L'agriculture de notre zone d'étude est
essentiellement pluviale. Il s'agit d'une agriculture itinérante sur
brûlis avec comme caractère principal l'instabilité des
parcelles d'exploitation. La taille des champs varie de un à quatre
hectares (toute spéculation confondue), avec une durée
indéterminée, car la population ne dispose pas d'autre espace
pour une éventuelle mise en jachère.
L'agriculture sur brûlis et le billonnage ont
attiré notre attention dans la zone d'étude. Au moment de la
préparation des champs c'est-à-dire avant les semis, les
populations défrichent la végétation et la brûlent.
Le système consiste à couper la végétation,
à brûler les brindilles et les feuilles mortes, avant de cultiver
sur les cendres. Le bois est ensuite ramené à la maison pour
servir d'énergie domestique. Ce système a du mal à
s'adapter à un espace cultivable réduit et insuffisant. Environ
95 % de la population ont recours à cette pratique pour préparer
les champs. De plus les résidus sont brûlés sur les souches
des arbustes. Selon YELEMOU C. (2008), cette méthode contribue à
la détérioration de la structure du sol et anéantie la
régénérescence végétative qui est
très néfaste sur l'environnement. On assiste alors à un
déboisement sans reboisement, même si certaines espèces
comme Vitellaria paradoxa, Parkia biglobosa, Lannea microcarpa, Azadirachta
indica, Bombax costatum ... sont le plus souvent épargnées ;
car elles sont jugées utiles par la population. Les autres
espèces tendent de plus en plus à disparaître. C'est le cas
de Faidherbia albida, Acacia pennata, Borasuss aethiopum, Fucus iteophylla,
Fucus platyphylla, Securidaca longepedunculata.
Par ailleurs, l'enquête fait auprès des paysans
appuyer par l'étude terrain, c'est-à-dire l'observation et le
comptage des espèces dans les champs révèlent qu'il y a en
moyenne 10 à 30 arbres à l'hectare. Cette moyenne tient compte de
la topographie et des sols. Selon YELEMOU C. opt. cit., l'arbre a un rôle
protecteur et améliorant par :
- la diminution de la vitesse des vents
(limitation de l'érosion éolienne) ;
- l'amélioration de la fertilité du sol (apport de
biomasse) ;
- l'enracinement et la couverture du sol (limitation de
l'érosion hydrique).
Le labour en billons consiste à retourner des bandes de
terre les unes sur les autres de manière à
surélever des « planches » ou « billons
» au-dessus de quelques sillons profonds. C'est une technique
adaptée aux types de sols (gravillonnaires, sablo-argileux, sableux et
argileux) en présence, mais quand elle est exécutée dans
le sens des pentes aussi faibles soient-elles, favorisent des actions
d'érosion importantes. Malheureusement, la non maîtrise de cette
technique conduit certains paysans à faire le billonnage dans le sens de
la pente. C'est une technique qui lorsqu'elle est bien maîtrisée
permet une meilleure utilisation des réserves d'humus ; une moindre
perte des éléments fertilisants et
53
une meilleur infiltration des eaux de pluies. Toutes ces
techniques sont mises en oeuvre par l'utilisation d'équipements
agricoles semi-modernes tels que la houe manga et la charrue à traction
asine ou bovine.
Selon notre enquête, 100 % de la population sont
convaincues de la dégradation du couvert végétal. En
effet, pour l'amélioration de leur rendement, les paysans combinent
plusieurs types d'intrants dans un même champ. Sur un total de 186
personnes enquêtées, 57,53 % de la population estimaient utiliser
dans le même champ du compost, de la fumure organique et des engrais
chimiques. Pendant ce temps 22,58 % combinent du compost et la fumure
organique. La Photo 7 montre un compostage, une fosse creusée et
aménagée à l'aide de cuirasses dans le but de fabriquer de
l'humus à partir de la décomposition de débris
végétaux et de déchets d'animaux. On ajoute certains
produits enrichissants tels que : le phosphate, la cendre etc. Le reste de la
population (19,89 %) utilisent seulement la fumure organique.
En dehors de l'agriculture traditionnelle, nous avons
l'existence de cultures maraichères qui se développent
essentiellement autour des barrages de Yaoghin et de Gogo. Ces cultures
concernent les tomates ; les choux ; les aubergines, les pommes de terre, la
patate, etc. Ces cultures suivent le rythme d'une demande de plus en plus
croissante de la population de la commune et de la forte demande des villes de
Koudougou et de Ouagadougou.

