UNIVERSITE DE CAEN Unité de
Formation et de Recherche des Langues Vivantes Etrangères
Département d`anglais
LA DEFENSE DES INTERETS AMERICAINS EN IRAN PAR
LE DISCOURS IDEALISTE 1945-1954
Travail d`Etudes et de Recherche
Présenté pour l`obtention du
Master 2
Par
Mickaël Jokar
Directeur d`Etudes : Monsieur Andrew Ives Session de juin
2011
Remerciements
Je tiens tout d`abord à remercier mon directeur de
recherche M. Andrew Ives pour ses encouragements et pour la qualité de
ses conseils. Je lui suis reconnaissant de m`avoir accordé sa confiance
et la liberté nécessaire à la réalisation de mes
travaux. Sa direction, claire et précise, ainsi que son regard critique
et avisé lors de nos échanges ont été pour moi un
appui incontestable.
Mes remerciements vont également à mes
professeurs de Master 2, M. Taoufik Djebali, Mme Pascale Guibert et Mme
Renée Dickason pour leur disponibilité, leur gentillesse et leurs
conseils tout au long de mon cursus de Master.
J`ai une dette particulière envers mes collègues
et amies du collège la Bucaille Mme Magalie Bocquet, Mme Marie Houtman
et Mme Martine Côte Colisson pour leur soutien qui m`a permis d`avancer
dans ce projet.
Parmi tous mes amis, je suis particulièrement redevable
à Nourdin Ait-Kassi et Sylvain Duprey pour avoir pris le temps de lire
mon travail et conseillé dans le travail d`écriture de
celui-ci.
Enfin, il m`est particulièrement important de remercier
mes parents, mon frère et ma sur qui m`ont toujours soutenu et sur qui
je pourrai toujours compter. Je vous suis infiniment reconnaissant pour tout.
Une grande partie de ma motivation vient d`un souhait qui me tient à cur
et qui est celui de vous rendre fier de moi.

Tables des matières
Introduction
Jère PARTIE
Le choc géopolitique de la fin de la Seconde
Guerre mondiale et le discours idéaliste de Truman
1) Les enjeux géopolitiques que représentait l`Iran
pour l`intérêt national « réel » des
États-Unis
2) La présentation des intérêts
américains selon la rhétorique idéaliste de la Doctrine
Truman
a) La présentation des valeurs
b) La création d`entités doxologiques
3) Discours idéaliste et soutien apporté à
l`Iran : sortir l`Amérique de son noninterventionnisme
a) Processus discursif de simplification
b) La stratégie discursive idéaliste et la fin de
l`isolationnisme américain
c) Discours idéaliste américain et soutien
économique et militaire à l`Iran
2ème PARTIE
La mise en place du Programme point IV en
Iran
1) La rhétorique de Truman lors du discours d`inauguration
: Programme Point IV
a) Présentation du contexte
b) Discours d`inauguration du président Truman : bases
d`une vision quiprévaudra en Iran
2) Les conséquences de la rhétorique du Programme
Point IV en Iran : l`Etat supernation et l`ethos américain dans
le discours de Truman au Shah
4
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24
33
33
35
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52
3ème PARTIE
Le discours idéaliste lors de la crise de la
nationalisation du pétrole iranien de 1951 et du coup d'état de
1953
53
53 55 58
1) Le choc de la nationalisation et la stratégie
discursive de l`administration Truman
a) La crise d`Abadan
b) L`intérêt national « réel »
américain lors de la crise d`Abadan
c) L`approche discursive de Washington face aux pressions
britanniques et iraniennes
70
2) Stratégie discursive et l`utilisation de la crise sous
Eisenhower pour la défense de l`intérêt national
américain
a)
70 72
Le changement de discours de Washington
b) Coup d`état, discours idéaliste et
défense des intérêts américains
81
Conclusion
85
Documents annexes
112
Bibliographie
INTRODUCTION
Entre 1945 et 1953, c'est-à-dire, entre le « choc
géopolitique » provoqué par la fin de la Seconde Guerre
mondiale et le coup d`état de 1953 qui a renversé le premier
ministre Mohammad Mossadegh, les relations entre les Etats-Unis et l`Iran ont
été durablement modifiées. Si certains observateurs, comme
Bruno Tertrais1, mettent en avant la révolution islamique de
1979 comme l`événement tournant dans les relations entre les
États-Unis et l`Iran, nous soutiendrons ici que c`est plutôt le
coup d`État de 1953, qui a suivit la nationalisation du pétrole,
qui marque le tournant décisif et le début des tensions
iranoaméricaines. Nous soutiendrons par ailleurs que les dirigeants
américains se sont servis pendant cette période d`un discours
idéaliste qui fonctionnait comme outil indispensable permettant de mieux
défendre les intérêts des États-Unis en Iran dans
les premières années de la Guerre froide.
Lors d`une conférence au Peninsula Peace and Justice
Center, Dr Trita Parsi mentionne une notion importante qui est celle de «
choc géopolitique ». Il explique que dans le cadre de la
géopolitique du Moyen-Orient chaque choc géopolitique permet aux
puissances de se redéfinir et que ces chocs créent un renouveau
dans les relations internationales.2 La Seconde Guerre mondiale
représente ce choc géopolitique puisqu`elle a redéfini les
identités des puissances et a donné une nouvelle dimension aux
valeurs américaines, désormais mises en avant pour mieux
s`opposer à la représentation des valeurs soviétiques. Le
rôle important du discours idéaliste pour structurer l`opposition
à l`U.R.S.S sera développée dans ce mémoire. Le
choc provoqué par la Seconde Guerre mondiale sera donc
considéré comme l`élément déclencheur du
changement de politique américaine au Moyen Orient. L`analyse du
discours politique américain vis-à-vis de l`Iran se focalisera
sur les conséquences de ce choc qui s`est suivi de plusieurs crises : la
crise
1 Bruno Tertrais, Iran : la prochaine guerre,
(Paris, le Cherche Midi, 2007) p.119
2 Dr Trita Parsi, conférence au Peninsula
Peace and Justice Center, 30 novembre 2007. Des exemples de chocs
géopolitiques cités par Trita Parsi sont l`effondrement de
l`Union Soviétique ou de la défaite de Saddam Hussein pendant la
première guerre du Golfe. Il explique dans cette conférence:
Every time you have a geopolitical shock to the region; it creates
opportunities for powerful states to redefine themselves.?
d`Azerbaïdjan, la crise de la nationalisation du
pétrole iranien puis le coup d`Etat de 1953.3
Il existe deux valeurs prédominantes en ce qui concerne
la politique étrangère des ÉtatsUnis : l`idéalisme
et le réalisme.4 Ces deux valeurs ont des
répercussions sur le discours public de la politique américaine.
Dans son livre American Politics and Society, David McKay explique ce
que représentent l`idéalisme et le réalisme en termes de
politique étrangère :
Scholars have been quick to identify two competing themes in
the post-war period - realist and idealist. Realism is, simply, the pursuit of
=national self-interests`, and is associated with international power politics
and the implementation of policies that have clear military, diplomatic or
economic benefits. Idealism, in contrast, injects moral or normative element
into policy, as such presidential rhetoric as =making the world safe for
democracy` or achieving =peace with honour` in Vietnam implies.5
Ce mémoire traitera donc de l`idéalisme dans la
rhétorique américaine tel que le définie David McKay. Il
sera ainsi question, dans un premier aspect, de discours idéaliste de la
politique américaine -- discours qui « injecte une morale »
dans la rhétorique présidentielle et dans la politique des
États-Unis.6
Il faut bien faire la distinction entre un discours
idéaliste et une politique idéaliste. Un discours
idéaliste n`amène pas nécessairement une politique
idéaliste. Par ailleurs, nous n`écartons pas l`hypothèse
qu`il est possible d`avoir une politique réaliste tout en ayant un
discours idéaliste. Ce mémoire traite bien du discours
idéaliste en ce qui concerne la politique étrangère
américaine et, comme l`explique Patrick Charaudeau à propos du
« discours politique », il s`agira de « tenter de définir
une forme d`organisation du langage dans son usage et dans ses effets
psychologiques et sociaux, à l`intérieur d`un certain
3 Interrogé sur C-SPAN, Trita Parsi explique
que la manière de penser américaine voit le début des
tensions entre les États-Unis et l`Iran à partir de 1979 avec la
révolution islamique et surtout avec la prise des otages mais il ajoute
que les Iraniens voient le début des relations à partir de la
révolution constitutionnelle iranienne de 1906 (où les
Américains ont joué un rôle important pour aider l`Iran
dans son mouvement vers la démocratie) et qu`ils voient le début
des tensions à partir du coup d`Etat de 1953 et non à partir de
1979. Trita Parsi on Anti-Government Protests in Iran, 12 décembre
2009,
http://www.c-spanvideo.org/program/290640-4
(6 juin 2011). Ali Ansari explique également à ce sujet : For
most politically active Iranians, the history of Iran-US relations began in
1953 with the coup orchestrated by the CIA for the overthrow of the
democratically elected Prime Minister, Dr. Mohammad Mossadegh.? Ali M.
