
création et de gestion des AMP. Au niveau de l'AMP de Saint-Louis ils
sont respectivement représentés par la DPN à travers le
Conservateur (autorité administrative) et
10 SENAGROSOL-CONSULT (cabinet d'études). «
Elaboration d'un plan d'aménagement et de gestion de l'AMP de Cayar :
Rapport bilan diagnostic ». pp 22
22
son équipe et la DPSP à travers l'agent de
Service Régional des Pêches et de la Surveillance Maritime (SRPSM)
membres du Comité de Gestion.
Les ministères chargés de l'environnement et de
la pêche définissent les grandes orientations du processus sur la
base des politiques nationales en matière de conservation de
l'environnement et de développement socioéconomique. Ils ont
également autorité à décider au final, de
l'adoption ou non des mesures préconisées à l'issue dudit
processus, SARR O (2005). Pour la mise en oeuvre de l'AMP de Saint-Louis, ces
institutions collaborent avec le WWF WAMER qui apporte un appui technique et
financier grâce à son Programme Aire Marine
Protégée. Cela implique également une bonne implication
communautaire
2.3.1 Les organes de gestion de l'AMP de Saint-Louis
Pour la définition et la mise en oeuvre de
règles de gestion concertées de l'AMP, il a été mis
sur pied à Saint-Louis deux organes de gestion : l'Assemblée
Générale (AG) et le Comité de Gestion (CG). Il est bon de
rappeler ici que les travaux de ces organes se font sous le contrôle et
la direction du Conservateur.
Comme nous l'avons cité dès le départ,
les populations associées au processus, la commune et les
autorités gouvernementales ont souhaité que le processus
aboutisse à la création d'une AMP s'appuyant sur un régime
de cogestion, dans lequel plusieurs parties prenantes sont associées
à un degré important aux activités de gestion.
De fait, le décret de création de l'AMP de Saint
Louis repose en majeure partie sur les propositions des populations locales en
termes de délimitation et d'objectifs de gestion. Le bon fonctionnement
de l'AMP est aussi en grande partie placé sous leur
responsabilité.
Par ailleurs, La mise en oeuvre du plan de gestion
s'effectuera en partenariat avec un certain nombre de structures qui ont
déjà été associées à sa phase de
formulation. Il s'agit notamment de structures étatiques (telles que le
conservateur, qui assurera la maîtrise d'oeuvre du plan autour du noyau,
la Direction des Parcs Nationaux, l'Inspection Départementale des
Pêches Maritimes, les services décentralisés des Eaux et
Forêts), d'établissements scientifiques (comme le Laboratoire
d'Enseignement et de Recherche en Géomatique, le Centre de Recherches
Océanographiques de Dakar-Thiaroye qui seront responsables des
activités de suivi de la dynamique des écosystèmes et de
l'ichtyofaune), d'organisations internationales (comme le WWF WAMER, etc. ) et
d'organisations locales (associations de conservation de l'environnement,
organisations professionnelles, GIE, etc.).
2.3.1.1 L'Assemblée Générale
D'après SOUMARE A (2007) l'Assemblée
Générale (AG) est l'organe suprême du système de
gestion participative des espaces et ressources naturelles de l'AMP. C'est
l'instance qui défend les intérêts de l'AMP vis
à vis des autorités et des utilisateurs extérieurs,
qui réfléchi et décide sur les questions qui
dépassent les intérêts propres des populations, incluant
ainsi les projets d'investissement communs. Il adopte des politiques qui
sauvegardent les intérêts collectifs des parties prenantes et
prend des décisions sur des questions non résolues au niveau des
autres instances de décision.
Elle est composée des structures qui ont
été associées à la formulation du plan de gestion.
L'AG se réunit ordinairement une fois par an. Le quorum est
constitué par la majorité absolue des membres. Les
décisions sont prises, si possible par consensus, et en cas
d'impossibilité de l'obtenir, par la majorité des membres
présents.
23
2.3.1.2 Le comité de gestion
Le Comité de Gestion est l'organe exécutif du
système et la principale instance de décision de l'AMP. C'est en
son sein que sont débattues et «affinées» les questions
importantes inhérentes au processus de gestion participative de l'AMP,
comme la surveillance, l'application de sanctions... C'est aussi cet organe qui
analyse les propositions d'initiatives de développement durable
associées au processus de cogestion qui seront soumises à l'AG.
Pour cela, c'est à ce niveau que doit être réalisé
le plus gros investissement afin de renforcer les capacités de ses
membres, afin de garantir la pérennité du système.
Le Comité de Gestion travaille en association avec tous
les acteurs présents dans l'AMP. Il crée les conditions de la
démarche intégrée en constituant un lieu d'échange,
d'information et de réflexion sur les problématiques de l'AMP et
l'évolution de l'environnement marin.
Entre autres compétences (e CG a mandat
:
- Réalisation du zonage participatif de l'AMP
- Définition des engins de pêche devant être
utilisés dans l'AMP
- Gestion des conflits entre les différents groupes
socioprofessionnels
- Élaboration, adoption et application du règlement
intérieur consensuel fixant les
conditions d'accès aux ressources
- Responsable de la gestion quotidienne de l'AMP
- Évaluation de l'efficacité des mesures de gestion
proposées
- Approbation et suivi des contrats de gestion entre les
différentes parties prenantes
et les services de conservation
- Élaboration du Plan de
Travail Annuel (PTA)
Pour le traitement sectoriel de toutes ces questions, l'AMP
s'est dotée de manière consensuelle d'un bureau exécutif
et de commissions techniques réparties comme suit : un comité de
règlement des conflits, un comité de surveillance et un
comité de communication.
2.3.1.2.1 Le fonctionnement
Le Comité de Gestion tient une session bimestrielle au
cours de laquelle il évalue les activités du bureau et planifie
les activités du bimestre suivant. Son quorum est constitué par
la majorité de ses membres et les décisions sont prises dans la
mesure du possible, par consensus. Faute de consensus, les décisions
doivent être prises à la majorité des membres
présents. Il peut aussi se réunir en session extraordinaire sur
convocation de son bureau ou par les 2/3 des membres de droit. Sont
représentés dans le comité de gestion les parties
prenantes qui sont impliqués directement dans la gestion et
l'exploitation des ressources de l'AMP. Le Président du Comité de
Gestion en rapport avec le conservateur peut inviter toute personne en raison
de ses compétences ou de toute autre utilité pour le
Comité de Gestion de l'AMP à participer à titre
d'observateur.
2.3.1.2.2 Le bureau
Il est l'aboutissement d'un processus de concertation et de
dialogue amorcé, pendant une longue période, par les
gestionnaires de l'AMP et les différentes parties prenantes avec l'appui
du WWF WAMER.
Il a deux principales missions : l'exécution des
décisions et résolutions du Comité de Gestion et la
supervision des activités des différentes commissions
24
Le bureau est composé d'un Président, d'un Vice-
Président, d'un Secrétaire général, d'un
trésorier et d'un commissaire aux comptes (comptable de l'AMP.
L'élection du bureau se fait au cours de la session
ordinaire du Comité de Gestion, et il a un mandat d'un an renouvelable.
Ses membres sont élus parmi les représentants des parties
prenantes directes de l'AMP par consensus d'abord ou par scrutin. Il se
réunit sur convocation de son Président ou sur la demande de la
moitié de ses membres suivant un ordre du jour prédéfini.
Il bureau peut délibérer en présence de la moitié
de ses membres et les décisions sont prises à la majorité
simple des membres présents et votants.
Le fonctionnement du bureau va être assuré par un
fonds de roulements (Fonds d'Appui et de Promotion) de l'AMP.
Ce fonds doit être alimenté par les activités
génératrices de revenus, les dons, les legs et les subventions.
Il est géré par le bureau du Comité de Gestion sous le
contrôle du conservateur.
25
Figure 5. Processus Institutionnel de gestion
participative
Comité de Gestion
. Organisation de base
. Notabilité locales
. Organismes socioprofessionnelles . Services techniques de
l'État

. Institutions de recherche
. Cabinets d'étude . Universitaires . Personnes
ressources
Comité scientifique
Service Régional des
Pêches Maritimes
Ministère chargé de la
pêche
Ministère chargé de
l'Environnement
Direction des Parcs Nationaux
FORMULATION D'UN PLAN DE GESTION
DE L'AMP DE St-LOUIS
Assemblée Générale
. Organisations professionnelles . Représentants
d'élus locaux
. Service techniques de l'État
. ONGs , bailleurs...
Programme Aires Marine
Protégées
L'ONG WWF
Source : Modifié de Dia ( 2003) ,Sarr (2005)
26
27
3 LA DÉMARCHE MÉTHODOLOGIQUE
Le thème de cette étude a été
proposé par le WWF-WAMER dans le cadre de son Programme Aires Marines
Protégées. Le travail réalisé est une contribution
à l'élaboration d'un Plan d'Aménagement et de Gestion de
l'Aire Marine Protégée de Saint-Louis. En effet, le Plan de
Gestion est une étape décisive dans le processus de mise en
oeuvre de mise en oeuvre des AMP.
3.1 LA DEMANDE INITIALE : UNE DEMANDE AUX OBJECTIFS
LARGES
Les objectifs de l'étude ont été
définis avec le chargé de programme AMP de WWF WAMER afin
d'assurer la meilleure complémentarité possible avec les
études déjà réalisées et d'apporter des
informations essentielles pour l'élaboration du premier plan de gestion
pour l'AMP de St-Louis.
Tels que formulés dans la demande (très large),
il s'agit de produire un document identifiant les enjeux de gestion, le zonage,
les activités et mesures d'accompagnement requises pour l'aire marine
protégé de Saint Louis par :
- une définition claire des objectifs de l'AMP
- une délimitation précise de l'aire
- un zonage spatial et temporel
- les types d'usages des ressources naturelles
- l'analyse des contraintes et opportunités pour les
activités possibles au sein de l'AMP
- l'analyse des menaces pour la conservation et la gestion de
l'aire
- évaluation des besoins financiers, humains et logistique
nécessaire à la gestion. Cela
inclut
· le staff nécessaire (comité de gestion)
· l'équipement et facilités
nécessaires
· le besoin en formation et renforcement de
capacités
· le budget
· la surveillance, le suivi
· la restauration
· les mécanismes pour faire respecter les
règles édictées
· le système de suivi - évaluation
3.2 OBJECTIFS SPÉCIFIQUES : DES OBJECTIFS
RECENTRÉS DANS LE CADRE DU MÉMOIRE.
Cette demande a été recentrée sur les
objectifs suivants
- Faire une analyse descriptive du milieu biophysique,
connaître sa composition (éléments physiques et ressources
biologiques) et identifier les zones sensibles, les ressources
vulnérables et les signes d'épuisement, pour éclairer,
identifier, définir et caractériser avec précision ce
qu'il faut protéger et conserver comme ressources
- Identifier clairement les acteurs impliqués dans la
gestion de l'AMP, les modes d'exploitation et les types d'usages des ressources
disponibles et leur impact sur la préservation de la
biodiversité.
28
- Définir les activités qui concilient
conservation des ressources marines et amélioration des conditions de
vie (financières, environnementales...) des populations susceptibles
d'êtres menées dans l'
AMP.et faire des propositions de mesures
à prendre pour une gestion participative de l'AMP
3.3 OBJET DU MÉMOIRE
Ce recentrage nous a amené à reformuler de
façon suivante l'objet du mémoire : « Considérant que
les activités de pêche et associées existent et sont
fondamentales pour les populations locales, comment élaborer avec les
différentes parties prenantes des règles de gestion de
l'écosystème marin qui répondront aux objectifs (ou
exigences) de la préservation et de la régénération
des ressources halieutiques et en même temps permettront la poursuite
(raisonnée et réglementée) des activités de
pêche ? »
Selon DARRE, JP (2006), « les bonnes intentions ne
suffisent pas, si elles ne sont pas traduites à la rigueur, à la
définition de principes d'action clairement
justifiés.»
En d'autres termes, comment élaborer de manière
concertée un plan de gestion efficace de l'Aire Marine
Protégée et le faire fonctionner de façon
participative?
3.4 HYPOTHÈSES DE L'ÉTUDE
La décision de création étant prise,
l'AMP étant créée, il faut maintenant créer le
dispositif qui permettra effectivement d'établir les règles
opérationnelles de « gestion ». Ce but repose sur des
hypothèses qui méritent d'être rappelées.
A- Le plan de gestion est un document indispensable pour asseoir
un bon fonctionnement de l'aire marine protégée.
Après avoir clairement identifié et
défini les objectifs de l'AMP, il faut se fixer des règles
d'usage, d'utilisation et de bonnes pratiques pour les atteindre.
B- l'AMP est bénéfique pour les pêcheurs. La
protection des zones de frai, de reproduction et de nurserie assure le
renouvellement des stocks dans l'AMP.
C- Les modes d'exploitation actuels des ressources
halieutiques présentent à Saint-Louis des risques réels de
dégradation de l'écosystème marin, mais ils ne constituent
ni la seule menace pour la ressource ni les seuls facteurs de risques
écologiques sur la zone.
3.5 BUT DE L'ÉTUDE :
Le but de l'étude est d'abord d'explorer comment les
différentes parties prenantes de cette zone parlent de
l'écosystème marin et notamment de « ce qui ne marche plus
comme avant » et qui fait souci, et expriment les difficultés
auxquelles elles sont confrontées en matière de protection ou
d'exploitation de la ressource et ensuite de voir comment elles peuvent se
mettre ensemble pour apporter des solutions consensuelles.
3.6 LA DÉMARCHE
Dans la logique de ce qui précède, le travail
que nous avons réalisé et présenté dans ce document
ne prétend pas produire un plan de gestion. Celui-ci pour être
partagé et accepté par
29
le plus grand nombre devrait être le travail de
réflexion et d'élaboration participative sans doute appuyé
par des experts mais où les professionnels auront toute leur place. Il
s'agit donc d'une contribution pour d'une part mieux connaître les
parties prenantes de cette AMP et cerner leurs préoccupations au sujet
de la pêche et des menaces écologiques et d'autre part comprendre
comment s'imbriquent l'environnement naturel et les activités humaines
pour former un « éco-sociosystéme », Barrusseau P et al
(1997) pour proposer les moyens d'asseoir un dispositif concerté de
gestion participative. Pour cela, nous procéderons à
l'identification des principaux acteurs concernés par l'AMP de
Saint-Louis, au recueil des points de vue des uns et des autres, à
l'analyse des modes d'exploitation des ressources présentes dans l'AMP
(notamment les activités les plus destructrices de la ressource et du
milieu), à l'identification des facteurs de risques écologiques
après avoir décrit les principales composantes du milieu
biophysique.
Pour cela, nous nous sommes focalisés sur Guet-Ndar,
entretenus avec les pêcheurs locaux, mais aussi avec des personnes
ressources pour rassembler et analyser les données descriptives. Les
informations qui en résultent ne constituent pas seulement des
indicateurs quantitatifs sur la situation présente mais donnent aussi
des pistes de réflexion sur les mesures de conservation à
considérer dans le futur plan de gestion
La méthodologie de travail est basée sur des
entretiens avec les acteurs de l'AMP de Saint-Louis. Ils sont
complétés par une recherche documentaire. L'étude ainsi
réalisée peut être subdivisée en trois grandes
phases.
3.6.1 Phase exploratoire
Elle a duré 3 mois (janvier-avril). Elle a pour but de
faire le point sur l'état actuel des connaissances sur la mise en place
des aires marines protégées et de se faire un réseau de
personnes ressources. C'est donc d'une part une revue documentaires au niveau
des bibliothèques du Cnearc, de l'Engref et du Cirad et des entretiens
avec des personnes ressources spécialistes de la gestion du milieu
marin, des ressources naturelles et des questions environnementales,
susceptibles de nous apporter des informations sur les mode d'exploitation et
de gestion du milieu marin et de son environnement ou de nous orienter sur la
revue bibliographique.
En recherche bibliographique, plusieurs articles et revues ont
été visités particulièrement « Nature et
Ressources » (publications de l'Unesco) en plus des recherches faites
sur internet spécifiquement pour des informations
générales sur la création et la gestion des aires marines
à travers le monde. Au-delà des aires marines, la recherche
bibliographique s'est élargie sur les aires protégées
terrestres (parcs, réserves, forêts) pour croiser les informations
avec le peu recueilli sur les aires marines. Il faut souligner ici que la
politique des aires marines est récente et que les études
réalisées restent encore modestes. Se documenter sur d'autres
aires protégées permet ainsi d'avoir une vision panoramique de
leur fonctionnement et de la réglementation en vigueur et de voir ce qui
serait applicable à l'AMP de Saint-Louis.
En ce qui concerne le réseau de contacts, une liste a
été établie et des rendez-vous pris avec des personnes
ressources vivant dans la région Montpelliéraine. Deux entretiens
ont été réalisés avec Loic TREBAOL (consultant en
environnement et ressources des milieux aquatiques) qui nous a orientés
dans la recherche bibliographique, et dans la démarche
méthodologique à adopter. Des entretiens ont été
réalisés également avec Joël TARAUD (ingénieur
du Gref et professeur à l'IRC).
30
Nous avons au cours de cette phase produit un projet de
mémoire que nous avons présenté devant un Jury avant de
nous rendre sur le terrain. Cette pré-soutenance nous a permis d'affiner
la problématique et le contexte de l'étude, de formuler les
premières hypothèses de travail et d'arrêter une
méthodologie.
3.6.2 La phase de terrain
Après la revue de la littérature
effectuée à Montpellier et qui s'est poursuivie sur le terrain,
nous nous sommes consacrés dés l'arrivée au
Sénégal en avril à la réalisation de
l'étude. Nous avons passé six mois à Saint-Louis notamment
auprès des pêcheurs de Guet-Ndar.
3.6.3 Prise de contact, pré enquêtes
compréhensive et poursuite de la bibliographie
Les deux jours passés au siège du WWF-WAMER pour
la prise de contact avec le personnel ont été l'occasion de
discuter avec le maître de stage des conditions (encadrement,
hébergement et appui logistique) de réalisation du stage. Les
deux premières semaines ont été consacrées à
l'approfondissement de la bibliographie. Nous sommes passés au CRODT
pour approfondir la documentation sur les études réalisées
dans le domaine de l'océanographie à Saint-Louis afin d'avoir des
données scientifiques sur le milieu biophysique et également pour
voir les études éventuellement menées sur les AMP, dans la
sous région notamment en Mauritanie et en Guinée Bissau. Les deux
pays ont une longue expérience des aires marines. Cela nous a permis
également de rencontrer et de nous entretenir avec des chercheurs
océanographes qui ont par la suite mis de la documentation à
notre disposition.
Il faut rappeler que l'administration des pêches et le
CRODT, disposent d'une quantité importante d'informations et de
données scientifiques sur les activités de pêche et sur
l'évolution de l'état des ressources et des habitats marins.
Beaucoup d'autres organismes et institutions ont eu également à
effectuer des travaux d'investigation, pas seulement sur des aspects
strictement liés aux pêcheries, mais aussi sur des thèmes
aussi variés que la sociologie, l'environnement ou la démographie
humaine.
3.6.4 Déroulement du stage
La première semaine à Saint-Louis a
coïncidé avec un voyage d'échange que le Comité de
Gestion (CG) de l'AMP de Saint-Louis devait effectuer à l'AMP de
Bamboung. Nous en avons profité pour faire le déplacement avec
eux à Bamboung. Cela nous a permis de voir comment l'AMP de Bamboung a
été montée et de nous présenter au membre CG de
Saint-Louis, de leur expliquer le but du stage et de solliciter leur soutien
pour faciliter notre intégration dans le milieu pêcheur. En effet
en se proposant de nous servir de guide pendant nos premières semaines
d'enquêtes et nous faisant visiter tous les mbar (lieux de
regroupements de pêcheurs de même catégorie
socioprofessionnelle) où se regroupent les pêcheurs, ils nous ont
fait connaître à tout le quartier ce qui a par la suite
facilité les contacts avec les pêcheur.
3.6.4.1 Présentation de
l'échantillon.
Pour atteindre les objectifs que nous nous sommes
fixés, nous avons réalisé des entretiens à
plusieurs niveaux. Nous nous sommes entretenus avec les responsables du WWF et
les chercheurs du CRODT pour capitaliser et trianguler les informations
recueillies sur le terrain. Les pêcheurs de Guet-Ndar représentent
plus de 95% des personnes interrogées à
31
Saint-Louis, le reste étant constitué de
personne ressource plus ou moins impliquées dans le processus de mise en
place de l'AMP.
A Guet-Ndar, la constitution de l'échantillon s'est
faite dans les premiers jours de notre arrivée sur la zone
d'étude. Le choix des informateurs est raisonné sur la base de
critères visant à la plus grande «
représentativité » des pêcheurs de Saint-Louis. Ainsi,
nous avons tenu à réaliser des entretiens dans tous les «
mbars ». Les pêcheurs en activité sont
généralement âgés de 20 à 40 ans. Nous
n'avons pas rencontré de pêcheurs de moins de 15 ans.
L'institution familiale pèse sur le jeune pêcheur qui n'a pas
droit à la parole. S'il est invité à parler, il
préfère se référer à son aîné,
à celui qui prend des décisions dans l'organisation sociale du
travail et dans la vie sociale. Ce sont les aînés des
pêcheurs (généralement les capitaines de pirogue) et les
pêcheurs en retraite active (pères de famille qui ne vont plus en
mer pratiquement et qui ont pu installer leurs enfants en assurant la direction
du travail) qui se prêtent volontiers aux entretiens. Certains «
pêcheurs ouvriers », actifs répondent favorablement à
l'entretien même s'ils allèguent un manque de temps et une
surcharge de travail qu'on leur cause. Nous avons également
enquêté tous les présidents d'organisations
socioprofessionnelles de Guet-Ndar de même que les autorités
administratives et coutumières du quartier (chefs de quartier et
personnes âgées)
Nous nous sommes aussi entretenus avec quelques chefs de
services régionaux (pêche, hydraulique, capitainerie du port), des
techniciens des pêches, et des chercheurs de l'Université de
Saint-Louis. Nous avons tout au long de ce stage travaillé et
collaboré avec le représentant local du CRODT et un ancien
responsable de la SAED qui a été dés le départ
impliqué dans le processus.
3.6.4.2 Recueil d'informations dans la zone
d'études
Pour mener cette étude, nous avons mis en pratique sur
le terrain une approche qui nous a été enseignée aux
CNEARC à savoir l'approche système. Jouve (1997) définit
le système comme «un ensemble d'éléments
liés entre eux par des relations lui conférant une organisation
en vue de remplir certaines fonctions». Ensuite, un système
étant constitué d'éléments en interaction
dynamique, l'étude de son fonctionnement s'appuie sur l'analyse des
relations entre ses différents éléments et celles qui le
lient à son environnement. Il s'agit ici donc de l'analyse
systémique qui permet une vision globale d'une situation et dont les
outils permettent de valoriser les "DIRES" et les PRATIQUES des
différents acteurs comme le révèlent les théories
sociologiques de RUAULT, C (2006) et DARRE JP (2006) qui permettent de
comprendre que les pratiques sont associées à des perceptions,
que la notion de point de vue est fondamentale dans une perspective de
construction concertée et de conduite d'actions collectives. Cette
démarche nous a permis de croiser les différents regards sur les
pratiques afin de les décrire, de voir les modalités de leur
exécution et de les évaluer car elles sont indissociables des
conceptions et des diversités des acteurs. C'est dire que comprendre les
pratiques des usagers, et leur position par rapport à l'AMP (les
facteurs qu'ils associent à la dégradation du milieu marin, leur
point de vue sur la mise en oeuvre de l'Aire Marine...), c'est comprendre le
sens qu'ils donnent à cet outil de gestion.
Le recueil d'information s'est fait principalement sur le mode
d'entretiens semi-directifs et sur la base d'un guide d'entretien
élaboré à Montpellier, modifié et adapté au
cours des
~~ RUAULT, C. (2006) : Nouveaux rôles de l'agent de
développement : production de connaissances et recherche co-active de
solutions en milieu paysan / Documents du cours et articles/Master ADR-Module
socle SO03. 63p
32
enquêtes tout au long du stage. Les enquêtes se
sont étendues sur une période de 5 mois et se sont
déroulées dans le quartier pêcheur de Guet-Ndar
3.6.4.3 Analyse du milieu
Cette partie est essentiellement bibliographique et repose sur
des travaux effectués surtout au CRODT et à la DNPM. L'espace
maritime de Saint-Louis a fait l'objet d'études qui pour les volets
hydrodynamiques, hydrologiques et conditions météorologiques ont
donné lieu à des synthèses que nous reprendrons en
essayant à chaque fois que nous le pouvons d'apporter des
éléments nouveaux et d'insister sur la zone abritant l'AMP
Des enquêtes qualitatives ont ensuite été
réalisées auprès des pêcheurs autochtones pour
compléter et approfondir les informations recueillies à l'aide de
la bibliographie et auprès d'océanographes. Nous avons
également exploité des cartes sédimentaires,
bathymétriques, circulation des courants etc.
Cette phase s'est déroulée sur deux semaines et a
abouti à la description des caractéristiques physiques de
l'AMP.
3.6.4.4 Analyse des ressources biologiques et des
modes
d'usages : des enquêtes qualitatives
Nous avons assisté au débarquement des pirogues,
observé toutes les espèces capturées en prenant des
photos, pour les identifier en nous entretenant avec les pêcheurs. Ces
enquêtes ont visé d'abord à connaître les
appellations vernaculaires, pour toutes les espèces
débarquées. Avec les noms vernaculaires, les noms scientifiques
sont facilement déterminés grâce à des
enquêtes spécifiques auprès des techniciens du service
régional des pêches. .Ainsi nous avons cherché à
connaître les caractéristiques intrinsèques de chaque
espèce en terme d'habitat, de reproduction, nursery, d'effectif et de
dynamique des populations (flux et période migratoire, abondance,
rareté...). Cette étape nous a ainsi permis de faire un premier
inventaire de la diversité biologique.
En effet, il est fondamental de connaître avec le plus
d'exactitude possible, le contenu de l'AMP en terme de diversité
d'espèces et d'habitats et, car il est essentiel que les gestionnaires
connaissent ce qu'ils gèrent et surtout les menaces qui pèsent
sur les ressources.
Ces enquêtes ont aussi concerné les
espèces non exploitées. La gestion des ressources ne se limitent
pas aux seules ressources exploitées et mises à terre par les
pêcheurs. Il y'a certainement plusieurs autres espèces dans les
pêcheries qui ont un rôle écologique aussi important que
n'importe quelle autre exploitée, dans le cadre du maintien des
équilibres naturels qui déterminent la productivité et la
vitalité des habitats.
Parallèlement, cette phase d'identification, des
recherches sur les populations de pêcheurs (identification des quartiers
de pêcheurs, groupes ethniques, statut social etc.) ont été
réalisées. Ce qui permet de mieux raisonner
l'échantillonnage et les critères (types d'engins, groupe
ethnique, niveau de vie, âge...)
Cette étape a abouti à une typologie des usagers
des ressources de l'AMP
33
3.6.4.5 Analyse du milieu humain
Cette phase a pour but d'étudier les modes
d'exploitation et d'analyser les facteurs anthropiques qui ont un impact sur
les ressources dans l'espace constitutif de l'AMP. Il s'agit essentiellement de
la pêche. Elle s'est déroulée en plusieurs
étapes.
> Des enquêtes qualitatives
essentiellement
Nous avons cherché à connaître pour chaque
catégorie de pêcheurs les différentes espèces
capturées, l'évolution des volumes dans le temps, les
espèces qui ont disparu, celles qui sont menacées de disparition
et celles qui au contraire prolifèrent pour avoir une idée des
menaces que représentent un type de pêche. Cela permet de faire
une première évaluation de l'état des ressources
(dégradation ou amélioration) et de mesurer l'importance de
l'AMP
Nous avons aussi cherché à connaître les
règles locales d'autorégulation ancienne et actuelle des
prélèvements opérés sur la ressource pour voir s'il
est possible de s'y appuyer pour définir des mesures de gestion de
l'AMP. Nous nous sommes intéressés aux réglementations en
vigueur dans le secteur de la pêche (code de la pêche...) pour
apprécier leur niveau de connaissance et d'application par les
populations. Sont-ils associés aux prises de décision en
matière d'aménagement et de gestion de leur espace de travail?
Enfin nous leur avons demandé de nous préciser les contraintes
auxquelles ils font face, nous donner leur opinion sur la création de
l'AMP, nous formuler des propositions de gestion participative de cet
espace.
Parallèlement à cette phase, des acteurs
institutionnels ont été identifiés (services techniques,
ONG et bailleurs) et leur avis a été recueilli d'abord sur
l'évolution du secteur de la pêche à Saint-Louis, ensuite,
sur les modes d'exploitation des ressources marines et leurs impacts sur
l'écosystème, et enfin sur la perception qu'ils ont de l'AMP et
des règles de gestion à proposer.
3.7 DIFFICULTÉS RENCONTRÉES
Cette expérience dans un milieu (pêcheur) qui
m'est peu familier a été jalonnée de difficultés au
niveau des entretiens.
La première difficulté a été mon
statut auprès des pêcheurs. Étant accueilli par une ONG
orientée sur l'environnement et sa protection, il était parfois
difficile d'accéder à la confiance des pêcheurs qui se
rétractent dés qu'on évoque le concept «
préservation ». Cette attitude a été surtout
manifeste chez les utilisateurs de filets dormants. Ils craignaient sans doute
que les informations collectées puissent être fournies dans le
projet de mise en oeuvre de l'AMP, de sorte à encourager le processus.
Le refus de certains pêcheurs de m'accorder un entretien au début
et vers la fin du stage a été peut-être quelque peu
influencé par cette situation. En effet, les premiers entretiens ont
été laborieux à de nombreux moments.
Qui plus est, il n'est pas toujours facile dans un tel
contexte de poser les bonnes questions et de se faire comprendre par son
interlocuteur. Les questions posées provoquaient des réponses
brèves et superficielles traduisant un refus de dialogue. Il est vrai
que le statut et l'engagement de l'enquêteur, se répercute sur
l'attitude de l'enquêté. Au fur et à mesure des entretiens,
les rapports ont été plus enrichissants par rapport à mes
recherches.
Une autre difficulté est la dérive de
l'entretien vers des thèmes imprévus (sollicitation d'appui
financier et matériel, problèmes politiques, accords
sénégalo-mauritaniens en
34
matières de pêches etc.). Même s'il est
intéressant que l'informateur donne des avis et des opinons
spontanés sur ces sujets, cela perturbe souvent le fil conducteur
prévu au départ.
La disponibilité des pêcheurs liée aux
exigences de leur activité a beaucoup ralenti le rythme auquel nous
souhaitions réaliser les entretiens. Nous avons souvent
été obligés de caler les entretiens dans un intervalle de
temps de 5 heures par jour (entre 13h et 18h), les pêcheurs étant
en mer ou sur les points de vente le reste du temps. Il faut se rendre compte
que les pêcheurs exercent un métier et qu'ils ont autre chose
à faire que de répondre à des questions qui leur semblent
parfois pléthoriques, difficiles et gênantes.
Malgré ces difficultés, le stage a eu un aspect
globalement positif, ne serait ce que par le simple fait d'avoir à les
affronter.
35
PARTIE II : INFORMATIONS
GÉNÉRALES SUR LA ZONE
36
37
4 PÊCHE ARTISANALE A SAINT-LOUIS, UNE
ACTIVITÉ
TRÈS ANCIENNE QUI A CONNU BIEN DES
ÉVOLUTIONS
Saint-Louis, est sur l'emplacement d'une ancienne lagune
transformée en estuaire lorsque le fleuve fut attiré vers le sud
après que le niveau de la mer fut abaissé au néolithique
jusqu'au 0 actuel (BRIGAUD et VAST 1987).
La pêche à St-louis est très ancienne. Au
début du siècle AGRUVEL décrivait ses activités en
ces termes « déjà en face de Guet Ndar et à environ 4
miles au large, par 35 à 20 mètres de profondeur on trouve des
plateaux rocheux sur lesquels les pêcheurs se rendent par beau temps et
où ils pêchent en très grande quantité parfois les
grandes dorades et les énormes fausses morues » (KANE 1985).