20 %
Compost,
fumure
organique
23
%
Fumure
organique
Compost,
fumure
organique,
engrais
chimique
57 %
Source : enquête terrain Poa TIENDREBEOGO Y. / septembre
2011
Figure 10 : les types d'intrants utilisés par la
population III. 5. 3. Le mode d'élevage
Aux différentes actions négatives des
agriculteurs sur le couvert végétal, s'ajoutent celles des
éleveurs. La technique d'élevage dans la commune de Poa n'a pas
évolué. Elle est encore pareille à celle de nos
aïeux. C'est une technique qui consiste à faire paître les
animaux dans la brousse pendant
54
l'hivernage. En début de saison sèche,
c'est-à-dire après les récoltes une bonne partie du
troupeau est envoyé sur les chaumes des récoltes. Les animaux
élevés sont les bovins, les caprins, les ovins
etc. et la volaille. Le manque d'espace
cultivable oblige les éleveurs à trouver des guides (bergers et
bouviers) pour leurs animaux pendant la saison des pluies. Ces derniers
n'hésitent pas à couper les branches des arbres pour
l'alimentation du troupeau. C'est un élevage de type extensif fortement
dépendant des ressources forestières, dont le mode d'alimentation
du bétail est indiqué dans le tableau VII (cf. annexe). Le
bétail est parqué avec du bois. Ils construisent
généralement des maisons en briques dont la toiture est en
paille. La fréquence de renouvellement du bois est de 2 à 3 ans
contre 1 à 2 ans pour la paille.
Comme dans les différentes techniques de
fertilisations et de conservations, les paysans associent plusieurs modes
d'élevage à la fois (cf. figure 12). En effet, l'utilisation des
herbes fraîches et l'émondage des ligneux constituent le mode
d'alimentation du bétail qui agit et/ou exposent directement le couvert
végétal à la dégradation. Ce mode est plus
important car il intervient dans tous les domaines.
Le stockage de foins, les herbes fraiches et les
résidus de récoltes ont une part très importante dans la
zone. Sur 186 personnes interrogées 45,70 % de la population combinent
ces différents modes (cf. fig. 12). Ceux qui combinent les
résidus de récoltes et les herbes fraîches occupent le
deuxième rang avec 23,12 %. Les paysans qui utilisent les sous-produits
agro-industriels ne sont pas nombreux, car cela nécessite des moyens
financiers. 9,14 % de la population utilisent en même temps les
résidus de récoltes, les herbes fraîches et les
sous-produits agro-industriels. Les populations qui pratiquent
l'émondage ne sont pas nombreuses, parce que les espèces
appétées par les animaux sont en pleine diminution. 12,20 % de la
population combinent quant à eux l'émondage, les herbes
fraîches, le stockage de foin et de résidus de récoltes.
4,84 % de la population combinent le stockage de foin, de résidus de
récoltes, des herbes fraîches et de sous-produit agro-industriels.
En effet, il faut que les paysans produisent une quantité suffisante,
pour qu'ils puissent avoir des résidus de récoltes et des foins
suffisants pour le bétail. Vue que l'agriculture dans la commune de Poa
est pluviale, extensive, avec des moyens traditionnels sur des sols
médiocres, cela constitue une véritable dégradation du
milieu.
Le système d'élevage de la commune qui est de
type sédentaire, agit directement sur le sol (piétinement) et sur
le couvert végétal. Plus de 98 % des paysans pratiquent ce type
d'élevage.

9,14 %
4,84 %
23,12 %
12,20 %
45,70 %
Stockage de foin, résidus de
produit agro-industriels
Résidus de récoltes, herbes
industriels
Emondage, stockage de foin,
résidus de récoltes, herbes
fraîches
Stockage de foin, résidus de
récoltes, herbes fraîches
Résidus de récoltes, herbes
fraîches
55
Source : enquête terrain Poa TIENDREBEOGO.Y / septembre
2011
récoltes, herbes fraîches, sous-
Figure 11 : le mode utilisé pour l'alimentation
des animaux
fraîches, sous-produit agro-
Pendant la saison sèche, les arbustes constituent la
seule source d'alimentation des caprins et des ovins laissés en
divagation. Ils broutent principalement les feuilles fraîches de ces
arbustes et certains arbres sur lesquels ils peuvent grimper (YELEMOU C .2008).
Cette pression ralentit considérablement la croissance de ces ligneux et
entraine progressivement leur disparition.
L'émondage est généralement
pratiqué pendant la période critique (mars à juin) et
concerne les espèces appétées par les animaux telles que
Faidherbia albida, Lannea microcarpa, Ficus ingens... Cette pratique
entraine une dégradation continue de la strate arbustive et
arborée.
La commune de Poa est également une zone de
transhumance pour de nombreux troupeaux qui suivent le rythme des saisons
à la recherche de pâturage. Ce passage des animaux à cette
période, augmente une forte pression sur le couvert
végétal et entraine par la suite des conditions favorables
à l'érosion.