Ansari, Confronting Iran, (New York, Basic Book, 2006) p.27.
4 Selon la définition de Foreign Policy
d`Encyclopedia.
5 David McKay, American Politics and Society,
Sixth Edition (Oxford: Blackwell Publishing, 2005) p.350. Ce
mémoire associera le thème de l`idéalisme définie
par David McKay avec la stratégie discursive.
6 Colleen J. Shogan explique à ce propos :
Presidents use moral or religious language to describe segments of the
American citizenry or the nation as a whole. They also use moral or religious
language to defend their proposed policies or the actions they have
already undertaken.? Colleen J. Shogan, the Moral Rhetoric of American
Presidents, (College Station, A&M University Press, 2006) p.8. Colleen
J. Shogan est maître de conférence en Politique et Gouvernement
à George Mason University.
champ de pratiques "7. L`auteur ajoute que
l`étude du discours politique « est un objet d`étude qui est
au centre de diverses disciplines [elle partage la philosophie politique, la
science politique, l`histoire et les analyses du discours politique] mais elle
s`en différencie par sa finalité ".8 Cette
recherche se centrera principalement sur « l`analyse du discours politique
" qui, selon Patrick Charaudeau, « s`interroge sur les discours qui
rendent possibles aussi bien l`émergence d`une rationalité
politique que la régulation des faits politiques ", c'est-à-dire
que le discours motive l`action politique.9 Ce mémoire
analysera les discours de politique étrangère des
États-Unis qui impliquent l`Iran.
Le choc provoqué par la Seconde Guerre mondiale
constitua une nouvelle donne en ce qui concerne la défense des
intérêts américains. Les enjeux géopolitiques ont
été bouleversés et du point de vue américain, la
doctrine Truman a instauré une nouvelle stratégie d`expansion des
zones sous influence américaine. Le « stratégie discursive "
idéaliste de la Maison Blanche a également encouragé
à sortir les États-Unis de l`isolationnisme afin de mieux servir
la défense du libéralisme et du capitalisme mondial.
La « stratégie discursive " concerne le domaine du
discours public, la planification et les choix thématiques qui
s`articulent dans un discours mais aussi la coordination du discours dans le
but d`atteindre un objectif. Patrick Charaudeau explique à ce sujet :
En fait, les stratégies discursives de l`homme
politique destinées à s`attirer la faveur du public
dépendent de plusieurs choses : de sa propre identité sociale, de
la façon dont il perçoit l`opinion publique et du circuit par
lequel il passe pour s`adresser à celle-ci, de la position des autres
acteurs politiques qu`ils soient partenaires ou adversaires, enfin, de ce qu`il
juge nécessaire de défendre ou d`attaquer, les personnes, les
idées ou les actions.10
La stratégie discursive se rapproche beaucoup de la
rhétorique11 et elle ne doit pas être vue comme une fin
en soi-même mais plutôt comme un moyen de servir
l`intérêt national américain. Par conséquent, nous
soutiendrons dans cette recherche que la rhétorique
présidentielle idéaliste est un outil qui injecte une morale
à la politique et qui a pour but de
7 Patrick Charaudeau, Le discours politique :
les masques du pouvoir (Paris, Vuibert, 2005) p.24. Cette
définition proposée par l`auteur sera en l`occurrence
rapprochée au discours politique américain. Patrick Charaudeau
est chercheur au CNRS au Laboratoire de Communication Politique.
8 Ibid. p.24
9 Ibid. p.28 L`auteur explique
également que « le discours politique n`est pas le tout du
politique, mais il n`est pas de politique sans discours politique. Celui-ci est
constitutif de celui-là. La politique relève de l`action, et le
langage est ce qui motive l`action, l`oriente et lui donne du sens. [...
]L`action politique et le discours politique sont indissolublement liés,
ce qui justifie du même coup l`étude du politique par son discours
". Ibid. p. 29.
10 Patrick Charaudeau, op. cit., p.63.
11 Selon Aristote : « la rhétorique est la
faculté de considérer dans chaque sujet ce qui s'y trouve de
propre à persuader ». Aristote (par Norbert Bonafous), La
rhétorique (Paris, A. Durand Librairie, 1856) p.13
persuader les personnes adressées : le Congrès
et le peuple américain. Par ailleurs, Aristote expliquait dans son livre
Rhétorique qu`il existe trois éléments à
prendre en compte dans la mise en forme d`un discours : celui qui parle
(l`orateur), le sujet et la personne adressée. Il ajoutait que c`est le
dernier des trois -- la personne adressée -- qui détermine le but
du discours et ce qu`il vise.12
Un autre élément clé qui sera
développé dans ce mémoire concerne l`intérêt
national américain. Il sera important de distinguer
l`intérêt national « réel » et
l`intérêt national « exprimé " car cette recherche
soutiendra l`idée que le discours idéaliste peut également
servir de façade.
D`une part, l`intérêt national « réel
" : il s`agit de ce que les dirigeants américains doivent
défendre pour protéger les intérêts
stratégiques et économiques de leur nation. Ces
intérêts représentent une fin en soi et ils sont
mentionnés dans des rapports du Département d`Etat
américain (US State Department), du Conseil National de
Sécurité (US National Security Council) ou de la CIA. Ils sont
exprimés de manière pragmatique.
D`autre part, l`intérêt national «
exprimé " : il s`agit d`un moyen de réaliser
l`intérêt national « réel ». Il s`expose à
travers une stratégie discursive et le discours idéaliste peut
être un élément qui permet de défendre ces
intérêts. Il se trouve dans les discours publics des
présidents.
Ce mémoire se présente en trois parties. La
première partie analysera les conséquences directes du choc
provoqué par la fin de la Seconde Guerre mondiale et le rôle du
discours idéaliste pour la défense des intérêts
américains. Ce choc a provoqué l`une des premieres crises de la
Guerre froide : la crise d`Azerbaïdjan (province du nord de l`Iran).
L`objet de recherche de cette partie sera la défense de
l`intérêt national « réel " par la présentation
de l`intérêt national « exprimé ». Le discours de
Truman après la crise d`Azerbaïdjan mettra en avant la
manière de présenter les valeurs et de diviser le monde en deux
entités qui resteront dans les imaginaires de chacun pendant toute la
période de la Guerre froide. Enfin, cette première partie tentera
de démontrer comment la stratégie discursive du président
Truman a permis aux États-Unis de ne plus adopter une attitude
isolationniste et d`apporter une aide économique et technique à
l`Iran.
La deuxième partie de ce mémoire se concentrera
sur la défense des intérêts américains grâce
à une rhétorique présidentielle idéaliste qui a
construit une représentation de la
12 Aristotle, (par Rhys Roberts), Rhetoric
(New York, Dover thrifts edition, 2004) p.12
Rhetoric falls into three divisions, determined by the
three classes of listeners to speeches. For the three elements in speechmaking
speaker, subject, and the person addressed it is the last one, the hearer, that
determines the speech's end and object.?
nation américaine 13 . Cette
stratégie discursive sera détaillée avec le discours
d`inauguration du président (20 janvier 1949) connu sous le nom de
programme Point IV. Cette partie tentera d`identifier la mise en place de ce
programme dans le cadre de la Guerre froide en Iran et de la défense des
intérêts américains.
Enfin, la troisième partie analysera le choc de la
nationalisation de l`industrie pétrolière en Iran -- la
nationalisation de l`Anglo-Iranian Oil Company (AIOC) qui eut lieu en 1951. Cet
événement fut une crise majeure entre une Grande Bretagne en
déclin et l`Iran, et les États-Unis furent impliqués et
sollicités par les deux pays en conflit. Cette crise (la crise
d`Abadan14) conduira au coup d`Etat d`aoüt 1953. Ce chapitre
tentera de démontrer en quoi le discours idéaliste de Truman
était un outil indispensable pour la défense des
intérêts de sa nation dans le conflit qui opposait deux de ses
alliés. La stratégie discursive construite par le
président démocrate s`appliquaient pour faire face à cette
crise. En revanche, elle fut abandonnée par son successeur
républicain Dwight Eisenhower qui eut une approche réaliste et
qui autorisa le renversement du premier ministre Mohammad Mossadegh. Nous
soutiendrons que la rhétorique du président républicain a
défendu les intérêts de Washington en servant de
façade à l`égard de cette politique coercitive.