Les wolofs de Guet Ndar (Saint-Louis) forment avec les
Lébous du Cap et les Nyominka des îles du Saloum, les trois
communautés de pêcheurs les plus importantes du
Sénégal (M, KEBE, 1986). Aussi, dans cette étude nous
allons surtout nous intéresser à Guet-Ndar. Guet Ndar, le
quartier principal des pêcheurs est situé sur la Langue de
Barbarie et est symétrique par rapport au quartier sud de l'île.
La langue de barbarie est un cordon littoral large en moyenne de 200
mètres qui sépare le petit bras du fleuve Sénégal
de l'océan atlantique. Les quartiers de la Langue de Barbarie, Guet Ndar
et Ndar Toutt font partie des quartiers les plus anciens de St-louis.
Guet Ndar est devenu le premier centre actif de pêche
à Saint-Louis, même si tous les quartiers et villages de la Langue
de Barbarie sont pêcheurs de tradition. Certains se basant sur ce fait,
disent que Guet Ndar est dérivé de « guetti »,
terminologie wolof qui veut dire « aller à la pêche à
la ligne ». D'autres, étant donné la proximité de
l'océan, prétendent que ce nom vient de « gueth
» qui veut dire « Mer ». Mais il est sans doute
vraisemblable, et c'est l'opinion la plus répandue chez les
Guet-Ndariens, que le nom de leur quartier vient du wolof « guett
» qui veut dire « parc à bétails».
C'était là en effet que les Maures parquaient leurs animaux
(chameaux, vaches, ânes...) et les habitants des autres quartiers s'y
rendaient pour acheter du lait. Quoiqu'il en soit Guet Ndar reste un quartier
formé exclusivement de pêcheurs.
Figure 6. Vue aérienne de la Langue de Barbarie
(source : Google earth)
38
4.1 ÉVOLUTION DES ACTIVITÉS DE
PÊCHE
4.1.1 Des origines à la moitié du
20ème siècle
La pêche est une activité très ancienne
à Guet-Ndar. Déjà au 16e siècle, la
population se livrait à la pêche fluviale à l'aide de
pirogues rudimentaire (simple tronc d'arbre creusé à
l'intérieur et propulsé à l'aide d'une pagaie) avant leur
fixation définitive à Guet Ndar. Puis, le contact avec la
navigation européenne par le commerce et la colonisation ont
été à l'origine de diverses mutations techniques telles
que l'utilisation de la voile ou le renforcement des pirogues par des
bordées en planche, A Le SANN et Al (1986). Le poisson fait l'objet au
16e siècle d'un troc entre ces populations et les maures qui
donnent en contre partie des dattes et du sel, Y FALL (2003). La pêche
est associée à la cueillette périodique de coquillage
(l'espace étant trop exigu pour se prêter à
l'agriculture).
Le commerce et la navigation exigeaient, le contrôle des
voies de communication avec la fondation de Saint-Louis12. La
surveillance de la barre fut confiée aux habitants de Guet-Ndar. Le
passage de la barre de même que la pêche, le transport et la
navigation sur le fleuve, les dotèrent d'une bonne maîtrise de la
navigation et représentaient pour eux autant de sources de revenus,
KANE, M L (1985).
L'abondance du poisson dans le fleuve, la difficulté de
franchir la barre et, la saisonnalité de la pêche en mer,
n'incitaient pas les pêcheurs à entreprendre, la pêche sur
l'océan.
Dans un souci de sauvegarder les ressources du fleuve,
l'administration coloniale allait vers la fin du 18ème
siècle imposer une série de restrictions à la fois sur le
maillage (sennes de plage) et sur l'espace de pêche sur le fleuve A SENE
(1985). Il y a eu, parallèlement une régression du commerce suite
à la crise de la gomme arabique en 1850 (ATHE, 1991) marchandise
exclusive d'exportation à l'époque et une forte réduction
du trafic fluvial. Cette crise résulte des progrès de
synthèse chimique de produits de substitution de la gomme en Europe,
entraînant une diminution des activités de transport et de
navigation sur le fleuve.
Cette nouvelle donne a eu comme corollaire, la
dégradation des revenus des pêcheurs, victimes de la
législation coloniale (interdiction partielle de pêcher dans le
fleuve) et de la crise qui affecte le commerce européen et donc le
transport sur le fleuve. Les pêcheurs fluviaux vont donc s'orienter peu
à peu vers la mer à partir du 19e siècle
malgré les risques qu'ils encourent. Selon A. SENE (1985), cité
par I. ATHE (1991), au niveau de Guet-Ndar, l'orientation vers la mer
relève plus d'un choix socioéconomique forcé, que d'une
simple activité traditionnelle.
Par ailleurs, les difficultés de sortie en mer,
l'immobilisation prolongée des embarcations par suite de mauvais temps,
la durée courte des campagnes de pêche avec des sorties souvent
pauvres, sont des contraintes majeures à la survie des populations dont
l'activité était réduite à la pêche.
12 Saint-Louis, baptisée en hommage au Roi de France,
Louis IX, sous la régence de Louis XIV, a été
fondée en 1659 par Louis Caullier. Déjà en 1638, les
Français étaient présents à Saint-Louis (
www.saintlouisdusenegal.com)
39
4.1.2 De 1950 à nos jours
La principale alternative qui s'est offerte à
l'époque aux pêcheurs est l'émigration vers les centres de
pêches aux conditions naturelles moins hostiles avec des
débouchés commerciaux plus importants. Les migrants s'installent
d'abord à Kayar, ensuite vers le sud avant de sillonner toute l'Afrique
Occidentale Française. A la fin des années 50, 3000 des 5000
pêcheurs que compte le faubourg partent en migration loin de Saint-Louis
pendant plusieurs mois chaque année, Bernadel (1985) cité par
Athe (1985)
Depuis presqu'un demi siècle, Saint-Louis connaît
un déclin très sensible, résultant du transfert de la
capitale et du manque d'infrastructures modernes. La plupart des jeunes qui
arrivent sur le marché du travail sont contraints à
l'émigration vers Dakar. Seuls les quartiers de pêcheurs de la
Langue de Barbarie sont épargnés par ce déclin de
l'ancienne métropole. Très tôt les jeunes sont
initiés à la pêche qui va plus tard leur procurer
l'essentiel de leurs revenus. Les migrations qu'on y enregistre donc sont alors
de toute autre nature. Elles résultent de l'organisation de la
pêche. Elles sont saisonnières, pas définitives.
Au plan national, la pêche artisanale a connu bien des
évolutions depuis les années 50. Au début des
années 50, quelques industriels privés de transformation des
produits de la mer ont essayé avec beaucoup de difficultés de
s'implanter au Sénégal, fondant leurs espoirs sur la seule
production artisanale, KANE, M.L (1985). A cette époque, les
pêcheurs artisanaux pêchaient peu au regard de la demande
(capacité de traitement) des industries privées de
transformation. Ils pêchaient surtout avec modération pour
l'autoconsommation, l'approvisionnement en frais du marché local et ne
raisonnaient pas leurs pratiques pour livrer de grosses quantités
à l'industrie à une période où celle-ci a besoin
d'une production en quantité et d'une régularité des
apports pour atteindre sa capacité optimale de production. Il fallait
donc inciter les pêcheurs à intensifier leurs efforts de
pêche et à accroître les captures au risque de modifier les
équilibres des populations halieutiques, sans se soucier du fait que
cela pouvait déboucher sur la baisse de productivité du milieu
marin.
Un projet de « modernisation de la pêche » est
engagé par les services des pêches en 1951 (Service Technique des
Pêches créé en 1951 au sein du service de
l'élevage). Son premier objectif est la motorisation des pirogues. Il
faut augmenter les captures, produire davantage afin d'augmenter le rendement
des industries de la pêche dont l'approvisionnement est en
deçà des capacités. C'est ainsi que des moteurs sont
proposés aux pêcheurs des points traditionnels de grande
pêche (Guet Ndar, Cayar, Mbour, Joal) à crédit voire
subventionnés. Il faut souligner qu'à cette époque, le
Sénégal est encore une colonie et que la métropole, la
France est en reconstruction au sortir de la 2ème guerre
mondiale. C'est la période de l'intensification et de l'augmentation de
la production sans se préoccuper des conséquences
bioécologiques à long terme (les ressources de la mer
paraissaient alors inépuisables). En effet cet élan de
motorisation a connu son apogée dans les années 70 avec la mise
en oeuvre d'une politique nationale de diffusion du moteur hors bord dans le
secteur de la pêche artisanale sénégalaise. C'est ainsi
qu'en 1972, fut créé un service dénommé «
Centre d'Assistance à la Motorisation des Pirogues » (CAMP) dont
une des missions était de promouvoir à l'échelle nationale
la motorisation de la pêche artisanale. Cette mission a elle-même
été facilitée au niveau national par la diffusion et
l'adoption très large en 1973 et 1974 de la pêche à la
senne tournante et coulissante dont la pratique nécessite l'usage de
pirogues motorisées de grande taille Chauveau et Samba(1989) Laloë
et Samba (1990) cités par O. SARR (1985).
A Saint-Louis, l'introduction de moteur hors-bord à
date de 1952. C'est un moteur de 7 cv qu'un Français du nom de Jacques
ARNOUX, directeur de l'océanographie à l'époque a
40
voulu tester. Par la suite, une compagnie française
(Nosoco (nouvelle société de commercialisation)) s'est
chargée de la commercialisation.
Des coopératives vont prendre le relais de Nosoco dans
la distribution, alors que les pêcheurs ont commencé à
montrer un intérêt manifeste pour les moteurs. C'est le cas de la
Coopmer (Coopérative d'apport et de distribution des produits de la mer)
formée en 1952 par un groupe de pêcheurs constitué par des
anciens combattants de la guerre de 39- 45.
En somme, les travailleurs de la mer sont dans un processus de
modernisation de l'armement en dépit du poids des traditions qui
s'effritent d'ailleurs au contact des lois de l'économie marchande dans
laquelle se sont insérés les pêcheurs de Guet Ndar.
Aujourd'hui on est en présence d'un parc piroguier presque
entièrement motorisé.
La disparition de la plupart des coopératives
(actuellement, une seule coopérative active a été
recensée au niveau de Guet Ndar), suite à une mauvaise gestion
traduit le manque d'organisation des pêcheurs et rend l'accès au
crédit équipement de plus en plus difficile. Ce manque
d'organisation touche également le secteur de la commercialisation des
produits de la pêche, ce qui laisse les pêcheurs tributaires des
lois du marché.
4.2 ORGANISATION SOCIALE ET ÉVOLUTION
La base sociale d'organisation de la pêche
piroguière à Guet-Ndar est la famille. Des changements profonds
sont notés dans sa structure et dans sa base économique.
Autrefois, les relations étaient de type
matrilinéaire. La femme mariée reste dans le domicile de ses
parents. Les enfants issus des unions sont pris en charge à la fois par
le père et l'oncle maternel qui assure l'éducation et la
formation. Ce sont généralement des unions à
l'intérieur d'une même famille qui sont scellées (les
conjoints appartiennent à la même famille, ont les mêmes
ascendants et vivent souvent dans la même concession). Ceci explique sans
doute le fait que le père ne s'oppose pas à la forte implication
des oncles maternels dans la vie des enfants. Selon leur nombre, et le capital
disponible (nombre de pirogues), les enfants sont répartis sous le
contrôle du père entre les oncles, ou réunis sous la
direction de l'aîné des oncles. Ils représentent ainsi une
force de travail assez importante dans l'économie domestique.
Cette organisation à caractère
matrilinéaire, tourne autour de deux pôles, à savoir, la
direction du processus de production assurée par l'aîné des
oncles maternels et l'écoulement du produit, sous la
responsabilité de l'aînée des soeurs du pêcheur.
Plus tard, la quasi monétarisation des produits de la
pêche par le passage d'une pluriactivité à une
activité unique basée sur la pêche maritime, comme seule
source de revenus allait déstructurer l'économie domestique (semi
marchande) et créer les conditions d'une contestation de la distribution
de la force de travail familiale. Cela secoue les fondements de la famille
élargie. Il se produit ainsi, l'émergence et la multiplication
d'unités familiales restreintes, réduisant du coup
l'autorité de l'oncle maternel tout en consolidant les
prétentions du père sur les enfants
La poussée de la production vers l'économie de
marché est accélérée par la motorisation qui permet
à la pêche d'élargir le rayon d'action. Il s'y ajoute la
mise en place après la colonisation d'un réseau routier et
ferroviaire facilitant grandement l'approvisionnement de marchés
éloignés des côtes, et grâce à l'augmentation
de la demande potentielle par le marché colonial. D'une famille
matrilinéaire à une famille patriarcale, on va respectivement,
d'une économie à vocation domestique à une économie
de marché. Dés lors, d'activité domestique
41
de subsistance, la pêche devient progressivement une
activité lucrative à caractère commercial.
Les changements, s'observent aussi dans le mode de
répartition du gain. Alors que dans la production communautaire, la
notion de part est ignorée (les besoins du pêcheur sont pris en
charge par la communauté, à laquelle il appartient) dans la
production marchande, la répartition à la part impose la
valorisation du produit sur le marché avant toute
rémunération du travail. Donc des rapports marchands semblent
s'intégrer dans les relations familiales. Le fonctionnement domestique
et autonome du travail par l'encadrement familial, perd consistance à
mesure que la production est noyée dans la logique du marché.
Cependant, les changements qui s'opèrent dans les rapports
économiques ne sont pas aussi spectaculaires au niveau des relations
sociales.
Les lois dans la structure sociale, la hiérarchie des
pouvoirs dans la famille, restent presque identiques dans la production
marchande. Les rapports familiaux relèvent toujours des relations
d'aîné à cadet propre à la logique de la
communauté domestique.
Selon ATHE (1991), les rapports de travail fondés sur
les liens d'aîné à cadet sont les seuls susceptibles de
permettre la poursuite d'une activité familiale orientée vers une
production de marché dans le contexte actuel de la pêche
piroguière. La rentabilité économique de la pêche
piroguière, fut-elle une économie de marché, suppose
souvent l'appropriation du travail des enfants par le chef de famille.
Les pêcheurs appartiennent à un équipage
composé de frères, souvent de proches parents. Ils vivent dans
une situation d'interdépendance et assurent tous les besoins en commun.
De ce fait, les risques d'éclatement sont minimes d'autant que celui qui
a la prétention de se séparer du groupe doit, de toute
façon, soit s'intégrer dans un autre groupe, soit en créer
un lui-même.
L'oncle maternel et la soeur du pêcheur étant
exclus du cercle familial restreint, l'épouse a acquis une position
privilégiée. Grâce à son pouvoir économique,
résultant des activités de transformation et de commerce, elle
participe à la couverture des dépenses vestimentaires et
alimentaires du ménage.
Si la famille organise de manière autonome, les
systèmes de production de pêche à la ligne et aux filets
dormants, elle est de plus en plus secondée dans sa tâche pour ce
qui est de la senne tournante par une armée de travailleurs sans moyens
de production, employés en dehors de leur cadre familial et
rémunérés à la part.
En somme, la structure familiale a connu des modifications, en
s'adaptant aux changements qui se sont opérés, dans
l'économie de la pêche, la famille et même si elle ne
fonctionne plus avec les mêmes règles, elle reste
néanmoins, la base sociale d'organisation de la pêche
piroguière.
4.2.1 Les organisations socioprofessionnelles
Nous avons recensé 10 organisations professionnelles
à savoir : le Syndicat national des pêcheurs marins du
Sénégal (SNPMS) dont le président est également le
président du CG de l'AMP de Saint-Louis, Fenagie pêche, une
section locale du Collectif national des pêcheurs du
Sénégal (CNPS) dont le président est guet-ndarien,
l'Association des jeunes pêcheurs de Guet -Ndar (AJPGN), l'Association
des pêcheurs de la Langue de Barbarie (APLB), la Mutuelle
d'épargne et de crédit pour les organisations de pêcheurs
artisanaux de Saint-Louis (MECROPAS), l'Association des Femmes Transformatrices
de Guet-Ndar (AFTG), l'Union
42
des pêcheurs artisanaux de Guet-Ndar, le GTE des
micromareyeuses des femmes de Guet-Ndar et le GTE des quais de pêche.
Quatre parmi ces dix associations ont participé
activement au processus d'implantation de l'AMP et ont des membres dans le CG
(le SNPMS, le CNPS, l'AJPGN et le MECROPAS).
4.2.1.1 Le Syndicat national des pêcheurs marins
du Sénégal
(SNPMS)
L'objectif de cette association est la défense des
intérêts des pêcheurs du Sénégal. Elle compte
1787 membres et a des sections locales dans tous les centres de pêche du
Sénégal. Elle a contribué à la réalisation
sur financement de l'UE (avec lequel elle est en partenariat) de 5
débarcadères sur la grande côte dont deux à
Saint-Louis.
4.2.1.2 Le Collectif national des pêcheurs du
Sénégal (CNPS)
Son objectif est de préserver l'outil de travail, de
renforcer la capacité et de défendre l'intérêt de
ces membres. Elle compte 800 membres. Elle a lancé un projet de
création de fabrique de glace. Elle en réalise deux à
Saint-Louis dont les travaux de construction sont en phase finale.
4.2.1.3 L'Association des jeunes pêcheurs de
Guet-Ndar (AJPGN)
Elle a été crées en 2000 par les jeunes
pêcheurs de Guet-Ndar et compte 1000 membres. Elle trois objectifs :
- Diversifier et élargir le rayon d'action des jeunes
pêcheurs
- Développer le secteur de la pêche en
professionnalisant davantage les acteurs - Défendre les
intérêts moraux et matériels des pêcheurs
Elle bénéficie de l'aide financière de
l'ONG Médecins du Monde qui s'appuie sur cette association pour mener
à Guet-Ndar un programme de sensibilisation des jeunes contre
l'émigration clandestine.
L'AMP constitue pour ces associations un cadre
fédérateur et un lieu d'harmonisation des actions, car
d'après l'avis des responsables interrogés il n'y'aurait pas, une
réelle coopération entre ces différentes organisations
sans cela.
4.3 CADRE SOCIO-ÉCONOMIQUE
GÉNÉRAL
Le contexte socio économique de Saint-Louis en
général, celui de la Langue de Barbarie en particulier est
fortement marqué par la présence de l'océan qui
conditionne quasiment l'ensemble des activités de ce cordon de
littoral.
4.3.1 La population : tendance générale
La ville de Saint-Louis connaît une forte croissance
démographique dès la première décennie de
l'indépendance, bien qu'elle ait perdu dès le milieu des
années 1950 l'essentiel des attributs (transfert de la Capitale à
Dakar) qui ont justifié pendant de longues décennies sa position
de pôle administratif et économique.
Selon les résultats provisoires du recensement
général de la population et de l'habitat (RGPH) de 2002, la
population de la région de Saint-Louis est de 695 720 habitants. Le
taux
43
de croissance entre 1976 et 1988 est passé de 2,1%
à 3,2% entre 1988 et 2002 (Bureau Régional de la Prévision
Statistique). Aujourd'hui, la population est estimée à 799 105
habitants. Les femmes représentent 51,38% au niveau régional
En maintenant le taux de croissance actuel pour la future
évolution de la démographie, la ville pourra avoir une population
de 230 669 en 2010 et pourrait dépasser 300 000 habitants à
l'horizon 2020.
Figure 7. Évolution de la population de 1960
à l'horizon 202

350000
300000
250000
200000
Effectifs
150000
100000
50000
0
1960 1969
1976 1988 1997 2000 2007
Années 2010 2017 2020
Tableau 2. Évolution de la population dans le
Département de Saint-Louis
ARRONDISSEMENT
|
COMMUNAUTÉS RURALES
|
Population issue des recensements et population
estimée
|
Superficie Km2
|
1976
|
RGPH
1988
|
RGPH
2002
|
2 004
|
2 005
|
RAO
|
GANDON
|
468
|
-
28 017
|
40 852
|
42 803
|
43 581
|
MPAL
|
283
|
- 13 762
|
17 446
|
18 030
|
18 358
|
TOTAL ARR
|
751
|
31 363 41 779
|
58 298
|
60 833
|
61 939
|
COMMUNE SAINT-LOUIS
|
128
|
115 546
88 587
|
154 555
|
162 089
|
165 038
|
TOTAL DÉPARTEMENT
|
879
|
119 950
|
212 853
199104
|
222 922
|
226 977
|
Source :SR des Statistiques 2007
Avec 879 km2 (5% du territoire régional), le
département de Saint-Louis compte 226977 hts (30% de la population
régionale) avec une densité de 258 hts/km2 contre 40
et 28 hts/km2 respectivement pour Dagana et Podor (les deux autres
départements de la région de Saint-Louis).

44
Source : SR des statistiques
Figure 8. Répartition de la population par groupe
d'âge selon le sexe (département de Saint-Louis en
2005)
La répartition de la population par tranche d'âge
montre une prédominance de la catégorie des moins de 15 ans avec
un pourcentage de 43, 80% par contre les plus de 55 ans ne représentent
que 7,71% , SRS (2007).
Les quartiers de la Langue de Barbarie (Goxumbaac, Ndar Tout
et Guet Ndar) regroupent 23% la population communale estimée à
165 038 hts. Guet Ndar reste le quartier le plus peuplé de la commune
avec 20432 hts soit 12% de la population.
Déjà en 1982, Guet Ndar était
peuplé, d'environ 13000 habitants entassés sur 0,17
km2, soit plus de 70000 habitants au km2. Sur la base du
recensement général de la population de 1988, Guet Ndar comptait
environ 15 000 habitants puis 17.000 habitants en 2002. Peuplé à
90 % de wolof, Guet Ndar se présente par ailleurs comme le quartier
saint-louisien ethniquement le plus homogène (O Diop, 1986).
D'une manière générale,
l'évolution de la population est continue depuis le début des
années d'indépendance. Les projections faites pour l'horizon 2020
montrent clairement que la tendance à la hausse des effectifs va se
maintenir
4.3.2 Organisation de l'espace :
La pêche maritime à Saint-Louis renvoie à
la Langue de Barbarie où se concentre l'essentiel des activités.
Bande de terre épousant un tracé parallèle à la
côte, elle constitue la limite terrestre de l'AMP et abrite le quartier
pêcheur de Guet-Ndar. En termes d'occupation de l'espace, Guet-Ndar est
caractérisé par une forte concentration de « mbaars
». Ils représentent le lieu de regroupement
privilégiés des pêcheurs. Leur prolifération
à Guet-Ndar témoigne de l'importance que revêt la
pêche pour les populations locales.
4.3.2.1 La langue de Barbarie
Sur plusieurs kilomètres, le fleuve
Sénégal longe l'Océan Atlantique dont il est
séparé par un cordon littoral sableux : la Langue de Barbarie qui
se présente sous la forme d'une
45
longue flèche sableuse fragile et instable,
façonnée par le jeu de la dynamique littorale. Son
extrémité détermine la position de l'embouchure du fleuve
Sénégal.
Cette flèche littorale de sable fin blanc, qui est le
plus récent des cordons littoraux du front deltaïque est le
résultat d'un long processus alternatif d'engraissement et de
démaigrissement de la plage par la dérive littorale. SALL (1983)
cité par Kane (2006) y distingue trois segments :
Qr Un segment proximal, depuis la racine de la flèche
à 3 km au nord de Saint-Louis jusqu'à l'hydrobase. La
flèche y présente sa plus grande largeur (300-400 m). Il abrite
du nord au Sud, le quartier de Goxumbax, le quartier de Ndar-Toutt, le quartier
Guet Ndar et le quartier d'hydrobase.
Qr un segment médian, de l'hydrobase à la
hauteur de Gandiole. La flèche enregistre ses
hauteurs maximales (7 m), c'est un relief dunaire. Il renferme la
nouvelle brèche.
et (es (argeurs minima(es (<à 200
m).
Qr un segment dista(, de G andio(e à
('embouchure, où (es hauteurs sont faib(es (<à 2
m)
Dans le sens transversal, KANE (2006) se basant sur des
études antérieures divise le cordon littoral en trois secteurs
:
Qr Un secteur maritime ou rivage externe constitué par
l'estran et la plage sous l'influence de la dynamique marine. Ce secteur se
caractérise par une fluidité des formes morphologiques, dues
à l'action du jet de rive. L'estran au niveau de la Langue de Barbarie a
une largeur de 30 à 40m avec une pente de 60%
Qr Un secteur de dunes, (haute plage et dunes vives
littorales) sous l'influence du vent. Les dunes se développent en
arrière du rivage externe, d'altitude de près de 5 m. Au nord de
l'hydrobase, les dunes ne dépassent guère 2 m dans le segment
distal. Dans cet ensemble morphologique, on distingue suivant la
présence de la végétation : des dunes vives fixées
par les filaos (Casuarina equisetifolia) au nord de Saint-Louis et au
niveau de l'hydrobase, des dunes vives semi-fixées par une
végétation xérophile (Scaevola plumieri,
Althernanthera maritima...etc) au niveau du secteur de Gandiole et
enfin des dunes vives nues, sans végétation, au niveau de
l'embouchure.
Qr Un secteur fluvial ou rivage interne soumis à
l'influence directe des écoulements de la crue et de la marée
océanique.
Au cours du siècle dernier, la flèche littorale
de la Langue de Barbarie, qui ne s'est ni élargie, ni
surélevée depuis son origine, a fréquemment migré
vers le sud, entraînant dans sa progression le recul de l'embouchure
MONTEILLET, (1981) cité par Kane (2006).

46
Source : Michel 1969 cité par Kane F
(2005)
Figure 9. Répartition latérale de facies du
cordon littoral de la Langue de Barbarie
4.3.2.2 Le quartier pêcheur de Guet-Ndar

Figure 10. Vue de l'avenue Lamotte de
Guet-Ndar
D'une manière générale, l'habitat
à Guet-Ndar se caractérise par son exigüité et ses
fortes diversités. Les concessions sont entassés les unes sur les
autres et le manque d'espace explique en grande partie la disposition
anarchique des habitations. Les nouvelles constructions s'ajoutent au
patrimoine déjà existant, donnant ainsi aux concessions l'allure
de mosaïque dont les composantes sont de
structure et d'âge différents (construction
anciennes et récentes). Même les équipements communautaires
(école, santé...) se perdent dans cet ensemble compact et peu
différencié.
L'avenue Lamotte qui traverse le quartier sur 900m est la
deuxième artère accessible à la circulation automobile
après la route asphaltée, située à l'est du
quartier, entre le fleuve (boulevard fluvial) et les habitations.
Empruntées à la fois par les piétons, les calèches
et les véhicules, ces voies sont le lieu d'un encombrement continuel qui
rend la circulation très difficile.

Figure 11. Pirogues dans les rues de
Guet-Ndar
47
Saturé, occupé dans ses moindres entités,
l'espace disponible pour rues et habitats est très limité puisque
dans sa plus grande largeur le cordon littoral qui porte le quartier ne
dépasse pas 250 mètres. Sur l'axe nord-sud se greffent onze rues
transversales qui relient la plage à la berge fluviale. Le plan du
faubourg est donc théoriquement orthogonal mais, l'habitat a envahi les
voies encombrées de pirogues réformées, de bétail
à l'attache, de filets et de linge mis à sécher.
Dans les conditions d'entassement de la population qui le
caractérisent,Guet-Ndar est non seulement très insalubre, mais il
étouffe. Faute d'espace, il a pendant longtemps absorbé
l'accroissement de sa population par densification interne dans chaque
concession. Mais depuis 1970 au moins, celle-ci a atteint ses limites ; il n'y
a plus de place disponible dans le quartier. Du côté de la mer, la
plage n'a cessé de rétrécir : sa largeur qui atteignait
150 à 200 mètres en 1856, n'avait plus qu'une cinquantaine de
mètres au début du vingtième siècle et, en 2003 une
vingtaine de mètres seulement (BONNARDEL, 1985). Lors des grandes
marées, il arrive que les vagues partent à l'assaut du quartier,
s'engouffrent dans les rues. Bloqué dans son site filiforme de cordon
dunaire et ce, dans toutes les directions, le faubourg s'agrandit difficilement
en hauteur, en raison des traditions des pêcheurs qui s'opposent
formellement à ce genre d'extension, sans compter la faiblesse des
moyens financiers et techniques. Le problème de la
déconcentration de Guet Ndar n'ayant pas été jusqu'ici
résolu, les concessions restent pressées les unes contre les
autres et surpeuplées.
4.3.2.3 Les mbaars
Les « mbaars » sont des retraites de
pêcheurs généralement formées des piliers en bois ou
en bétons sur lesquels repose un toit en taule. Ils sont alignés
le long de la plage entre l'océan et les habitations. On les retrouve
sur la rive droite du petit bras où ils jalonnent l'avenue fluviale de
Guet-Ndar à Hydrobase. Au total nous avons recensés 103
mbaars à Guet-Ndar.

1
2
Figures 12. Vue de mbars : plage maritime(1)
et bordure du fleuve (2) de Guet-Ndar
48
Siège de la diffusion des informations et de
transmission des connaissances, lieu d'échange des savoirs faire, de
séjour en période de repos, le « mbaar » est
le microcosme du pêcheur, où les individus,
dépouillés de leurs oripeaux sociaux, ne se reconnaissent que par
le capital professionnel et culturel du métier, A SENE (1985).
La vie dans les « mbaars » est régie
par un code de règles de conduite et de bienséances. Au retour de
pêche, les travailleurs s'y rassemblent pour préparer et
confectionner les agrès. C'est aussi un lieu de prière et une
sorte de tribunal où se règlent les différents et litiges.
On y débat des questions diverses et variées (sociales,
politiques, culturelles..). C'est donc dans les mbaars que l'on partage les
informations relatives à la vie quotidienne du pêcheur de
même que les connaissances et le savoir faire qui le guide dans son
travail.
4.3.2.4 Le Parc National de la Langue de Barbarie : un
site protégé
superposé en partie à l'AMP
La zone littorale sous influence directe de l'AMP comprend
notamment le Parc National de la Langue de Barbarie (PNLB). Il s'étire
sur un cordon fin de sable du village de Tassinére au nord à la
latitude de Gabar au sud (cf. figure 13). Il s'étend entre
l'océan et la rive gauche du fleuve Sénégal. L'hydrologie
y est essentiellement marine, caractérisée par les influences
alternées de la mer et du cours d'eau.
Le P N L B est créé par décret N°
76, 00016, du 9 Janvier 1976 dont l'article 2 spécifie que :« Il
est créé un parc national dénommé Parc National de
la Langue de Barbarie, comprenant deux îlots de la Langue de Barbarie,
ainsi que les eaux maritimes et fluviales baignant ces îles sur une
largeur de 500 mètres à partir des côtes, l'ensemble
couvrant une superficie de 800 ha ».
Depuis 1977 ses limites ont été modifiées
portant la zone protégée à plus de 2000 ha. Il est
situé à 25 km au Sud de Saint-Louis, dans la zone du Gandiol. Il
joue un grand rôle dans la protection de milliers d'oiseaux nicheurs et
constitue le lieu de fraie des poissons et des crevettes. Comme Il a
été mentionné sur l'article 2 du décret de
création, le parc a une emprise de 500 m sur l'océan,
correspondant théoriquement sur environ 7 km (du village de Pilote
(Tassinére) à celui de Dégouniaye) à la zone de
superposition avec l'AMP. Cette zone de chevauchement entre les deux sites sur
une étendue de l'ordre de 350 ha même s'il est négligeable
(0,7%) par rapport à la superficie de l'AMP, représente environ
le 1/5 (17%) de la superficie du PNLB. Il faut souligner que ces deux
réserves n'ont pas tout à fait les mêmes modes de
fonctionnement. Autant le PNBL applique une protection intégrale dans
son périmètre, autant l'AMP s'inscrit dans une logique de
protection spatiotemporelle. Selon le conservateur de la Langue de Barbarie :
« en cas de conflits entre deux décrets c'est le moins
récent qui prévaut ». Ce qui veut dire qu'il incombe au
PNLB, d'assurer la responsabilité de la gestion de cette aire
maritime.
La frange maritime du PNLB est aussi un lieu
privilégié pour la ponte des tortues de mer ; on y retrouve les
espèces suivantes : la tortue verte, la tortue et la tortue luth, la
tortue à écaille. Elle est aussi réputée être
un site privilégié pour la reproduction de plusieurs
espèces d'oiseaux d'eau telles que les sternes, les mouettes, les
goélands, les pélicans, les cormorans etc

Source modifiée de KANE,F
(2005)
Atlantique
Océan
AMP
Chevauchement
AMP et PNLB
49
Figure 13. Le Parc National de la Langue de
Barbarie
50
4.4 CONCLUSION
L'AMP de Saint-Louis est installée dans une zone
caractérisée par une forte densité démographique
qui fait du village pêcheur de Guet-Ndar l'un des quartiers les plus
peuplés du Sénégal. La pression anthropique accrue sur la
ressource liée à l'accroissement du nombre de pêcheurs pose
le problème du maintien durable des stocks de poissons dans une zone
où la pêche est la seule source de revenus monétaires.
En effet, le secteur de la pêche à Saint-Louis
est fortement lié à l'histoire sociale et économique de
Guet-Ndar. Les pêcheurs opérant sur le littoral
sénégalais se rattachent principalement à trois groupes
ethniques: les wolofs de Guet-Ndar, les lébus du Cap-Vert et de la
Petite Côte et les nyominkas des îles du Saloum. De tous les
pêcheurs du Sénégal, seuls les Guet-Ndariens tirent la
totalité de leurs revenus de la pêche. Au sein des autres
communautés, la plupart des pêcheurs sont encore agriculteurs
CHABAUD (1986).
Ainsi, Saint-Louis occupe le deuxième rang après
la région de THIÈS pour les débarquements de la
pêche artisanale sénégalaise avec une moyenne de 35 000T
par an SRPSM (2007). Elle doit ces résultats à un effectif de
pêcheurs artisanaux parmi les plus importants du pays disposant d'une
solide formation de marin acquise au contact de la barre. En effet, Get-Ndar
est le quartier le plus peuplé de Saint-Louis avec une densité de
plus de 160 000 habitants au km2 contre 258 habitants au
km2 pour le département de Saint-Louis.
L'AMP sous l'emprise d'un Parc National avec lequel elle
partage sur une distance de 7 km parallèle à la côte un
espace maritime de 500m de large. En réalité les deux aires sont
complémentaires vu la configuration de la Langue de Barbarie (l'une vise
la préservation de l'écosystème estuarien et l'autre vise
la conservation du milieu marin). Faut-il alors que les responsables des deux
services travaillent en collaboration et harmonisent leurs actions ? Le PNLB
doit mettre son expérience de la zone au profit de l'AMP en s'impliquant
activement dans le processus de mise en oeuvre. Pour cela, il nous semble
important qu'il soit représenté dans le Comité de Gestion
de l'Aire Marine ne serait ce qu'en tant qu'observateur ou membre
consultatif.
51
PART III : MILIEU BIOPHYSIQUE, MODES D'EXPLOITATION ET
DE GESTION
52
53
5 L'ENVIRONNEMENT PHYSIQUE
Du point de vue géographique, l'AMP de Saint-Louis est
intégralement située en zone maritime. Elle a une seule limite
littorale dans sa partie orientale. La gestion des AMP se fonde sur une
approche écosystémique. SOUMARE, A (2007) décrit la
gestion écosystémique comme une gestion qui vise à
gérer les activités humaines de sorte que les
écosystèmes marins et côtiers, leur structure (p. ex. leur
diversité biologique), leurs fonctions (p. ex. leur productivité)
et la qualité globale de l'environnement (p.ex. de l'eau et de
l'habitat) ne soient pas compromis et soient maintenus à des
échelles temporelle et spatiale appropriées. L'enjeu du plan de
gestion est donc la compréhension globale du fonctionnement de
l'écosystème qui la caractérise mais également, les
relations fonctionnelles entre les différents milieux et
communautés d'êtres vivants qui s'y côtoient.
5.1 LES CONDITIONS MÉTÉOROLOGIQUES
Le régime météorologique de la côte
ouest africaine résulte de l'oscillation en latitude de la zone
intertropicale de convergence (Z.I.T.C.) zone de basses pressions relatives
séparant les hautes pressions de l'Atlantique nord de celles de
l'Atlantique sud et où convergent les vents alizés qui soufflent
d'une manière permanente du secteur est, sur le bord équatorial
de ces centres de hautes pressions (F, Domain 1980). Au large des côtes
sénégalaises, cela se traduit par l'alternance de deux types de
saisons : une saison sèche et une saison humide.
5.1.1 La saison sèche
C'est une saison en régime d'alizé, soufflant du
nord-est et pouvant atteindre 6 m/s en moyenne journalière, P. Portolano
(1986) allant de novembre à juin à Saint-Louis. Elle est sous
l'influence de deux types d'alizés :
l'alizé maritime : un vent frais de secteur nord
à nord-est issu de l'anticyclone des Açores, ce qui
confère à Saint-Louis un climat très doux par rapport au
reste du pays. Il apparait au mois de septembre dans la région du Cap
Blanc (entre les latitudes 20 et 21°N) et progresse ensuite vers le sud.
Au mois de février il atteint sa limite la plus méridionale
d'extension au voisinage de la Guinée Bissau. Ce vent souffle
généralement par périodes intermittentes de plusieurs
jours. Il joue un rôle très important dans les processus de
fertilisation des eaux de la région notamment en induisant les
phénomènes de remontées d'eaux profondes (l'Upwelling).
Qr (' a(izé continenta( ou harmattan : c'est un
vent chaud et sec de secteur est à nord-est dont ('inf(uence se fait
sentir éga(ement en période de saison sèche, (ors des
périodes d' acc a(mie dans (e régime des a(izés maritimes.
Ce vent peut transporter assez (oin en mer d'importantes quantités de
poussières fines.
5.1.2 Les pluies.
A l'échelle de Saint-Louis la saison des pluies va de
juillet à octobre. C'est une saison chaude et humide appelée
aussi hivernage pendant laquelle souffle la mousson, de direction variable avec
une intensité qui oscille autour de 3,50m/s. Ces vents, chargés
d'humidité au-dessus de la mer, sont généralement
accompagnés de précipitations abondantes. Ils peuvent contribuer
à ramener vers la côte les eaux chaudes du large.
54
Tableau 3. Vitesses moyennes annuelles et directions
dominantes des vents 1991-2000 Station Saint-Louis aérodrome
Mois
|
J
|
F
|
M
|
A
|
M
|
J
|
J
|
A
|
S
|
O
|
N
|
D
|
Vitesse moy(m/s)
|
3,43
|
3,73
|
4,95
|
5,12
|
5,37
|
4,78
|
4,4
|
3,68
|
3,47
|
3,48
|
4,31
|
4,93
|
Direction
|
nne
|
ene
|
nnw
|
nw
|
nnw
|
nnw
|
nw
|
nw
|
nnw
|
nw
|
nne
|
nne
|
Source : Camara (2003) d'après F Kane
(2005)
L'analyse de l'évolution de la pluviométrie
à Saint-Louis donne une période globalement humide de 1900
à 1991 avec des moyennes oscillant entre 300 et 400mm, KANE(2007).
La courbe d'évolution de la pluviométrie montre
une très grande irrégularité avec plusieurs
séquences sèches et humides:
Qr une séquence sèche 1910-1914 de
très faib(e p(uviométrie où (es p(uies tombent à
environ 150 mm par an entraînant des déficits importants pour
Saint-Louis (57 % en 1913, 59 % en 1914). Cette période correspond
à une sécheresse de courte durée ;
Qr une phase excédentaire de 1915 à
1918, Saint-Louis connaît des excédents de 42 à 91
%
Q à partir de 1968, (es hauteurs annue((es des
précipitations montrent une tendance à (a baisse
génér a(isée, avec des va(eurs presque toujours
inférieures aux médianes se(on OL1VRY (1982) cité par KANE
(2007) ; toutes (es années sont déficitaires, à
('exception de 1969, 1975, 1987, 1988 et 1999.
1200
1000
Pmm (mm)
mm
600
400
800
200
0