L'élevage de la volaille est une des activités
les plus pratiquées dans la commune de Poa. C'est un type
d'élevage ou la volaille se nourrit directement de produit de
récoltes. Cela nécessite comme nous l'avons dit
précédemment pour le cas d'élevage des ruminants une
production conséquente. Ce mode d'alimentation contribue
évidemment à la dégradation du couvert
végétal.
56
Tableau V : le nombre de têtes d'animaux et de
volailles dans la commune de Poa
Source : DPRA/Boulkièmdé 2012
On constate qu'il y a une croissance du nombre de tête
d'animaux dans la commune de Poa. Ce qui conduit évidement à une
détérioration des ressources naturelles. Il faut toutefois
relever que l'action de l'élevage n'est pas toujours néfaste. Par
la fumure organique qu'il apporte et par la zoochorie, le bétail
contribue à la propagation de nombreuses espèces et à la
régénération des sols. Mais pour cela, il faut un
équilibre entre les ressources pâturées et le nombre
d'animaux (GUIRE M. 1997). L'élevage représente certes, un atout
pour assurer une sécurité alimentaire équilibrée
dans le cadre du développement durable, mais dans la forme
d'exploitation actuelle des ressources, il constitue un facteur de
dégradation du milieu.
III. 6. LES ACTIVITÉS NON AGRICOLES III.
6. 1. La coupe du bois
Dans la commune de Poa, le bois est la principale source
d'énergie. Les enquêtes menées auprès des paysans
surtout, auprès des femmes montrent qu'effectivement la coupe du bois
est un phénomène réel. Ainsi, par ordre d'importance les
sources d'utilisation du bois sont : bois de chauffe (ménage) 63,27 % ;
bois d`oeuvre 23,15% ; préparation du dolo 9,30 % ; vente 2,96 % ;
pharmacopée 1,74 %.
Ces pourcentages dressent les divers usages du bois dans la
commune. Cependant, le mode d'approvisionnement est la coupe du bois et le
ramassage du bois sec. Notons que dans cette partie du Burkina Faso la strate
arborée est presque inexistante, donc on n'a pas assez de bois mort,
ainsi la pratique dominante est la coupe du bois vert qui concerne directement
les arbustes ligneux. Les espèces non ligneuses utilisées sont
préférentiellement Parkia biglobosa, Vitellaria
paradoxa. Ces arbres sont coupés, débités et
séchés.
L'utilisation du bois pour la préparation du dolo ou
bière de mil a attiré notre attention. Les femmes
interrogées à ce sujet disent qu'elles préparent en
moyenne 80 à 600 litres par séance. Chaque préparation
consomme un demi (1/2) à une (1) charrette de bois. Les
évènements qui suscitent la préparation du dolo sont : les
fêtes coutumières, les funérailles, la vente dans les
marchés et enfin pour la cuisine quotidienne.
57
La construction des maisons, des hangars sur lesquels les
paysans gardent les résidus de récolte, est faite à partir
de la coupe du bois vert. La photo 8 présente un hangar de stockage de
résidus de récoltes (à Bazan) bâti uniquement avec
du bois. On peut avoir 2 à 3 hangars de ce type dans une concession,
c'est-à-dire que chaque chef de ménage en possède un. Le
bois vert coupé et séché sert également dans le
domaine de l'artisanat pour la fabrication de mortiers, daba, tabourets,
tables, chaises. Les essences utilisées sont principalement : Kaya
senegalensis, Balanites aegyptiaca, Vitellaria paradoxa. Les greniers sont
construits également avec de la paille et du bois. Les espèces
utilisées dans ce domaine sont généralement :
Diospyros mespiliformis, Combretum paniculatum. En ce qui concerne les
non ligneux et principalement Andropogon gayanus pour la paille. Ce
type de grenier nécessite pour sa réalisation,
énormément de bois et de paille (photo 9). Cette photo
présente un grenier de stockage de céréales à
Sougpélecé. Ce type de grenier est bâti avec du bois et de
la paille. On peut avoir une dizaine de ce type de grenier dans chaque
concession. Le nombre est fonction du nombre de personne possédant un
champ et la taille dépend de la quantité de céréale
récoltée. La fréquence de renouvellement de la paille est
de 2 ans maximum, ce qui contribue à la dégradation du couvert
végétal.
Que ce soit pour la cuisine, pour la construction des
hangars, et des greniers... toutes les parties de l'arbre sont coupées,
de façon anarchique sans règlement et utilisés par la
population pour leurs besoins. L'arbre est donc très important dans la
vie des populations de Poa. Cependant, la coupe anarchique et
incontrôlée du bois constitue un facteur de dégradation
progressive du couvert végétal.
TIENDREBEOGO Y. / POA
TIENDREBEOGO Y. / POA,

Photo 7 : un hangar de stockage de résidus de
récoltes

Photo 8 : un grenier de conservation de
céréales
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