Ce mémoire s`appuiera sur des discours des
présidents américains mais également sur des allocutions,
des conférences de presse ou encore des communiqués. Il inclut
aussi des aide-mémoires d`ambassadeur américain en Iran et des
lettres échangées entre les présidents Truman et
Eisenhower, et le premier ministre Mossadegh. Des documents
déclassifiés du Département d`Etat américain, de la
CIG (prédécesseur de la CIA) et des rapports du Conseil National
de Sécurité (NSC) sont également des sources primaires qui
permettront de comprendre comment les discours devaient être
prononcés pour défendre l`intérêt national
états-unien. Cette recherche mentionne aussi des extraits de
législations autorisant les programmes d`assistance à l`Iran
proposées par Truman et votées par le Congrès. Des sources
secondaires viendront encadrer et apporter des précisions sur les enjeux
géopolitiques, la défense de l`intérêt national
américain et le contexte des discours. Enfin, un travail d`étude
comparative sera également effectué. Il permettra de comparer des
théories d`auteurs spécialisés sur l`analyse du discours
politique (Paul Chilton, Patrick Charaudeau ou encore Halford Ryan) aux
discours qui seront traités dans ce mémoire.
13 Cette deuxième partie évoquera ce
que nous appellerons « l`ethos américain » à
travers une « rhétorique supernation ».
14 L`AIOC (aujourd`hui appelé le National
Iranian Oil Company (NIOC) ou Sherkat Melli Naft e Iran) se situe dans
la ville d`Abadan (ville portuaire du Sud ouest de l`Iran qui situe à la
frontière de l`Iraq et sur le Golfe Persique).
1ère PARTIE
LE CHOC DE LA FIN DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE ET
LE DISCOURS IDEALISTE DE TRUMAN
1) Les enjeux géopolitiques que
représentait l'Iran pour l'intérêt national «
réel » des États-Unis
Le contexte de la Guerre froide donnait une nouvelle dimension
à l`importance de la position géostratégique de l`Iran
pour les intérêts américains. D`un point de vue
pragmatique, quels étaient les intérêts que devaient
défendre les États-Unis ? Washington devait impérativement
garder l`Iran sous son influence aprés le choc provoqué par la
seconde guerre mondiale. L`une des premieres crises provoquées par ce
choc fut la crise d`Azerbaïdjan15 qui débuta en 1946
aprés que l`URSS de Staline refuse d`évacuer ses troupes du nord
de l`Iran. Quelle était cette crise ? Et comment la rhétorique
présidentielle américaine a-t-elle présenté cette
crise ?
Kristen Blake explique dans son livre the US-Soviet
confrontation in Iran 1945-1962 qu`il existe plusieurs écoles de
pensée concernant le début de la Guerre froide et la
confrontation entre les États-Unis et l`Union Soviétique en Iran.
La premiere argumente que les confrontations entre les deux superpuissances
eurent lieu à cause des ambitions soviétiques d`étendre
leurs intérêts dans la région. La deuxieme argumente que ce
sont les tentatives américaines de promouvoir leurs
intérêts stratégiques dans la région qui
déclenchèrent la crise. Enfin, d`autres estiment que les
confrontations résultérent des rivalités entre les
États-Unis, l`Union Soviétique et la
Grande-Bretagne.16 Nous soutenons dans cette recherche qu`il
existait une confrontation d`intérêts stratégiques entre
ces trois puissances. Confrontation d`intérêts car la
Grande-Bretagne bénéficiait de la majeure partie des recettes de
l`industrie pétroliére situé en Iran.17
Celle-ci était toujours rivale de la Russie dans le Grand Jeu (Great
Game).18 Et, il s`agissait par ailleurs d`une lutte
15 Il s`agit de la province iranienne nommée
Azerbaïdjan et non de l`Etat Azerbaïdjan. Voir Édouard
Nissanian, du Berceau de la Perse Antique à la République
Islamique D'Iran, (Connaissances et Savoir, Paris, 2006) p.78. Dans son
Long Télégramme, le diplomate et chef de mission à Moscou
George F. Kennan cite en premier plan la crise en Iran. (Le Long
Télégramme, écrit entre 1944 et 1946, et envoyé au
secrétaire d`Etat James Byrnes le 22 février 1946, est un
document secret (puis publié dans Foreign Affais en 1947)
considéré comme étant à l`origine de la dissension
entre les États-Unis et l`Union Soviétique). Long
Télégramme de George Kennan, 22 février 1946,
http://www.gwu.edu/~nsarchiv/coldwar/documents/episode-1/kennan.htm
(6 juin 2011)
16 Kristen Blake, the US-Soviet Confrontation
in Iran 1945-1962: a Case in the Annals of the Cold War (University Press
of America, Lanham, 2009) p.2
17 Ali M. Ansari, op. cit., p.28.
18 Elena Andreeva revient sur le Grand Jeu en Iran
et explique notamment le rôle de l`Orientalisme russe en comparaison
à l`Orientalisme Occidental. Elena Andreeva, Russia and Iran in the
Great Game : Travelogues and Orientalism (Routleg, New York, 2007)
p.8-9
d`intérêts qui opposait la politique
économique américaine de marché de libre échange
d`une part, à la tentative de mise en place du système communiste
prônée par l`URSS de l`autre.19
Amin Saikal20 explique qu`il était convenu,
lors de la conférence des ministres des affaires
étrangères alliés de septembre 1945, que l`Union
Soviétique, la Grande-Bretagne et les États-Unis retirent leurs
troupes des provinces iraniennes occupées. Toutefois, Moscou, soucieux
de la pénétration de la sphere d`influence américaine,
exigea une concession de pétrole en échange de son retrait. Cette
concession fut refusée par le Majlis21 -- notamment
grâce aux efforts du porte-parole nationaliste émergent, le Dr
Mohammad Mossadegh -- et les troupes soviétiques restèrent sur le
sol iranien. Le Conseil de Sécurité des Nations Unis conseillait
un règlement du conflit de manière bilatérale entre Moscou
et Téhéran mais Londres et Washington, qui avaient retiré
leurs troupes le 1er janvier 1946, envoyèrent chacun une
lettre au Kremlin exigeant le retrait soviétique.22 Le
nouveau premier ministre iranien Ahmad Ghavam parvint à trouver des
accords bilatéraux avec Moscou qui, de son coté, annonça
le retrait de ses troupes le 24 mars 1946. En contrepartie, ces accords
prévoyaient, d`une part, la gestion de la province d`Azerbaïdjan
sous la direction du parti Tudeh et, d`autre part, la mise en place d`une
société en commandité par actions irano-soviétique
(cette mise en place devait faire l`objet d`un vote au Majlis).23
Ces accords furent très impopulaires et cette crise renforça
à la fois l`autorité du Shah Mohammad Reza Pahlavi et celle des
américains en Iran. En effet, les Etats-Unis devenaient la principale
puissance occidentale ayant position dans les affaires iraniennes, et ce, au
dépend de la Grande-Bretagne qui, de son côté, connaissait
des grandes difficultés économiques.24
19 Le système de libre échange
défendu par les États-Unis s`oppose radicalement au
système communiste mais le libéralisme américain a
toujours connu plusieurs tendances qui séparent le Parti
démocrate et le Parti républicain.
20 Amin Saikal est le directeur du centre
d`études arabes et islamiques (Moyen-Orient et Asie centrale) et
professeur de Sciences politiques à l`Australian National University.
21 Le Majlis est le nom attribué au parlement
iranien.
22 Le rapport du Conseil National de
Sécurité sur la situation en Azerbaïdjan du 4 juin 1947
estimait le nombre de troupes soviétiques présent sur le
territoire iranien à 60 000. Central Intelligence Group,
Developments in the Azerbaijan Situation - National Security
Archives
http://www.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB21/01-
03.htm (6 juin 2011)
23 Peter Avery, Gavin Hambly and Charles Melville,
the Cambridge History of Iran, Volume 7, from Nader Shah to the Islamic
Republic (Cambridge University Press, New York, 1991 ) p.438-9
A noter que les Soviétiques étaient actionnaires
principales puisqu`ils avaient réussi à négocier 51% des
actions de la société pour une période de 25 ans. Gholam
Reza Afkhami, the Life and Times of the Shah, (Berkeley, University of
California Press, 2009) p.98
24 Peter Avery, Gavin Hambly and Charles Melville,
op. cit., p.439.
Amin Saikal explique dans ce livre : This [crisis]
provided a necessary basis for Washington to widen its involvement in Iran and
to transform the country into an anti-communist Western ally, dependent on the
United States.?