5 Moy. mobile sur pér. (Pmm)
Pmm
1900 1910 1920 1930 1940 1950 1960 1970 1980 1990 2000
Années
Source Kane(2007)
Figure 14. Pluviométrie et moyennes mobiles
annuelles à Saint-Louis (1900-2000)
55
Tableau 4. Précipitations moyennes mensuelles et
annuelles (en mm) à la station de Saint-Louis entre (1892-1992) et
(1991- 2000)
Période
|
Jan
|
Fév
|
Mar
|
Avr
|
Mai
|
Juin
|
Juil
|
Août
|
Sept
|
Oct
|
Nov
|
Déc
|
An
|
1892-1992
|
1,82
|
2,09
|
0,49
|
0,07
|
1,27
|
13,1
|
51
|
139
|
99,8
|
24
|
1,46
|
2,6
|
337
|
1991-2000
|
0,5
|
8,2
|
0,1
|
|
0,32
|
2,9
|
34,26
|
95,68
|
71,87
|
8,53
|
0,21
|
3,92
|
226,49
|
Source : Kane A (2007), Kane F (2005) modifié
Le maximum des précipitations se situe en
août-septembre ; le mois d'octobre est marqué par une baisse
brutale des hauteurs de pluie à cause du renforcement des effets
anticycloniques mais également du retrait rapide des vecteurs de pluie.
Les pluies sont très concentrées dans le temps, pendant
l'hivernage d'août à septembre. Août est le mois le plus
humide pour l'ensemble du bassin ; il recueille entre 35 % et 45 % des
précipitations des stations sahéliennes et entre 21 et 22 % dans
les stations du haut-bassin.
Par ailleurs la tendance à la baisse de la
pluviométrie déjà évoquée sur le
siècle qui a précédé 1992 semble se maintenir.
Comparées à la période 1892-1992, les moyennes annuelles
enregistrées dans la décennie 1990-2000 ont connu une diminution
de l'ordre de 90
mm
5.2 LES CONDITIONS HYDROLOGIQUES MARINES ET LEURS
VARIATIONS SAISONNIÈRES.
Les facteurs hydrologiques les plus importants de la dynamique
marine au niveau de la Langue de Barbarie sont selon Ndiaye A (1975) : les
courants marins, la houle, les vagues, les marées.
5.2.1 Des courants marins en fonction du régime des
vents
La circulation des masses d'eau océaniques le long des
côtes sénégalaises est soumise à l'influence du
régime des vents et des distributions barométriques. Localement,
la topographie du plateau continental et l'orientation des côtes
entraîne des modifications du schéma de circulation superficielle
des eaux marines, qui dépend, en fait des saisons climatiques DIOP
(1990).
Les côtes sénégalaises sont
baignées par d'importantes remontées d'eaux profondes ou
"upwellings" qui proviennent des eaux centrales du sud de l'Océan
Atlantique. On observe deux systèmes de grands courants aux
caractéristiques bien différentes:
~ un courant froid nord équatorial (le courant des
canaries) qui se déplace vers le sud le long des côtes
mauritaniennes et sénégalaises. Il s'agit d'un courant de
dérive quasi permanent pendant toute la saison des alizés, les
eaux de surface subissant un entraînement mécanique sous
l'influence du vent du nord.
~ le contre-courant équatorial qui transporte vers
l'Est les eaux chaudes et salées formées sur la bordure sud du
tourbillon nord-atlantique
56
Selon Pr KANE (2007), les masses d'eau méridionales
repoussent dès le début de la saison humide, le front des
remontées d'eaux froides, le courant de surface se propage alors du sud
au nord à une vitesse entre 5 et 15 cm.s-1 avec des pointes
de 30 cm.s-1.

Source. O Sidi (2005)
Figure 15. Les courants marins sur les côtes
ouest africaines
5.2.2 Des eaux superficielles dépendant des courants
marins
Les courants transportent des eaux aux caractéristiques
bien distinctes :
~ Les eaux du courant des Canaries : ce sont des eaux froides
(températures
Inférieures à 20° C) et salées (35,4
g/l à 36 g/l). Elles se mélangent avec les eaux profondes de
l'upwelling côtier.
57
~ Les eaux tropicales du contre courant équatorial :
elles ont une température élevée (24° C) et des
salinités fortes (36 g/l environ). Leur épaisseur varie entre 30
et 50 mètres.
~ Les eaux libériennes chaudes (24' C) et
dessalées (S< 35 o/oo). Ces eaux résultent du mélange
des eaux tropicales avec les eaux de pluie de la mousson et surtout avec les
apports fluviatiles côtiers. Cette dessalure se remarque notamment au
voisinage de l'embouchure et dans toute la partie délimitée pour
l'AMP
5.2.3 Deux grands types de houles à Saint-Louis
La houle se définit comme un mouvement ondulatoire de
la mer formé par une succession de vagues qui ne se brisent pas (Dicos,
Encarta 2006).Se basant sur les observations effectuées sur le plateau
continental par divers autres acteurs, Pr KANE (2007) confirme qu'il existe
deux grands types de houles dans ce domaine :
~ la houle du nord-ouest, d'origine boréale, avec une
dérivation littorale induite qui se fait sentir du nord au sud ;
~ la houle du sud-ouest, d'origine australe, liée à
la dérive littorale sud-nord.
La houle de nord-ouest prédomine pendant toute la
saison sèche d'octobre à juin et a pour origine les
tempêtes lointaines de l'Atlantique nord du quadrant NW (N 320°
à N 360°). Cette houle atteint la côte sous forme de trains
de grande longueur d'onde (en moyenne 190 à 300 mètres), son
amplitude est généralement plus forte (les valeurs moyennes sont
comprises entre 1 et 1,60 m) et elle se propage à une vitesse de l'ordre
de 22 m.s-1 avec des périodes oscillant entre 11 et 15s. La
direction moyenne de propagation, pour ces houles d'origine septentrionale, se
situe par 22° nord-ouest.
Lorsque les conditions topographiques s'y prêtent
(prés de la côte, la houle est influencée par la faible
profondeur des fonds) comme à Saint-Louis, elle provoque une barre
importante. Quand la cambrure est excessive, elle provoque comme on le constate
dans cette zone, des déferlements sous forme de gros rouleaux de
façon permanente.
A l'approche de la côte de Barbarie, elles subissent une
réfraction sur le fond au niveau du plateau continental ; elles perdent
une grande partie de leur énergie et déferlent plus ou moins
obliquement par rapport à la côte. La houle de NW provoque une
mobilisation puis un important transport de sable dans le sens nord-sud
(dérive littorale) (KANE 2007).
Les houles du sud-ouest se manifestent de juin à
octobre et ont pour origine les grands vents d'ouest de l'Atlantique sud :
elles sont liées par leur direction et leur fréquence aux flux de
mousson. Leur amplitude est moins importante (valeurs moyennes comprises entre
0,80 et 1,20 m) et leur période plus courte (entre 5 et 10 secondes).
Leur action est aussi moins marquante : elles perdent une bonne partie de leur
énergie par suite d'une diffraction subie au niveau de la
presqu'île du Cap-Vert, véritable écran dont l'abri englobe
toute la Langue de Barbarie.
Les houles engendrent deux phénomènes importants
: la vague et la dérive littorale. Dans le cas général, la
manifestation extérieure de la houle est la vague déferlante.
58
5.2.4 Les vagues
La vague de mer et la houle se transforme lorsqu'elles
s'approchent du rivage en raison de l'effet de frottement lorsque la profondeur
diminue. Les vagues déferlent quand la profondeur est inférieure
à la moitié de leur longueur d'onde, Badiane (1993).
A l'approche de la côte Barbarie, l'onde de houle subit
des déformations en se courbant (réfraction) et donne naissance
à des vagues de courtes longueurs d'onde qui déferlent sur le
rivage. Aussi, le long des plages en pente douces comme celles de la Langue de
Barbarie, les vagues de type rouleau sont les plus fréquentes. Il se
produit des déferlements en volute pendant lesquels la vague agit par
creusement ; dans son « va et vient », elle agit par roulage,
répartition et triage des sables ; tandis que le jet de rivage (fin de
course de la vague) dépose les différents éléments
ainsi triés. Enfin, le ruissellement en nappe sur le rivage agit par
érosion laminaire sur la basse plage.
Ces mouvements ont pour conséquence une
évolution rapide des profils de plage qui change en fonction de la
vigueur des vagues. Ainsi peuvent s'observer en période agitée,
des profils faisant apparaître des micros falaises, tandis qu'en
période calme, les profils sont plutôt rectiligne.
5.2.5 Les marées : un mouvement biquotidien des
eaux
Selon Badiane (1993), les marées sont causées
par la résonnance gravitationnelle due à la rotation de la terre
autour du soleil et de la lune. Lorsque le soleil et la lune sont en phase
(alignés), l'amplitude (différence de hauteur entre marée
haute et basse consécutive) est la plus forte : c'est la grande
marée ou marée de « vive eau ». Lorsque le soleil et la
lune sont en opposition (angle droit l'un par rapport à l'autre),
l'amplitude est minimale : c'est la marée de « morte eau ».
Les marées de mortes et de vives eaux se produisent
deux fois au cours de chaque mois lunaire. Une marée diurne a tendance
à avoir lieu une fois par jour et une marée semi-diurne deux fois
par jour. Marée haute et marée basse ont lieu à
intervalles moyens d'environ 6 heures un quart.
L'onde de marée qui se manifeste sur la côte
nord, vient du sud avec un retard de trois quart d'heures par rapport à
Dakar. La presqu'île du Cap-Vert, orientée est-ouest, provoque des
perturbations dans la progression de l'onde de marée venant du sud.
Tableau 5. Hauteur moyenne des marées à
Dakar et à Saint-Louis
Marée
|
Dakar
|
Saint-Louis
|
Rapport SL/DK
|
Marée haute
|
1,38m
|
1,16m
|
0,84
|
Marée basse
|
0,68m
|
0,42m
|
0,62
|
Marnage
|
0,70m
|
0,74m
|
1,05
|
Source : Badiane (1993)
Il ressort de ce tableau que les niveaux moyens des hautes et
des basses mer sont plus élevés à Dakar qu'à
Saint-Louis. Le marnage par contre est plus important à Saint-Louis.
Cela est du au fait que le plateau continental est étendu à
Saint-Louis.
Il importe de noter aussi que le mouvement biquotidien des
eaux, ne se fait pas à intervalles de temps réguliers, mais avec
des décalages importants : "la mer monte beaucoup plus lentement qu'elle
ne descend". En effet, le temps qui sépare une basse-mer de la haute-mer
suivante est de 7 heures, tandis que la descente de cette vive eau à la
eau morte eau qui suit dure 5 h 45 mn, LOUISE (1919) cité par A
KANE(2005).
5.3 L'HYDROCLIMATOLOGIE DE LA RÉGION.
« L'hydroclimatologie descriptive d'une région
représente pour les conditions de milieu la vue synthétique la
mieux adaptée a un usage écologique » BERRIT et REBERT,
(1977), cité par Domain (1980).
5.3.1 Les saisons marines sous l'influence de la
météo
Aux variations saisonnières des conditions
météorologiques, il correspond dans le domaine maritime une
alternance de deux saisons hydrologiques : une saison d'eaux froides en hiver,
une saison d'eaux chaudes en été. Ces deux saisons sont
séparées par deux courtes périodes de transition. Cette
alternance sur la côte ouest-africaine des saisons hydrologiques,
caractérisée par la succession de plusieurs catégories
d'eaux, a été bien décrite par ROSSIGNOL (1973),
(cf.fig).
5.3.2 La saison froide (janvier à avril) : un
vecteur d'upwelling

Source : Ould Sidi (2005)
Figure 16. Localisation des upwellings côtiers et
leur saisonnalité dans la zone nord-ouest africaine
(Roy 1992)
59
Des eaux froides, transportées vers le sud par le
courant des Canaries, occupent en permanence la zone située au nord du
cap Blanc. Au mois de décembre le front des eaux chaudes reflue
rapidement en direction des Bissagos (Guinée Bissau) pour atteindre sa
position extrême sud (l0" N) en février.
Sous l'influence des alizés, il se produit le long du
talus continental soumis à l'action mécanique de la tension au
dessus de l'océan des phénomènes de remontée en
surface d'eaux froides de profondeur (upwelling). Ces eaux recouvrent
progressivement le plateau continental où l'on peut alors observer des
températures de l'ordre de 16 à 18'C et des salinités de
35,5 à 36,0 %o. La durée moyenne de la saison froide varie en
fonction de la latitude comme le montre celle de l'upwelling.
60
Zone
|
Latitude Nord
|
Période d'upwelling
|
Durée moyenne (mois)
|
Cap Blanc
|
23°
|
toute l'année
|
12
|
Nouakchott
|
17°50
|
octobre à juin
|
9
|
Saint-Louis
|
16°
|
novembre à mai
|
7
|
Dakar
|
14°45
|
fin novembre à mi-mai
|
5,5
|
Cap Verga
|
10°
|
février
|
|
Source modifiée de Schemainda et Nehring, 1975
Tableau 6. Durée moyenne de l'upwelling sur la
côte ouest africaine (, modifié
L'action fertilisante des remontées d'eaux profondes
résulte d'un apport à la surface d'eaux riches en sels nutritifs
généralement issus de la reminéralisassions de la
matière organique que l'on trouve sur le fond. A Saint-Louis, elle se
fait sentir de novembre à mai. C'est la période où les
petits pélagiques sont abondants au niveau de Saint-Louis. L'AMP est
alors de Saint-Louis forte fréquentée par les pêcheurs de
sennes tournantes. CHAMPIGNAN et DOMAIN (1978) rapporte que quand l'upwelling
sénégalais se déclenche, les espèces à
affinité saharienne ou espéces d'eaux froides (Dentex
gibbossus, Sparus coerusleostictus, Pagellus bellotti, Epinephelus aenus,
Pomatomus saltator), localisées d'août à octobre dans
les eaux mauritaniennes (entre 20 et 30o N), migrent vers le sud
dé le mois de novembre pour se stabiliser vers pour se stabiliser vers
10 à 16 o N en février mars. Il faut aussi souligner la
reproduction des espèces dermesales a lieu pendant la saison froide,
précisément à la période de transition
saison-froide saison chaude entre avril et juin (période localement
appelée « le thiorone »
5.3.3 La transition saison froide-saison chaude
(avril-juin)
A cette époque de l'année, les eaux froides sont
progressivement recouvertes par des eaux chaudes d'origine tropicale
associées au contre courant équatorial dont une branche remonte
le long de la côte vers le nord. Ces eaux chaudes ont une
épaisseur variant entre 30 et 50 n. Leur progression vers le nord est
rapide : POSTEL (1968) observe que le seuil 20-24° passe au large de la
presqu'île du Cap Vert vers le 20 mai avec une vitesse de translation de
l'ordre de 50 km par jour. Les observations directes de courants
réalisés au Sénégal pendant plusieurs années
indiquent cependant, selon F Domain (1980) des valeurs plus faibles, de l'ordre
de 0,5 noeud. A cette époque de l'année ne subsistent dans la
région que les upwellings mauritaniens. Ceci explique également
la fréquentation soutenue des eaux mauritaniennes par les pêcheurs
guet-ndariens pendant cette période.
5.3.4 La saison chaude
A partir du mois de juillet, le régime des
alizés ne se fait plus sentir. Les précipitations sont
abondantes. C'est la période du maximum d'extension des eaux chaudes
vers le nord. On observe en surface entre Dakar et le Banc d'Arguin des
températures qui varient entre 27 et 25°C.
En octobre-novembre, se produit le retrait vers le sud des
eaux tropicales et l'installation progressive de l'upwelling au large de
Saint-Louis.
61
5.3.5 La transition saison chaude-saison froide
Durant cette période, a lieu un double mouvement des
masses d'eau (Rossignol, cité par Domain 1980) :
~ En octobre, l'upwelling mauritanien, en s'amplifiant, chasse
tout d'abord les eaux superficielles chaudes tropicales et libériennes,
vers le sud.
~ Dans la deuxième quinzaine de novembre les fortes
précipitations de la Sierra Léone et du Liberia entrainent une
élévation du niveau de la mer dans le bassin libérien, et
une augmentation du gradient de pression. Aussi, s'observe dans la
deuxième quinzaine de novembre et au début de décembre,
une langue d'eau libérienne progresser le long de la côte en
direction nord, atteignant Nouakchott (18°N), alors que les eaux
tropicales, plus au large, continuent à refluer vers le sud". Il en
résulte au Sénégal une période de fortes
oscillations thermiques. Les eaux libériennes se trouvent alors en
contact avec les eaux froides
5.3.6 Les températures : des variations inter
saisonnières de grande amplitude
La succession des différentes couches d'eau est
à l'origine de la variation des températures. L'étude de
leur variation traduit bien l'évolution des conditions du milieu en un
point donnée dans l'année.
A partir du mois de novembre, les eaux froides sud atlantiques
font sentir leur effet en surface par des phénomènes upwelling.
Aussi la température en mer de l'eau décroit et atteint son
minimum entre janvier et février. A cet époque de l'année,
le rayonnement solaire est minimal (430 kcal/cm2/j) et l'insolation
est réduite à environ 8h GECCHI (1992), cité par KANE.
À partir du mois de mai, les eaux froides océaniques se retirent
du littoral de la côte nord au profit des eaux chaudes tropicales
Des mesures disponibles au niveau de la capitainerie du port
de Saint-Louis (2006) donnent une température en surface minimum de
16° 2 en février et un maximum de 27° 8 en août et
septembre (moyenne sur 9 années d'observations) soit une amplitude
thermique annuelle voisine de 12

62
Figure 17. Les catégories d'eaux de surface -
d'après Rossignole (1973)
5.4 ÉVOLUTION GÉOMORPHOLOGIQUE À
SAINT-LOUIS
L'histoire géologique de Saint-Louis s'inscrit dans un
cadre général du Delta du fleuve Sénégal. La
formation du delta du Sénégal remonte à la période
post-nouakchottienne (6 800 - 4 200 BP) qui correspond à une
régression consécutive à une baisse du niveau marin A KANE
(2005). Cette région est caractérisée sur le plan
géologique par l'absence d'affleurements des formations tertiaires et
secondaires.
5.4.1 Les grandes phases morphogénétiques et
leur conséquences
Le delta se caractérise par une morphologie très
complexe due à l'action combinée du climat, de la mer, du fleuve
et du vent. Ainsi, au moins, depuis le début de l'ère secondaire,
le Delta par le jeu des affaissements successifs qu'a connu la partie
occidentale du bassin, a constamment été une région
submergée, AUDIBERT M (1970) cité par GUEYE M (1980).
63
Le quaternaire est cependant, l'ère qui nous
intéresse le plus dans la mesure où seules ses séries
affleurent. Pendant cette période, en raison des
phénomènes d'oscillations climatiques qui ont affecté
l'ensemble du golfe dont les effets ont été accentués par
les mouvements tectoniques locaux, la région a connu différentes
phases de transgressions et de régressions qui ont été
déterminantes dans sa formation et son évolution
5.4.1.1 Le Quaternaire
D'après MICHEL P (1969) cité par GUEYE M (1980),
cet épisode a connu trois transgressions, qui ont eu des extensions
très variables dans le Delta :
~ La transgression Tafaritien forme un vaste
golfe, couvrant la majeure partie de la Mauritanie Atlantique, n'occupant dans
le delta qu'une zone limitée
~ La transgression de l'Aioujien qui aurait
seulement affectée la Mauritanie. Ses dépôts n'ont pas
été reconnus dans le Delta.
~ La transgression Inchirien qui s'est faite
en deux temps séparés par une petite régression. La
première transgression (Inchirien I ou inférieur) voit se
déposer des sédiments sableux et argileux dans l'ensemble dans
l'ensemble du Delta qui était alors, un golfe prolongeant le cours moyen
de la vallée du fleuve Sénégal vers l'ouest. Après
un retrait momentané, le niveau de la mer s'élève à
nouveau (deuxième transgression ou Inchirien II ou supérieur)
abandonnant des sédiments principalement gréseux à l'Ouest
vers Saint-Louis et argileux dans la partie Est. Vient alors une phase de
régression, correspondant à un assèchement progressif du
climat. L'action érosive du vent sur les sédiments marins,
crée de grands cordons dunaires orientés NE-SW (dunes rouges de
l'Ogolien).
5.4.1.2 Le Nouakchottien(7000 - 5500 BP)
Le climat redevint humide, le niveau de la mer se mit à
monter et les dunes remaniées connurent une nouvelle
pédogénèse. Le matériel sableux des dunes
ogoliennes arasées par la mer a été repris et
brassé par les eaux, déposé ensuite sous forme d'une vaste
terrasse sableuse. Cette terrasse Nouakchottienne s'individualise nettement au
sud de St-Louis entre Rao et Gandon où elle s'étend sur plus de 4
km de large avec une longueur de 20 km.
5.4.1.3 Le subactuel et l'actuel
Cette période commence par un lent et nouveau retrait
de la mer. L'importante dérive littorale N-S engendrée par la
houle charrie de grandes quantités de sables provenant de l'abrasion des
dunes rouges situées au nord du Delta. Le climat ayant progressivement
évolué vers l'aride dans le post Nouakchottien, les dunes
littorales se sont alors avancées vers l'intérieur et ont
recouvert les anciens cordons littoraux. Il se forme à partir des
16e et 17e siècles la flèche littorale qui
sépare actuellement le fleuve Sénégal de la mer à
partir de St-Louis jusqu'à Taré à 30 km au sud. Ce cordon
littoral est appelé « Langue de Barbarie » par les anciens
navigateurs européens qui mouillaient sur la côte
sénégalaise.
64
5.4.1.4 Conséquences de la
morphogénèse : l'instabilité d'un
espace géographique soumis à un
processus inexorable de réduction
La langue de Barbarie s'est formée comme nous l'avons
cité à partir de la dérive littorale nord-sud
engendrée par les grandes quantités de sable provenant de
l'abrasion des dunes rouges du subactuel à l'actuel. Ce transport de
sable a pour effet de repousser l'embouchure et de la faire émigrer vers
le sud. Aussi, sous l'effet de l'érosion hydrique cette bande de terre,
d'une part a connu par le passé des ruptures naturelles de façons
cyclique et d'autre part, est soumise en permanence à un
phénomène de recul du trait de côte qui est de plus en plus
reporté vers l'intérieur, A BADIANE (1993).

Figure 18. Vue de l'espace habité de Guet-Ndar
sous l'emprise de l'océan
Selon P MICHEL (1993), treize ruptures sont connus entre 1900
et 1981. Six d'entre elles seulement sont importantes (en durée et en
dimension) de telle sorte qu'une périodicité de 14 ans pour
évoquer l'instabilité de la Langue.
La vitesse de recul du rivage serait de l'ordre de 1,6 à
2m selon M SALL (1982) cité par BADIANE (1993). Ce qui concorde avec les
renseignements obtenus auprès des vieux pêcheurs de Guet-Ndar pour
qui il y'a 50 ans, la mer qui est aujourd'hui à moins de 100 m des
habitations, se trouvait au moins à 1 km de Guet-Ndar. Nous avons
constaté l'exigüité de l'espace séparant la mer des
zones habitées. Ce qui traduit une tendance à l'érosion du
rivage par la mer qui grignote de plus en plus l'espace occupé.
En somme, les menaces qui pèsent sur la Langue de
Barbarie sont réelles et le quartier de Guet-Ndar court un grand risque
de disparition si l'érosion du rivage continue. A NDIAYE (1975) et A
BADIANE (1993) ont prédit une disparition de Guet-Ndar si les processus
d'érosion du rivage ne sont pas stoppés au niveau de la Langue de
Barbarie. Cela montre la précarité dans laquelle vivent les
populations bénéficiaires de l'AMP de Saint-Louis. En fait, la
sécurisation du quartier des pêcheurs de Guet- Ndar contre
l'avancée de la mer doit logiquement figurer parmi les actions à
inscrire dans le futur plan d'aménagement de l'AMP de Saint-Louis.
5.5 LES AQUIFÈRES
Cette esquisse de l'histoire géologique permet de
comprendre pourquoi le sous sol de cette région recèle de l'eau
salée. Il s'agit de l'eau de mer retenue dans les dépôts
marins anciens ou récents qui n'a pu être évacuée et
remplacée par l'eau douce en raison de l'absence de relief et du climat
qui tend vers l'aride. Son origine est double car résultant :

65
~ des apports par les lagunes du quaternaire
nées dans la transgression Nouakchottien. Le sel est resté
prisonnier dans les formations avec une grande mobilité à cause
de ses déplacements en circuit fermé. L'évaporation de
saison sèche le fait remonter vers la surface où il permet le
déplacement des phénomènes éoliens. Tandis que la
pluie le fait migrer vers le sous sol par lessivage.
~ des apports actuels favorisés par le
jeu des courants de marées qui envahissent les vasières où
une partie du sel reste retenue dans la vase.
La conséquence est que dans cette région proche
du littoral la nappe phréatique très minéralisée et
affleurant, a une composition voisine de celle de l'eau de mer. Cela se traduit
par des phénomènes de salinisation des terres qui les rendent
improductives et freinent le développement d'activités agricoles
dans cette zone
Source modifiée de Michel (1990)
Figure 19. Croquis géomorphologique et
géologique du delta sud ouest du fleuve
Sénégal
5.6 MORPHOLOGIE ET SÉDIMENTATION DES FONDS DE
PÊCHE AU LARGE DE ST-LOUIS
De Yoff à la Langue de Barbarie, la côte est
uniformément sableuse et plate, bordée de haut cordon de dunes
actuelles et subactuelles, BONNARDEL (1967). L'épaisseur totale des
sédiments pré quaternaires est de 36m à Saint-Louis. Il
existe ainsi des niveaux sableux et ou sablo-argileux d'assez grande
épaisseur à dans cette région (sable et lumachelle
jusqu'à 36m de profondeur).
De manière globale, plusieurs séries de reliefs
longitudinaux existent devant la côte du Sénégal
d'après PINSON-MOUILLOT (1980). Ces zones rocheuses sont recouvertes de
sédiments et se développent en une succession de petits bancs
parallèles à la côte à - 15, - 20 m de profondeur au
nord de Saint-Louis. La nature du fond a une influence sur la
vulnérabilité des espèces aux engins de pêche :
ainsi, sur les fonds rocheux, inaccessibles aux chalutiers, les poissons ne
peuvent être capturés qu'à la ligne ou aux filets
maillants. Sur
66
certains fonds de vase, des espèces comme la crevette
(Penaeus duorarum), qui s'enfouissent dans le sédiment le jour,
ne sont capturées par les chalutiers qu'à l'aide de chaluts
équipés de dispositifs permettant de fouiller la vase ou bien, la
nuit, lorsqu'elles s'élèvent au-dessus du fond.
A proximité de l'embouchure du fleuve
Sénégal, notamment dans la zone d'influence de l'AMP, les bancs
rocheux sont surmontés par des sédiments vaseux ou sableux qui
sont les témoins d'anciennes lignes de rivages (DOMAIN, 1977). En effet,
au cours du siècle dernier, la flèche littorale de la Langue de
Barbarie, qui ne s'est ni élargie, ni surélevée depuis son
origine, a fréquemment migré vers le sud, entraînant dans
sa progression le recul de l'embouchure MONTEILLET (1981), cité par
KANE(2007). Ces fonds de sables vasards sont excellents pour la pêche et
de ce point de vue, Saint-Louis est la plus favorisée de toute la grande
côte.
L'essentiel des activités de pêche se concentre
sur le plateau continental. Le plateau continental se limite à
l'isobathe 200 m, sa largeur est de 27 milles soit 50 km au niveau de
Saint-Louis. Son profil se présente comme un plan ondulé avec des
replats s'étendant quelques fois sur 10 km (voir fig. 22). Il est
très important en morphologie littorale dans la mesure où de son
extension dépend l'amplitude des marées. Très
étendu à Saint-Louis, il se rapproche doucement de la côte,
tout en suivant sensiblement son contour, lorsque l'on descend vers le sud. Il
englobe l'Aire Marine Protégée comprise entre les isobathes 10 et
81m.

Source : WWF WAMER (2006)
Figure 20. Carte bathymétrique de l'AMP de
Saint-Louis
Il a été mis en évidence par BARUSSEAU
(1985) une importante zone vaseuse qui s'étend de part et d'autre de
l'embouchure du fleuve Sénégal, de 16°30' à
15°15' de latitude Nord entre les isobathes 20 et 80 m. Cette zone est
alimentée par les particules limoneuses transportées par le
fleuve jusqu'à la mer où elles sont reprises par les courants qui
les entraînent vers le sud-ouest. L'extension de cette vasière
jusqu'à la latitude de 16°30' Nord s'expliquerait par le fait que
le Sénégal, au Quaternaire récent, a vu son embouchure
située à cette latitude migrer peu à peu vers le Sud

67
GuikherR (1954), Ndiaye A (1975) Echelle. Longueur :
1/200 000
Hauteur : 1/5000
Figure 21. Profil du plateau continental au niveau de
Saint-Louis
Les sables vaseux couvrent des étendues plus ou moins
importantes sur la côte nord où ils entourent la vasière de
St-Louis. Ils ont souvent des teneurs en carbonate de calcium (CaC03)
supérieures à 30 % ce qui traduit la présence de
débris organogènes. Ce type de sédiment occupe toute la
partie inférieure du plateau continental au-delà de -50 m.
La houle également transporte dans la zone
d'aboutissement interne du jet de rivage des matériaux solides le long
de la plage. Elle représente suivant une direction NW-SE, un agent de
transport sableux très important. D'après Ndiaye A (1980), le
transport annuel de sédiments effectué par la houle serait de
l'ordre de 700 000m3/an

F DOMAIN (1980)
Figure 22. Répartition des lutites et affleurement
rocheux sur la côte nord sénégalais
68
Les relevés bathymétriques effectués au
large par BBL-SW (1985) et rapportés par KANE (2007) montrent que le
fond est relativement régulier au niveau de St-Louis. La pente varie de
2 % à 1,66% du rivage jusqu'à une profondeur de 10 mètres,
au-delà de ce point, la pente devient moins accentuée, soit
0,25%. Les fonds sableux occupent une surface réduite à
proximité de la côte

Figure 23. Relevés bathymétriques et
granulométrie moyenne au large de la Langue de Barbarie (MONTEILLET,
1988)
Avec le transport et les dépôts alluviaux le
fleuve a joué un rôle important dans les processus de
sédimentation. RIOU (1936) cité par KANE (1985) souligne
qu'à partir d'un écoulement annuel de 39 millions de
mètres cube, la quantité de limon transportée par le
Sénégal serait de l'ordre de 4 millions de mètres cube.
Ces estimations sur la charge solide des eaux du Sénégal
soulignent l'importance du façonnement continuel de la vallée par
la crue annuelle dans l'apport de matériel fin à l'embouchure du
fleuve Sénégal. En moyenne, les transports solides du fleuve
Sénégal sont de l'ordre de 2 millions de tonnes par an. En terme
granulométrique, la fraction argileuse prédomine en toute saison
et représente 65 à 93% des flux particulaires solides.
La distribution granulométrique moyenne des flux
particulaires solides à l'embouchure est de 75% d'argile
(inférieur à 2u), 14,2% de limons très fin (2 à
5u), 1,9% de limons grossiers (20 à 50u) et 0,3% de sable
(supérieur à 50u)
69
5.7 LES EFFETS DE LA NOUVELLE BRÈCHE SUR LA
PÊCHE MARITIME À SAINT-LOUIS : LA TRAVERSÉE DE LA BARRE
MOINS PÉNIBLE MAIS DES IMPACTS NÉGATIFS AILLEURS.
Pour parer aux inondations qui affectaient
périodiquement la ville de Saint-Louis en période de crue, il a
été ouvert en octobre 2004 un canal sur la Langue de Barbarie.
Situé à 7 km en aval du pont Faidherbe, il doit servir à
évacuer l'excédent d'eau et permettre ainsi la baisse rapide du
niveau fluvial. Cette brèche de 4m au départ, a connu une
tendance très rapide à l'élargissement pour atteindre 800
m en moins d'un an, et 1,4 km en 2006 M BARRY (2004)13, La
BAULE (2006). Les conséquences de cet acte s'apprécient à
différents niveau.

Largeur de l'ouverture (m)
Figure 24. Évolution de l'ouverture de la
brèche. La BAULE (2006)
L'ouverture d'un canal de délestage sur la Langue de
Barbarie correspond en réalité au déplacement de
l'embouchure du fleuve Sénégal de 30 km (vers Taré)
à 7 km en aval de Saint-Louis car l'ancienne embouchure s'est
progressivement ensablée depuis la réalisation de la
brèche. Ce déplacement a entraîné des changements
dans les pratiques de pêche.
Lorsque l'embouchure était à une trentaine de
kilomètres de Saint-Louis, Les sorties en mer de même que les
débarquements s'effectuaient du côté de l'océan au
niveau du secteur proximal, malgré tous les dangers liés à
l'existence de la barre et à la force des houles. Les mises à
terre du côté de la plage nécessitaient à la fois du
temps et beaucoup de main d'oeuvre surtout pour les pirogues de senne
tournante. En plus elles se faisaient dans des conditions périlleuses.
Il fallait à l'arrivée des pirogues porteuses, qui ne pouvaient
souvent accoster sur la plage à cause de la traversée difficile
de la barre, faire des va-et-vient avec de petites pirogues entre la grande
pirogue restée au large et la plage. Pour éviter cette situation,
certains débarquaient côté fluvial en faisant un
détour de plus de 40 km pour passer par l'embouchure.
Avec la nouvelle embouchure, les embarquements et
débarquements se font désormais côté fleuve, ce qui
constitue un gain substantiel de temps et de carburant pour les pêcheurs.
Cette nouvelle possibilité a dopé la pêche maritime
à Saint-Louis comme le montre
13 Walfadjri du 25 Mai 2004
70
l'évolution des volumes de débarquement qui sont
passés de 38 440T en 2003 à 53 787 T en 2004 d'après les
statistiques du SRPSM.
Ces chiffres résultent d'une amélioration des
conditions (débarquement beaucoup plus facile du côté du
fleuve) et d'un regain de dynamisme de l'activité (augmentation des
sorties en mer). Des effets négatifs sont cependant
évoqués par les pêcheurs notamment la difficulté
à passer la brèche après le crépuscule du fait de
la présence de hauts fonds (bancs de sable) difficilement
repérables la nuit et sur lesquels les pirogues se cognent. Plusieurs
accidents de nuit se sont ainsi produits au niveau de la brèche depuis
son ouverture. Selon les pêcheurs interrogés, 37 pirogues de senne
tournante et 6 pirogues de filets dormants y auraient chaviré,
provoquant 32 pertes en vie humaine et la disparition de 6 moteurs hors-bords
de 40 cv. Du coup, ceux qui partent le soir, sont obligés d'attendre la
levée du jour pour rallier le fleuve avec souvent une
détérioration de la qualité du produit (dégradation
plus ou moins importantes du poisson capturé la veille). Ce qui
occasionne des rejets assez importants si le poisson est abondant, ou une
affectation du poisson (produit frais impropre à la consommation)
à la transformation en poisson salé séché, ou
fumé consommable. Dans les deux cas, cela se traduit par des
répercussions négatives sur le revenu du pêcheur. Le
fait

Figures 25. Vue en direction du sud de la
brèche
également que côté fluvial, les
pêcheurs embarquent et débarquent ensemble (sortie en mer
le soir et débarquement le matin) est un facteur de
saturation permanente du marché et de chute des prix.
Vue sous l'angle socioéconomique, la brèche
semble à priori avoir un impact positif immédiat sur la
pêche. En revanche il serait intéressant de s'interroger sur les
avantages à long terme du canal pour la pêche maritime
(augmentation de la pression sur la ressource et entraîne une sur
exploitation des stocks déjà très menacés) et les
impacts dans d'autres secteurs. Déjà en 2005 les
débarquements estimés à 49 000T ont connu une baisse de
plus de 4000T par rapport à 2004.
Selon certains scientifiques, l'ouverture de cette
brèche risque d'avoir des conséquences imprévisibles sur
la zone. ''La brèche va avoir un impact environnemental difficile
à gérer. Elle menace directement les îlots environnants et
va détruire la mangrove qui sert de refuge et de lieu reproduction aux
poissons, aux tortues et à plusieurs espèces d'oiseaux'' avertit
L MANÉ14, selon qui il fallait dévier
les eaux du fleuve dans la zone située entre Saint-Louis et le barrage
de Diama, à une vingtaine de kilomètres en amont de la ville. En
plus, sur cette bande de terre entre le fleuve et l'Océan Atlantique
sont établies des infrastructures hôtelières importantes.
Des hôtels
14 Professeur géophysicien à l'UGB
de Saint-Louis
71
qui sont à moins de deux kilomètres d'une
brèche qui ne cesse de progresser. M T NIANE15 confirme
que ce ne sera pas facile de stabiliser cette brèche à cause de
la configuration du sol du milieu. La Langue de Barbarie est constituée
de sable fin qui ne résiste pas à l'assaut des vagues. Le
Directeur du Service Régional de l'hydraulique soutient que l'urgence de
la situation ne leur avait pas laissé le temps d'examiner la
possibilité de dévier les eaux du fleuve en amont de la ville.
Pour lui, il fallait agir vite et la seule solution qui se présentait
à ce moment était de creuser ce canal pour réduire le
temps d'écoulement des eaux du fleuve vers la mer. Sinon, toute la ville
de Saint-Louis allait être sous les eaux. "Nous n'avions pas le temps
pour réfléchir sur les éventuelles conséquences. Il
fallait d'abord agir" affirme t-il.
Le canal a suscité également de grandes
inquiétudes du côté de certaines ONG. De l'avis de A
SOUMARÉ chargé de programme AMP au WWF-WAMER, "l'ouverture cette
brèche permet l'arrivée frontale des vagues de l'océan, ce
qui provoque une érosion mécanique de la Langue de Barbarie et
entraîne une modification de la mangrove". Pour le coordonnateur des
projets de l'ONG Wetlands International, "la brèche va perturber tous
les écosystèmes du milieu. La nappe d'eau douce de la zone est en
train de remonter en devenant de plus en plus salée, ce qui risque de
poser de graves problèmes d'alimentation en eau des populations
riveraines"
Des menaces pèsent également sur l'avenir des
cultures maraîchères qui constituent, l'activité principale
des populations des villages du Gandiolais contiguës à l'AMP et
adossés au PNLB. La remontée de la nappe suite aux intrusions
marines dues à la progression rapide de la langue salée à
la marée, salinise les terres et les rend de plus en plus
improductives.
Les conséquences négatives de la brèche
se font aussi sentir au PNLB. "Depuis l'ouverture de la brèche, le site
est perturbé et risque de disparaître. Déjà, les
bancs de sables(en particulier l'îlot aux oiseaux), qui servaient de
nichoirs à certains oiseaux et tortues, sont en train de
disparaître à cause des eaux", souligne les responsables du
Parc.
Depuis son ouverture, la brèche est devenue le passage
privilégié des pêcheurs de Guet-Ndar. Elle donne en plus
sur une AMP dont l'objectif est de promouvoir le repos biologique des
espèces qui y vivent. Donc, une zone à priori « tranquille
et peu dérangée ». En plus c'est une zone sensible (passage
obligé des espèces qui se reproduisent dans le fleuve et lieu
croissance des juvéniles de poissons d'eau saumâtre) et
potentiellement riche (surtout en crevette) qui doit selon les techniciens du
Service des Pêches absolument être protégée. C'est
donc, dans la somme de toutes ces positions par rapport au canal que
réside toute la complexité de l'Aire Marine
protégée de Saint-Louis à asseoir un plan de gestion
concerté autour d'une brèche diversement appréciée
(points de vu opposés) par les principaux acteurs concernés.
5.8 CONCLUSION
La morphologie des fonds marins caractérisée par
la présence la de hauts fonds à 100 m des côtes (cf. figure
23) et par l'intensité de la houle et des vagues est à l'origine
d'une barre qui rend la navigation difficile à proximité des
côtes et pousse les pêcheurs à passer par la brèche
où l'effet est moindre.
De par sa position frontalière avec la Mauritanie les
eaux saint-louisiennes subissent les effets d'un upwelling quasi permanent
(7à 8 mois sur douze). Les upwellings sont
15 Chercheur géophysicien à l'UGB de Saint-Louis
72
essentiellement dus aux alizés constants qui poussent
les eaux superficielles loin de la côte et font remonter les eaux froides
et riches en sels nutritifs du fond de l'océan à la surface. Ces
eaux riches rencontrent le soleil tropical, créant ainsi l'environnement
idéal pour la photosynthèse - base d'une chaîne alimentaire
extrêmement productive qui abrite une riche biodiversité.
Les vasières qui caractérisent les côtes
de la Langue de Barbarie (résultats des migrations successifs de
l'embouchure du fleuves Sénégal) présentent l'avantage
d'être un milieu potentiellement riche en crustacées (surtout la
crevette qui attire selon les pêcheurs les espèces
démersales à haute valeur commerciale). Ces vasières non
recouvertes d'herbiers situées à proximité des côtes
peuvent être le siège d'une production primaire importante due au
développement d'algues benthiques. Ces particules
végétales, remises en suspension en marée haute sont le
point de départ d'une chaîne alimentaire complexe. L'importance
quantitative de cette production primaire doit être évaluée
ainsi que leur participation au régime alimentaire des poissons
surexploités pour mieux raisonner le choix du « coeur16
de l'AMP ». La présence de l'embouchure fait également de la
zone nord du Sénégal une aire particulièrement importante
en tant que zone de reproduction des poissons.
En raison de sa forte valeur économique, la zone
côtière Saint-louisienne suscite donc à la fois
l'intérêt des pêcheurs artisans et des flottilles de
pêche nationales et internationales. Cependant, la difficulté
à contrôler le volume des activités de pêche dans la
région s'est traduite par la surpêche (avec comme
conséquence la destruction d'habitats vitaux qui servent de zone de
reproduction pour la faune ichtyologique et autre, et la perte de
biodiversité qui entraîne une plus faible résilience de cet
écosystème) et donc l'épuisement des réserves
halieutiques, affectant les populations locales, surtout les communautés
de pêcheurs de Guet-Ndar.
La brèche, ouverte en octobre 2003, à sept
kilomètres au sud de la ville de Saint-Louis, dans le nord du
Sénégal, ne cesse de s'élargir vers le sud et menace de
disparition, les bancs de sable, qui servaient de nichoirs à certains
oiseaux et tortues marines au niveau du PNLB. Il s'y ajoute la remontée
rapide de la langue salée. Les populations du Gandiolais, qui paient les
effets néfastes de cette nouvelle brèche, semblent
désemparées face à la salinisation de leurs terres jadis
consacrées au maraîchage.
Qui plus est, la Langue de Barbarie est une édification
littorale récente à texture meuble très sensible aux
facteurs morphogéniques actuels (vent, jets de rive). En effet, la
dynamique de type antagoniste entre la dérive littorale durant la saison
sèche et les courants fluviaux pendant les crues semble favoriser la
progression de la brèche.
La question se pose aujourd'hui, devant les
répercussions qu'on suppose graves, de savoir comment des techniciens
ont créé une telle «brèche» sans prendre les
mesures idoines liées à la protection des abords canal de
l'érosion. Il est tout à fait étonnant qu'en même
temps qu'une action est engagée (avec le début du processus de
création des AMP en 2003) pour protéger un environnement fragile
et pour tenter de restaurer un écosystème favorable à la
reproduction et à la vie des espèces marines, qu'une
décision si lourde de conséquences sur le PARC et sur les zones
agricoles proches est prise.
16 Zone devant faire l'objet d'une protection intégrale
73
6 LE PATRIMOINE NATUREL DE L'AMP : UNE SITE A HAUT
POTENTIEL BIOLOGIQUE
L'effet conjugué de facteurs physiques assez
particuliers notamment des upwellings assez longs et la présence d'une
embouchure fait de l'AMP de Saint-Louis une zone potentiellement riche en
ressource biologique.
6.1 LES HABITATS NATURELS : GÉOGRAPHIE ET
TOPONYMIE DES LIEUX DE PÊCHE
Sur l'ensemble de la côte nord, de la Mauritanie
à la fosse de Kayar, les fonds sont disposés en une droite
horizontale avec l'alternance de roche et de vase. Aussi, le pêcheur
perçoit l'aire de pêche au niveau de Saint-Louis comme un point
où la séparation entre fonds rocheux et sablo-vaseux n'est pas
nettement tranchée.
Les fonds de pêche de nature rocheuse sont
appelés « xer » et les sablo-vaseuses
mélangée de coquillage, « joxoor ». Ils sont
délimités et repérables en fonction du temps de route, de
points situés sur la terre et de la mise en relation des uns par rapport
aux autres.
La presque totalité des roches sous-marines constituant
des zones de pêche d'espèces demersales au large de Saint-Louis
est connue par les pêcheurs locaux qui leur donnent des appellations
particulières en fonction des facteurs énumérés.
Les lieux de pêche identifiés, sont tous situés sur le
plateau continental qui s'allonge en pente douce vers le large. Il est couvert
de sables coquillés plus ou moins fins, généralement de
couleur jaunâtre. Les rochers qui s'y observent sont de forme
schistoïdes dans le secteur de Guet-Ndar, à partir de là, le
plateau se rétrécit en direction du sud où les profondeurs
se rapprochent de la côte. La vase entraînée par le fleuve
forme une sorte d'énorme éventail autour de l'estuaire dont le
plus grand diamètre se situe vers le sud-ouest à cause de la
direction générale des courants. Elle recouvre le sable
coquillé jaunâtre.
L'appellation locale des zones de pêche renvoie
généralement comme précité pour leur
repérage, à des noms de personne (celle qui a découvert le
lieu de pêche), de village ou point terrestre (se situant en face de la
pêcherie), des caractéristiques physique de l'endroit. Aussi, A
Séne (1985) affirme qu'à Guet-Ndar, la toponymie des fonds de
pêche en mer, se réfère à la vie terrestre par
l'histoire et la géographie en intégrant et social du
pêcheur. A Saint-Louis, une vingtaine de fonds a été
répertorié avec leurs compartiments. Parmi eux, une dizaine porte
les noms de personnes (notables, politiques et professionnels), d'autres sont
des appellations de lieux publics (hôpital) et souvent les noms
d'éléments typiques (Arbres : coco, tandarmagi) de la
nature environnante pris comme des points de repères terrestres.
74
Tableau 7. Les principaux lieux de pêche connus
à Saint-Louis
ZONE DE PÊCHE
|
PROFONDEUR
|
ESPÈCES PRINCIPALES
|
PRINCIPAUX ENGINS
|
SAISONNALITÉ
|
LOCALISATION
|
Xer wu rey wi, Boutourail, xer Assane, Boss yi, Guentbi
|
10 à 20 m
|
Tonone, Thiof, Langouste, sompatt, Badéche, sole
siketmbaw, ndiané, sipax.
|
Filets dormants,
Lignes, Palangres,
|
Toute saison
|
Dans l'AMP
|
Xer wu reywi, Dem ndum, Xeru mam Mori, Praya gop et tank,
Diattara Hopital
|
20 à 50 m
|
Thiof, Kocc, Tonone, Sompatt, Daurade, Sole, Langouste, feutt
|
Ligne, Filets dérivants, palangre
|
Toute saison
|
Entre la bréche et Guet-Ndar
|
Gouy Maréme , Fatou Ndiaye, Coletbi, Hopital, Sidi,
Madabo, Ndiago, Lakhrat
|
15 à 20 m
|
Mérou, Othelite,Doye, kocc, Tassergal, Liche amie,
Ethmalose, Dentex, Requin
|
Ligne, palangre
|
Toute saison
|
De Guet-Ndar à Boyo (Mauritanie)
|
Source : nos enquêtes
Le listage des lieux de pêche à Saint-Louis a
abouti à leur distribution par zone. Une vingtaine de pêcheries a
été citée par les pêcheurs et ventilée dans
trois zones : kell, tank et Gopp, respectivement la partie faisant
face à Guet-Ndar, celle se trouvant au sud (partie qui englobe l'AMP) et
au nord (vers la Mauritanie). Kell et Gopp
représentent les principaux lieux de pêche car abritant les
trois pêcheries les plus fréquentées par les pêcheurs
de Guet-Ndar, à savoir : Diattara, Praia (partagé avec
la Mauritanie) et Xerwu reywi (qui se prolonge dans l'AMP. Selon les
pêcheurs rencontrés).
Chaque zone renferme des lieux précis de pêche
qui sont selon les pêcheurs des lieux de refuges, de frai et de
croissance d'alevins d'espèces démersales et benthiques.
Même si certains pêcheurs disent qu'il y'a une répartition
uniforme des espèces dans les différents lieux de pêche (on
retrouve les mêmes espèces dans tous lieux de pêche) la
majeur partie affirme qu'il y'a des espèces dominantes dans chaque lieu
de pêche. Les Mérous (Epinephlus aeneus, gigas et goreens)
prédominent à Praia, les Dorades dominent dans les
pêcheries de Diattara, que les Othelites (Pseudotalithus
senegalensis,typus et elongatis), le Sole langua (Cynoglossus
sénégalensis), La Langouste verte (Penaeus
régius) et la Crevette blanche (Penaeus notialis) se
rencontrent le plus au niveau de Xer wu reywi notamment dans sa partie
sud proche de l'embouchure et abritant l'AMP.

Source modifiée Google earth
Lieux de pêche villages environnant Limites de l'AMP
Langue de Barbarie Continent Bréche Zonage
participatif
Fonds
sablo-vaso-coquillés(JOXOR)
Océan Atlantique
AMP
Xerwureywi
Pikeurgui (recif)
Niari miles
Fonds vaseux (bintt)
Bossyi
Mouit
Assane
Buturail
Guent
Vers
Guet-Ndar
Mboumbay e Dégouniay
Doune BABA
Pilote
Le fleuve
Tassinére
K Bernard
Vers Louga
Mouit
75
Figure 26. Représentation schématique des
zones de pêche situées à l'intérieur de
l'AMP
Toute l'activité de pêche à
l'intérieur de l'AMP se fait autour de 'Xerwu reywi',
zone de prédilection des poseurs de filets dormants. Parmi
les huit lieux de pêche repertoriés dans l'AMP, quatre (Gent,
Bouturail, Assane, Bossyi) correspondraient selon les pêcheurs
à des fragments de « Xer wu reywi ». La pêche y
est pratiquée toute l'année, donc pas de repos biologique. Cet
éffort de pêche appliqué en permanence sur la ressource est
en partie à l'origine de la baisse drastique des ressources. Aussi, le
comité de gestion conscient du fait que d'une part les pêcheries
situées dans les 6 miles de la moitié nord de l'Aire Marine
constituent des frayéres pour les crustacées et des nurcery pour
les poissons à affinité estuarienne (Capitaine) qu'il faut
préserver, que d'autre part elles font l'objets d'une surexploitation de
la part des poseurs de filets dormants a décidé de les inscrire
parmi les zones qui seront protégées en premier. Ce choix des
zones à conserver est le résultat du zonage participatif
réalisé conjointement avec la DPN, le service des pêches et
les membres
76
du comité de gestion. Les modalités
d'accés à ces zones de pêche ne sont cependant pas encore
définies.
POINTS
|
LATITUDE
|
LONGITUDE
|
PROFONDEUR
|
SAISONNALITÉ
|
ESPÈCES
|
ENGINS DE PÊCHE
|
AMP
|
15o.50'. 0 N
|
16o.31'. 5 W
|
10 à 81m
|
Toute l'année
|
Thiof, Tonone,
Langouste, Sompatt, Koc, Badeche, Sik, Siket Mbao,
Cigal
|
Filets dormants, Ligne, Palangre, filets dérivants de
surface
|
15o. 58. 5 N
|
16o.48'. 5 W
|
Xer wureywi
|
15o.58'. 07 N
|
16o.33'.07 W
|
19m
|
Intense de janv à mai
|
Xeru Guent
|
15o.57'. 30 N
|
16o.33'. 0 W
|
11m
|
Intense
d'avril à juin
|
Boutourail
|
15o.55'. N
|
16o.32'. 0 W
12m0
|
|
Bossyi
|
15o.53'. 0 N
|
16o.32'. 0 W
|
7m
|
Intense de juin à août
|
Embouchure
|
15o.57'. 2 N
|
15o.30'.07 W
|
|
Source : résultats du zonage ( Août2007)
Tableau 8. Caractéristiques des principaux lieux
de pêche se trouvant dans l'AMP
6.2 LES RESSOURCES EXPLOITÉES : LES
POISSONS
Le poisson reste la principale ressource exploitée dans
l'AMP et ses environs. La pêche des poissons fait partie des usages le
plus anciens que les habitants de la Langue de Barbarie ont exercés sur
l'océan depuis le déclin de la pêche fluviale a
Saint-Louis.
6.2.1 La présence du poisson conditionnant des flux
migratoires
Sur la grande côte de St-Louis à Kayar, le
plateau continentale sénégalais reçoit
saisonnièrement des afflues d'eau froide à partir de novembre
dont le phénomène principal est la remontée d'eau froide
appelée « upwelling » déclenchée par les vents
alizés. Elle provoque une diminution de la température des eaux
(16 à 17°) et enrichit les couches superficielles en sels
minéraux permettant une forte concentration et une prolifération
de la biomasse végétale et animale qui entre dans la composition
alimentaire des poissons.
En saison chaude les eaux de surface ont une
température élevée (26 à 29°), les sels
minéraux comme les organismes vivants sont très rares du fait de
l'accélération du cycle biologique c'est pourquoi les eaux sont
pauvres.
Les saisons de pêche à Saint-Louis sont fonction
de l'état de la mer. Schématiquement on peut distinguer deux
saisons : Une saison d'abondance de janvier à avril liée au
phénomène upwelling et une saison pauvre de juin à
décembre.
Chaque saison a ses espèces propres. Ces espèces
accompagnent les masses d'eau qui leur servent de milieu d'évolution et
accomplissent des migrations suivant les saisons. Durant
77
la saison chaude les espèces d'eau froide (Thiof, Ngot,
chinchard noir etc ) se trouvent hors des eaux sénégalaises vers
les latitudes 20 à 30 ° nord. Leur migration vers le sud
débute en octobre. En Février-Mars elles se trouvent entre les
16° et 10° parallèles nord. Dès avril cependant elles
commencent leur retour vers le nord. » (KANE 2005)
6.2.2 Les espèces démersales
côtières
Les fonds de mer constituent le cadre de vie des
espèces démersales. Leur répartition en fonction de la
nature sédimentologique du fond (fond vaseux, vaso-sableux, et rocheux)
et de la profondeur permet de distinguer principalement trois
communautés : la communauté à Sciaénidae, la
communauté Sparidae, la communauté du rebord du plateau.
La nature du fond a une influence sur la
vulnérabilité des especes aux engins de pêche. Sur les
fonds rocheux, inaccessibles aux chalutiers,les poissons ne peuvent être
capturés qu'à la ligne ou aux filets maillants. Sur certains
fonds de vase, des espèces comme la crevette (Penaeus
duorarum), qui s'enfouissent dans le sédiment (e jour, ne
sont capturées par (es cha(utiers qu'à (' aide de cha(uts
équipés de dispositifs permettant de foui((er (a vase ou bien, (
a nuit, (orsqu'e((es s'é(èvent au-dessus du fond.
6.2.2.1 La communauté à Sciaenidae
Elle comprend :
Qr des espèces très (ittor a(es vivant
au voisinage des embouchures et des cours d'eau te((es que (es carpes b(
anches, (es machoirons et (es so(es. Ces espèces à faciès
d'estuaire sont en génér a( abondantes en saison chaude sur (es
fonds (moins de 20 m) où e((es se r assemb(ent pour ( a
reproduction.
Qr Des espèces à faciès mixte
te((e que (e capitaine qui sont abondantes en saison chaude prés de (a
côte où a (ieu (a reproduction, a(ors qu'en saison froide, e((es
ont une distribution p(us profonde (SUN, 1975 cité par THIAM M et a().
La saison chaude est se(on (es pêcheurs ( a période où i(s
(es pêchent en abondance, capturant de grandes quantités de
feme((es reproductrices. I(s réduisent a(ors, (e potentie( de
reproduction de ces espèces. Qui p(us est, (e renouve((ement est (ent
avec une maturité sexue((e à 4 ans ou p(us. Cette surexp(oitation
fait que (es espèces adu(tes se rencontrent de moins en moins à
Saint-Louis se(on (es pêcheurs. Du coup, i(s se reportent sur (es
juvéni(es en jouant sur (e mai((age des fi(ets qu'i(s ont tendance
à réduire. L'exemp(e des poseurs de fi(ets dormants qui uti(isent
des mai((es 32 mm a(ors que ( a norme autorisée par (e code de ( a
pêche est de 100 mm (artic(e 28 a) est assez i((ustr ant. I(s
occasionnent donc des dégâts impressionnants sur (a popu(ation
juvéni(e et b(oquent (e processus de renouve((ement des
stocks.

AMP de Kayar
AMP d'Abéné
AMP de Joal
AMP de Bamboung
AMP de St-Louis
78
Source CRODT (1985)
Figure 27. Répartition des différentes
communautés démersales sur les côtes
sénégalaises
6.2.2.2 La communauté des espèces de la
thermocline
Principalement composées de crustacées, les
espèces de cette communauté (surtout la crevette blanche, les
langoustes...) se rencontrent entre la côte et la profondeur de 75m
(THIAM, 78). Pour la crevette, le cycle vital passe par une phase lagunaire des
juvéniles. Les
79
juvéniles et les subadultes se retrouvent ainsi dans
l'estuaire. Ce sont des espèces que l'on retrouve dans l'AMP notamment
au voisinage de l'embouchure.
6.2.2.2.1 La communauté des Sparidae Elle
comprend :
· (es espèces des fonds meub(es comme (a
seiche que ('on rencontre jusqu'à 150 à 250m.
? (es espèces à faciès de fond
dur ((e mérou, (es daurades...) qui sont inféodés au fonds
rocheux continus ou discontinus et à (eur voisinage. Le
phénomène de reproduction du mérou est permanent, mais on
distingue une ponte principa(e en mai-juin et une ponte secondaire en
jui((et-septembre, J.J. (événez17.
Les trois princip a(es zones rocheuses caractérisées par (es
pêcheurs sont : « Diattara » (moins de 10 km au
nord-nord ouest de Saint-Louis sur (a frontière
sénéga(o-maurit anienne, e((e est partagée entre (e
Sénéga( et ( a Mauritanie), « Praia » (environ
14 km à ('ouest de Saint-Louis) et « kher wu reywi »
terme wo(of qui signifie ( a grande roche (environ 6 km au sud-ouest de
Saint-Louis, banc rocheux qui v a de Guet-Ndar à (a moitié nord
de ('AMP).
? (es espèces du faciès mixte te( que
(e pageot. Le pageot a deux pics de reproduction. La ponte a (ieu sur (es fonds
de 50 m. L a princip a(e nurserie se situe sur (a petite côte du
Sénéga(.
La figure ci -dessus montre une dominance des espèces
des faciès d'estuaire et mixte sur la petite côte (entre Dakar et
Ziguinchor). Cela est lié à la présence de nombreux cours
(fleuve Saloum, fleuve Gambie, fleuves Gambie etc.). Les espèces de la
pente continentale (à Kayar à cause de l'existence d'une fosse)
et des fonds meubles sont plus abondantes au niveau de la grande. On trouve
à Saint-Louis essentiellement des espèces de fonds meubles en
plus des espèces mixtes du fait respectivement de la nature
sédimentaire des fonds marins (sablo-vaseux) et de la présence de
l'embouchure. La distribution des AMP le long des côtes
sénégalaises s'inscrit donc dans une logique de protection de
toutes les communautés d'espèces. Autrement dit, sur le plan de
la conservation, le Sénégal désire couvrir toute la
diversité biogéographique et écologique des habitats
marins et a ainsi placé les AMP en de nombreux endroits
différents. Les AMP du littoral sud visent essentiellement à
protéger les espèces de la communauté des Scianidae, alors
que celles du littoral nord sont complémentaires et présente
chacune une particularité : Kayar est la seule à protéger
des espèces du faciès de la pente continental alors que
Saint-Louis est la seule AMP à protéger des espèces de
fonds meubles.
17 Barry M et AL (1994):Evaluation des ressources exploitables
par la pêche artisanale sénégalaise. pp 132
80
Tableau 9. Principales espèces de poissons
démersaux pêchés dans l'AMP de St-Louis
NOM WOLOF
|
NON FRANÇAIS
|
NOM SCIENTIFIQUE
|
PÉRIODE
|
Thiof
|
Mérou blanc
|
Epinephlus aeneus
|
Toute l'année avec
une forte intensité entre Avril et Juin
|
Kocc
|
Mérou de méditerranée
|
Epinephlus gigas
|
Tiki ou youfouf
|
Pageot
|
Pagellus copei
|
Diarégne
|
Dentex
|
Dentex filosus
|
Banda
|
Dorade grise
|
Plectorhichis méditerranneis
|
Magne magnére
|
Dentex à gros yeux
|
Dentex macrophtalmus
|
Beur ou Sakhabi
|
Courbine
|
Argirosomus regius
|
Doye
|
Mérou de Gorée
|
Epinephlus goreens
|
Mori
|
Loche
|
Merluccius sénégalensis
|
Rascasse
|
Rascasse
|
Scorpaena stephanica
|
Khassaw
|
Fiatol
|
Stromateus fiatola
|
Rour
|
Mérou noir
|
Epinephelus canunis
|
Soum
|
Langouste verte
|
Penaeus régius
|
Sipax
|
Crevette blanche
|
Penaeus notialis
|
khedd
|
Brochet
|
Sphyraena phyreana
|
Badéche
|
Badéche
|
Mycteroperca rubra
|
Kibaro
|
Dorade
|
Sparus ehrenbergii
|
Khal
|
Othelite Bobo
|
Pseudotolithus elongatus
|
Sole
|
Sole langue
|
Cynoglossus sénégalensis
|
Ndiané
|
Capitaine
|
Polydactylus quadrifilus......
|
Kibaro nar
|
Pagre
|
Pagrus erhenbergi
|
Feutt
|
Othelite du sénégal
|
Pseudotolithus senegalensis
|
Toute l'année avec
une forte intensité
entre Juillet et Octobre
|
Tonone
|
Othelite nain
|
Pseudotolithus typus
|
Yaranka
|
Poulpe
|
Octopus vulgaris
|
Kong
|
Machoiron
|
Arius sp
|
Yeureundeu
|
Seiche
|
Sepia officinalis
|
Khedd
|
Barracuda
|
Sphyraena piscatoreum
|
Source : nos enquêtes
A Saint-Louis, la pêche des espèces
démersales (Mérou, Dorade, Dentée, Corbine...) se fait
toute l'année au niveau des différents lieux de pêche
cités. Elle est intense les mois d'avril, mai et juin (saison
communément appelée Thiorone à Guet-Ndar) et
modérée le reste de l'année. Or comme nous l'avons
cité, la ponte principale du Thiof (l'une des espéces les plus
prisées) a lieu fin du Thiorone. Cette période
correspondrait selon les pêcheurs, à celle où les
espèces à faciès mixtes viennent frayer dans l'estuaire.
Toutes choses qui font que la
81
ressource est menacée, d'autant plus que la
période d'abondance (où l'effort de pêche est accru)
équivaut souvent des stades biologiques de grande
vulnérabilité (ponte, alevinage...)
Entre juin et juillet, de faibles quantités
d'espèces démersales (carpe blanche, sole...) à forte
valeur commerciale liée à la rareté du poisson pendant
cette période, sont débarquées par les pêcheurs
à la ligne.
Au-delà du mois de Juillet, les pêcheurs
détenteurs de pirogues glacières, effectuent des sorties de 2
à 4 jours sur des distances de + de 100 km et le plus souvent, de
manière clandestine dans les eaux mauritaniennes, d'où
proviennent l'essentiel des prises pendant cette période. Pour les
autres, cette saison peut être considérée comme morte,
compte tenu de la faiblesse des volumes débarqués.
> Une mer poissonneuse en Mauritanie
La richesse de la mer mauritanienne comparée à
celle du Sénégal est le résultat de la combinaison de
plusieurs facteurs. Entre autres facteurs, on peut citer le fait que la
Mauritanie protège son océan depuis les années 70 avec la
création en 1976 du Parc National du Banc d'Arguin (PNBA) où les
poissons trouvent des conditions privilégiées de reproduction et
de développement. En terme de configuration morphologique, la partie
mauritanienne abrite plus d'habitats naturels (roches sous marines) que la
côte nord sénégalaise. Qui plus est, l'upwelling est plus
long et accentué sur les côtes mauritaniennes grâce à
l'activité permanente de l'upwelling du Cap Blanc. Enfin, la Mauritanie
n'a pas par tradition une vocation particulière à la pêche.
Bien qu'elle jouisse d'un potentiel considérable de ressources
halieutiques, la Mauritanie a une population à la fois très
réduite (un peu plus de 3 millions d'habitants) et peu encline à
la pêche exceptée un petit noyau ethnique (Imraguen)
traditionnellement tourné vers cette activité, F DIOURY(1986).
> Point sur les accords de pêche
sénégalo mauritanienne.
Déjà, en début des années 80, la
rareté du poisson se fait sentir à Saint-Louis. De plus en plus,
les pêcheurs Guet-Ndar s'orientent vers les eaux mauritaniennes où
l'accès jusque là est libre. C'est l'intensification de
l'activité dans des eaux mauritaniennes excepté le PNBA. En
l'espace de quelques années, la Mauritanie est devenue le principal lieu
de pêche. Certains pêcheurs disent même que leurs zones de
pêche traditionnelle se situent au large de Ndiago en Mauritanie.
Toujours est -il que, en 1989 survient un différend entre les deux
États qui aboutit à la fermeture des frontières. Jamais
dans l'histoire les Guet-Ndariens ne se sont vus interdire un espace maritime
avant cette date. En 2001 une convention devant régir les relations de
pêche (art. 1) ente les deux États est signée. Le
Gouvernement de chaque État s'engage à favoriser dans la limite
des ressources disponibles et en conformité avec les lois et
règlements, l'activité des pêcheurs artisans de l'autre
État dans les eaux sous sa juridiction (art. 3a). Pour se faire une
autorisation préalable (licence de pêche) est
délivrée par l'État dans les eaux duquel, la pêche
est pratiquée (art. 3b). Les conditions d'applications des dispositions
de la Convention (notamment le nombre de licences à accorder) sont
fixées dans un protocole d'accord négocié et
renouvelé tous les ans.
De façon générale, c'est le
Sénégal qui, de l'étroitesse de ses pêcheries et de
la surcapacité de pêche par rapport à une ressource devenue
rare, propose à son voisin des accords d'accès basés sur
le principe de la réciprocité. Il se trouve qu'en matière
de pêche artisanale, la Mauritanie n'a pas besoin d'accéder
à la ZEE sénégalaise. En 2001, 250 licences libres de
pêche artisanale ciblant uniquement les pélagiques pour une
durée de 4 mois sont annuellement accordées par la partie
mauritanienne, moyennant une redevance 75 000 Fcfa par pirogue de moins de 13 m
et par an et 150 000 Fcfa pour les pirogues de plus de 13 m. Le
82
protocole de 2007 prévoit selon l'Inspecteur
Régional des pêches de Saint-Louis, un octroi de 270 licences pour
une durée de 6 mois contre une redevance de 80 000 pour les pirogues de
moins de 13 m et 180 000 pour celles supérieures à 13 m. Les
pêcheurs de Guet-Ndar prétendent par contre que, depuis le conflit
de 1989, la Mauritanie ne fait guère preuve de volonté de
conciliation avec le Sénégal en matière de pêche
maritime. Ils déplorent la lenteur des procédures relatives
à la demande et à la délivrance des licences qui fait
qu'en réalité peu de pêcheurs en bénéficient
à Saint-Louis. Quand bien même s'ils arrivent à l'obtenir
c'est souvent pour une durée d'activité plus courte que
prévue par le protocole (par exemple, ils reçoivent en septembre
des licences qui expirent en octobre).
Très souvent des revendications sont formulées
au cours des entretiens avec les pêcheurs, relatives à leurs soit
disant anciens territoires de pêche (sans frontière entre le
Sénégal et la Mauritanie). Pendant longtemps, les
sénégalais ont constitué le fer de lance de la pêche
mauritanienne. DIAGNE (1998)18 affirme que, ce sont les
pêcheurs de Guet-Ndar qui à travers des générations,
ont inventé tous les sites de pêche connus le long du littoral
sénégalo-mauritanien ; que toute la toponymie maritime
halieutique du littoral des deux États porte les marques de leurs
empreintes.
Il n'est pas surprenant dans ce contexte, de constater une
obstination des pêcheurs de Guet- Ndar à mener l'activité
dans les eaux mauritaniennes par des incursions clandestines malgré les
risques d'arraisonnement et de confiscation de leur matériel. Entre 1999
et 2000 (avant l'entrée en vigueur de la Convention), 4000 marins
pêcheurs guet-ndariens se sont rendus en Mauritanie, SRPSM/SL (2007). Ce
sont principalement les pêcheurs qui font la pêche du jour
où des marées de coute durée (moins de 48 heures) dans la
zones mauritanienne avant de venir débarquer leurs captures à
Saint-Louis.
Il arrive aussi que les pêcheurs, surtout les «
ligneurs de fonds» négocient avec les gardes côte
mauritaniens des permis tacites de pêcher dans les eaux sous juridiction
mauritaniennes valables une seule marée, à renouveler moyennant
une somme d'argent avant chaque sortie. Cela se fait par le biais de relais
servant d'intermédiaires entre les gardes côtes et les
pêcheurs. C'est une pratique de plus en plus courante selon les
pêcheurs. Il faut souligner qu'elle est favorisée par
l'intérêt que cela présente pour les deux parties : d'une
part, elle enrichit les gardes côtes et d'autre part, elle permet aux
pêcheurs ne pouvant pas bénéficier de permis, d'avoir la
possibilité de pêcher en fraude dans les eaux mauritaniennes sans
risque de se faire prendre.
Certain pêcheurs ont simplement
préféré s'installer à demeure dans la capitale
mauritanienne, Nouakchott. Cette présence, saisonnière de longue
durée, liée prioritairement à la pêche, offre en
outre aux guet-ndariens l'occasion d'autres activités lucratives : ils
achètent à Nouakchott, en vue de la revente à Guet Ndar ou
dans d'autres centres côtiers sénégalais, des pièces
détachées pour les moteurs marins et des nappes de filets, dont
le prix en Mauritanie est nettement inférieur à celui
pratiqué dans les dépôts sénégalais. De plus,
les ruptures de stock sont assez fréquentes au Sénégal,
surtout s'agissant des pièces pour moteurs japonais.
Cette situation montre que l'adhésion des
pêcheurs de Saint-Louis à la mise en oeuvre d'une AMP dans leur
espace de pêche ne peut se faire que si on intègre la
problématique de la libre pêche en zone mauritanienne dans les
mesures de gestion et d'accompagnement qui
18 Migration et conflits de pêche le long du Littoral
sénégalo-mauritanien : cas des pêcheurs de Guet-Ndar. In
Recherches Africaines. No 03, décembre 2006
seront envisagées pour atténuer les
conséquences négatives des restrictions qui seront
appliquées, à défaut des les compenser. L'AMP est proche
de la frontière, et en raison des migrations de poissons, ce qui se
passe à l'intérieur est très en relation avec les
pratiques à l'extérieur. Le débat dépasse alors le
cadre restreint d'une AMP et se pose en terme d'orientations et
d'évolution des relations entre les deux États. A ce niveau, la
balle est dans le camp des autorités administratives qui gèrent
les AMP (DPN, DPMSC). De leur capacité à sensibiliser
l'État sur la nécessité de rendre plus accessible la zone
mauritanienne si on veut asseoir une AMP qui fonctionne bien à
Saint-Louis, dépendra le respect du plan de gestion qui sera
élaboré. Autrement, il sera difficile pour les pêcheurs de
s'approprier l'AMP, comme ils le répètent souvent « on ne
peut pas à la fois nous interdire le nord et le sud de Saint-Louis. Si
vous voulez protéger le sud, faites au moins que le nord nous soit
autorisé ». A cet effet, O DIOP (2006) rapporte que de plus en plus
les Guet-Ndariens sont habités de sentiment d'abandon,
d'incompréhension, très souvent de révolte contre les
autorités des deux pays : pour le cas de la Mauritanie à raison
des conditions jugées difficiles pour pratiquer la pêche ; pour le
cas du Sénégal, pour son « manque de courage » et pour
avoir accepté des dispositions « contraires à leurs
intérêts »