Les États-Unis bénéficiaient d`une
position qui leur était favorable en Iran, notamment grâce
à la mauvaise impression que la crise avait laissé car elle
renforçait le sentiment d`une Union Soviétique désireuse
de faire de l`Iran un satellite socialiste. 25 Par
conséquent, Washington devait exploiter ce sentiment
antisoviétique afin de préserver ses intérêts. Ces
derniers sont exprimés dans un rapport du Conseil National de
Sécurité sur la situation en Iran. Ce rapport donne les
détails des enjeux que représentait la position
stratégique de l`Iran pour les intérêts américains
mais il donne surtout un aperçu des intentions soviétiques
vis-à-vis de son voisin du sud26. Il explique que la province
d`Azerbaïdjan contenait un cinquième de la population iranienne et
représentait environ un quart de la production en blé du pays.
L`Union Soviétique voyait donc des intérêts dans les
ressources naturelles iraniennes. L`autre source majeure était le
pétrole situé au nord du pays -- en Azerbaïdjan mais
également en Turquie et en Irak (dans les provinces kurdes des trois
pays). Ces pays frontaliers de la province d`Azerbaïdjan étaient
donc exposés à l`influence soviétique. Ce rapport du
Central Intelligence Group (la CIG -- précurseur de la CIA), fait part
de la dimension régionale de la situation. En effet, il évoque
les risques d`intrusions soviétiques en Irak (avec les champs
pétrolifères de Mossoul et de Kirkuk) puis par le sud de la
Turquie, provoquant ainsi un risque d`effet domino avec la création de
nouvelles « républiques démocratiques " (comme la
République Populaire du Kurdistan). Ces riches champs
pétrolifères soviétiques du Caucase auraient
été menacés par la mise en place d`un gouvernement hostile
en Azerbaïdjan.27
Par ailleurs, il est écrit dans ce rapport que le
contrôle de l`Azerbaïdjan par une puissance étrangère
laisserait la possibilité à celle-ci de dominer l`Iran grace
à la configuration montagneuse qui facilitait une conquête. Le
positionnement géographique de l`Azerbaïdjan était
idéal pour une pénétration et des opérations
militaires de la part de l`URSS qui avait la possibilité d`envoyer les
troupes indépendantistes kurdes et azerbaidjanaises. Ces troupes avaient
afflué dans les territoires soviétiques adjacents après
l`intervention du pouvoir central iranien et représentaient « une
menace " pour Téhéran.28
Enfin, les services de renseignements américains
estimaient que la perte de l`Azerbaïdjan menacerait l`indépendance
iranienne. Pour déstabiliser la région, le rapport
25 Ibid.
26 Selon la perspective présentée par le
Conseil National de Sécurité américain. Central
Intelligence Group, Developments in the Azerbaijan Situation -
National Security Archives. Op. cit.
27 Ibid.
28 Ibid.
explique que les Soviétiques fournissaient les
mouvements séparatistes et d`oppositions -- du Kurdistan,
d`Azerbaïdjan et du parti Tudeh -- en armes. Par conséquent, la
défense des intérêts de Washington passait par le soutien
du régime central iranien.29
Les renseignements américains estimaient que l`Union
Soviétique était capable de réoccuper l`Azerbaïdjan
si elle le désirait. Ils ajoutaient que la faiblesse de l`armée
iranienne ne permettait pas à l`Iran de protéger son
indépendance car elle n`avait pas les moyens d`organiser la
défense de ses provinces contre une éventuelle attaque
soviétique. Les chances soviétiques d`actions militaires
unilatérales étaient diminuées, d`une part, à cause
de la mauvaise image due au retard dans le retrait des troupes
soviétiques dans le nord ouest de l`Iran et, d`autre part, à
cause de la politique étrangère américaine qui se
durcissait. Ces actions auraient semé le désordre au sein des
Nations Unis et c`est pour cela que les activités soviétiques se
restreignaient à des pressions économiques et des subversions
politiques. Le risque pour les États-Unis était que le Majlis
accepte des concessions pétrolières à l`URSS car un
consensus entre Moscou et Téhéran sur l`Azerbaïdjan aurait
créé une ouverture à l`exploration et au
développement de techniciens soviétique sur le sol iranien. Ces
développements auraient -- toujours selon le rapport -- augmenté
les efforts soviétiques d`attiser des conflits internes dans le but
d`imposer leur hégémonie en Iran (le rapport du Conseil National
de Sécurité ajoute en dernière page que l`URSS pouvait
avoir la possibilité d`intervenir unilatéralement
prétextant que le fait accompli mettait en jeu sa
sécurité). Mais le Central Intelligence Group restait optimiste
et estimait que le Majlis avait peu de chance d`accepter les concessions
à l`URSS. 30
Le champ lexical utilisé par la CIG est d`un autre
registre que celui utilisé lors des discours dédié au
public. En effet, contrairement au discours idéaliste du
président Truman, le rapport du Conseil National de
Sécurité mentionne de manière très réaliste
les risques de la perte de l`Iran (l`intérêt national «
réel »). Ceci est illustré avec l`apparition de termes qui
ne figurent pas dans les discours de Truman : « pétrole »,
« ressources pétrolières » ou « position
stratégique ». En revanche, les termes « peuples libres
», « nations libres », « paix » ou encore «
principes démocratiques » n`apparaissent plus pour ce qui est de
décrire les États-Unis ou les valeurs de leurs actions. Par
ailleurs, les termes « URSS » et « Union Soviétique
» remplacent « des Communistes », « régimes
totalitaires » et « activités terroristes » pour
qualifier le rival des États-Unis. Le discours présentait donc
des différences qui montrent que Washington ne voulait pas
dévoiler
29 Ibid.
30 Ibid.
publiquement l`intérêt national «
réel ». Cela ne signifie pas pour autant que Truman adoptait une
politique différente de celle que son discours présentait mais
cela démontre que le discours idéaliste est un outil
nécessaire á la défense des intérests des
États-Unis.
Le document met l`accent sur l`intérêt national
« réel » américain et c`est pour cela que le
président se devait de les défendre. Sa stratégie
d`expansion du capitalisme était de préserver la
souveraineté de l`Iran afin d`éviter que cette nation ne tombe
sous influence soviétique. C`est par le biais de la Doctrine Truman que
cette défense allait être exprimée au public. La
stratégie de la Maison Blanche était possible uniquement avec le
consentement du Congrès. Par conséquent, le discours
idéaliste du président démocrate était
indispensable pour aider á sortir les États-Unis de leur
politique noninterventionniste.31
Le rapport de sécurité nationale
américain estimait les chances que le Majlis accepte les concessions de
pétrole à l`URSS comme étant faibles.32 Les
États-Unis devaient donc prendre avantage de cette situation pour faire
de l`Iran un état tampon contre le communisme en favorisant un
régime fondé sur un système économique de libre
échange. De son côté, le premier ministre iranien Ahmad
Qavam avait demandé une aide financière ainsi que des conseillers
américain -- au plus fort de la crise d`Azerbaïdjan -- pour «
rétablir l`Iran comme une nation ».33 Le
président Truman engageait les États-Unis á renforcer la
solidité du régime central iranien et ce soutien américain
dans cette nation représentait l`un des piliers de la politique globale
de la doctrine Truman. Cette doctrine fut prononcée lors de son
célèbre discours du 12 mars 1947 au Capitole, soit quelques mois
seulement apres la crise d`Azerbaïdjan.
2) La présentation des intérêts
américains selon le discours idéaliste de la Doctrine Truman
Le choc géopolitique crée par la défaite
de l`Allemagne Nazi en 1945 a fait basculer l`équilibre
géopolitique puisque seulement deux superpuissances allaient
désormais dominer la scène internationale. Comme le
démontre le rapport du Conseil National de
31 Voir le chapitre sur la doctrine Truman
32 Central Intelligence Group, Developments in the
Azerbaijan Situation #177; National Security Archives. Op.
cit.
33 Rouhollah K. Ramazani, ELOT9FRUHn93
RGE191941-1973 : A Study of Foreign Policy in Modernizing Nations
(University Press of Virginia, Charlottesville, 1975) p.154
Sécurité sur la crise d`Azerbaïdjan, la
nouvelle frontière entre l`U.R.S.S et l`Iran représentait un
nouvel enjeu géostratégique pour les États-Unis. Le manque
de stabilité économique et politique en Iran constituait un
risque pour les intérêts américain. Ce problème de
manque de stabilité existait dans d`autres pays non-loin de l`Iran comme
en Turquie et en Grèce. La situation est donc globale et c`est par le
biais de la doctrine Truman que les États-Unis ont exprimé les
valeurs à défendre. Le discours du 12 mars 1947 permettait
à Truman de demander au Congrès un budget pour aider
économiquement et financièrement la Grèce, la Turquie,
puis l`ensemble du Moyen-Orient34 par la suite, afin de stopper
l`influence communiste exercée par l`Union Soviétique. L`Iran
étant un théâtre important de la Guerre froide, les
Etats-Unis considéraient ce pays comme une nation qui faisait partie du
cadre global de la défense de ses intérêts.
Le discours de Truman devait donc être à la
hauteur de ce choc. Elizabeth Edwards Spalding explique dans son livre The
First Cold Warrior que la doctrine Truman représente la
première doctrine présidentielle américaine depuis la
doctrine Monroe de 1823. L`auteur ajoute que le discours du 12 mars 1947 eut
une magnitude comparable à celui du président républicain
James Monroe.35
Le discours présenté au Congrès par
Truman défendait l`intérêt national de sa nation en
promouvant les valeurs américaines et en créant des
entités distinctes. Le président présentait un discours
conforme à la tradition de l`idéalisme américain. Il
s`identifiait comme le nouveau leader mondial en mettant en place une
stratégie discursive dichotomique et idéaliste afin d`exprimer la
stratégie de défense de l`intérêt des
États-Unis et d`alléguer la paix dans le monde. Cette
stratégie discursive se retrouve dans des formulations comme « le
maintien de la liberté des peuples libres » opposées
à d`autres comme « les semences des régimes totalitaires
»36.
Le discours devait permettre de justifier un interventionnisme
américain en Grèce, en Turquie et dans l`ensemble du
Moyen-Orient. La présence des États-Unis défendait ainsi
l`expansion de la démocratie libérale et du capitalisme de
marché mondial. Nous avons
34 Lors de son intervention devant le Congrès,
Truman disait : That integrity [Turkey's national integrity] is essential
to the preservation of order in the Middle East.?
Special Message to the Congress on Greece and Turkey: the
Truman Doctrine, 12 mars 1947 (document annexe n°1).
35 Elizabeth Edwards Spalding, The First Cold
Warrior: Harry Truman, Containment, and the Remaking of Liberal
Internationalism (Lexington, University Press, 2006), p.68 Dr Spalding est
maître de conférence à Claremont McKenna College.
36 Truman nommait ainsi le communisme dans son
discours : « Les semences des régimes totalitaires sont nourries,
par la misère et le dénuement ». Voir
l`intégralité du discours dans le document annexe n°1.
sélectionné pour cette recherche, un extrait du
discours qui résume quatre éléments clés de la
doctrine Truman.
(1) The very existence of the Greek state is today threatened
by the terrorist activities of several thousand armed men, led by Communists,
who defy the government`s authority at a number of points, particularly along
the northern boundaries
(2) [...] I believe that we must assist free peoples to work
out their own destinies in their own way. I believe that our help should be
primarily through economic and financial aid which is essential to economic
stability and orderly political processes.
(3) [...] The seeds of totalitarian regimes are nurtured by
misery and want. They spread and grow in the evil soil of poverty and strife.
They reach their full growth when the hope of a people for a better life has
died. We must keep that hope alive.
(4) The free peoples of the world look to us for support in
maintaining their freedoms. If we falter in our leadership, we may endanger the
peace of the world--and we shall surely endanger the welfare of this
Nation.37
Le président Truman expose au Congrès et au
peuple américain les valeurs que les États-Unis feront
prévaloir durant toute la période de la Guerre froide. A partir
de ce discours, la politique américaine en Iran sera motivée par
cette doctrine qui peut se résumer en quatre principes. Dans son premier
point, Truman présente la menace « dirigée par les
Communistes " (cf.1). Deuxièmement, il insiste sur le soutien aux «
peuples libres » pour une liberté d`agir propre à chacun
(cf.2). Troisièmement, il évoque la lutte contre la
pauvreté pour ne pas tomber dans le communisme (dans ce discours Truman
ne cite pas encore explicitement l`Union Soviétique mais il parle de
« régimes totalitaires " à la place) (cf.3). Et enfin,
quatrièmement, il expose le « maintien de la liberté " et la
« paix dans le monde " (cf.4).
Ces valeurs sont en adéquation avec les valeurs
idéalistes que décrit David McKay. Il s`agit du discours
précurseur de la doctrine Truman et - comme l`explique
l`économiste Isaiah Franck -- « les différents programmes
d`aide américains ont été justifiés au peuple
américain et au Congrès essentiellement en termes de Guerre
froide "38. En effet, le président Truman pose les fondements
de sa rhétorique et de sa politique étrangère sur la
création de cette dichotomie entre « les peuples libres " et «
le Mal " en utilisant des déictiques qui mettent en évidence une
opposition d`entités et de valeurs. Nous avons donc deux
éléments discursifs : la présentation des valeurs et la
création d`entités.
37Ibid.
38 Isaiah Franck, America and the World: from
the Truman Doctrine to Vietnam (Baltimore, the Johns Hopkins Press, 1970)
p.243 Beginning 1947, the various U.S. aid programs have been justified to
the American people and the Congress primarily in terms if Cold war.?
Isaiah Franck était un expert en commerce internationale, un professeur
d`économie et président du comité consultatif du
Département d`Etat américain sur l`investissement
international.
a) La présentation des valeurs
Sur le plan de la politique internationale, les circonstances
uniques de l`apres guerre favorisaient les rapports entre le pouvoir
exécutif et le législatif. Le consensus politique concernant les
affaires étrangeres américaines était d`une part
renforcé par l`expérience partagée de la guerre et,
d`autre part, par la quasi-unanimité forgée par la Guerre froide
et la menace soviétique. Par ailleurs, la domination incontestée
de l`économie américaine face à une Europe et un Japon
encore en ruine était facteur d`unité et de force.39
Enfin, le parti Démocrate dominait la politique nationale (depuis le New
Deal de Franklin D. Roosevelt).40 Bien que tous ces facteurs
favorisassent la cohésion, Truman ne bénéficiait pas d`une
cote de popularité en sa faveur (chute allant de 87% en juin 1945
à 32% en septembre 194641) ni de la majorité au
Congrès. Sa rhétorique devait donc mettre en place un discours
persuasif -- surtout pour persuader les conservateurs, adeptes d`une politique
isolationniste, qui étaient opposés à la politique d`une
gauche libérale42.
Tout d`abord, il faut noter que le président ne
s`adresse pas seulement au Congrès, mais également à
l`ensemble des citoyens américains. Un document datant du 28
février 1947 (soit treize jours avant le discours) révèle
que le discours ne devait pas faire de distinctions entre ce qui devait
être dit au public et ce qui devait être présenté au
Congrès.43 Le discours de ce programme (mais également
les discours qui seront analysés plus tard dans ce mémoire)
s`adresse donc aux « masses » et certains paramètres
énoncés par Patrick Charaudeau se retrouvent dans le discours de
Truman :
Parce que s`adresser aux masses, c'est-à-dire à
un ensemble d`individus hétérogènes et disparates du point
de vue de leur niveau d`instruction, de leur possibilité de s`informer,
de leur capacité à raisonner et de leur expérience de la
vie collective, implique que l`on mette en exergue des valeurs qui puissent
être partagées et surtout comprises par le plus grand nombre,
faute de quoi on se couperait de public [...] L`homme politique doit donc
chercher quel peut être le plus grand dénominateur commun des
idées
39
Barack Obama, L'audace d'espérerU lEU
ELLEULEULULLULLEn, (Points, 2009) p.39
40 D`après la définition de Democratic
Party. ELULTILLELEEELELEUNFLUMLETERBLE, (New York, Oxford University
Press, 2009) p.143
41 John A. Garratz et Mark C. Carnes, ULLNIL
ETUJELMIZEELLEEy, IEMULLI1 (Oxford University Press, New York, 1999) p.
860
42 Ibid.
43 Chronology, Drafting of the President Message of
March 12, 1947?, ca. March1947, Subject File, J.M. Jones Papers, Truman
Library
http://www.trumanlibrary.org/whistlestop/study_collections/doctrine/large/documents/index.php?pagenumber=1
&documentdate=1947-03-00&documentid=7-3 (6 juin 2011)
du groupe auquel il s`adresse, tout en s`interrogeant sur la
façon de les présenter.44
La stratégie du président Truman était
donc de présenter son discours de manière à cibler quel
est « le plus grand dénominateur commun des idées du groupe
auquel il s`adresse » tout en sachant qu`il s`adresse « à un
ensemble d`individus hétérogenes et disparates ». Il devait
donc mettre « en exergue des valeurs qui puissent être
partagées et surtout comprises par le plus grand nombre ». Les
valeurs les plus communes à chacun aux États-Unis sont celles qui
résident dans la déclaration d`indépendance signée
le 4 juillet 1776 : la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Cette
déclaration stipule :
Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les
vérités suivantes : tous les hommes sont créés
égaux ; ils sont dotés par leur créateur de certains
droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la
liberté et la recherche du bonheur.45
Comme l`écrit Barack Obama dans son livre
l'AXTahFId'EkSpLFI, « ces mots simples sont notre point de
départ en tant qu`Américains ».46 Il
explique que ces mots décrivent non seulement les fondements du
gouvernement américain mais aussi la substance des croyances communes
des Américains. Il ajoute que cette idée de liberté est
comprise par tous les Américains, qu`elle les oriente, fixe leur cap
chaque jour et que cette valeur est profondément gravée chez
eux.47 Par conséquent, Truman mettait en avant ces valeurs
afin de créer un consensus parmi son auditoire car peu de temps
après que « le monde occidental a été
libéré des forces malfaisantes (ou maléfiques -- evil
forces) »,48 les valeurs de la liberté
résonnaient dans chaque esprit et avaient donc un impact plus important.