Epinephelus aeneus (Thiof) Pagellus
bellottii(Tiki) Plectorhynchus méditerranneus Sparus
ehrenbergii (kibaro)
(Banda)
(Sphyraena piscatoreum) Penaeus notialis (Sipax)
Palinurus mauritanicus Pagrus erhenbergi
(Khedd) (Langouste) Kibaro nar)
Epinephelus goreens (Doye)
Polydactylus_quadrifilis Epinephelus gigas (Kocc)
Helicolenus-dactylopterus
(Capitaine) (Rascasse)
Mycteroperca rubra Dentex macrophthalmus Dentex
filosus Argyrosomus_regius
(Badèche) (Magn magnére)
(Diarégne) (Sakhabi)
Esox licius ( khedd)
pseudotolithus_senegalensis pseudotolithus_typus Cynoglossus
sénégalensis
(feutt) (Tonone) (Sole langua)
83
Figure 28. Clichés photographiques des principales
espèces démersales pêchées à
St-Louis
84
6.2.3 Les espèces pélagiques
Les pélagiques constituent les captures les plus
importantes en terme de volume. Les deux groupes d'espèces les plus
importantes sont les sardinelles (S aurita et S. maderensis) et les
chinchards (T. trecae). Ces espèces effectuent des migrations
saisonnières Nord-Sud d'amplitude variable dont dépend la
disponibilité pour la pêche au Sénégal
Pour la Sardinella aurita la phase de descente dans
les eaux sénégalaise à partir de Saint-Louis,
coïncide avec le début de la saison froide. La phase de
concentration, de préponte a lieu en mars-avril au sud du
Sénégal (cf. fig.30), de mai à septembre les individus
effectuent leur remontée vers le nord jusqu'à25°Nord avec
une phase de ponte (Boely et al, 1978, cité par Barry M et al). Les
juvéniles et les jeunes reproducteurs restent dans les nurseries de la
petite côte sénégalaise et du Banc d'Arguin (Mauritanie)
pendant une année avant de se joindre aux adultes. L'AMP de Saint-Louis
n'est donc pas pour les pélagiques (qui constituent 80% des prises
annuelles) un site de reproduction, en particulier les sardinelles (plus de 90
% des pélagiques débarqués selon les techniciens du SRPS).
Toute porte à croire que leur présence pendant l'upwelling, est
liée à leur migration soit vers le Sud du Sénégal
à partir de janvier, soit vers la Mauritanie à partir du moi de
mai. En réalité l'AMP ne constitue pour les pélagiques pas
plus qu'un couloir de migration.

Source. Boely et al (1978)
Figure 29. Cycle migratoire, périodes de
pontes, nurseries, et localisation mensuelles des principales concentrations
d'adultes de Sardinella aurita dans la zone
Sénégalo-mauritanienne
85
Les cycles migratoires des autres espèces
pélagiques présentent à peu prés le même
schéma spatio-temporel avec des amplitudes différentes
Tableau 10. Principales espèces de poissons
pélagiques pêchés dans l'AMP de St-Louis
NOM WOLOF
|
NON FRANÇAIS
|
NOM SCIENTIFIQUE
|
PÉRIODE
|
Kirikiri
|
Thonine
|
Euthyllis alleteratis
|
Décembre à Juin
|
Thath
|
Liche Vadigo
|
Campogramma glacos
|
Silingkeu
|
Barre tachetée
|
Dicentrarchis peunctatis
|
Yaboy Tass
|
Sardinelle plate
|
Sardinella maderensis
|
Yaboy Meureuk
|
Sardinelle ronde
|
Sardinella aurita
|
Deem
|
Grand mulet
|
Mugil sp
|
Warangal
|
Liche amie
|
Lichia amia
|
Yawal
|
Scyris d'Alexandrie
|
Scyris Alexandria
|
Rôm
|
Mulet
|
Morome Punta
|
Diai bu nioul
|
Chinchard noir
|
Trachurus tracae
|
Diai
|
Chinchard jaune
|
Decapterus ronchus
|
Ngot
|
Tassergal
|
Pomotomus saltator
|
Lagn lagn
|
Plat plat
|
Chloroscombris chrysurus
|
|
Fayour
|
Pelon
|
Brachydeuterus oritus
|
|
Ndiarweule
|
Liche glauque
|
Trachinoctis ovatis
|
Mai à Octobre
|
Kobo
|
Ethmalose
|
Ethmalosa fimbriata
|
Tawett
|
Carangue du Sénégal
|
Carang sénégalus
|
Sompatt(Koroth)
|
Pristipomme ordinaire
|
Pomadasis peroteti, suillum, jubeleni
|
|
Rembal
|
Alose rasoir
|
Ilisha africana
|
|
Source : nos enquêtes
A partir du mois de juin, les eaux s'appauvrissent à
cause de la migration vers le nord des espèces abondantes (Sardinelle,
Mulets, Chinchard...). Seules quelques espèces (Ethmalose, Carpe
blanche, Seiche...) sont débarquées en petites quantités
pendant cette période.
D'après les statistiques du Service régional des
pêches maritimes, en 2005 à Saint-Louis, sur un volume total de 49
613 tonnes de poissons, 31 937 tonnes sont débarqués entre
Décembre et Mai ce qui représente environ 64% des prises
totales.

4000000
7000000
6000000
5000000
3000000
2000000
1000000
0
86
Source : SRPSM
Figure 30. Mises à terre mensuelles en Kg de
poissons débarqués à Saint-Louis en2005
Abritant des zones de frayère et de nurserys
halieutiques, l'AMP de Saint-Louis joue à raison de la
variété des biotopes marins un rôle important dans
l'économie de la pêche au niveau national. Par conte, nos
recherches ont fourni peu de données sur la biologie (cycle de
reproduction, maturité sexuelle, durée de vie, niche
écologique...) des espèces demersales nobles, en particulier
celles de la communauté des sparidae. Nous nous sommes surtout
contentés des dires des pêcheurs qui doivent être
quantifiées et corroborées par des données scientifiques.
La nécessité de mieux connaître la ressource pour mieux la
gérer, et la volonté de montrer que l'AMP contribue dans le
renouvellement du stock de poisson font que des études ichtyologiques
sont tout à fait prioritaires à l'intérieur de l'aire
protégée. Les espèces de valeur commerciales doivent
être étudiées avec soin en insistant sur la dynamique et
les échanges de population avec l'extérieur. Cette étude
est un préalable à tout plan de gestion et son urgence est
dictée par le fait que, ces populations, symbole de richesse du milieu,
semblent fortement diminuer depuis quelques années à
Saint-Louis.

Mugil spp (deem) Pomadasus saltator
(Ngot) Lichia amia (Warangal) Ethmalosa fimbriata
(Kobo)
Morome Punta (rôm) Dicentrarchus peunctatis
Trachinotuss ovatus Brachydeuterus auritus
(Silingkeu) (ndiarwele) ( Fayour)
Sardinella maderensis Sardinella maderensis
Decapterus rhonchus Trachurus trecae
(yaboy tass) (yaboy meueuk) ( Daï) (
Diaï bu gnul)
pomadasys_jubelini Brachydeuterus auritus Campogramma
glacos Chloroscombris chrysurus
( Sompatt) ( Fayour) (Thiatt) (Lagn
lagn)
Figure 31. Clichés photographiques des
principales espèces pélagiques pêchées à
St-Louis
6.3 AUTRES ESPÈCES PRÉSENTES : LES
OISEAUX, TORTUES ET MAMMIFÈRES MARINS
Les nombreuses zones humides qu'elle abrite, font de la
région de Saint-Louis la réserve ornithologique la plus
importante du Sénégal. Elle abrite deux sites d'importance
internationale pour les oiseaux (zones de reproduction) d'eau résidants
et migrateurs, notamment le Parc National des oiseaux du Djoudji (PNOD) et le
PNLB.
Située entre le PNLB et le PNOD, l'AMP de Saint-Louis
renferme de toute évidence des couloirs de passage d'oiseaux marins
migrateurs qui transitent par Saint-Louis.

AMP de
Saint-Louis.
www.ausenegal.com
87
Figure 32. Les aires protégées du nord du
Sénégal
Les oiseaux font l'objet d'étude et de suivi
régulier au niveau de ces deux parcs nationaux. Près de 360
espèces d'oiseaux (dont 322 espèces réellement
observées) parmi lesquelles 58 espèces nicheuses (Rodwe((
et a(. 1994, More( et More( 1990) ont été recensées au
PNOD. L'effectif tota( de (' avifaune du PNOD est estimé à p(us
de
88
3 000 000 d'individus (toutes espèces
confondues) au p(us fort de ( a saison (Décembre) avec 90% d'oiseaux
d'eau qui sont pour (a p(up art des migrateurs du p a(é arctique. Le
Parc N ationa( des Oiseaux du Djoudj est, en Afrique de ('Ouest, ('une des
zones d'hivernage (es p(us importantes pour ces derniers. D'autres y font esc
a(e pour ensuite poursuivre (eur route vers des quartiers d'hiver en Afrique
Centra(e ou du Sud. Les canards (s arce((es d'été, canards pi(et,
canards souchet) et (es (imico(es (Cheva(ier combattant et barge à queue
noire) sont (es p(us représentatifs (TRECA, 1990).
L'îlot aux Oiseaux, situé dans l'estuaire du
fleuve Sénégal dans le Parc National de la Langue de Barbarie,
est également un endroit de nidification important pour les
espèces piscivores telles que la Mouette à tête grise, le
Goéland railleur, le Sterne royale et le Sterne caspienne

Figure 33. Îlot aux oiseaux du PNLB
Même si la façade atlantique du PNLB est un site
de nidification des tortues marines, les pêcheurs avouent que la
présence de cette espèce semble aujourd'hui anecdotique. Les
traces et/ou carcasses de quatre espèces sont cependant signalés
par le conservateur du PNLB. Ce sont : la Tortue luth (Dermochelys
coriacea), laTortue imbriquée (Retmochelyus imbricata),
laTortue olivâtre (Lepidochelys olivacea), laTortue verte (
Chelonia mydas ). D'ailleurs, le WWF WAMER a initié une
politique de protection des cétacés et tortues marines. Il
mène dans le PNLB depuis quatre une campagne suivi des tortues marines
au niveau des différents lieux présumés de ponte pour
s'assurer de leur présence effective en vu de mettre en place un
programme local de préservation de cette espéce. Cette initiative
ne doit pas se limiter au PNLB, mais couvrir toute la bande maritime de la
Langue de Barbarie.
Aussi dans le plan de gestion de l'AMP, il est important de
prévoir des études scientifiques sur les tortues marines à
Saint-Louis pour la connaissance et la gestion de cette espèce
menacée. Des études complémentaires de l'inventaire des
espèces et des sites de ponte doivent être poursuivies dans l'AMP
pour rassembler des données de base sur les espèces
présente et obtenir une cartographie des sites de ponte.
En ce qui concerne les mammifères marins les
pêcheurs signale la présence de Baleine19de Dauphin
(Zouza teuszii), de Phoque moine (Monachus monachus).
19 En Août 2007 un Bébé
Baleine a été retrouvé mort sur la page d'hydrobase. Les
causés du décès n'ont pu être
déterminées
89
7 LES MODES D'EXPLOITATION : UNE DIVERSITÉ DE
PRATIQUES À L'ORIGINE DE LA PRESSION ACCRUE SUR LA RESSOURCE ET DES
CONFLITS ENTRE USAGERS.
Les pêcheurs jusqu'ici rencontrés s'accordent sur
le fait que des espèces encore abondantes il y'a 15 à 20 ans
deviennent de plus en plus rares, notamment dans la zone des 6 miles marins (1
mile=1609m) réservée en principe à la pêche
artisanale. Ce phénomène touche surtout les espèces
démersales. A l'inverse des poissons pélagiques, les poissons
démersaux sont inféodés à des milieux particuliers
et se fixent généralement dans des zones ils trouvent à la
fois un habitat (roches sous marines, récifs coralliens...) et des
conditions de vie favorables (peu de menaces). Conditions qui
prévalaient surtout avant la modernisation des techniques de
pêche. Le poisson était abondant et présent en permanence
dans les eaux limitrophes du rivage. La menace qui pèse donc sur ces
espèces est due à plusieurs facteurs. Les plus
déterminants sont :
~ De l'avis des pêcheurs de Guet-Ndar, la
première cause de la dégradation des ressources halieutiques est
la pêche industrielle clandestine qui exploite par les chalutiers et
crevettiers, la zone réservée à la pêche artisanale.
« Toutes les nuits on aperçoit du rivage, des bateaux
opérer de façon illégale à moins de 2 miles de la
plage» affirme la plupart des pêcheurs
~ La disparition des crustacés (crevettes,
langoustes...) entraînant la disparition de beaucoup d'espèces
démersales. Selon les pêcheurs, la plupart des espèces
démersales se nourrissent de crevettes. Les crustacés sont des
espèces qui ont besoin à des périodes de leur vie, de
milieux aux caractéristiques différentes (salés,
saumâtres, etc.). La reproduction se passe généralement
à l'intérieur des fleuves (eau douce) les larves convergent vers
les embouchures (milieu saumâtre) où elles grandissent puis la
maturation se fait en pleine mer en milieu salé. C'est toute
l'importance des zones d'estuaires dans la préservation des ressources
halieutiques. L'existence de l'embouchure a favorisé leur
prolifération sur la côte nord du Sénégal, mais
elles montrent des signes de surexploitation suite à des pillages
perpétrés par les bateaux chalutiers qui interceptent les
femelles reproductrices et les jeunes adultes au moment de leur
déplacement entre la haute mer et l'embouchure.
~ La pression accrue sur la ressource (augmentation du nombre
de pêcheurs, du nombre de pirogues et de l'effort de pêche) et
l'utilisation d'engins plus efficaces (senne tournante)
~ La destruction des habitats due à l'utilisation de
mono filaments par les bateaux chalutiers et les pêcheurs aux filets
dormants. Les filets non dégradables s'accrochent sur les roches qui les
retiennent poussant les pêcheurs à les abandonner sur place.
L'engin continue à pêcher. Le poisson capturé se
décompose et crée à l'intérieur et aux environs
immédiats des roches des conditions physiques et biologiques impropres
à la vie.
En somme, cette situation est à la résultante
d'un déséquilibre à la fois écologique et
socioéconomique. Elle entraîne de sérieux
dégâts sur l'écosystème marin et met en péril
la survie d'une communauté tributaire de la pêche.
90
7.1 LES MOYENS DE PRODUCTION : DES TYPES DE
PÊCHE EN FONCTION DE L'EMBARCATION ET DES ENGINS UTILISÉS ET DU
QUARTIER
La typologie des catégories de pêcheurs se fait
selon le type d'engin utilisé. L'engin de pêche détermine
également la taille des embarcations. La diversité des rapports
de production ressort de celles des engins et des combinaisons de moyens de
production mis en oeuvre. Les formes de coopération et de partage du
produit sont spécifiques au type de pêche. La
propriété des moyens de production connaît des formes
multiples : propriété de tout ou partie de l'équipement,
par un individu ou un groupe (moyens hérités par exemple...).
Cette propriété est rémunérée par les parts
attribuées à l'équipement (moteurs, embarcations, engins),
caractérisées par une disparité liée au coût
du matériel.
7.1.1 Les embarcations :
Les pêcheurs saint-louisiens emploient diverses pirogues
faites à partir d'un modèle standard appelée pirogue
guet-ndarienne (CHABOUD et KEBE 1985). Elle comporte toujours trois parties :
le corps les éperons et le bordage
~ le corps de la pirogue (appelé aussi
calle, quille ou socle) est formé d'un tronc d'arbre plus souvent un
fromager (Ceiba pintendra) ou un caicédrat (Khaya
senegalensis) évidé et taillé en forme d'auge. Ses
extrémités sont fuselées. Le fond de la pirogue est
transversalement plat. Il se relève progressivement dans le sens
longitudinalement en une courbe faible. C'est un véritable bloc pouvant
résister à la remontée de la barre et à la houle du
large (Nguer, 2005).
~ les éperons sont au nombre de deux
(avant et arrière). Ils ont la forme de triangle allongé. Ils
prolongent le corps de la pirogue
~ le bordage est la partie supérieure
c'est un cadre formé de planches superposées qui bordent
latéralement la pirogue. Le bordage est obtenu par l'imbrication de
planches devant permettre l'étanchéité grâce
à une toile humectée de goudron puis fixée par des clous
entre les planches, lesquelles ont au préalable été
superposées et mastiquées.
La fabrication d'embarcation nécessite
généralement de grands arbres qui viennent surtout du sud du
Sénégal, vendus aux pêcheurs par des commerçants.
Les pêcheurs sont grands consommateurs de bois et les stocks forestiers
sénégalais ne cessent de diminuer rendant le matériau de
plus en rare. L'approvisionnement en bois est devenu une des difficultés
auxquelles les pêcheurs font face.
7.1.2 La motorisation
Les pirogues sont pour la plupart équipées de
moteur hors-bord qui constitue le moyen de propulsion le plus moderne. La
mécanisation de la navigation de la pirogue affranchi d'une certaines
mesures le pêcheur des conditions naturelles même s'il a fallu
investir dans le moteur, dans son entretien et consentir de frais nouveaux de
carburant. Elle a permis une économie de la dépense
d'énergie humaine, une augmentation qualitative et quantitative de la
productivité du travailleur par rapport aux conditions de la pirogue
manuelle exigeante en effort physique et très soumises aux caprices des
vents. Le moteur permet également, une conduite plus facile et des
déplacements plus importants de la pirogue. Leur puissance est fonction
des dimensions de la pirogue (15 à 20 chevaux pour les petites pirogues
de moins de 12 m 20 à 60 pour les pirogues de plus de 12m).
91
Le taux de motorisation du parc piroguier de la grande
côte est très élevé et avoisine 92% (CRODT/ISRA
2005). Les pirogues non motorisées (8%) de taille inférieure
à 8 m sont essentiellement localisées à Saint-Louis en
milieu estuarien et appartiennent pour la plupart aux prioritaires de pirogues
motorisées qui s'en servent pour des ballades fluviales ou pour le
transport de touristes. On recense également des pirogues non
motorisées dans le Gondolais au niveau des villages riverains du fleuve
Sénégal. Cette population principalement agricole utilise ces
petites, pêche de manière clandestine dans le PNLB pour des
besoins alimentaires. C'est avec ces petites pirogues également que les
enfants prennent leurs premières leçons de navigations. Les
populations du Gandiolais semblent moins concernées par l'AMP pour
principalement deux raisons. La première est que la pêche n'est
pas leur activité principale, ce sont surtout des agriculteurs encore
que leurs terres se salinisent depuis l'ouverture de la brèche. La
seconde raison est liée à leur non spécialisation à
la pêche maritime (ils font la pêche fluviale).
Tableau 11. Niveau (%) du mode de propulsion des pirogues
à Saint-Louis
NON MOTORISÉ
|
= 8CV
|
9-15
CV
|
16-25
CV
|
26-40
CV
|
41-55
CV
|
>55
CV
|
INDÉTERMINÉ
|
TOTAL
|
7,7
|
0,3
|
55,5
|
0,3
|
34,8
|
0,3
|
0,9
|
0,2
|
100
|
Source : CRODT/ISRA 2006
Les moteurs appartenant aux classes 9 à 15cv et 26
à 40 cv prédominent largement à Saint-Louis avec
respectivement 55,5% et 34,8% du parc (CRODT/ISRA, 2005). Les moteurs de faible
puissance (jusqu'à 8cv) sont assez rares et représentent 0,3%,
trois fois moins que les moteurs de très grande puissance
(supérieure à 40cv) qui représentent 0,9% (cf. tableau).
Cette tendance à l'utilisation de moteurs puissants par les
guet-ndariens est un indicateur de l'appauvrissement des zones traditionnelles
de pêche. Les pêcheurs est obligé de sortir de sa
réserve, d'aller à la découverte de zones de pêche
« vierges ». Les pêcheurs sont amenés à pratiquer
une pêche lointaine avec l'utilisation de moteurs plus puissants et
d'embarcations de grande contenance.
7.1.3 Structure du parc piroguier au niveau de l'AMP
En 2005, le CRODT a recensé 1542 pirogues
opérationnelles (susceptibles de prendre la mer) sur la zone d'influence
de l'AMP de Saint-Louis. Par contre le nombre de pirogues actives
(c'est-à-dire ayant pêché au cours du mois
précédent l'enquête) s'élevait en Août
à 1229 pirogues, le taux d'activité étant de 80%
92
Tableau 12. Unités de pêche recensées
selon la localité
LOCALITÉ
|
SENNES TOURNANTES
|
FILETS DORMANTS DE FOND
|
FILETS DÉRIVANTS DE SURFACE
|
LIGNE NORMALE
|
GLACIÈRE
|
PALANGRE
|
St-Louis
|
142
|
365
|
190
|
255
|
259
|
366
|
K Barka
|
|
9
|
10
|
1
|
2
|
|
D Baba
|
|
35
|
37
|
2
|
3
|
|
D Mbame
|
|
20
|
1
|
|
|
|
Pilote
|
|
15
|
13
|
1
|
|
|
Tassinére
|
|
10
|
9
|
|
|
|
Mboumbaye
|
|
|
16
|
|
|
|
Mouit
|
|
6
|
11
|
|
|
|
Degouniaye
|
|
24
|
23
|
7
|
|
23
|
K Bernard
|
|
3
|
3
|
|
|
|
Source : CRODT/ISRA 2005
Le regroupement par localité fait apparaître une
concentration des pirogues actives à Saint-Louis (appartenant aux
pêcheurs Nguet-Ndariens) avec plus de 89% des effectifs. La
répartition par type d'engins montre une domination des pirogues
pêchant aux filets dormants de fonds avec 31,5% du parc piroguier, les
pirogues de sennes tournantes représentent 9%, les lignes simples 17,2%,
les palangres 25,5%. Ces chiffres doivent être relativisés en
fonction de la mixité des unités de pêches qui
redéployent leurs efforts sur des stocks différents selon les
saisons. Toutefois il est apparu une dominance des unités de pêche
nécessitant le minimum d'investissement et peu exigeant en main d'oeuvre
(les filets dormants).
7.2 LES TYPES DE PÊCHE ARTISANALE
Plusieurs types de pêches sont pratiqués à
Saint-Louis. La pêche des pélagiques se fait surtout avec les
filets dérivants de surface et avec la senne tournante tan disque les
espèces démersales sont capturées à l'aide de la
ligne simple et de la ligne palangre des filets dormants. Les démersales
sont aussi pêchées par les chaluts.... Même si cette
pratique est réglementée et en principe interdite en dedans des 6
miles, elle existe et vient concurrencer les autres modes de pêche
à la fois en prélevant la ressource mais aussi en
détruisant parfois les engins dormants utilisés par la
pêche artisanale. Par contre, les casiers ne sont plus utilisés.
Ils servaient à capturer la seiche qui est maintenant
pêchée à l'aide de filets dormants.
Contrairement aux pêcheurs des espèces
pélagiques qui se spécialisent souvent dans l'utilisation d'un
seul type d'engin, les exploitants d'espèces démersales ont
tendance à cause de la réduction de la disponibilité des
espèces à combiner plusieurs types de pêches.
Les sorties en mer ont lieu côté fleuve à
partir de 17h et les départs peuvent se faire jusqu'à 19h pour
les sennes tournantes. La plupart des embarcations regagne le rivage au lever
du jour entre 6 h et 8 h. Les pêcheurs de jour, quand à eux
partent au petit matin et
93
rentrent le soir à partir de 16h. Ils peuvent rester
plus longtemps au large, le temps que la mere se calme car la navigation est
très difficile à la traversée de la barre. Pour se
protéger contre l'humidité et le froid ils portent un pantalon en
toile et un blouson.
Dans la pirogue ils mettent tout le matériel
nécessaire à leur travail : filets, lignes, appâts,
couteaux, bars de fer pour assommer les gros poissons, réserves
d'essence et provisions en eau, pain, biscuit et quand il faut mettre plus de
24h en mer, marmites, fourneau, riz huile et condiments pour faire la
cuisine.
Une fois dans la zone de pêche on cherche à
repérer les poches poissonneuses. Cette recherche repose pour
l'essentiel sur l'empirisme. Quand un banc de poissons est
détecté ils mouillent l'ancre et jettent à l'eau des
petits poissons écrasés en guise d'appât et commence ainsi
la pêche.
Encadré.
Des connaissances empiriques qui ont une forte
influence sur l'activité : la lune comme élément de
référence
A la suite de longues années d'observations et
d'expérience, les pêcheurs de Guet-Ndar sont parvenus à se
faire une idée des périodes propices à la pêche de
la position de la lune. Elle constitue un élément de
référence dans le choix des moments de pêche. En effet, les
périodes d'abondance et de pénurie rythment le cycle lunaire. Les
différentes périodes qui obéissent au mouvement
général de la lune sont : le Kiw, le Lok et le
Ndeey
Qr Le Kiw : c'est la phase ascendante de la lune, il
se produit dans la journée, quand la lune se lève au
crépuscule et se couche à l'aube. Pendant le Kiw, le
poisson remonte pour s'alimenter, les pêcheurs disent qu'il se redresse
pour mordre à l'appât. A la phase descendante de la lune, le
poisson replonge et l'appât ne l'attire plus. Cette période se
termine quand la lune commence à apparaître tardivement vers
minuit. Le poisson, durant le kiw, se trouve à environ 2m de
profondeur pendant la nuit et le jour, à cause de la densité de
la luminosité se rencontre dans les 20m. Les pélagiques
émergent en colonne pendant cette période
· Le Lok : du 13e au 16e jour du cyc(e
(unaire, (es eaux se gonf(ent, (es hautes (f(ux) et (es basses mers (ref(ux)
sont manifestes. La hou(e est p(us forte et (a mer très agitée.
Cette période est appe(ée Lok. Les vives eaux se
produisent une fois dans ( a journée (marée diurne) et (es basses
eaux deux fois (matin et soir). C'est une période d'abondance de
remontée des espèces de fond.
Qr Le Ndeey débute (orsqu' au
crépuscu(e, (a (une est au zénith ( au dessus de nos têtes,
ni à ('est ni à ('ouest). Le Ndeey atteint son maximum,
(orsqu' au matin, on aperçoit ( a (une à cette même
position. C'est une période de faib(es eaux. Le f(ux se produit matin et
soir (marée semi-diurne) a(ors que (e ref(ux ne se produit qu'une seu(e
fois dans ( a journée. C'est (a période de capture des so(es
surtout entre avri( et juin
|
|
94
7.2.1 La Senne tournante et coulissante
Elle est introduite au Sénégal en 1972 par un
projet FAO (C, CHABOUD, 1986). Elle n'est devenue opérationnelle sur la
grande côte qu'en 1974. Elle se pratique avec deux pirogues ayant chacun
une capacité de charge pouvant atteindre 20 tonnes. La petite pirogue
mesure entre 16 et 19m transporte le filet et l'essentiel de l'équipage
(une vingtaine de personnes), son rôle consiste à ceinturer les
bancs de poissons avec le filet. La grande pirogue mesure entre 20 et 23m sert
au transport de la capture.
Le filet mesure 250 à 400m pour une chute de 40m.
C'est un filet actif dans lequel le poisson est capturé par encerclement
(et non maillé). Il possède une grande poche et une coulisse qui
permet de la refermer une fois l'encerclement réalisé.

Figure 34. Retour de pêche d'une unité de
senne tournante prise sur le fleuve
Sa mise en oeuvre nécessite en moyenne un
équipage de 30 personnes de 15 à 45ans pour 20 à 25 marins
embarqués à chaque sortie et 3 moteurs 40 à 60 chevaux (un
moteur pour propulser chaque pirogue et un moteur de secours). Grâce
à ce système de roulement des membres de l'équipage qui
autorise le repos hebdomadaire de 5 à 10 pêcheurs, ils contournent
les inconvénients que peuvent engendrer l'absence d'un certain nombre
d'entre eux. Il faut signaler que l'équipage compte prioritairement les
membres d'une même famille. La demande en main d'oeuvre est telle qu'ils
font souvent appel à des pêcheurs ouvriers ne disposant pas
d'outils de travail pour renforcer l'équipe.
En plus de cet équipage à bord du navire,
existe une équipe d'artisans (en moyenne 10 personnes) qui se chargent
des opérations à terre : halage des filets et de la pirogue,
débarquement et surveillance du produit, transport des moteurs,
nettoyage et réparation des filets.
Les sennes tournantes opèrent au large de Saint-Louis
entre les mois de janvier et de mai et peuvent aller des fois jusqu'au mois de
juin. Au-delà de cette période, ceux qui ont
bénéficié de permis de pêche suivent la migration de
poisson sur des distances très longues pouvant les mener jusqu'à
Nouadhibou au nord de la Mauritanie. Les armateurs toujours actifs sont
embarqués et occupent auquel cas la fonction de capitaine de
l'équipage. Certains à la retraite donnent le relais à
leurs rejetons tout en récupérant après chaque sortie la
part destinée au propriétaire.
95
Le mode de partage des gains dépend surtout du
coût de l'investissement mais ne prend pas en compte les fonctions
à bord. Aussi pour cette forme de production où l'investissement
est lourd (pirogue et engin coûteux), le partage du produit
prévoit, une fois déduite les charges d'exploitation, 1/3 pour
l'amortissement du filet, 1/3 pour l'amortissement de la pirogue et des
moteurs, 1/3 pour l'équipage. Étant entendu que la part
affectée au matériel revient à son propriétaire.
Au total on compte dans la zone la polarisée par l'AMP
142 pirogues de sennes tournantes (appartenant toutes aux pêcheurs de
Guet-Ndar) sur un parc piroguier de 1542 (soit 9% du parc) actives à
plus de 80% (CRODT/ISRA 2005)
De l'avis des techniciens du service régional des
pêches maritimes rencontrés, la senne tournante a permis avec le
moteur hors-bord de révolutionner la pêche maritime ; ce qui
atteste d'une grande capacité d'adaptation de la pêche artisanale
aux nouvelles techniques. Elle permet la capture en moyenne de 5 tonnes
(parfois même des prises record 20 tonnes par sortie quand le poisson est
abondant) et donc, un travail à haute productivité. Ainsi elle a
permis une nette augmentation des volumes débarqués à
Saint-Louis mais ne sont capturés que des pélagiques à
faible valeur commerciale (la sardinelle constitue plus de 80% des captures,
SRPM 2007). C'est la pratique artisanale qui enregistre le plus de rejets car
les volumes débarqués dépassent généralement
la demande du marché (mareyeurs, transformation, marché
local...), phénomène accentué par l'absence
d'unités de conservation. Le surplus est jeté dans le fleuve. Ce
mode de pêche introduit il y'a un peu plus de trente ans à
Saint-Louis a ainsi contribué pour beaucoup selon les techniciens du
SRPM et les utilisateurs de filets dérivants de surface, à la
baisse du stock de sardinelles à Saint-Louis.
7.2.2 Les filets dormants de fond
Introduit à Saint-Louis vers 1950, le filet dormant
est plus économe en frais. En effet, en dehors des investissements pour
l'acquisition du filet et les entretiens et réparations, il ne
nécessite que peu de carburant pour la pose des filets et le retrait des
captures.
Ils s'emploient avec des pirogues de 8 à 12m.
L'équipage est composés de 2 à 4 pêcheurs, tous
généralement membres d'une même famille (chef de famille et
ses fils). C'est un engin passif constitué d'un ensemble de nappe de 15
à 40 m avec des mailles de 50 à 70mm, reliées ente elles
et réalisant selon leur nombre, un piège de 300m à 1km
où le poisson démersal et les gros crustacés (langoustes)
viennent se mailler. Les pêcheurs aux filets dormants opèrent
généralement toute l'année au large de Saint-Louis.
Toutefois ils n'ont que quelques mois de pleine activité (Avril à
juin). C'est la période où les espèces de fonds se
replient dans les habitats (roches, vase, estuaire...) pour se reproduire. Cela
explique le rôle éminemment important que les poseurs de filets
dormants jouent dans le phénomène de baisse
généralisée des ressources le long des côtes
saint-louisiennes. Qui plus est, ils utilisent des engins très efficaces
(mono filaments en nylon) prohibés par le code de la pêche dans
son article 30 qui stipule que « Il est interdit d'utiliser ou de
détenir à bord des embarcations de pêche des filets
maillants fabriqués à partir d'éléments
monofilaments ou multimonofilaments en nylon ». Après cette
période, ils n'ont que des prises modérées (du fait de la
rareté du poisson) qui permettent juste la subsistance.
La pêche se fait à proximité des zones
rocheuses pour profiter des poissons qui viennent s'y refugier. Ainsi ils
opèrent essentiellement au sud de Get-Ndar aux alentours de «
kher wu reywi », où les soles, langoustes où ils
peuvent pêcher des soles, des langoustes et des machoirons.
96
Les espèces débarquées par les filets
dormants même s'ils sont de gros poissons, ne sont pas toujours de bonne
qualité car les filets séjournent longtemps dans l'eau (24
à 48h voire même plus si la mer est agitée). Ce qui
entraîne la décomposition en partie du poisson capturé. Les
prises sont généralement destinées à la
transformation et à la consommation locale.
En ce qui concerne le partage des gains, les recettes une
fois déduites les charges d'exploitation sont divisées en autant
de parts égales que de membres d'équipages plus le moteur et la
pirogue : c'est-à-dire, une part pour le moteur, une part pour la
pirogue et une part par pêcheur. Il est dénombré à
Saint-Louis 487 pirogues de filets dormants (CDRODT/ISRA 2006) soit 31,5% du
parc piroguier.
Il est important de signaler que les lieux de pêche des
poseurs de filets dormants sont presque tous localisés à
l'intérieur de l'Aire Marine. Ils représentent ainsi des acteurs
clé du processus de gestion participative
7.2.3 Les lignes
On distingue à Saint-Louis trois catégories
d'utilisateurs de ligne: les pêcheurs du jour, les pirogues
glacières (ligne-glacière) et les bateaux ramasseurs
(ligne-marée). Les pêcheurs à la ligne combinent
généralement dans cette zone la ligne normale et la palangre.
Cette activité est pratiquée par les pêcheurs de jour (qui
vont à la pêche le matin et rentrent le soir) et par les
pêcheurs de pirogue glacière qui font des marées de 3
à 5 jours sur des distances souvent très longues (plus de 100 km
des côtes).
La longueur des lignes normales et le nombre
d'hameçons dépendent des espèces recherchées et de
la situation géographique du poisson selon les saisons. Quand il fait
chaud, le poisson se rapproche de la côte et les lignes sont plus courtes
et plus armées.
La palangre est formée d'une ligne principale faite de
cordage de plusieurs centaines de mètres (500 m en moyenne)
bloquée en surface par des flotteurs et lestée à chaque
extrémité avec du plomb. Entre les extrémités, la
palangre porte des lignes secondaires espacées de 1à 2m avec des
hameçons appâtés (sardinelles comme appâts). Les
palangres sont posées à des distances plus ou moins
éloignées. Ce qui permet de passer d'une palangre à
l'autre toutes les deux heures pour lever la ligne retirer les prises et
déplacer la palangre. Chaque pêcheur dispose également
d'une ligne à main constituée de fil de nylon de longueur
variable en fonction de la profondeur des lieux de pêche. Les lignes
peuvent porter jusqu'à 5 hameçons identiques dont la taille varie
avec l'espèce ciblée. Les lignes peuvent pêcher sur les
roches ce qui est périlleux pour les filets. Aussi, Les pirogues
glacières se concentrent sur des espèces nobles destinées
à l'exportation (Dorade, Mérou, Loche)
97
7.2.3.1 La pêche du
jour
Elle utilise de petites pirogues (8m et des moteurs de faible
puissance). Ils opèrent dans des zones proches des côtes. C'est
une pêche qui permet de couvrir les besoins en poisson de la famille
même et de se faire quelques revenus financiers (les surplus sont
commercialisés). C'est donc une activité vivrière et
famille. Elle débarque de faible volumes (10 à 50 kg) par sortie
et cible les poissons « nobles » (haute valeur commerciale : pageot,
dorade...).
|
|
|
|
7.2.3.2 La pirogue glacière

Figures 36. Vue d'une Pirogue glacière et d'une
caisse isotherme
C'est le système de production qui décrit le
mieux l'allongement du travail avec son caractère extensif, A SENE
(1986).Selon les personnes âgées interrogées, un certain
nombre de lieux de pêche « intéressants » avaient
été identifiés par des pêcheurs ayant
travaillé à bord de chalutiers et les artisans étaient
désireux de pouvoir y accéder par leur propre moyens. A cette
époque le poisson pêché au large dépérit
rapidement donc, il faut le conserver pour ne pas gaspiller ses efforts. Une
caisse isotherme, amovible, de fabrication artisanale est
aménagée à l'intérieur de la pirogue. Elle est
remplie de glace, de copeaux, on y conserve aussi l'appât. L'utilisation
de pirogue glacière a véritablement débuté à
la fin de l'année 1977 et la méthode s'est rapidement
développée LALOË, F ; SAMBA, A (1990)
La pirogue mesure 15 à 20m avec un moteur est
propulsée par un moteur pouvant atteindre 40 cv est
équipée d'une caisse à glace isotherme, amovible,
adaptée à la forme de la pirogue. L'équipement permet de
faire des marées de plusieurs jours sans risque d'altération du
produit et d'atteindre des lieux de pêche éloignés. C'est
une stratégie d'adaptation à une pêche de
plus en plus hauturière. Elle est très
entreprenante en hivernage, considéré jadis comme morte saison.
Pourtant la perspective de réaliser des gains importants, cache la
réalité des charges importantes que doit supporter toute
unité de pêche glacière en partance pour la mer. Les
investissements sont supérieurs, comparés à la ligne
classique, la pirogue est de taille beaucoup plus imposante. Avec
l'éloignement des lieux de pêche, le poste carburant et celui de
la glace constituent de lourdes charges. Le volume d'essence nécessaire
pour une marée de
98
4 jours dépasse 200 l tandis que la conservation des
captures pendant cette durée impose l'utilisation d'importantes
quantités de glaces vendues à des prix élevés (une
quarantaine de caisses de glace à au moins 1500 Fcfa l'unité).
Une marée fructueuse donne en moyenne 250 kg de demersaux (pagres,
mérous...) vendus à des prix rémunérateurs (plus de
5000 Fcfa le kg). Par contre c'est une entreprise très risquée,
il suffit de quelques sorties infructueuses pour que le propriétaire de
la pirogue glace, se retrouve avec un grand passif. En fait, la pêche
à la ligne glacière suppose un investissement important et un
risque d'entreprise qui ne sont pas à la portée de tous les
pêcheurs. Une majorité de pêcheurs qui s'y livrent sont
aussi propriétaires de senne tournante.
D'après les pêcheurs, les pirogues
glacières procèdent aux débarquements les plus importants
à Guet-Ndar après la senne tournante. Le produit est vendu aux
mareyeurs exportateurs. Cependant les pêcheurs n'ont pas de relations
particulières avec ces derniers. Ils ne sont liés par aucune
forme de contrat. En fonction des fluctuations du marché, ils vendent
aux mareyeurs qui offrent les meilleurs prix. La glace est achetée aux
revendeurs à des prix plus élevés que ceux d'usine.
La pirogue peut embarquer plusieurs types de lignes à
chaque marée, selon l'espèce cible (ligne à mérous,
à Dentée, à Pagres...) et 6 palangres (trois sont
utilisées et les trois mises en réserve). Les pêcheurs qui
s'engagent dans la pirogue glacière sont physiquement bien portant, leur
âge varie entre 23 et 35 ans.
Pendant les trajets aller et retour, ils sont à tour
de rôle au gouvernail tandis que les autres dorment. Alternativement
pendant la marée, ils se succèdent pour préparer la
cuisine. Toutes les pirogues glacières recensées dans la zone de
couverture de l'AMP appartiennent aux pêcheurs Guet-Ndariens. Leur nombre
est estimé à 259 pirogues soit 17% du parc piroguier.
L'équipage d'une pirogue glacière peut compter
jusqu'à 7 pêcheurs et regroupe généralement les
membres d'une même famille. Ici le mode de partage des gains est le
même que celui observé chez les filets dormants.
7.2.3.3 Les bateaux ramasseurs

Figure 37. Bateau ramasseur en stationnement au large de
Guet-Ndar
C'est une marée de deux mois avec un bataillon d'une
quinzaine de petites pirogues de ligne normale au minimum, travaillant pour le
compte d'un navire battant pavillon étranger (Corée et Russie
surtout). C'est une pêche contractuelle, formelle entre le capitaine de
pirogue et l'armateur par l'entremise d'un démarcheur local qui
procède au recrutement des pirogues. Le contrat entre pêcheur et
armateur garantit apparemment l'intérêt des deux parties. Chaque
capitaine forme sa propre équipe (3 à 4 personnes, le plus
souvent au sein de sa famille, avec ses frères ou cousins)
La pêche se déroule en dehors des eaux
sénégalaises, souvent vers la Sierra-Leone et la Guinée.
Dans la zone de pêche, le navire est ancré et au lever du
99
jour, les pirogues partent pêcher ; au retour, elles
sont à nouveau amarrer en file à l'arrière après la
pesée des captures par unité de pirogue. Les prises sont
payées au kg (400 Fcfa le kg quelque soit l'espèce
capturée). La répartition des gains (rémunération
au part) se fait après paiement au terme de la marée
c'est-à-dire au retour du bateau et des unités de pêche
à Guet-Ndar. Dans l'intervalle de deux marées, les pêcheurs
sont immobilisés dans la perspective éventuelle d'un nouveau
départ.
La ruée vers les bateaux ramasseurs est
encouragée par la baisse des stocks de poisson à Saint-Louis, la
distance de plus en plus longue entre la côte et les lieux de
pêche, l'absence des frais à supporter par le pêcheur mais
aussi par la possibilité d'épargne qui s'offre à lui.
Quant à l'armateur, dans un contexte de concurrence international,
disposer d'une main d'oeuvre aussi experte et bon marché constitue une
aubaine. Autant recruter des travailleurs piroguiers plus productifs que des
marins inscrits dans leur pays d'origine.
Par ailleurs, les prix proposés (400 Fcfa /kg) sont
peu rémunérateurs, d'autant que ces prix peuvent être
multipliés par 10 s'il s'agit d'espèces nobles
débarquées à Saint-Louis. A SENE20 (1986)
souligne que c'est un travail comme intérimaire, une location de la
force de travail et de l'outil de production dans laquelle le rapport peut
dissimuler dans certains cas l'abus de confiance. En fait, la prise en charge
du pêcheur par l'armateur est une manière de le distraire pour
mieux accaparer l'essentiel du surplus.
Pourtant, le carburant est acheté par l'armateur
grâce aux tickets que lui cèdent les pêcheurs. Or,
l'État subventionne le carburant vendu aux pêcheurs. Ces bateaux
étrangers bénéficient ainsi de façon
déguisée de subventions de l'Etat.
Il serait ainsi intéressant d'étudier dans le
cadre du plan de gestion de l'AMP toute la problématique des bateaux
ramasseurs à Guet-Ndar, pour voir si les sommes qu'ils injectent
équivalent aux surplus de pêche économisés à
Saint-Louis et au manque à gagner de l'État. Autrement dit,
dégager les voies et moyens pour appuyer la mise en place d'entreprises
privées nationales comme le souhaitent beaucoup de pêcheurs qui
pensent que la promotion de bateaux ramasseurs battant pavillon
Sénégal pourrait contribuer à limiter la saignée et
à instaurer des rapports équilibrés et équitables
entre acteurs. Cela pourrait à terme atténuer la pression sur la
ressource et constituer de ce fait, une alternative à l'exploitation des
démersales côtières dans l'AMP et ses environs.
7.2.4 Les filets dérivants :
Ils peuvent être de surface ou de fond. On compte au
niveau de l'AMP de Saint-Louis quatre fois plus d'unités de pêche
aux filets dérivants de surface que d'unités aux filets
dérivants de fonds (avec respectivement, 313 pirogues et 81 pirogues).
Cela est dû au fait que l'utilisation des filets dérivants de
surface demande moins d'efforts. Il s'y ajoute que les espèces
ciblées (pélagiques) par les engins de surface sont plus
abondantes.
Le filet est formé d'une nappe unique de filet
maillant en mono filament de 2 à 5m de chute. La longueur du filet peut
varier de 100 à 400m. La ralingue est munie de flotteurs
côté supérieure, et plombée côté
inférieure. Le maillage varie en fonction de l'espèce
ciblée: 60 mm pour la Liche amie et le Tassergal, 56 mm pour le grand
mulet, 50 mm pour les autres pélagiques. Le poisson se prend par les
ouïes et les épines.
20 In : Les pêcheurs des tiers monde No 51, P 73
Les filets dérivants sont utilisés en
pêche de jour quand le poisson est abondant et en marée pendant
les périodes d'eaux pauvres. Généralement l'unité
de pêche est constituée d'une pirogue de 12m, d'un moteur de 40cv,
d'un équipage moyen de 6 personnes et de 12 filets (chaque pêcheur
à bord dispose de 2 filets).
Les filets sont calés dans le sens du vent ou des
courants et levés toutes les 3 heures pour enlever les prises avant des
les changer de position.
Pour ce qui est de la rémunération, le gain est
divisé en trois parts égales. Une part est destinée aux
filets. L'équipage, le moteur, et la pirogue se partage
équitablement les deux parts restantes.

Figure 38. Débarquement d'une pirogue de filets
dérivants
100
Figure 39. Les principaux engins de pêche,
saisonnabilité et espèces cibles
Engins
|
J F M A M J J A S O N D
|
Principales espéces
|
Lieux de pêche
|
|
Senne tournantes
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Sardinell es, Tassergal, mulets, Ethmalose
|
Saint-Louis entre janvier et mai, Mauritanie en saison
chaude
|
|
Filets dormants
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Sole, machoirons, Langouste, Dorade,Carpe blanche
|
Principalement dans l'AMP
|
|
Filets dérivants
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Chinchard, Thonine, Liche amie
|
Toute la zone des 6 miles en face de Saint-Louis et
AMP
|
|
Ligne normale
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
haute valeur commerciale : Dorade, Pageot,
Mérou
|
Tous les fonds marins rocheux (Diattara et Praia
surtout)
|
|
Palangre
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Dorade, pageot
|
Même lieux que les lignes
|
|
Activité intense Activité modérée
Pas d'activité
L'absence d'activité au niveau de Saint-Louis des
sennes tournantes et des filets dérivants de surface de Juillet à
Octobre s'explique par le phénomène migratoire très
marqué des poissons pélagiques que nous avons décrit.
Aussi un bon nombre de pêcheurs de filets dérivants de surface se
reconvertissent à la pêche à la ligne à la
période de « zéro » pélagique.
101
7.2.5 La spécialisation des sous quartiers
L'orientation des pêcheurs de Guet - Ndar vers la mer
conduit d'une part à une uniformisation partielle des techniques de
pêche et d'autre part à la spécialisation des sous
quartiers de Guet-Ndar en fonction des techniques de pêche
Tableau 13. Répartition spatiale des techniques
de pêche
Type de pêche
|
Venti(ation en pourcentage
|
|
Pondoxo(é
|
Lodo
|
Ligne
|
10
|
24
|
85
|
Fi(ets dormants
|
80
|
70
|
-
|
Senne tournante
|
10
|
6
|
5
|
Tota(
|
100
|
100
|
100
|
|
Source : NDIAYE A 2007,modifiée de Séne A
(1980) modifié
La fréquence des types de pêche montre la
diversification de l'activité au sein de la communauté. La
pêche est plus homogène à Lodo. Elle reste plus dynamique
et plus diversifiée à Dak et Pondoxolé. Les anciens
pêcheurs de la senne de plage sur le fleuve ont adopté la senne
tournante, la grande majorité des travailleurs de Daak s'est
orientée dans les filets dormants surtout à partir de 1950 et
étroitement avec le seyna ou yolal (dépôt
nocturne de filets) du fleuve vers le rook (filet dormant).
7.3 LA PÊCHE INDUSTRIELLE : UNE PRATIQUE AVEC
DES EFFETS ÉCOLOGIQUES NÉFASTES MAIS PAS L'UNIQUE RESPONSABLE DE
LA BAISSE DES RESSOURCES.
En ce qui concerne la pêche industrielle, aucun
débarquement de bateau chalutier n'est enregistré malgré
l'existence d'un port construit à Saint-Louis depuis environ 30
années mais non opérationnel faute d'un chenal d'accès
approprié pour les navires. Au large Saint-Louis, c'est surtout le
chalutage qui est signalé
Le chalut de mer est un sac en filet plus ou moins conique.
Le filet est maintenu ouverts latéralement par des panneaux divergents
et verticalement par un jeu de lests et de flotteurs. Trainé sur le fond
(chalut de fond) ou entre deux eaux (chalut pélagique), c'est le filet
le plus important pour la pêche hauturière. Les navires sont
équipés de treuils hydrauliques pour le relevage des câbles
(les funes) qui tirent les filets une fois chargés. Le chalut est
manoeuvré par un ou deux bateaux (boeufs). La surface de l'ouverture du
filet, déterminante pour les captures est très variable, de
quelques dizaines de mètres carrés pour les chaluts de fond,
à plusieurs centaines pour les pélagiques.
C'est la pratique la plus décriée par les
pêcheurs locaux du fait des dégâts écologiques
qu'elle occasionne. Les chaluts raclent les fonds sur lesquels ils sont
trainés, d'autant plus qu'à Saint-Louis, les espèces
recherchées (crevettes, soles, langoustes) sont souvent enfoncées
dans le sable ou la vase. Ils bouleversent à la fois le substrat et les
organismes qui en assurent l'équilibre biologique. La pêche au
chalut est peu sélective, le chalut ramasse une bonne partie de ce qu'il
trouve, petits et gros poissons. Les pêcheurs doivent donc faire le tri,
une fois le poisson sur le pont du bateau et renvoyer à l'eau ceux qui
ne présentent aucun intérêt pour eux ; mais le
séjour à l'air est souvent fatal à de nombreuses
espèces. Ces rejets atteignent parfois des proportions alarmantes de
l'ordre de 45% du poisson débarqué selon A
102
BISEAU (1986). Ces rejets sont moins importants dans la
pêche artisanale. L'exemple de la palangre qui par la taille de
l'hameçon, et le lieu de pose sélectionne et l'espèce et
la taille du poisson capturé est assez illustratif ; de même la
taille des mailles des filets (40 mm pour les dérivants et 50 à
70 mm pour les dormants) permet de laisser une chance aux petits poissons.
Si la zone des 6 miles (9 km et demi) consacrée
à la pêche artisanale est interdite aux chalutiers, des incursions
clandestines sont souvent signalées. Ils occasionnent des dommages sur
les engins de pêche et/ou des accidents avec les pirogues locales. Aussi
le chalutage constitue un enjeu pour l'AMP de Saint-Louis. Comme nous l'avons
cité, il constitue la cause pour laquelle les pêcheurs de
Saint-Louis ont voulu une AMP très grande. Il est question alors pour
ces derniers de se servir de l'AMP pour interdire systématiquement le
chalutage à Saint-Louis afin disent-ils de protéger les jeunes
individus et les habitats mais aussi de permettre aux pêcheurs locaux de
poser leurs engins sans courir le risque de les voir emporter dans un
chalut.
7.4 LES CONFLITS ENTRE LES USAGERS.
L'opposition entre les pêcheurs poseurs filets et ceux
qui font la ligne est manifeste à Guet-Ndar. En plus d'une
différence dans la techniques de pêche, elle devient un clivage
social, entre les premiers, assimilés à de mauvais
fainéants et les seconds qui se glorifient d'être des travailleurs
de la mer, de vrais marins adroits qui ne reculent pas devant l'effort physique
pour dénicher le poisson. En fait les ligneurs reprochent aux poseurs de
filets d'utiliser des engins (mono filaments) qui selon eux sont responsables
de la faible productivité des zones rocheuses. Nous avons vu dans les
chapitres précédents qu'il arrive que les filets dormants se
maillent sur les roches, obligeant les poseurs à les couper et à
les abandonner sur place où ils continuent non seulement à
pêcher, mais bloquent aussi l'accès à ces lieux de refuge,
de repos, de nursery et de reproduction.
Par ailleurs, des conflits entre les pêcheurs à
la senne tournante et les autres catégories de pêcheurs (surtout
les lignes) sont signalés à Guet Ndar. Selon les ligneurs, les
sennes tournantes produisent un effet mécanique dans la
déstabilisation des bancs qui deviennent plus petits et
dispersés, nécessitant un effort plus important de recherche pour
les lignes. Cela pose un problème de compatibilité entre les
techniques de pêche passive et les techniques actives surtout quand elles
ciblent des espèces quasi identiques. C'est le cas notamment des filets
dérivants de fond qui pouvant pêcher une plus grande
variété d'espèces en fonction de leur gréement et
de leur mobilité apparaissent comme des concurrents réels pour
les filets dormants. Les filets dérivants travaillent la nuit au
gré des courants. Ils peuvent donc accrocher les filets dormants dont
les bouées de repérage sont invisibles, les amenant alors
à intervenir au couteau pour éviter de perdre du temps à
démêler les engins et provoquant du coup la colère des
filets dormants. En somme, la recherche active d'espèces identiques ou
ayant la même niche écologique (le cas des filets dérivants
de surface et des sennes tournantes) dans la même aire de pêche
(tous les types de pêche sont pratiqués sur xerwureywi,
et ses environs excepté les sennes tournantes) est une source
permanente de conflits entre pêcheurs artisans de Guet-Ndar d'autant plus
qu'ici, les pêcheurs n'ont qu'une seule activité : la pêche.
Situation exacerbée par le fait que selon SARR.O (1985) « les
ressources halieutiques appartiennent à la catégorie des
ressources communes, aussi les prélèvements opérés
par un pêcheur réduit de façon immédiate la
disponibilité de la ressource et donc les captures des autres
pêcheurs, pour un effort donné de ces derniers.»
103
Toutefois les pêcheurs relativisent leurs
différends qui selon eux, dégénèrent rarement en
conflits armés, pas plus qu'ils ne se règlent en justice. La
solution se fait toujours à l'amiable généralement au
niveau des « mbaars » grâce à des
comités de conflits. Chaque « mbaar » dispose d'un
comité de conflits constitué de sages (pêcheurs à la
retraite, les plus influents) qui interviennent en cas de conflits. Cela est
facilité par le fait que Guet-Ndar est un quartier mono ethnique (wolof)
avec de forts liens de parenté entre les différentes familles.
Par contre, l'antagonisme entre chalutiers pêcheurs
piroguiers constitue la première et la principale source de conflits
entre utilisateurs de la mer. L'extension du champ d'action de la pirogue
motorisée a entraîné une période nouvelle de
concurrence et de conflits malgré la délimitation juridique des
zones respectives de compétence entre la pirogue et le chalutier. Selon
les pêcheurs de Guet-Ndar, la plupart des fonds rocheux, jadis zone de
prolifération, frayères et demeures de poissons sont
dévastées par le matériel industriel. Ils affirment que le
poisson a fui, à la recherche d'endroits protégés contre
les chaluts.
Aujourd'hui, malgré le système des filets
dormants (moins touchés), la pêche piroguière subit la
violence de l'expropriation par la destruction de ses engins de capture par la
piraterie industrielle. Les dégâts causés par les bateaux
pirates ne constituent pas seulement un manque à gagner pour les
pêcheurs, c'est une atteinte à l'outil de travail du
pêcheur.
En réalité, l'activité de cette
multitude d'engins utilisés dans un espace de pêche aussi
restreint par des unités ayant des stratégies et tactiques de
pêche très diverses pour exploiter une ressource limitée
engendre, une concurrence le plus souvent déloyale, BAKHAYOKHO et KEBE
(1989) et des répercussions négatives sur le stock halieutique.
La lutte acharnée pour capturer le poisson avec des moyens
inégaux et si fortement disproportionnés n'est que le signe
symptomatique de la raréfaction de la ressource et cette lutte est
caractérisée par une situation de pénurie qui
pénalise en premier le petit producteur, la pirogue.
7.5 LES ACTIVITÉS CONNEXES À LA
PÊCHE 7.5.1 Le mareyage
Destiné initialement à la satisfaction de la
demande locale de la ville de Saint-Louis, le mareyage a été,
pendant longtemps, l'apanage exclusif des femmes de Guet- Ndar. Par la suite,
de nouvelles destinations ont été ouvertes : les autres
régions du pays et l'axe du Fouta, avec le déclin de la
pêche continentale, ce qui a entraîné la présence de
nouveaux acteurs non originaires de la ville.
Pour l'année 2006, 72,46% des apports ont fait l'objet
d'une distribution en frais appelée communément mareyage (SRPM,
2006). En plus 50 tonnes de poissons ont été acheminés
vers la sous région (Mali et Gambie). La difficulté à
affronter la barre et l'ouverture de la brèche font que les
pêcheurs ne débarquent plus côté océan
où un site est aménagé à cette fin. La
conséquence est que les camions viennent se garer côté
fleuve ce qui est inapproprié pour la manutention, obstrue la rue et
pose un problème de salubrité dans cette partie sud de
Guet-Ndar.
La région de Saint-Louis compte environ 200 mareyeurs
locaux de différentes catégories comprenant : des mareyeurs
à long rayon d'action (> 100 Km), des mareyeurs des villes proches de
Saint-Louis (axe Saint-Louis / Rosso et axe Saint-Louis / Louga) et des
micro-mareyeurs pour l'approvisionnement en détails du marché
local (les femmes exclusivement)
104
En dehors du mareyage national, la ville de Saint-Louis
comptait également trois entreprises agrées pour l'exportation
(Cofrinord, Delta fish et les établissements Sidy Dieye). De 1995
à 2000, elles ont exporté environ 300 tonnes de produits frais
à destination de l'Europe à partir de l'aéroport de
Saint-Louis. Présentement, Cofrinord est fermé pour installations
obsolètes, Delta fish qui fonctionne par intermittence depuis trois ans
est à l'arrêt actuellement. Les Établissements Sidy Dieye
plutôt spécialisés dans la distribution de produits vivants
(crustacés) ravitaillent le marché local et certaines
installations qui font de l'expédition vers Dakar. IL faut quand
même préciser que les usines actuellement fermées ont subi
les contrecoups d'une matière première (espèces
demersales) fortement diminuée.
7.5.2 La Transformation
Comme pour la pêche artisanale, deux grandes
périodes contrastées se succèdent dans l'activité
de transformation : une période d'abondance d'octobre à juin,
suivie d'une période creuse de juillet à août.