Présenter le discours de cette manière offrait davantage de
chances au président Truman de mettre en ~uvre son programme qui allait
également s`appliquer en Iran. Par ailleurs, il n`évoque pas ces
valeurs dans le but de convaincre, mais il le fait plutôt dans le cadre
d`une praxis rhétoricienne. En effet, son discours suit la logique
d`Aristote qui expliquait que :
44 Patrick Charaudeau, op. cit., p.75.
L`auteur met en garde quant au terme « masse » en expliquant qu`il
n`est plus possible aujourd`hui de considérer l`instance citoyenne comme
une masse. (Ibid. pp. 202-203) Nous tiendrons compte de ceci tout au long du
mémoire.
45 Déclaration d`indépendance des
États-Unis d`Amérique.
We hold these truths to be self-evident, that all men are
created equal, that they are endowed by their Creator with certain unalienable
Rights, that among these are Life, Liberty and the pursuit of Happiness.'
http://www.archives.gov/exhibits/charters/declaration_transcript.html
(6 juin 2011)
46Barack Obama, op. cit., p.72.
47 Ibid. Il affirme également que « c`est
avec le langage des valeurs que les gens dressent la carte de leur monde
».
48 Discours du président Truman, 8 mai 1945,
Proclamation 2651 - Victory in Europe: Day of Prayer.
La rhétorique est une science d`un genre
indéterminé comme la dialectique ; son utilité ; sa
fonction n`est pas de persuader, mais de considérer dans chaque sujet ce
qu`il y a de propre à persuader.49
Aristote explique que la rhétorique prend en
considération « dans chaque sujet ce qu`il y a de propre à
persuader ". Dans notre recherche, les sujets sont les auditeurs du discours du
président américain. Donc, ce dernier devait, avec ses
conseillers, effectuer un travail de recherche afin de trouver les mots
sensés avoir le plus d`impact dans les esprits de chacun. En effet,
malgré les risques que représentait la situation en Iran pour les
intérêts américains (risques exposés dans le rapport
du Conseil National de Sécurité), Truman ne donne pas
d`explication technique et détaillé. Cette situation, quasiment
inconnue du public américain, n`était pas expliquée dans
le discours public de Truman par crainte « de se couper du public
"50. Pour que le gouvernement américain puisse agir dans ce
pays, Truman se sert du discours idéaliste pour lui permettre d`engager
une politique en Iran. Cette stratégie discursive est utilisée
comme leitmotiv puisque, au lieu de décrire des situations complexes et
difficiles à comprendre pour les « masses ", elle se base davantage
sur des principes et des valeurs qui font office de façade puisque
celles-ci sont simples à comprendre par le plus grand
nombre.51
Enfin, certains affirmaient que Truman exagérait la
menace en Grèce et en Turquie et qu`il mettait en avant ces valeurs dans
le but de persuader, ou de jouer sur les craintes du Congrès et du
public afin que ceux-ci approuvent.52 Quoi qu`il en soit, dans ce
nouveau contexte de Guerre froide, l`injection de valeurs morales dans le
discours montre que la rhétorique idéaliste servait
l`intérêt national américain. En effet, d`un point de vue
national, le président démocrate mettait en avant les principes
idéalistes dans le but de persuader le Congrès et l`opinion
publique. S`agissant de persuader la communauté internationale, le
discours idéaliste de Truman permettait de mettre l`emphase sur les
valeurs traditionnellement exprimées par les États-Unis au
détriment de celles de l`Union Soviétique. On voit donc
apparaitre à cette époque, plus que jamais, deux entités
distinctes et, du point de vue américain, le discours idéaliste
influence l`auditeur à basculer vers le système
économique, social et politique prôné par Washington.
49 Aristote (par Norbert Bonafous), La
rhétorique (Paris, A. Durand Librairie, 1856) p.13
50 Reprise de la formulation exprimée par
Patrick Charaudeau concernant la manière de s`adresser aux masses.
51 A noter également que le fait d`expliquer
au contribuable américain la mise en place d`un programme de
stabilisation de l`Iran aurait été une stratégie qui
aurait probablement échouée. En effet, expliquer chaque crise en
détail aurait compliqué le débat et compromis les chances
de réussite de la doctrine Truman. (Le 3ème chapitre
de cette partie de ce mémoire explique en détail cette
stratégie discursive).
52Elizabeth Edwards Spalding, op. cit.,
p.66.
Ceci sera développé en détail dans les
chapitres 2 et 3.
b) La création d`entités doxologiques53
Comme l`explique le diplomate américain (et chef de
mission à Moscou) George F. Kennan dans son Long
Télégramme, l`Union Soviétique voyait déjà
le système capitaliste comme un danger pour ses intérêts.
Ce document montre que l`Iran était l`une des premières
préoccupations de la Guerre froide. Kennan décrit les ambitions
soviétiques ainsi :
Wherever it is considered timely and promising, efforts will
be made to advance official limits of Soviet power. For the moment, these
efforts are restricted to certain neighboring points conceived of here as being
of immediate strategic necessity, such as Northern Iran, Turkey, possibly
Bornholm. However, other points may at any time come into question, if and as
concealed Soviet political power is extended to new areas. Thus a "friendly
Persian Government might be asked to grant Russia a port on Persian
Gulf.54
Pour défendre ses intérêts, Washington
devait inclure l`Iran dans sa sphere d`influence car « les efforts »
du Kremlin dans le Nord de l`Iran risquaient de s`étendre jusqu`au Golf
Persique. En revanche, l`administration Truman utilisait un discours
idéaliste qui mettait en avant deux entités de manière
manichéenne afin d`influencer les Iraniens, le Shah et les dirigeants.
Par ailleurs, la rhétorique américaine a servit de contre
propagande au régime communiste.55 Il existe chez les deux
superpuissances une volonté politique d`implanter un système
économique en Iran et le discours idéaliste est un moyen
d`arriver à cette fin. Comment la stratégie discursive de Truman
a-t-elle mis en opposition les entités « ÉtatsUnis » et
« Union Soviétique » afin de faire basculer l`Iran dans une
économie de libre échange ? La fin de la Seconde Guerre mondiale
positionne l`Iran entre « les machines de propagandes » des deux
superpuissances. Pour implémenter cette contre propagande, l`effort
diplomatique américain -- avec le président Truman et son
secrétaire d`Etat George Marshall puis James Byrnes aux commandes --
devait mettre en place une stratégie discursive idéaliste mettant
en valeurs l`entité libérale aux dépens de
l`entité
53 Il faut noter que l`opposition entre l`idéologie
capitaliste et communiste existait avant le discours de la doctrine Truman.
Dans le Long Telegram, Kennan cite Stalin qui disait déjà en 1927
: In course of further development of international revolution there will
emerge two centers of world significance: a socialist center, drawing to itself
the countries which tend toward socialism, and a capitalist center, drawing to
itself the countries that incline toward capitalism. Battle between these two
centers for command of world economy will decide fate of capitalism and of
communism in entire world.? Long Télégramme de George
Kennan, 22 février 1946,
http://www.gwu.edu/~nsarchiv/coldwar/documents/episode-1/kennan.htm
(6 juin 2011).
54 Ibid.
55 Dans son télégramme, George Kennan
explique l`importance de l`influence de « la machine de propagande »
soviétique dans le nord de l`Iran. Ibid.
communiste. Pour cela, le discours utilisé par la
diplomatie américaine et un discours manichéen, qui créer
deux entités bien distinctes.
Pour illustrer cela, la stratégie discursive de Truman
peut être mise en relation avec l`analyse de Paul Chilton sur un discours
d`adresse à la nation du président Bill Clinton. D`une part,
cette analyse sera reliée avec les changements provoquées par le
choc de la seconde guerre mondiale/début de la Guerre froide sur la
rhétorique américaine et, d`autre part, elle permettra de
comprendre les conséquences engendrées par cette stratégie
sur la politique de Washington en Iran.