Figure 40. Centre de transformation de
Guet-Ndar
Saint-Louis abrite deux centres de transformation : le
premier, Goxumbathe, se trouve à l'extrémité nord du
quartier, du même nom, sur un terrain marécageux à la
frontière sénégalo-mauritanienne. Ce quartier, qui est
l'un des derniers apparus dans la ville, probablement dans les années
20, était habité à l'origine par une population maure. Il
a par la suite accueilli les habitants de Guet-Ndar fuyant les conditions
difficiles de leur quartier d'origine arrivé en saturation. Le centre de
transformation est de petites
tailles, comptant une quarantaine d'artisans, tous
féminins, travaillant sans manoeuvres masculins mais avec l'aide de
leurs enfants.
Le centre compte une centaine de claies, de séchage de
taille réduite et de fabrication locale uniquement. Faute de points de
débarquements à proximité immédiate, Le poisson est
acheminé depuis Guet-Ndar, d'où il est transporté jusqu'au
centre en charrette par la route.
Le centre de transformation de Guet-Ndar est situé au
sud du quartier du même nom, coincé sur une étroite bande
de terre entre les habitations au nord, le fleuve à l'est, le
cimetière au sud et la mer à l'ouest. C'est l'un des plus
importants centre du Sénégal, et pendant longtemps, ce fut aussi
le plus important. Plus de 250 femmes transformatrices, toutes des habitants de
Guet-Ndar s'entassent sur ce site. Les principaux produits sont le poisson
séché ou guejj et le poisson fumé appelé
kethiakh.
105
8 DES DÉFIS A RELEVER POUR UNE BONNE
PARTICIPATION COMMUNAUTAIRE
Comme nous l'avons cité la mise en place d'une AMP
répond à un souci de recomposition des stocks de poissons,
notamment par l'application de mesures conservatoires dans la zone
délimitée. En fait, à Saint-Louis, toute
la problématique de la gestion de l'AMP tourne autour dune
activité : la pêche, considérée comme l'une des
principales causes de la baisse de la ressource. Comme le disait Pauly, A
(1999)21 , le principe de l'AMP est simple : si
vous protégez le poisson de la pêche, ils vivront plus longtemps,
grossiront et produiront des oeufs en nombre constant et exponentiel.
Cependant, une chose est claire : la rareté de la
ressource est loin d'être le seul problème auquel les
pêcheurs de Guet-Ndar doivent faire face. Il est évident alors que
des règles de gestion sur proposition des usagers de la ressource ne
doivent pas se limiter à la régulation de son accès.
Élargir la surface du problème étudier toutes les
contraintes liées à la filière pêche à
Guet-Ndar et y apporter des solutions dans un plan d'aménagement et de
gestion peut être un moyen pour la communauté locale de l'adopter.
Comme le souligne SARR, O (2006) en citant le principe 10 de la
Déclaration de RIO (chapitre 23 d'Action 21) : « la gestion
participative des ressources naturelles communes est pour l'opinion
internationale, un des principes fondamentaux pour la gestion durable de ces
ressources ». Cela suppose également l'implication des
populations à toutes les étapes, depuis la formulation des
mesures de gestion jusqu'à leur application en passant par les prises de
décisions concernant le choix de la mise en oeuvre des dites mesures
8.1 LES CONTRAINTES DE LA FILIÈRE PÊCHE
À SAINT-LOUIS
Des contraintes diverses et variées entravent
l'activité et concourent selon les pêcheurs à la baisse
tendancielle de leurs revenus.
8.1.1 L'approvisionnement en glace
La spécialisation des guet-ndariens en pirogue
glacière explique l'importance que revêt l'approvisionnement en
glace pour la localité. Malheureusement, la demande est nettement
supérieure à l'offre. Ce qui joue sur les prix.
8.1.2 Les difficultés d'écoulement
La commercialisation du produit était effectuée
d'abord par la soeur du pêcheur, puis par l'épouse et de plus en
plus maintenant par le pêcheur retraité. Le pêcheur
guet-ndarien n'a aménagé aucun structure de stockage qui pouvant
limiter les pertes par rejet (surtout les sennes tournante quand la sardinelle
est abondante), ni crée des structures qui s'occupe de la
commercialisation. Il ne pense qu'à produire et toutes ses initiatives
s'arrêtent au débarquement du produit. Donc, les filières
de commercialisation lui échappent ainsi le plus souvent parce que la
pêche à elle seule occupe déjà tout son temps et son
énergie. Le mareyeur quant à lui dispose d'un réseau
d'information sur le marché performant. De ce fait il reporte tous les
risques sur le pêcheur à qui le rapport de force lors du
marchandage est défavorable.
21 Rapport de recherche halieutique ACP-UE, No 5, Bruxelles,
Septembre 1999. pp 37
106
L'impuissance des pêcheurs face au marché est
accentuée par une situation d'oligopole des mareyeurs et par le
caractère périssable du produit. Il est contraint de vendre dans
un délai court pour éviter la détérioration du
produit. Les cas de bradage ou de rejet sont fréquemment observés
au niveau des utilisateurs de sennes tournantes. En plus, Saint -Louis est loin
des grands centres de consommation comme Dakar. Les mareyeurs qui s'y
présentent non seulement ne sont pas trés nombreux (50 camion en
moyenne par jours), mais ne font pas toujours le déplacement à
Saint-Louis. Ils recrutent sur place des intermédiaires dispersés
sur tout le quai pour l'achat du poisson. Ainsi s'instaure l'illusion d'une
multitude d'acheteurs entre lesquels s'exerce une concurrence. Il n'en est
rien. En fait, il suffit qu'un pêcheur mal en point cède sa
production à un prix dérisoire pour que tous les autres soient
obligés de s'aligner sur celui-ci. En fait, la plupart des productions
sont achetées à crédit. Les mareyeurs ne paient le
pêcheur que 3 à 4 jours après, lorsqu'ils ont
écoulé les produits. Il n'est pas rare qu'au retour, ils
remettent les termes du contrat en cause, en évoquant une
détérioration du produit, une mévente ou tout autre alibi,
difficilement vérifiable par les pêcheurs. De nouveau, le risque
est reporté sur le pêcheur.
Ainsi il serait intéressant, face à cette
situation, d'instaurer une concertation entre pêcheurs d'un même
centre maritime afin de négocier les prix de vente des
débarquements sur la plage. Cependant, c'est que, les pêcheurs
tiennent à leur indépendance et acceptent difficilement les
tentatives collectives, d'où la difficulté pour eux de
s'entendre. Ce sont ainsi les autres acteurs de la distribution qui profitent
de cette situation comme l'ont affirmé Le SANN et AL (1986) : « si
l'on observe le plus souvent un accroissement des marges
bénéficiaires après un certain nombre
d'intermédiaires, ce profit se fait intégralement en aval qui de
surcroit subit généralement la loi de grossistes sans scrupules,
compte tenu du caractère périssable de son produit et du fait
qu'il vit le plus souvent au jour le jour »
8.1.3 Accroissement de l'effectif des pécheurs et
du nombre d'unités de pêche.
Avec la croissance démographique22
(dans un quartier où la pêche est la seule
activité génératrice de revenus monétaires) le
nombre de pêcheurs a atteint, voire dépassé la
capacité de charge. Les fonds de pêche de plus en plus
visités s'appauvrissent du fait de l'intensité de leur
exploitation. Cette situation se traduit par une prolongation du séjour
en mer, une augmentation des charges y afférentes et la ruée des
jeunes vers les bateaux ramasseurs.
8.1.4 Coût élevé du carburant et des
engins de pêche
L'éloignement des lieux de pêche et
l'allongement des sorties en mer ont des répercussions très nette
sur la consommation du carburant devenue beaucoup plus importante. Qui plus
est, le prix connaît une hausse continue et spectaculaire, en
dépit des subventions de l'essence livrée sous douane. Cette
flambée des prix a beaucoup joué sur l'augmentation des
coûts de production des pêcheurs piroguiers. Bien qu'elle soit
déplorée par tous les pêcheurs cette situation touche
particulièrement les sennes tournantes et les pirogues glacières
pour lesquelles, le carburant est devenu le poste de dépense le plus
important. Pour les premières, elle est liée à la
puissance des moteurs utilisés et à la durée relativement
longue des marées
22 Guet-Ndar est ('une des (oc a(ités (es p(us
peup(ées au monde avec une densité de p(us de 160 000 habitants
au km2, Service Régiona( des Statistiques, 2007
107
pour les secondes. Il faut en moyenne 200 litres de carburant
en raison de 500 Fcfa le litre pour une marée de quatre jours en zone
mauritanienne.
La subvention, même si elle est
considérée comme l'un des modes d'assistance les plus voyants,
suscite cependant des appréhensions dans le milieu pêcheur quant
à sa pérennité. De toute évidence, la subvention
allège les charges d'exploitation et constitue un viatique certain pour
les pêcheurs même si sa valeur n'a cessé de baisser, ce qui
fait craindre à son arrêt éventuel. Selon les
pêcheurs, quel que soit le nouveau système qui sera mis en place,
la levée de la subvention aura des répercussions négatives
sur leurs activités. Guet-Ndar dispose de 6 stations d'essence sous
douane.
8.1.5 Manque d'infrastructures
S'il y avait des installations de conservation de grande
capacité, ils auraient la possibilité de conserver le produit en
période de surproduction où les prix sont dérisoires. Ils
pourraient alors le stocker pour le revendre aux mareyeurs à de
meilleurs prix en cas de pénurie. On évite ainsi les rejets qui
constituent une forme de gaspillage très fréquente à
Saint-Louis, surtout au niveau des sennes tournantes.
8.1.6 Le changement du regime hydrographique induit par
le barrage de Diama
La construction du barrage de Diama a contribué
à déstabiliser l'écosystème du delta dans
son ensemble avec des conséquences négatives sur sur
l'ichtyofaune. Le peuplement marin inféodé à l'estuaire
s'arrêtet à Diama et n'atteint plus sa zones de production
située en amont. Parallelement se produit un accroissement de la
salinité des eaux en aval avec des taux avoisinant l'eau de mer.
Globalement, on assiste à une diminution importante voire à une
disparition d'espèces à affinité marine et estuarienne
comme Ethmalosa fimbriata, Elops lacerta, Mugil cephalus, Liza falcipinis,
Tilipia guineensis, Dicentrarchus punctatus, Polydactylus quadrifilus.
8.1.7 Les problèmes de renouvellement difficile du
matériel
Les problèmes d'acquisition et de renouvellement de
matériels dus selon l'ARD (Agence Régional de
développement) à un mauvais fonctionnement du système de
crédit. La CNCAS aurait pourtant injecté dans le secteur environ
600 millions de francs CFA de 1989 à 1991 ; mais actuellement le
dispositif fonctionne de manière peu satisfaisante faute d'un bon
remboursement des dettes23.
8.1.8 La présence de la barre
La présence de la barre due à la
présence de hauts fond qui occasionne de fréquents accidents avec
de temps en temps des pertes en vies humaines (une vingtaine par an selon les
pêcheurs). A cause de ce phénomène très
fréquent dans la zone (9 mois sur 12), les gros porteurs (sennes
tournantes et lignes glacières) enregistrent des pertes de temps
énormes pour la traversée avec des cargaisons lourdes et des
pertes de jours de travail quand la barre devient tout simplement
infranchissable.
23
www.saintlouisdusenegal.com
108
8.2 POINT DE VUE DES PÊCHEURS SUR L'AMP : DES
PERCEPTIONS DIFFÉRENTES SUR UNE NOTION MAL COMPRISE
Il est apparu au cours des nombreux entretiens
effectués auprès des populations, que les pêcheurs ne
comprennent pas encore la notion d'AMP. Le fait qu'ils côtoient le PNLB
et fréquentent le Parc National du Banc d'Arguin (Mauritanie) les pousse
souvent à assimiler l'AMP à un Parc National alors que les deux
entités ne fonctionnent pas du tout de la même manière.
Aucun zonage secondaire n'existe pour un parc national. Toute activité
extractive de ressources est interdite dans l'intégralité de la
zone définie comme étant le Parc (les populations locales peuvent
être associées à la gestion, c'est le cas des
écogardes au PNLB) alors que l'AMP peut faire l'objet d'une exploitation
participative et spatio-temporelle.
En effet beaucoup de pêcheurs interrogés
(environ le tiers de l'effectif) ne sont pas favorables à la mise en
place d'une AMP. Le manque d'espace est le principal argument qu'ils
émettent pour justifier leur opposition à la mise en place d'une
AMP. L'espace de pêche se disent-ils est relativement étroit
à Saint-Louis à cause de la proximité de la
frontière mauritanienne. L'incapacité pour les pêcheurs
sénégalais d'exploiter librement les eaux sous juridiction
mauritanienne, explique le fait que les guet-ndariens acceptent difficilement
de se voir interdire l'accès en mer des zones maritimes sous
prétexte de favoriser le repos biologique ou la reproduction des
espèces. Du coup, il est fréquent au cours des discussions que
nous soyons interpellés avec une question récurrente qui traduit
toutes les craintes face à cette nouvelle situation : « La
Mauritanie nous parque au nord, si l'Etat de l'autre côté nous
parque au sud qu'allons nous devenir ? » s'interrogent-ils.
8.2.1 De l'avis des pêcheurs aux filets dormants :
la mer Saint-Louisienne est trop petite pour abriter une AMP
De manière globale, les poseurs de filets se sont
prononcés contre l'implantation d'une AMP à Saint-Louis. Ils
prétendent que le site choisi est leur zone habituelle pêche. Ils
disposent de petites embarcations qui ne permettent pas de parcourir de grandes
distances à la recherche de poissons. En plus, la faible
rémunération de l'activité liée aux faibles volumes
débarqués et à la qualité des prises ne permet pas
de rentabiliser les dépenses importantes de carburant. Ils ajoutent que
c'est dans l'AMP que l'on rencontre les espèces qu'ils pêchent le
plus (soles, langoustes, machoirons etc.) et qu'ils réalisent la presque
totalité de leurs prises.
Ils prétendent que la mise en oeuvre de l'AMP aboutira
au déclin de la pêche aux filets dormants à Saint-Louis.
Ils militent en général pour le recul de l'AMP au sud, notamment
entre Potou et Lompoul dans la zone de Louga pour atténuer son emprise
sur les zones habitées et minimiser son impact sur les activités
de pêche. Toutefois certains, moins pessimistes proposent leurs services
à l'AMP. Ils prétendent qu'ils pourraient éventuellement
mettre leur connaissance de la zone et leur maîtrise de la navigation au
profit de l'AMP notamment en se chargeant de la surveillance. Il suffit qu'on
les rémunère.
Leur réticence à la mise en oeuvre d'une Aire
Marine à Saint-Louis, pose le problème de leur niveau
d'implication dans le processus de création. Même si les
autorités affirment (d'après ce que nous avons noté
à travers la littérature) les avoir associés au processus
qui a abouti la signature du décret de création, on constate sur
le terrain que cette catégorie de pêcheurs fustige la
démarche adoptée qui consiste à créer d'abord une
AMP et à demander ensuite aux populations leur avis. « Vous
avez agi à l'envers » ont souligné certains
pêcheurs, il fallait nous associer dans la prise de décision.
109
Cependant, la position d'une minorité favorable
à la mise en oeuvre de l'AMP, évoque plus un problème
d'exiguïté de la pêche qu'une opposition arbitraire à
un projet de conservation. Enfin, l'idée qu'une AMP peut atténuer
la pression des bateaux chaluts paraît être la seule perspective
positivement appréciée par les poseurs de filets.
8.2.2 De l'avis des pêcheurs à la ligne :
Une AMP oui, à condition de créer des habitats
La position des ligneurs semble moins catégorique que
celle des poseurs de filets. En fait, ils prétendent que la mer de
Saint-Louis ne peut à priori abriter une AMP du fait qu'il n'y a pas
suffisamment de bancs rocheux qui puissent sauvegarder le poisson. Toutes les
roches qui servaient de refuge sont maintenant détruites par les
chaluts, et même dans les six miles. Ils pensent donc que ce ne sont pas
les pêcheurs artisans, à l'exception des sennes tournantes, qui
sont à l'origine de la dégradation du milieu marin. En fait, ils
mettent surtout l'accent sur les mesures qui doivent accompagner la mise en
oeuvre de la réserve marine. Aussi proposent-ils que soit inscrite sur
la liste des actions à mener, l'immersion de récifs artificiels.
Si on veut conserver, il faut commencer par créer les conditions de
sédentarisation (demeures de position).
Par ailleurs, ils insistent sur le fait qu'une protection
partielle ou intégrale d'un espace maritime n'a aucune chance de limiter
le processus d'effondrement des volumes de pêche qui se produit à
Saint-Louis. Il suffit qu'il y'ait des récifs en nombre suffisant pour
que le repeuplement se fasse tout seul sans nulle autre intervention
disent-ils.
8.2.3 De l'avis des utilisateurs de sennes tournantes :
une réserve fixe n'apporte rien aux espèces migratrices
Pour la majorité, Les sennes tournantes redoutent avec
l'implantation de l'AMP, une très grande concentration d'unités
dans la zone de libre pêche, jugée déjà très
étroite (une douzaine de kilomètres, entre la frontière
avec la Mauritanie et le limite nord de l'AMP). Ils pensent qu'il ne sert
à rien de protéger Tank (sud de Guet-Ndar) si c'est pour
accroître la pression sur « Kell » (espace maritime en
face de Guet-Ndar) et sur « Gopp» (nord de Guet-Ndar). L'AMP
ne fait que transposer le problème plus au nord. Ils craignent du coup
une recrudescence des conflits entre pêcheurs artisans surtout si les
poseurs de filets dormants (principaux usagers des ressources à
l'intérieur de l'AMP) se rabattent sur « Kell » et
« Gopp » avec toutes les conséquences liées
à l'incompatibilité avec les filets actifs.
Par ailleurs ils émettent des « réserves
» à propos de l'Aire Marine. Ils s'intéressent
principalement aux petits pélagiques et pensent qu'une AMP fixe
n'apportera rien aux espèces migratrices qui se déplacent au
gré des upwellings. Or, les stocks les plus importants à
Saint-Louis sont constitués de poissons migrateurs en l'occurrence les
Sardinelles. Ils en concluent que l'AMP ne peut pas produire les effets
escomptés dans cette zone.
Il faut dire que leur activité à Saint-Louis
est saisonnière et coïncide avec le passage des sardinelles et
chinchards (entre Janvier et juin). Ils pêchent le reste du temps en zone
mauritanienne ou en haute mer puisque leur équipement permet de grands
déplacements. C'est peut être la raison pour laquelle certain se
disant plus ou moins favorables à l'AMP pensent que la protection du
site délimité ne peut avoir d'impact significatif sur leur
activité d'autant qu'ils ne le fréquentent que rarement la zone
AMP, si ce n'est pour traverser la brèche.
110
La meilleure façon pour l'AMP de contribuer à
réduire la pression sur la ressource, selon les utilisateurs de sennes
tournantes, est de faciliter l'accès des pêcheurs Guet-Ndariens
aux eaux mauritaniennes. Ils nourrissent l'espoir que l'implication du
Ministère de l'Environnement dans le domaine de la pêche avec les
AMP, amène leur ministre de tutelle à avoir plus de poids
vis-à-vis de la Mauritanie pour ouvrir un peu plus ses frontières
et octroyer un nombre plus important de licences.
8.2.4 Une opinion partagée pour les marins de
pirogues glacières et des bateaux ramasseurs : protéger le milieu
pour réhabiliter la ressource.
Le constat qui s'est dégagé de nos entretiens
avec les marins des pirogues glacières et des bateaux ramasseurs est
qu'ils partagent le même point de vue vis-à-vis de l'AMP : c'est
un outil qui selon eux va repeupler les côtes Saint-Louisiennes. Ils
manifestent ainsi une réelle conscience de la dégradation de
l'écosystème marin. Les piroguiers qui travaillent pour les
bateaux ramasseurs savent qu'ils sont exploités par les armateurs mais
n'ont pas d'autres choix car il n'y a de poissons à Saint-Louis, nous
font-ils remarquer. Si les ressources étaient abondantes à
Saint-Louis, ils resteraient sur place à travailler pour leur propre
compte au lieu travailler pour des armateurs qui les exploitent.
Tout comme les sennes tournantes, les marins des pirogues
glaciéres ne perçoivent pas dans l'immédiat l'impact que
l'AMP pourrait avoir dans leurs activités. Ils ne pêchent pas
à Saint-Louis et ils ne croient pas non plus que la
réhabilitation des ressources va se faire dans le court terme. Ils
affirment que « Même si on protège, il faut du temps pour
que la ressource se renouvelle » Aussi, ils militent dans un premier
temps pour une protection intégrale de l'AMP contre toute forme de
prélèvements, pour à la fois maximiser l'espace à
regénerer et surtout accélérer le processus de
repeuplement.
Les marins des pirogues glacières se trouvent dans une
situation complexe. Ils sont équipés de façon à
faire des marées de plusieurs jours et à parcourir de longues
distances. Par contre le poisson qu'ils ciblent (les espèces des fonds
rocheux) est rare à Saint-Louis (fonds marins pauvres en bancs rocheux)
où ils sont concurrencés par les lignes et les filets dormants.
Ils opèrent habituellement, dans des lieux de pêche situés
en territoire mauritanien. Ils sont ainsi en perpétuel conflit avec les
gardes côtes, qui les arraisonnent et saisissent l'équipement.
Leur présence dans ces eaux n'est pas autorisée (les licences de
pêche ne s'appliquent pas aux espèces démersales
côtières). Ils sont ainsi obligés d'amadouer les gardes en
versant à chaque marée des sommes d'argents qui viennent
s'ajouter à leurs coûts de production (carburant, glace et vivres)
déjà jugés élevés au regard des revenus
générés par l'activité. Il n'est pas
étonnant dans ce contexte qu'ils adhérent à l'AMP. Ce
qu'ils souhaitent, c'est trouver sur place et en abondance le poisson qu'ils
pêchent en Mauritanie. Ils pensent qu'une protection intégrale de
l'Aire Marine est nécessaire mais pas suffisante pour restaurer la
ressource. Pour cela il faudrait que la protection soit couplée à
un programme de mise en place de récifs artificiels pour retenir les
espéces des fonds durs telles l'Epinephelus aeneus (Thiof),
l'Epinephelus goreens (Doye), le Dentex
filosus(Diarégne), le Pagrus erhenbergi (Kibaro Nar)
très prisées par les lignes glaciéres.
111
8.3 DES MODES DE GESTION DONT ON PEUT S'INSPIRER
Dans la pêche sénégalaise, les mesures de
gestion émanent soit de l'État soit des acteurs à la base
à partir d'initiatives locales. Selon les instances de décision,
les impacts sont diversement appréciés.
Jadis, la pêche à Guet-Ndar faisait l'objet
d'une gestion rationnelle et concertée. Plus récemment, une
politique de régulation des prélèvements de sardinelles a
été instaurée par les utilisateurs de sennes tournantes.
Toutes ces formes de conservation sont abandonnées à l'heure
actuelle. L'AMP doit tirer les enseignements de ces échecs si l'on veut
asseoir un plan de gestion durable.
8.3.1 Des règles traditionnelles d'autogestion
disparues
Les informations fournies par les vieux pêcheurs
rencontrés à Guet-Ndar mettent en relief d'anciennes pratiques de
gestion appelées « temal » qui ne sont plus
d'actualité. En fait, ils soutiennent que « Traditionnellement,
l'activité de pêche était réglementée par les
populations elles-mêmes. Les limites de chaque lieu de pêche
étaient connues et reconnues de tous et l'exploitation des ressources
était régie par des règles respectées de tous
». Le « témal » consiste à instaurer
le repos biologique pendant certaines périodes de l'année avec
des sanctions prises contre les contrevenants (plusieurs jours d'interdiction
de sortie en mer, payement d'une amende...). Les mesures de conservation
appliquées à l'époque consistaient à la fermeture
alternée des lieux de pêche pendant les phases de frai et de
nursery des espèces qui s'y reproduisaient. La pêche était
ainsi interdite:
- Pendant le « loli » (octobre à
décembre) dans les pêcheries à proximité de
l'embouchure. Cette saison correspond d'après les vieux à la
période de reproduction des crustacés (surtout les crevettes).
Ils mettaient un accent particulier à la protection des crevettes.
Là où la crevette est abondante, le poison est abondant, car elle
fait partie du menu alimentaire de plusieurs espèces.
- Pendant le « Thiorone » sur Xer wurey
wi et ses annexes, période de reproduction des espèces des
fonds durs (mérou, pagre, daurade...).
Cet état des choses était lié à
un respect des traditions plus qu'à un souci de préservation car
la ressource était si abondante qu'on ne pensait pas à un
épuisement possible des stocks ou à la disparition de certaines
espèces. Aujourd'hui cependant, la poussée
démographique à Guet-Ndar et les faibles coûts
d'opportunités (non scolarisation des jeunes) aidant, il y a une
pression très forte sur la ressource. Du coup, la prolifération
des engins de pêche de plus en plus efficaces ne permet plus de respecter
le repos biologique.
8.3.2 Des mesures de régulation des captures non
généralisées
Les utilisateurs de sennes affiliés à la
Fédération des Jeunes Pêcheurs de Guet-Ndar ont
tenté de suivre l'expérience des anciens en s'engageant vers l'an
2000 à réguler les captures de sardinelles. Ainsi ils ont pris
des mesures visant à limiter le nombre de sorties. Ils se sont
accordés à interdire deux sorties d'affilé en mer.
Autrement dit, tout pêcheur qui débarque a l'obligation d'observer
une journée de repos avant de se remettre en mer. Les mesures prises par
ces pêcheurs prévoient également la limitation des
captures. Ici le poids des prises autorisées par sortie ne doit pas
dépasser 6 tonnes. Pour garantir le respect de cette
réglementation, l'Association a recruté des contrôleurs
chargés de surveiller les
112
débarquements. En plus, chaque pirogue qui
débarque paie une taxe de 2000 F cfa. L'argent est destiné
à alimenter la caisse de l'Association et à
rémunérer les contrôleurs.
Selon les pêcheurs, ces mesures permettent de limiter
les rejets et d'augmenter les prix de vente. Toutefois ce système
initié par les jeunes pêcheurs a connu le même sort que
celui traditionnellement appliqué. Il a été
abandonné en 2004 suite à l'augmentation du nombre de
récalcitrants qui commettent des infractions mais refusent de se
soumettre aux sanctions prévues.
8.3.3 Un programme de récifs artificiel pour
recréer les habitats
Cinq récifs artificiels devant servir de lieux
d'habitation aux espèces de poissons dits nobles, sont installés
sur les côtes maritimes de Saint-Louis. Il s'agit d'implanter,
progressivement, d'ici à la fin de l'année 2007, 10
régimes de récifs artificiels pour récupérer sur
toute la côte sénégalaise des poissons démersaux
menacés de disparition. Ce programme d'immersion de récifs
artificiels est une composante du plan stratégique national
initié par le Ministère de l'Économie Maritime (MEM). Les
récifs sont constitués d'épaves de bateaux. D'après
les technicien du SRPM, c'est une initiative relativement coûteuse du
fait que l'implantation d'un seul récif artificiel coûte
jusqu'à 100 millions de francs Cfa.
8.4 DISCUSSION ET PROPOSITIONS
Une zone où il y avait jadis un équilibre
relatif entre les prélèvements opérés sur la
ressource et le maintien durable des stocks exploitables est en proie, depuis
quelques années, à de profondes mutations du secteur de la
pêche avec l'émergence de problèmes environnementaux
d'envergure (dégradation des ressources et destruction des habitats,
modification de la dynamique estuarienne...).
L'implantation et la gestion de l'AMP de Saint-Louis met en
évidence en évidence trois acteurs : l'État, les
pêcheurs de Guet-Ndar et l'ONG WWF.
- L'État garant du domaine maritime (compétence
non transférée aux collectivités locale) même s'il
peine à asseoir une politique efficace de gestion des ressources
halieutiques à Saint-Louis (à ce sujet les pêcheurs
déplorent un manque d'encadrement et d'assistance qui serait à
l'origine de leur ignorance des lois et textes en vigueur dans le domaine de la
pêche). Alors que, eu égard aux potentialités que
recèle ce milieu (frontière avec la Mauritanie, présence
d'une embouchure) le Nord du Sénégal pourrait servir de levier de
développement du secteur halieutique à l'ensemble du pays.
- Les pêcheurs en tant qu'usagers des ressources de la
mer sont en partie responsables de leur rareté. SENE, A (1985) affirme
que « la bipolarisation dans la pêche maritime entre le navire et la
pirogue conduit à Saint-Louis à une concurrence qui affecte
l'état des ressources. Les conséquences en sont la pratique de
rejets immatures (prises accessoires des chalutiers) à laquelle
participe la pirogue avec la senne tournante. C'est une menace de rupture
écologique qui n'épargne pas la chaîne
halieutique.»
- Le WWF de par sa position de principal partenaire financier
de l'AMP, il est donc fortement impliqué dans la conception du
dispositif de gestion.
113
Il nous emble ici important de revenir sur le processus de
mise en place de l'AMP notamment sur les insuffisances qui ont fait que
beaucoup de pêcheurs restent sceptiques sur
l'opérationnalité de l'AMP. Deux principales lacunes ont
été soulevées.
Nous évoquons en premier lieu l'absence d'un diagnostic
concerté qui aurait permis de faire un premier état des lieux des
préoccupations des pêcheurs et de recueillir l'avis d'une frange
assez représentative de la population (dans toutes ses composantes) sur
le projet de création de l'AMP en lien avec un état de
référence des côtes saint-louisiennes pour identifier les
zones critiques et les espèces menacée. Cela aurait permis de
délimiter une zone consensuelle.
Le deuxième manquement que nous avons constaté
est la non représentation dans le comité de gestion de quatre
catégories d'acteurs qui vont jouer un rôle important dans la
réussite du plan de gestion, mais n'ont pas été
associés au processus. Ce sont les gestionnaires du Barrage de Diama
(OMVS)24, le service régional de l'hydraulique (gestion de la
brèche), les armateurs industriels (chalutiers), et les professionnels
du tourisme. Le comité de gestion doit contribuer à la mise en
place d'une structure efficace et reconnue par tous (un comité de
gestion élargi par exemple) qui établira le plan de gestion de
l'AMP et sera garante de son respect. Il s'agit d'établir les
différents facteurs qui conditionnent le maintien et le renouvellement
de la ressource et donc ne pas omettre le barrage ni les chalutiers ni la
brèche (élargissement incontrôlable) car la gestion de
l'AMP doit aussi intégrer ces facteurs importants et ne pas se focaliser
uniquement sur l'effort de pêche des seuls piroguiers.
Le développement de l'écotourisme pourrait
générer des d'emplois pour les populations locales. C'est le cas
avec l'AMP de Bamboung où la création d'un campement touristique
et la mise en place d'un corps d'éco gardes a permis à la
population, surtout aux jeunes, d'avoir des revenus plus ou moins
réguliers.
Comment agir sur la restauration d'un
écosystème plus propice à la reproduction et redonner vie
à l'estuaire sans prendre en compte la gestion du barrage de Diama ? En
effet, ce barrage construit sans tenir compte à l'époque du
milieu estuarien et maritime et la gestion actuelle des lâchers d'eau
semble peu propice à l'activité biologique de la reproduction des
poissons, dont l'estuaire était autrefois le lieu. Il est donc important
que le comité de gestion de l'AMP puisse disposer d'un droit de regard
sur son mode gestion. Le Capitaine du port de Saint-Louis a émis
l'idée, qui nous semble pertinente et qui mérite d'être
étudiée d'une intégration de l'estuaire dans le
périmètre à protéger, compte tenu des interactions
entre océan et fleuve, donc en amont et en aval de l'embouchure. En
réalité, même si on arrête de pêcher dans un
milieu qui est devenu quasi inerte, du moins largement impropre à des
fonctions biologiques, rien ne garantit que les poissons pourront s'adapter
à ce nouveau milieu.
Par ailleurs, il apparaît que la pose de filets
dormants est le type de pêche le plus destructeur. Une mesure rapide et
efficace peut être prise en concertation avec les pêcheurs pour
interdire l'usage de filets non dégradables et non-conformes à la
réglementation nationale, pour revenir à des filets en cordages
de fibres ou en coton. Cela signifie donc, qu'une meilleure connaissance du
code de la pêche par les pêcheurs éviterait certaines
pratiques. Le plan de gestion doit surtout s'appuyer sur le code la pêche
pour d'une part le faire effectivement appliquer et d'autre part ne pas prendre
des mesures qui viendraient à son encontre.
L'AMP est créée et des mesures de protection
partielles ou intégrales vont être prises. Les pêcheurs
pourraient se l'approprier s'ils se sentent associés aux prises de
décision (cas
24 Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve
Sénégal
114
des poseurs de filets dormants) et si des mesures
compensatrices sont prises en parallèle pour réduire les effets
négatifs du plan de gestion adopté sur certaines
catégories de pêcheurs (perte d'emplois, baisse de revenus) qui
sont souvent en situation précaire.
Tous les pêcheurs rencontrés ont
évoqué des conditions de vente avec des prix qui ne
rémunèrent pas leurs efforts et les risques qu'ils prennent.
Cette question de la commercialisation du poisson, d'une meilleure
rémunération du travail des pêcheurs et de leurs familles
à terre mérite d'être prise en considération
même si elle n'est pas forcément du ressort de l'AMP. Il s'agit de
trouver des solutions à ce qu'ils considèrent comme un abus de
pouvoir de la part des mareyeurs.
Dans un tel contexte, le développement harmonieux et
durable de l`AMP de Saint-Louis nécessite une approche holistique
(globale), intégrée, qui suppose la coordination entre les
acteurs directs (État, pêcheurs de Guet-Ndar, armateurs
industriels navigant à Saint-Louis, professionnels du tourisme
basés sur la Langue de Barbarie,) et les acteurs indirects (ONGs,
élus locaux, les scientifiques,) dans l'élaboration des
stratégies de lutte contre la dégradation des
écosystèmes marins. Une telle approche devrait permettre à
long terme de tirer le maximum de profit des ressources halieutiques, tout en
évitant de compromettre la vie des générations futures.
C'est pour toutes ces raisons qu'il importe de:
~ impliquer le tourisme, la pêche industrielle, l'OMVS
et le Service de l'hydraulique dans le processus d'élaboration du plan
de gestion
~ faire un état des références de l'AMP
pour une meilleure connaissance de l'écosystème (habitats et
ressources : taille des stocks, biologie et dynamique des espèces) et un
suivi de l'efficacité des mesures de protection
~ recréer les habitats pour favoriser la
régénération des ressources (immersion de récifs
artificiels dans les zones profondes (plus de 40m) notamment en partenariat
avec le Programme d'immersion de récifs initié par le
Ministère de l'Économie Maritime.
~ voir les voies et moyens de faciliter l'accès en
zone Mauritanienne des pirogues glacières et des pirogues de senne
tournante pour atténuer la pression sur les eaux saint-louisiennes.
~ valider le zonage réalisé en août 2007
et baliser le noyau à protéger pour faciliter la reconnaissance
des zones à protéger.
~ interdire systématiquement la pêche
industrielle à l'intérieur de l'AMP.
~ organiser la filière commercialisation pour
atténuer l'abus des mareyeurs.
~ sensibiliser sur la nécessité d'appliquer un
repos biologique coïncidant avec la période de reproduction (mars
à juin pour les poissons démersaux et septembre - octobre pour la
crevette) des espèces exploitées dans tout le
périmètre.
~ mettre en place une chaîne de froid pour limiter les
pertes post-captures.
~ aménager, stabiliser, baliser et draguer la
brèche pour limiter l'érosion et sécuriser le passage des
pirogues.
115
9 CONCLUSION GÉNÉRALE
La Langue de Barbarie est le résultat d'un long
processus alternatif d'élargissement et de retrait de la plage par la
dérive littorale. C'est un système complexe et instable
régi par la conjugaison de phénomènes naturels et de
phénomènes anthropiques liés à l'édification
du barrage de Diama et à l'ouverture d'une nouvelle embouchure
L'espace maritime de Saint-Louis abrite une grande
diversité d'espèces et par delà une diversité des
techniques de capture. Il ressort dans l'analyse des pratiques et des
conditions de travail des pêcheurs de Guet-Ndar que dans la pêche
artisanale, la diversité des engins permet d'explorer et d'exploiter des
zones de pêche diverses. Ainsi les récifs rocheux, zones de refuge
contre l'assaut des filets (chaluts et filets de fond) perdent leur
caractère avec le développement des lignes et palangres, ou des
filets dérivants. Par conséquent, la pression exercée sur
les espèces démersales à haute valeur marchande (souvent
reproducteurs lents) est telle que les peuplements de poisson n'ont plus le
temps de se reproduire. L'excès de moyens mis en oeuvre pour exploiter
un stock donné débouche sur un prélèvement excessif
par rapport aux capacités de renouvellement de ce stock (surexploitation
de recrutement), et / ou sur un prélèvement des individus
exploités à des âges trop précoces (surexploitation
de croissance) SARR O (2005)
Selon BAKHAYOKHO (1990), la succession spatio-temporelle de
méthodes de pêche très variées, toutes en mutation
constante pour s'adapter à des environnements humains, marins et
technologiques également très dynamiques ne peut se faire sans
heurt. La recherche d'un espace suffisant d'évolution d'unités
très actives à puissance de pêche (nombre et dimension des
engins) croissante, est donc la cause des conflits qui sévissent
à Saint-Louis entre les pêcheurs artisans d'une part et entre ces
derniers et les chalutiers d'autre part.
En effet, le non respect des sphères de
compétences (intrusions des chalutiers dans les 6 miles...) fait
supporter un effort de pêche dont on ne mesure pas réellement les
conséquences sur les stocks de poissons connus, SENE A (1985).
Même si la pêche industrielle est destructive, il
n'en reste pas moins que la pêche artisanale soit elle aussi très
efficace au Sénégal. En comparant les deux systèmes de
pêche, on constate selon P S DIOUF (2007)25 que la pêche
artisanale détruit plus que la pêche industrielle parce que sa
prise est beaucoup plus importante. Au Sénégal, 70% des captures
proviennent de la pêche artisanale. Mais il faut préciser que
c'est également de petits pélagiques » à faible
valeur marchande. Le véritable problème de la pêche
artisanale c'est qu'elle opère dans la bande la plus
côtière. Un zone très sensible, car c'est là
où le poisson se reproduit le plus, mais également où les
jeunes poissons grandissent. Il s'y ajoute qu'à Saint-Louis les pics en
matière d'efforts de pêche pour les espèces
démersales côtiéres s'observent entre Mars et Juin. Or
cette période coïncide avec celle où la plupart d'entre
elles regagnent les roches et l'estuaire pour se reproduire. La forte pression
sur cette population préponte limite de manière significative le
potentiel de renouvellement des générations. Donc, l'effort de
rationalisation doit porter à la fois sur la pêche industrielle et
artisanale.
L'AMP qui se veut un outil de gestion participative des
ressources halieutiques, constitue à cet effet une opportunité de
regroupement des différents protagonistes autour d'un cadre de
concertation. En effet « sur le plan social, la création d'une
AMP peut rendre aisé le
25 Coordonnateur Régional du WWF WAMER.
In Le soleil No 11196 du Samedi 22 septembre 2007. pp 7
116
règlement des conflits d'usage, notamment dans la
pêche, en facilitant la mise en oeuvre d'actions collectives grâce
à l'implication des usagers dans la gestion des ressources (Pollard,
1993; Hanna, 1999 ;Pomeroy, 1999; Thompson, 1999; Thomson, 1999)
»,SARR.O (2005).
Il faut se rendre compte que les règles de gestion et
les conditions d'accès à la ressource ne seront durablement
applicables que si elles émanent des professionnels de la mer. Autrement
dit, les pêcheurs ne s'approprient l'AMP que si elle intègre dans
sa gestion tous les maux (contraintes que nous avons évoquées)
dont ils souffrent. Pour cela il faut élargir la surface du
problème et ne pas la restreindre à sa plus simple expression qui
est la rareté de la ressource ou la surpêche. Cela permet de
prendre des mesures qui n'obligeraient pas le pêcheur à «
rester à terre » car selon MBAYE .A (2006), les communautés
de pêcheurs artisans surtout celles à longue tradition de
pêche (guet-ndariens, lébu, niominka), ne sont pas prêtes
à accepter l'interdiction d'une activité traditionnelle
assimilée à la fois comme un droit et un identifiant à
l'appartenance à une communauté. Ces dernières
considèrent non seulement la pêche comme une partie
intégrante de leur culture mais aussi et surtout, leur principale source
de revenus.
C'est aussi en prenant en compte ces difficultés que
la participation active sur la gestion de l'AMP pourra devenir effective. Sinon
elle risque d'apparaître seulement comme un paquet de contraintes venant
s'ajouter à celles qui existent déjà.
En réalité, même si certains
pêcheurs de Guet Ndar sont demandeurs d'une AMP, c'est parce qu'ils
souhaitent être plus impliqués dans des questions qui les
concernent au premier chef. Toutefois, il ne s'agit pas pour les pêcheurs
de prendre la place de l'État, ni pour l'administration de se
décharger sur les acteurs à la base de ses fonctions de
régulation de l'exploitation des ressources de la mer. Il est simplement
nécessaire de mener une action concertée entre l'État et
l'ensemble des acteurs à la base, non seulement pour aboutir à
l'adoption de règles de gestion adaptées aux
réalités du terrain mais aussi pour assurer un contrôle
efficace du respect des mesures à prendre.
117
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121
TABLE DES MATIÈRES
RÉSUMÉ i
ABSTRACT ii
REMERCIEMENTS iii
DÉDICACES v
QUELQUES ABRÉVIATIONS vii
SOMMAIRE ix
INTRODUCTION 1
PARTIE I : CONTEXTE GENERAL, PROBLÉMATIQUE ET
DÉMARCHE DE L'ÉTUDE
3
1 CONTEXTE GENERAL DE L'ÉTUDE 5
1.1 La zone d'étude 5
1.2 la structure d'accueil : une organisation de conservation
de la nature 7
1.3 les AMP dans le monde : UN aboutissement des
recommandations de rio. 7
1.3.1 Rôle de l'Aire Marine Protégée 8
1.3.2 Les dispositions réglementaires internationales
9
1.3.2.1 La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer :
la fin d'un paradigme 9
1.3.2.2 La Convention sur la Diversité Biologique (CDB)
10
1.3.2.3 Le Code de conduite pour une pêche responsable et
ses implications en
matière de durabilité 10
2 PROBLÉMATIQUE : INTÉRÊT DES AIRES MARINES
PROTÉGÉES AU SÉNÉGAL : L'IMPORTANCE DE LA
PROTECTION, DE LA PÊCHE ET DES SIGNES
D'ÉPUISEMENT 13
2.1 Processus du choix des sites d'AMP au Sénégal
15
2.1.1 La délimitation de l'AMP de Saint-Louis sur un
espace de pêche déjà trop étroit 18
2.1.2 21
2.2 Cadre légal national : les instruments juridiques
applicables 21
2.2.1 Le régime juridique du Domaine Public Maritime
21
2.2.2 Le régime juridique de la pêche maritime
21
2.3 Le cadre institutionnel 21
2.3.1 Les organes de gestion de l'AMP de Saint-Louis 22
2.3.1.1 L'Assemblée Générale 22
2.3.1.2 Le comité de gestion 23
2.3.1.2.1 Le fonctionnement 23
2.3.1.2.2 Le bureau 23
3 LA DÉMARCHE MÉTHODOLOGIQUE 27
3.1 La demande initiale : une demande aux objectifs larges
27
3.2 Objectifs spécifiques : des objectifs
recentrés dans le cadre du mémoire. 27
3.3 Objet du mémoire 28
3.4 Hypothèses de l'étude 28
3.5 But de l'étude : 28
3.6 La démarche 28
3.6.1 Phase exploratoire 29
3.6.2 La phase de terrain 30
3.6.3 Prise de contact, pré enquêtes
compréhensive et poursuite de la bibliographie 30
3.6.4 Déroulement du stage 30
122
3.6.4.1 Présentation de l'échantillon. 30
3.6.4.2 Recueil d'informations dans la zone d'études
31
3.6.4.3 Analyse du milieu 32
3.6.4.4 Analyse des ressources biologiques et des modes d'usages
: des enquêtes
qualitatives 32
3.6.4.5 Analyse du milieu humain 33
3.7 Difficultés rencontrées 33
PARTIE II : INFORMATIONS GÉNÉRALES SUR LA ZONE
35
4 PÊCHE ARTISANALE A SAINT-LOUIS, UNE ACTIVITÉ
TRÈS ANCIENNE QUI A
CONNU BIEN DES ÉVOLUTIONS 37
4.1 Évolution des activités de pêche 38
4.1.1 Des origines à la moitié du
20ème siècle 38
4.1.2 De 1950 à nos jours 39
4.2 Organisation sociale et évolution 40
4.2.1 Les organisations socioprofessionnelles 41
4.2.1.1 Le Syndicat national des pêcheurs marins du
Sénégal (SNPMS) 42
4.2.1.2 Le Collectif national des pêcheurs du
Sénégal (CNPS) 42
4.2.1.3 L'Association des jeunes pêcheurs de Guet-Ndar
(AJPGN) 42
4.3 Cadre Socio-économique général 42
4.3.1 La population : tendance générale 42
4.3.2 Organisation de l'espace : 44
4.3.2.1 La langue de Barbarie 44
4.3.2.2 Le quartier pêcheur de Guet-Ndar 46
4.3.2.3 Les mbaars 47
4.3.2.4 Le Parc National de la Langue de Barbarie : un site
protégé superposé en
partie à l'AMP 48
4.4 Conclusion 50
PART III : MILIEU BIOPHYSIQUE, MODES D'EXPLOITATION ET
DE GESTION 51
5 L'ENVIRONNEMENT PHYSIQUE 53
5.1 Les conditions météorologiques 53
5.1.1 La saison sèche 53
5.1.2 Les pluies. 53
5.2 Les conditions hydrologiques marines et leurs variations
saisonnières. 55
5.2.1 Des courants marins en fonction du régime des vents
55
5.2.2 Des eaux superficielles dépendant des courants
marins 56
5.2.3 Deux grands types de houles à Saint-Louis
57
5.2.4 Les vagues 58
5.2.5 Les marées : un mouvement biquotidien des eaux
58
5.3 L'hydroclimatologie de la région. 59
5.3.1 Les saisons marines sous l'influence de la
météo 59
5.3.2 La saison froide (janvier à avril) : un vecteur
d'upwelling 59
5.3.3 La transition saison froide-saison chaude (avril-juin)
60
5.3.4 La saison chaude 60
5.3.5 La transition saison chaude-saison froide 61
5.3.6 Les températures : des variations inter
saisonnières de grande amplitude 61
5.4 Évolution géomorphologique à
Saint-Louis 62
5.4.1 Les grandes phases morphogénétiques et leur
conséquences 62
5.4.1.1 Le Quaternaire 63
5.4.1.2 Le Nouakchottien(7000 - 5500 BP) 63
5.4.1.3 Le subactuel et l'actuel 63
123
5.4.1.4 Conséquences de la morphogénèse :
l'instabilité d'un espace géographique
soumis à un processus inexorable de réduction
64
5.5 Les aquifères 64
5.6 Morphologie et sédimentation des fonds de pêche
au large de St-Louis 65
5.7 Les effets de la nouvelle brèche sur la pêche
maritime à Saint-Louis : la traversée de
la barre moins pénible mais des impacts négatifs
ailleurs. 69
5.8 Conclusion 71
6 LE PATRIMOINE NATUREL DE L'AMP : UNE SITE A HAUT POTENTIEL
BIOLOGIQUE 73
6.1 Les habitats naturels : Géographie et toponymie des
lieux de pêche 73
6.2 Les ressources exploitées : les poissons 76
6.2.1 L a présence du poisson conditionnant des
f(ux migratoires 76
6.2.2 Les espèces démers a(es
côtiéres 77
6.2.2.1 La communauté à Sciaenidae 77
6.2.2.2 La communauté des espèces de la
thermocline 78
6.2.2.2.1 La communauté des Sparidae 79
6.2.3 Les espèces pélagiques 84
6.3 Autres espèces présentes : les oiseaux,
tortues et mammifères marins 87
7 LES MODES D'EXPLOITATION : une diversité DE PRATIQUES
à l'origine de la
pression accrue sur la ressource et des conflits entre usagers.
89
7.1 Les moyens de production : des types de pêche en
fonction de l'embarcation et des
engins utilisés et du quartier 90
7.1.1 Les embarcations : 90
7.1.2 La motorisation 90
7.1.3 Structure du parc piroguier au niveau de l'AMP 91
7.2 Les types de pêche artisanale 92
7.2.1 La Senne tournante et coulissante 94
7.2.2 Les filets dormants de fond 95
7.2.3 Les lignes 96
7.2.3.1 La pêche du jour 97
7.2.3.2 La pirogue glacière 97
7.2.3.3 Les bateaux ramasseurs 98
7.2.4 Les filets dérivants : 99
7.2.5 La spécialisation des sous quartiers 101
7.3 La Pêche industrielle : une pratique avec des effets
écologiques néfastes mais pas
l'unique responsable de la baisse des ressources. 101
7.4 Les conflits entre les usagers. 102
7.5 Les activités connexes à la pêche 103
7.5.1 Le mareyage 103
7.5.2 La Transformation 104
8 DES DÉFIS A ReLEVER POUR UNE BONNE PARTICIPATION
COMMUNAUTAIRE 105
8.1 Les contraintes de la filière pêche à
Saint-Louis 105
8.1.1 L'approvisionnement en glace 105
8.1.2 Les difficultés d'écoulement 105
8.1.3 Accroissement de l'effectif des pécheurs et du
nombre d'unités de pêche. 106
8.1.4 Coût élevé du carburant et des engins
de pêche 106
8.1.5 Manque d'infrastructures 107
8.1.6 Le changement du regime hydrographique induit par le
barrage de Diama 107
8.1.7 Les problèmes de renouvellement difficile du
matériel 107
124
8.1.8 La présence de la barre 107
8.2 point de vue des pêcheurs sur l'amp : des perceptions
différentes sur une notion mal
comprise 108
8.2.1 De l'avis des pêcheurs aux filets dormants : la mer
Saint-Louisienne est trop
petite pour abriter une AMP 108 8.2.2 De l'avis des
pêcheurs à la ligne : Une AMP oui, à condition de
créer des habitats 109
8.2.3 De l'avis des utilisateurs de sennes tournantes : une
réserve fixe n'apporte rien
aux espèces migratrices 109
8.2.4 Une opinion partagée pour les marins de pirogues
glacières et des bateaux
ramasseurs : protéger le milieu pour réhabiliter
la ressource. 110
8.3 Des modes de Gestion dont on peut s'inspirer 111
8.3.1 Des règles traditionnelles d'autogestion disparues
111
8.3.2 Des mesures de régulation des captures non
généralisées 111
8.3.3 Un programme de récifs artificiel pour
recréer les habitats 112
8.4 DISCUSSION ET PROPOSITIONS 112
9 CONCLUSION GÉNÉRALE 115
BIBLIOGRAPHIE 117
TABLE DES MATIÈRES 121
LISTE DES FIGURES 125
LISTE DES TABLEAUX 127
ANNEXE 129
ANNEXE 1 : GUIDE D'ENTRETIEN 131
ANNEXE 2 : Les mécanismes de l'upwelling 136
ANNEXE 3 : Décret de création de l'AMP 137
ANNEXES 4 : Cartes des températures de surface et des
salinités de l'océan (saison froide-
saison chaude) pour la période 1971-1970 142 ANNEXE 5
: Infrastructures de pêche et touristiques sur la Langue de Barbarie, au
nord de
l'embouchure 146
ANNEXE 6 : Accords de pêche
sénégalo-mauritaniens 147
ANNEXE 7 : Répartition spatiale des activités
à St-Louis 152
ANNEXE 8 : Évolution des effectifs et des
débarquements de la pêche à St-Louis 153
ANNEXE 9 : Axes de circulation et noeuds d'engorgements 154
ANNEXE 10 : Filets dormants 155
ANNEX 11 : Filets de senne tournante 155
ANNEXE 12 : Filets dérivants avec ses flotteurs 156
ANNEXE 13 : PALANGRIER 156
125
LISTE DES FIGURES
Figure 1. Situation du Sénégal et de la zone
d'étude 5
Figure 2. Carte de l'AMP de Saint-Louis 5
Figure 3. Le barrage de Diama 14
Figure 4. Processus d'implantation des AMP au
Sénégal 20
Figure 5. Processus Institutionnel de gestion participative
25
Figure 6. Vue aérienne de la Langue de Barbarie (source :
Google earth) 37
Figure 7. Évolution de la population de 1960 à
l'horizon 202 43
Figure 8. Répartition de la population par groupe
d'âge selon le sexe (département de Saint-
Louis en 2005) 44
Figure 9. Répartition latérale de facies du cordon
littoral de la Langue de Barbarie 46
Figure 10. Vue de l'avenue Lamotte de Guet-Ndar 46
Figures 12. Vue de mbars : plage maritime(1) et bordure
du fleuve (2) de Guet-Ndar 47
Figure 11. Pirogues dans les rues de Guet-Ndar 47
Figure 13. Le Parc National de la Langue de Barbarie 49
Figure 14. Pluviométrie et moyennes mobiles annuelles
à Saint-Louis (1900-2000) 54
Figure 15. Les courants marins sur les côtes ouest
africaines 56
Figure 16. Localisation des upwellings côtiers et leur
saisonnalité dans la zone nord-ouest
africaine 59
Figure 17. Les catégories d'eaux de surface -
d'après Rossignole (1973) 62
Figure 18. Vue de l'espace habité de Guet-Ndar sous
l'emprise de l'océan 64
Figure 19. Croquis géomorphologique et géologique
du delta sud ouest du fleuve Sénégal 65
Figure 20. Carte bathymétrique de l'AMP de Saint-Louis
66
Figure 21. Profil du plateau continental au niveau de
Saint-Louis 67
Figure 22. Répartition des lutites et affleurement
rocheux sur la côte nord sénégalais 67
Figure 23. Relevés bathymétriques et
granulométrie moyenne au large de la Langue de
Barbarie (MONTEILLET, 1988) 68
Figure 24. Évolution de l'ouverture de la brèche.
La BAULE (2006) 69
Figures 25. Vue en direction du sud de la brèche 70
Figure 26. Représentation schématique des zones de
pêche situées à l'intérieur de l'AMP 75
Figure 27. Répartition des différentes
communautés démersales sur les côtes
sénégalaises 78
Figure 28. Clichés photographiques des principales
espèces démersales pêchées à St-Louis 83
Figure 29. Cycle migratoire, périodes de pontes,
nurseries, et localisation mensuelles des principales concentrations d'adultes
de Sardinella aurita dans la zone Sénégalo-
mauritanienne 84
Figure 30. Mises à terre mensuelles en Kg de poissons
débarqués à Saint-Louis en2005 86
Figure 31. Clichés photographiques des principales
espèces pélagiques pêchées à St-Louis 87
Figure 32. Les aires protégées du nord du
Sénégal 87
Figure 33. Îlot aux oiseaux du PNLB 88
Figure 34. Retour de pêche d'une unité de senne
tournante prise sur le fleuve 94
Figure 35. Débarquement de pirogue du jour sur la plage
de Guet-Ndar 97
Figures 36. Vue d'une Pirogue glacière et d'une caisse
isotherme 97
Figure 37. Bateau ramasseur en stationnement au large de
Guet-Ndar 98
Figure 38. Débarquement d'une pirogue de filets
dérivants 100
Figure 39. Les principaux engins de pêche,
saisonnabilité et espèces cibles 100
Figure 40. Centre de transformation de Guet-Ndar 104
126
127
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1. Classement des sites selon les critères
cruciaux 17
Tableau 2. Évolution de la population dans le
Département de Saint-Louis 43
Tableau 3. Vitesses moyennes annuelles et directions dominantes
des vents 1991-2000 Station
Saint-Louis aérodrome 54 Tableau 4.
Précipitations moyennes mensuelles et annuelles (en mm) à la
station de Saint-
Louis entre (1892-1992) et (1991- 2000) 55
Tableau 5. Hauteur moyenne des marées à Dakar et
à Saint-Louis 58
Tableau 6. Durée moyenne de l'upwelling sur la côte
ouest africaine (, modifié 60
Tableau 7. Les principaux lieux de pêche connus à
Saint-Louis 74
Tableau 8. Caractéristiques des principaux lieux de
pêche se trouvant dans l'AMP 76
Tableau 9. Principales espèces de poissons
démersaux pêchés dans l'AMP de St-Louis 80
Tableau 10. Principales espèces de poissons
pélagiques pêchés dans l'AMP de St-Louis 85
Tableau 11. Niveau (%) du mode de propulsion des pirogues
à Saint-Louis 91
Tableau 12. Unités de pêche recensées selon
la localité 92
Tableau 13. Répartition spatiale des techniques de
pêche 101
128
129
ANNEXE
130
131
ANNEXE 1 : GUIDE D'ENTRETIEN
Date
|
Nom de
l'interlocuteur
|
Age
|
Sexe
|
Profession
|
Ethnie
|
Quartier:
|
|
|
|
|
|
|
|
|
. INTRODUCTION PRÉSENTATION
Nous sommes étudiants en en formation à
l'Institut des Régions Chaudes de Montpellier. Il s'agit d'un travail
d'entretiens initié par le WWF pour recueillir votre point de
vue sur l'aire marine protégée et son impact sur vos
activités sur les ressources halieutiques et sur l'environnement.
Cet entretien vise à recueillir votre analyse sur la
démarche, le processus en cours (élaboration du plan de gestion)
et les premiers impacts afin de tirer les leçons de cette
expérience dans la conservation des ressources halieutiques.
Les résultats de ce travail serviront à
définir les règles qui vont régir la gestion de l'AMP
L'ACTIVITÉ DE LA PERSONNE
INTERROGÉE
Parlez nous de vos activités, expliquez nous comment
vous faites (engins utilisés, espèces exploitées, les
volumes, zones exploitées, nombres de personnes employés,
organisation du travail, calendrier de travail) et quelles sont vos
difficultés à propos de ces activités ?
HISTORIQUE ET CHANGEMENTS
OBSERVÉS
- Pourriez-vous nous faire l'historique de votre
activité (quand est-ce qu'elle a commencé à être
menée dans cette zone ? Les premiers à la pratiquer ? Les grandes
étapes qui ont marqué son évolution ? Les grands
changements et leurs causes ? Comment les choses ont changé : parages,
outils, équipements, engins, méthodes, nature, quantités
et qualité ?
- Quelles sont les espèces qu'on pêchait
abondamment et qu'on ne pêche plus ? - Celles qu'on ne pêchait pas
et dont on se contente aujourd'hui
- La taille des poissons ramenée a-t-elle variée
?
- Est- on obligé d'aller pêcher beaucoup plus
loin dans des zones qu'autre fois on ne fréquentait pas ?
- Comment, sous quelle pression, avec quelle aide et avec
quelle réflexion les pêcheurs ont été amenés
à motoriser leurs pirogues?
- Les activités pratiquées dans le site sont-elles
devenues plus importantes ou moins importantes pour les populations?
Pourquoi?
- Avez-vous constaté une diminution ou une augmentation
des ressources sur le site ces dix dernières années ?
ANALYSE DES FACTEURS SOCIO-ÉCONOMIQUES
- Quelles sont les types de pêche menées dans l'AMP
(industrielle, artisanale) ? - Quels sont les groupes d'exploitants
(communauté, âge, genre, engins utilisés) ? - Quelles sont
les organisations professionnelles existantes ? Qui les dirigent ? - Qui sont
les leaders d'opinions (personnalités influentes cachées ou
pas)
- Quelles sont les types d'embarcation que vous utilisez
(taille, motorisation, contenance, matériau....)
- Vous les avait achetés à combien
l'unité ? Leur durée de vie ? Les charges d'entretien annuel ?
Comment faites vous pour les renouveler (amortissement, coopératives de
crédit, autres ?
- Qui fait partie de l'équipage (famille,
étrangers...)? Comment est-il organisé (qui fait quoi) ? Effectif
?
- Comment le travail est -il organisé dans le temps
(calendrier)?
- Où sont basés les exploitants (même
quartier, village ou localités différentes) ?
- D'où viennent les usagers qui fréquentent l'AMP
?
- Quelles sont les types d'usage (pêche, voies maritimes,
écotourisme, exploration
pétrolière....) ?
- Quelles sont les espèces que vous pêchez ?
Où et quand ?
- Quels sont les volumes que vous débarquez par sortie ?
Les charges supportées ?
- Quelles sont les périodes d'abondances ? Les
périodes creuses ? Pourquoi ?
- Comment partagez-vous les revenus ?
- Y'a-t-il des problèmes de cohabitation entre les
différentes communautés concernées par
l'AMP ?
- Y'a-t-il des conflits entre les usagers du site ? Pourquoi
?
- Quelle est la destination des captures (mareyage,
transformation, exportation,
autoconsommation) ?
132
ANALYSE DE L'IMPORTANCE DE LA PÊCHE DANS LA
ZONE
133
- Dites nous quelle(s) est (sont) votre (vos) principale(s)
prise(s) (demersales, pélagiques,
autres).
- Quel est l'ordre croissant des espèces
capturées dans le site ? - Pouvez nous expliquez à quoi cet ordre
est lié ?
- Quelles sont les types de ressources
débarquées dans la zone ?
- Sur les espèces débarquées, quelles
sont celles qui sont pêchées dans l'AMP? Pourquoi selon vous le
site abrite toutes ces espèces ?
- Ces ressources sont-elles en permanence dans le site ou
sont-elles dans le site uniquement à certaines périodes de
l'année ? D'où viennent-elles ?
- Sur les volumes débarqués, quelle est la
proportion des espèces pêchées dans l'AMP
- Quelles sont les espèces pêchées
à Saint-Louis et débarquées ailleurs ? Pourquoi ?
- A combien évaluez-vous le nombre de pirogues qui
fréquentent le site par jour ?
- Y'a t-il d'autres usagers de ce site qui y vont sans
pirogue ?
- Combien de véhicules de mareyeurs fréquentent
la localité par jour?
- Combien de tonnes évaluez-vous les quantités
débarquées dans la localité par jour?
- Quelle est la destination des produits
débarqués dans la localité (mareyage intérieur,
exportation, transformation artisanale)? Les proportions ?
LES RÉGLEMENTATIONS
- Quels sont les modes d'autogestions déjà
appliqués par les pêcheurs (autorégulation de la pression
de l'activité de pêche par les pêcheurs)
- Qu'est-ce qu'elle permet de régler ? Sont-elles
reconnues ? Durables ? Peut-on s'y appuyer pour faire sortir des
systèmes de gestion de l'espace, des volumes, et du temps de pêche
?
- Comment analyser les systèmes
d'autorégulation existants ? Quels rôles ils jouent sur la
pêche en général
- L'activité de pêche est elle
réglementée ? Par qui et comment ? Depuis quand ?
- A-t-il existé auparavant des formes de
réglementations sur le site ou dans la localité? Pour
quelles raisons ? Comment c'était avant ?
- Quelles étaient ces réglementations ? Qui les
avaient instaurées ?
- Quelles étaient ces réglementations ? Qui les
avaient instaurées ?
- Ces mesures sont elles bénéfiques pour les
populations ?
- A qui profitait le plus ces réglementations ?
- Qui se sentaient les plus lésés par ces
mesures ?
- Ces mesures existent-elles toujours ou ont-elles disparu ?
Si non pourquoi ?
- Si elles n'existent plus, quelles sont les raisons de leur
disparition ?
- Souhaiteriez-vous qu'on instaure de nouvelles
réglementations sur ces lieux ou renforcer
celles qui existent ?
- Quelles sont les règles que vous souhaiteriez qu'on
instaure ? Pourquoi ?
- Est-ce que cela peut avoir des répercussions,
peut-être gênées vos activités ?
- Qui selon vous doit mettre en place ces
réglementations (populations locales, État, autre ?
- A qui confier le contrôle de l'application des ces
réglementations pour qu'elles soient
respecter?
134
- Comment faire pour motiver d'avantage les personnes
chargées de ce contrôle?
- Quels effets bénéfiques attendez-vous de ces
réglementations ?
- Qui sont ceux qui seraient susceptibles de ne pas respecter
ces règles ? Pourquoi ?
ENJEUX DE LA GESTION DE L'AMP
- Les modes d'exploitation actuelle des ressources
présentent- ils des risques de diminution des ressources ?
- Si oui dites nous les menaces (qu'est ce qui
représente le plus de menace pour la ressource): dans votre cas,
très concrètement, quelles sont vos inquiétudes face
à la dégradation écologique du milieu ? Des ressources
halieutiques ?
- Est-ce que la ressource se stabilise ?
- Comment selon vous est-il possible de lutter contre cette
tendance ? (comment peut-on maintenir des activités économiques
tout en préservant l'équilibre écologique du milieu)
- Comment arriver au même résultat sans avoir
besoin de protéger intégralement ?
- Globalement, quelles sont les contraintes liées
à l'activité que vous menez (démographiques, coûts
de production, conservation, commercialisation)
- Y a-t-il des activités pratiquées sur le site
par certains et qui ne plaisent pas à d'autres
- Le site appartient-il ou est-il réservé
à des groupes particuliers ?
- Le site constitue-il un endroit de reproduction, de
croissance, d'alimentation, de passage
ou de repos pour la ressource ?
- Y a-t-il des espèces qu'on ne trouve que dans le
site ou dans très peu d'endroits au
Sénégal ou en Afrique de l'Ouest ?
- Quelle est l'importance de ce site par rapport aux autres
zones du littoral ?
- Connaissez-vous des études qui ont porté sur
le site ou dans les zones avoisinantes ? par
qui et quand ces études ont été
menées
- Connaissez vous des personnes ou organismes qui
s'intéressent à la protection de ce site ?
- Si oui, quelles sont les actions qu'ils y mènent ?
- Selon vous, est-ce que les populations ont besoin
d'être plus informées sur l'importance
de ce site ?
- De qui selon vous doivent émaner ces informations
ANALYSE DU PROCESSUS (ANALYSER LA DÉMARCHE,
LE PROCESSUS DE MOBILISATION DES ACTEURS ET DE SOUTIEN PAR DES FINANCEMENTS
PUBLICS)
L'étude devra fournir un regard analytique
sur le processus de mise en place de l'AMP. Il s'agira notamment de
recueillir et d'analyser le ressenti des différents acteurs sur le
processus lui-même, sur la méthode appliquée, ainsi que sur
le fond de la réflexion.
- La démarche engagée avec « la DPN, le WWF
...» est d'instituer de manière participative des mesures de
protection et de préservation des ressources halieutiques, pour assurer
le
135
renouvellement des stocks de poissons et maintenir la
diversité biologique dans les limites
de l'AMP. Pour vous cette démarche constitue-t-elle
une solution adaptée ? Pourquoi ?
- Avez-vous été associé à cette
démarche? de quelle manière ? à quel moment ?
- D'après vous quelles sont les
forces et éléments de réussite de l'approche
(facteurs
clefs à approfondir)?
- Quels sont ses points faibles et les améliorations
à apporter ?
- Comment cette nouvelle démarche peut-elle se
poursuivre ?
RECHERCHE ET ACCORD SUR LES RÈGLES DE
GESTION:
- Comment appréciez-vous le choix qui a
été fait d'élaborer un plan de gestion associant tous les
acteurs de la filière pêche, en lien avec la DPN, la DPM et les
bailleurs cmme le WWF...?
- Comment renforcer, améliorer ce dispositif
participatif?
. ANALYSE DES IMPACTS
Les premiers effets et impacts perçus au
niveau des acteurs ? :
- Quelle est l'incidence de l'AMP sur vos activités ?
Qu'est ce que cela a changé concrètement ou risque de changer
dans vos pratiques ?
- Quels sont les premiers effets dans le rapport
entre pêcheurs et l'administration? Qu'est-ce que cela a
changé ?
- Entre les pêcheurs eux-mêmes ?
- Quels sont les premiers impacts économiques de cette
AMP sur vos revenus ?.
Les premiers effets et impacts perçus au niveau de la
filière :
- Quels sont les effets perceptibles au niveau de la
filière pêche St-louisienne?
- A-t-on perçu ou risque t- on de percevoir des
changements dans le nombre de pêcheurs (départs ou nouveaux
arrivants?)
- Les premiers effets et impacts perçus au niveau de
la région dans son ensemble
- Quel est (sera) selon vous l'effet de l'AMP sur l'image des
pêcheurs ?
- Quelle est, selon vous, l'impact de l'AMP sur l'image de la
filière pêche à Saint-Louis ?
- Quels sont, selon vous, les impacts de l'AMP sur le
développement économique de Saint-Louis ? Comment peut-on les
expliciter ?
- Quels sont les autres domaines d'impacts que l'on peut
mettre en évidence ? Y - a t-il des impacts inattendus ?
136
ANALYSE DE LA DURABILITÉ QU'EST-CE QUI PEUT FAIRE
EN SORTE QUE L'AMP FONCTIONNE BIEN ?
- A votre avis, quel est l'avenir de la
démarche engagée ?
- A quelle condition la mobilisation des acteurs de la
pêche pour la bonne marche de l'AMP peut-elle se poursuivre ?
- Après un démarrage assisté (État,
WWF, ...) dans quelle mesure l'AMP mise en place a acquis ou pourra
acquérir suffisamment d'autonomie?
- Comment l'engagement des parties prenantes
peut-il se renforcer ? ANNEXE 2 : Les mécanismes de
l'upwelling