Dans son livre « Analysing Political Discourse:
Theory and Practice ", le professeur Paul Chilton analyse
minutieusement une stratégie discursive similaire à celle
employée par Truman en ce qui concerne les « centres
déictiques ». L`auteur explique qu`il est possible d`induire un
amalgame -- au sens « communication " du terme -- du « we »
(nous) grâce à un regroupement des déictiques «
I » (je mais aussi mon/ma/mes) et «
our " (notre/nos) afin d`inférer une attente
basée sur un cadre de connaissance commun56 ; les pronoms
« I » sont associés aux pronoms « we "
dans le but de créer une proximité entre l`émetteur
(Truman) et le récepteur (le peuple américain, le Congrès
et les « peuples libres "). Paul Chilton explique à ce propos que
« le centre déictique se construit tel une relation entre l`orateur
et les auditeurs à l`intérieur d`une entité politique, et
la proximité personnelle semble être une possible
inférence. " 57
La rhétorique de Truman reprend ce « centre
déictique construit sur la relation entre l`orateur et l`auditeur ". Le
président démocrate exprime ses perceptions et les actions qu`il
souhaite mener avec le consentement de son auditoire en créant une
première entité
« I » en corrélation avec «
we » et « our help » (cf. 2 - «
I believe that we must assist
free peoples / I believe that our help ...
"). Ce rassemblement, cette unité et cette « proximité
personnelle " facilitent le processus de justification de la politique du
président et aide à l`approbation des idées et des valeurs
mises en avant par ce dernier. Le déictique « on " joue un
rôle de guide58 et créé une unité entre
le programme de la branche exécutif américaine, le Congrès
et le peuple américain. Dans une autre mesure, il vise à
rassembler
56 Paul Chilton, Analysing Political Discourse:
Theory and Practice (New York, Routledge, 2004) p.138 L`auteur analyse les
citations suivantes : (1) My fellow Americans, today our armed forces
joined NATO allies in air strikes against Serbian forces responsible for the
brutality in Kosovo. (2) We have acted with resolve for several reasons.?
L`auteur explique : Sentence (2) seems to induce a conflation of the I
concept and our armed forces concept into a we concept.?
57 Ibid. p.139
58 Patrick Charaudeau, op. cit., p.61.
les gouvernements et peuples des pays européens et, ceux
qui, comme l`Iran, sont à la frontière du bloc communiste.
Par ailleurs, s`il existe un processus discursif de
regroupement autour de l`entité qui incarne « l`aide » et la
« stabilité économique »59, il existe en
contrepartie une entité -- créée par cette
rhétorique -- qui représente le Communisme ; c'est-à-dire
(selon la rhétorique illustrée) « le Mal, la
pauvreté, le conflit et les activités terroristes » (cf.1 et
3).
La doctrine Truman a créé le fondement d`une
doxologie60 qui a perduré pendant toute la période de
la Guerre froide. En effet, son discours a construit un processus qui
amène l`auditoire à conceptualiser ses propres « espaces
ontologiques ». 61 L`entité « Communisme
» (lié à l`Union Soviétique) est associée
à des représentations négatives qui induisent la
dangerosité et qui donnent naissance -- sur le long terme -- à un
amalgame et un consensus établi chez l`auditeur du discours. La «
signature déictique de l`espace »62 fait que
l`Union Soviétique (ou le Communisme dans cet extrait) devient plus
qu`un espace géographique ; il devient un concept. Ce concept est
amalgamé au « totalitarisme, la misère et la pauvreté
» (cf.2). D`autre part, l`entité « peuples libres » est
associée aux États-Unis (ainsi que tous les déictiques
corrélatifs aux États-Unis) qui deviennent également un
concept -- symbole de leadership et de défense des libertés du
« monde libre » (« the free people of the world look to us
», « our leadership » (cf.3), « we must
assist free people » (cf.1)). Le président américain
insiste sur le fait que les ÉtatsUnis doivent mener cette mission, il
prend « l`ethos de chef »63 et ce devoir n`est pas sans
nous rappeler le Manifest Destiny exprimé par John O`Sullivan
dans les années 1840 lorsque Truman répète « must
» : « we must assist free people [...] we must keep that
hope alive ».64
Ce leadership amené par le discours n`est pas quelque
chose de nouveau dans la rhétorique américaine. Avec ses propres
termes, Truman reprend l`idée que les États-Unis sont un guide,
un phare qui éclaire les autres, « a beacon of light
» qui se doit de guider les
59 Le terme aide économique se retrouve le plus
fréquemment sous l`expression foreign assistance? ou
foreign aid?.
60 Doxologie n`est pas à prendre au sens
liturgique du terme mais plutôt au sens logique, c'est-à-dire
comme une « manière de parler conforme à l`opinion commune
». Le Petit Larousse 2006 propose : « énoncé d`une
opinion communément admise ».
61 Paul Chilton, op. cit., p.138.
62 Expression empruntée à Paul Chilton,
p.138. Ibid.
63 Expression empruntée à Patrick
Charaudeau.
64 Voir l`extrait du discours. John O`Sullivan
écrivait à propos de la conquête de l`Oregon : and that
claim is by right of our manifest destiny to overspread and to possess the
whole of the continent which Providence has given us for the development of the
great experiment of liberty and federated self-government entrusted to us.?
Robert J. Miller, Native America, Discovered and Conquered: Thomas
Jefferson, Lewis & Clark, and Manifest Destiny (Westport, Praeger
Publisher, 2006) p.119
autres nations. Il reprend la rhétorique des
Pères Fondateurs du XVIIème siècle, comme John Winthrop,
qui se représentaient comme étant « une ville sur la colline
» (« a city upon a hill »). L`expression « les
peuples libres nous regardent » calque cet idéalisme des premiers
colons puritains qui disaient « les yeux du monde sont posés sur
nous » (« the eyes of the world [are] upon
us»)65. La doctrine Truman reprend donc ces
représentations traditionnelles du discours idéaliste
américain, sauf qu`elle peut désormais présenter ces
valeurs que les États-Unis défendent avec l`autorité d`une
puissance hégémonique incontestée.
Toutefois, la nation américaine n`étant pas la
seule puissance hégémonique, le président Truman
créé une dichotomie qui oppose son pays et son rival afin de
faciliter l`acceptation de son programme auprés du Congrés et du
peuple américain. De plus, Truman parlait pour les peuples du monde.
Comme l`explique le professeur Halford R. Ryan dans son livre « Harry
S Truman's Presidential Rhetoric », « Truman parlait non
seulement comme la vox populi mais aussi pour la vox populi libri
mundi (la voix des peuples du monde libre).66 Cette
stratégie discursive s`est avérée efficace non seulement
puisqu`une grande majorité du Congrés a approuvé ce
programme67, mais également parce que Truman -- par le biais
du discours idéaliste -- a construit des « structures cognitives
» 68 qui seront de circonstance durant toute la
période de la Guerre froide.
Ce discours idéaliste présente donc la praxis
géostratégique visant l`endiguement du bloc communiste et, parmi
les pays frontaliers de l`Union Soviétique de Staline se situe l`Iran
qui connaissait déjà une crise internationale dans ses provinces
du nord (Azerbaïdjan, Kurdistan, Mazandaran, etc.). La doctrine Truman
s`appliquant également à l`Iran, la stratégie d`expansion
du capitalisme (et d`endiguement du communisme) du président
démocrate comprenait un soutien économique et financier en Iran
afin de stabiliser ce pays et ainsi lui permettre de mieux résister
à une éventuelle intervention soviétique. Une intervention
américaine à l`étranger nécessitait l`accord du
Congrès.
65 For we must consider that we shall be as a
city upon a hill, the eyes of all people are upon us; so that if we shall deal
falsely with our God in this work we have undertaken, and so cause Him to
withdraw His present help from us we shall shame the faces of many of God's
worthy servants and cause their prayers to be turned into curses [...]? -
John Winthrop, aboard the Arbella, 1630. Collections of the Massachusetts
Historical Society (Boston, 1838), 3rd series, 47. Extrait cité
à partir de l`article d`Andrew Ives, « L`importance du discours
idéaliste pour défendre la politique étrangere
américaine : vers une nouvelle forme d`impérialisme »,
Perspectives Transatlantiques sur les Empires, LISA e-journal Vol. V, n°3,
2007.
66 Halford R. Ryan, Harry S. Truman's
Presidential Rhetoric (Greenwood Press, Westport, 1993) p.114 L`auteur est
professeur en communication publique à Washington et Lee University.
67 John A. Garratz et Mark C. Carnes, op. cit.,
p.860. Les auteurs expliquent: Truman and his national security
officials worked effectively with internationally minded Republicans, persuaded
the broad center of the political spectrum, and got congressional approval by
large majorities.?
68 Expression empruntée à Paul Chilton,
op. cit., p.140.
Comment Truman a-t-il utilisé le discours idéaliste
pour sortir l`Amérique de son traditionnel isolationnisme ?