137
ANNEXE 3 : Décret de création de
l'AMP

138
REPUBLIQUE DU SENEGAL Un Peuple -- Un But -- Une
Foi
DECRET PORTANT CREATION D'AIRES MARINES
PROTEGEES
RAPPORT DE PRESENTATION
Le Sénégal dispose de 700 km de côte et
d'une zone économique exclusive de prés de 200000 marins. La
diversité des écosystèmes littoraux se traduit par la
présence d'une importante diversité biologique
côtière et marine. Les possibilités de maintien ou de
reconstitution de la diversité biologique des régions
côtières et littorales existent, en particulier pour les zones
humides lagunaires, estuariennes et deltaïques. A cet effet, le
Sénégal a défini un plan national d'actions et pris des
options stratégiques à caractère spécifique pour la
conservation de la Biodiversité dans les écosystèmes
marins et côtiers. Toutefois, l'expérience du
Sénégal, en terme de création et d'organisation de la
gestion des aires protégées, et les acquis de la conservation de
la biodiversité dans l'espace littoral sénégalais, peuvent
et doivent servir de référence et d'axes d'ancrage dans les
perspectives de la mise en place d'un réseau régional de zones
marines et côtières protégées en capitalisant, en
particulier, l'expérience du Programme Régional de Conservation
des Zones Marines et Côtières, du projet Biodiversité
Sénégal-Mauritanie et du développement du Réseau
AFRIMAB de l'UNESCO, conformément aux orientations stratégiques
du
volet Environnement du NEPAD,
Le Congrès sur les Parcs Nationaux tenu en septembre
2003 ayant constaté que l'essentiel des efforts de protection concerne
les écosystèmes continentaux, a recommandé que les Etats
mettent l'accent sur la protection d'au moins 5% de leur espace littoral et
marin. Cet objectif s'inscrit parfaitement dans la vision du Président
de la République déclinée lors du Sommet Mondial de
Johannesburg sur le Développement Durable et lors du 5ème
Congrès Mondial de Durban sur les Parcs.
La promotion des Aires Marines Protégées
constitue un avantage certain pour la conservation de la structure, du
fonctionnement et de la diversité des écosystèmes ; de
leur reconstruction en cas de dégradation ; l'amélioration du
rendement de la Pêche et des retombées sociales et
économiques pour les communautés locales. Par conséquent,
la création des cinq (05) Aires Marines Protégées, objet
de ce projet de décret est une stratégie pour renforcer les
régimes de gestion intégrée des zones
marines et côtières.
Telle est l'économie du présent projet de
décret.
139

140

141

ANNEXES 4 : Cartes des températures de surface
et des salinités de l'océan (saison froide-saison chaude) pour la
période 1971-1970

142
Source CRODT 2003

143
Source CRODT 2003

144
Source CRODT 2003

145
Source CRODT 2003
ANNEXE 5 : Infrastructures de pêche et
touristiques sur la Langue de Barbarie, au nord de l'embouchure

146
Source KANE, F (2005)
147
ANNEXE 6 : Accords de pêche
sénégalo-mauritaniens

148

149
- 2
Des licences de pèche individuelles sons octroyees
pour chaque embarcation conformément a la réglementation
mauritanienne en vigueur et aux proc6dures figurant à l'annexe 2 du
présent protocole contre le paiement d'une redevance forfaitaire
fixée comme suit :
P+rogue de 13 métres Ou moins _ "114,34 Euros ; Pirogue
de plus de 13 métres : 228.67 Euros ;
Le paiement se fait par transfert bancaire au profit du
Trésor Public mauritanien dans un compte de la Banque
Centrale de Mauritanie à préciser par la partie
mgiuritanienne_
Pour les besoins oie contrôre des captures de
ces embarcations lors du débarquement des produits de pêche a
Saint- Louis. une commission technique mixte sera créée pour
assurer cette mission.
ARTICLE 3
(Exercice de la péche sur le
fleuveSénégal)
Les deux parties conviennent de prendre toutes les initiatives
nécessaires en
vue de la mise en place d'un Comité hoc pour
réglementer les activités de pêche sur le Pleuve
Sénégal. en concertation avec les Ministres chargés de ta
pêche des Etats membres de l'0MVS
· ARTI .E 4
(Navires de pèche industrielle Sénégalais
exerçant en Maurilarie)
Les autorités de la République Islamique de
Mauritanie consentent a octroyer des autorisations de pèche
thoniére jusqu'A Concurrence de dix (10) navires par an
Les thoniers pourront exercer leurs activités dans les
conditions ci-après
Le paiement d'une redevance forfaitaire, actuellement
fixée à trois mille cent euros (3,100 Euros) par mois et par
navire_
- Les navires produiront tous les documents justifiant leurs
caractéristiques techniques notamment le certificat de jauge brule

150

151

152
ANNEXE 7 : Répartition spatiale des
activités à St-Louis

ANNEXE 8 : Évolution des effectifs et des
débarquements de la pêche à St-Louis

153
Source SRPSM
154
ANNEXE 9 : Axes de circulation et noeuds
d'engorgements

155
ANNEXE 10 : Filets dormants

ANNEX 11 : Filets de senne tournante

156
ANNEXE 12 : Filets dérivants avec ses
flotteurs

ANNEXE 13 : PALANGRIER

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