3) Discours idéaliste et soutien apporté
à l9l ID( I NIMI1l95 P DUTXR1e111( (1(- interventionnisme
a) Processus discursif de simplification
Pour Washington, les enjeux stratégiques étaient
globaux et c`est pour cela que Truman exprimait rarement la situation en Iran
dans ses discours et conférences de presse (la question iranienne
était tres peu de fois mentionnée et lorsqu`un journaliste
demandait au président des détails sur la situation en Iran,
Truman répliquait -- comme il avait l`habitude de le faire -- de
manière très brève)69. La situation en Iran
faisait partie d`un problème régional et même mondial pour
les raisons mentionnées précédemment. Par
conséquent, face à la complexité de la situation et face
à la multitude de théatres qu`offrait ce début de Guerre
froide, Truman avait recours à un processus discursif de simplification.
En ne donnant pas de détails, il évite de mentionner trop
d`événements qui auraient compliqué la
compréhension de la nouvelle situation d`apres guerre aupres des masses.
Truman disait à ce sujet :
People don`t listen to a speaker just to admire his techniques
or his manners; they go to learn. They want the meat of the speech--a direct
statement of the facts and proof that the facts are corrects--not oratorical
trimmings. Of course, the political speaker must remember that the education of
the average man is limited. Therefore, he must make his message as simple and
clear as possible.70
Truman explique donc que le message doit être clair car
l`auditeur n`est pas forcément informé des affaires
étrangeres et, en ce qui concerne cette étude, l`auditeur est
encore moins informé de la politique étrangère de son pays
à propos de la situation en Iran.
69 Les conférences de presse pendant la
présidence de Truman n`était pas comme celles d`aujourd`hui
où l`on voit les présidents répondre de manière
élaborée aux questions des journalistes. Truman se contentait de
réponses brèves et renvoyait souvent à ses
secrétaires (d`Etat, à la Défense, etc.).
70 Halford R. Ryan, op. cit., p.12.
L`auteur cite White et Hinderlider, What Harry Truman Told Us About His
Speaking, pp.39-41
Ryan compare Truman à son prédécesseur et
il explique que Roosevelt était un bien meilleur orateur que son
successeur. Il est donc possible que Truman défende ses faibles
qualités d`orateur en argumentant qu`il est davantage favorable d`aller
droit au but.
Comme beaucoup de chercheurs argumentent, le président
américain n`était pas un grand orateur71 et il est
fort possible qu`il ait voulu se défendre en disant cela. Par contre, le
fait d`aller à l`essentiel faisait partie d`une stratégie
discursive : le « processus de simplification ".
Selon Charaudeau, il existe deux procédés de
simplification : « la singularisation » et «
l`essentialisation ». La « singularisation " consiste
à éviter de multiplier les idées -- leur «
multiplication pouvant prêter à confusion pour des esprits non
habitués à la spéculation intellectuelle
".72
Dans un premier temps, la crise d`Azerbaïdjan
n`était pas le seul conflit qui éclata à la fin de la
seconde guerre mondiale, et, bien que certains considèrent cette crise
comme la première de la Guerre froide 73 , d`autres rapports
des services de renseignements américains avaient été
écrits dans cette même période pour des crises qui eurent
lieu dans d`autres endroits du globe comme en Turquie et en Grèce. Le
président américain avait déjà
présenté les cas de la Grèce et de la Turquie dans sa
doctrine et il était certainement plus judicieux d`évoquer ce que
Patrick Charaudeau appelle « des conditions de simplicité "
c'est-à-dire, simplifier la complexité de la situation,
simplifier le processus de construction des opinions ; tenter de réduire
cette complexité à sa plus simple expression.74 Par
conséquent, afin de ne pas compliquer l`énonciation, Truman
n`évoquait pas l`Iran et les autres pays qui étaient dans cette
même configuration de Guerre froide. Ainsi, il évitait d`apporter
trop d`informations à son auditoire. Truman singularisait la Guerre
froide à la Grèce et à la Turquie. Il évitait de
multiplier le nombre de pays ayant des enjeux pour les intérêts
américains afin de ne pas prêter à confusion. Le programme
d`assistance prôné par la doctrine Truman devait s`appliquer
à plusieurs nations mais sa stratégie discursive singularisait
l`espace ontologique à ses deux pays afin d`obtenir un effet de
persuasion.
Le deuxième procédé est celui de «
l`essentialisation ». Selon l`auteur, il consiste à faire qu`une
idée soit « toute entière contenue, ramassée et
condensée en une notion qui existerait en soi, de façon
naturelle, comme une essence, indépendamment d`autre chose que
d`elle-même ; et pour ce faire, on la présente sous forme
nominalisé ".75 C`est le cas
71 Ibid. p.109. Il est évident que Truman
n`était pas un grand orateur. Un exemple est son discours d`inauguration
(voir la partie analyse du discours d`inauguration du président Truman
dans la 2ème partie du mémoire).
72 Ibid.
73 Comme George Kennan.
74 Patrick Charaudeau, op. cit., p.75.
75 Ibid.
du « monde libre » ou des « peuples libres
». Truman expliquait les mesures à prendre pour les
intérêts des États-Unis seulement en Grèce et en
Turquie. Ainsi, il essentialisait les autres pays qui étaient sous la
menace communiste dans l`entité « monde libre ». Patrick
Charaudeau explique que
Ce double procédé de singularisation et
essentialisation donne lieu à l`existence de formules dont le
succès et l`impact sont variables. Plus une formule est concise et en
même temps chargée sémantiquement, globalisant ainsi une ou
plusieurs idées en les essentialisant et en les rendant floues, plus
elle aura de force d`attirance. C`est du moins une hypothèse
psychosociologique qui dit qu`on serait d`autant plus attiré par une
idée que celle-ci serait déterminée76. Ce type
de formule est destiné à produire un effet
d`évidence.77
La stratégie discursive du président Truman dans
la présentation du conflit de la Guerre froide était de
singulariser les nombreuses crises et tensions qui prirent place entre les
États-Unis et l`URSS à la fin de la seconde guerre mondiale.
Harry Truman n`a pas désigné un à un chaque pays dans
lesquels les intérêts américains devaient être
défendus car cela aurait perturbé la compréhension de
l`auditoire. En revanche, en essentialisant un espace ontologique en le
nominalisant, en le conceptualisant « peuples libres », «
nations libres » ou encore « monde libre », Truman simplifiait
l`imaginaire du récepteur du discours.78 Ces
énoncés langagiers circulaient à l`intérieur d`un
groupe social (l`auditoire de Truman : le peuple américain, ses
représentants et ses alliés à travers le monde) et ils
s`instituaient en normes de référence afin que chacun puisse
former, ce que Patrick Charaudeau appelle, des « imaginaires
sociodiscursifs ».79 L`Iran était l`un des nombreux
théâtres de ce début de Guerre froide et, pour
défendre les intérêts américains, Truman avait donc
« singularisé » et « essentialisé » une
entité qu`il nominalisa « monde libre » afin d`avoir plus de
« force d`attirance ». En effet, cette « formule est à la
fois concise et chargée sémantiquement », et elle avait pour
effet de globaliser plusieurs théâtres de conflit, l`Iran inclut,
entre les deux superpuissances vainqueurs de la seconde guerre mondiale. Ces
processus de simplification se sont mis en place grâce à une
76 L`auteur ajoute une hypothèse
émise par Baudrillard dans De la séduction (1979) :
« Plus une idée est précise et plus elle laisse celui qui la
reçoit à l`extérieur de celle-ci ; plus elle est
définie de façon floue, et plus elle laisse à celui qui la
reçoit un champ ouvert pour qu`il puisse s`y projeter. »
77 Ibid. p.76
78 A noter que l`expression free democratic
world? avait été utilisé par Winston Churchill dans
son discours de Fulton une semaine avant Truman, le 5 mars 1946 (c`est dans ce
discours que Churchill parla d`un « rideau de fer » pour la
première fois).
79 Ibid. p.157
instrumentalisation des imaginaires sociodiscursifs à
des fins de persuasion80 et cela permettait à
l`administration Truman de défendre les intérêts
américains en Turquie, en Grèce, en Iran et dans l`ensemble
« des peuples libres » -- selon sa doctrine.
b) La stratégie discursive idéaliste et la
fin de l`isolationnisme américain
Le discours idéaliste du prédécesseur de
Truman -- Franklin D. Roosevelt -- avait eu un impact, d`une part, pour
persuader l`opinion publique et ses représentants de sortir
l`Amérique de son non-interventionnisme afin de s`engager dans le
conflit mondial et, d`autre part, pour faire voter la loi sur le
Prêt-Bail (Lend Lease Act). Enfin, il a contribué à
mobilisation de l`économie américaine selon les termes du Program
Victory. 81 L`interventionnisme fédéral était assez mal
perçu aux États-Unis82 et la rhétorique de
Roosevelt avait encouragé l`opinion publique américaine ainsi que
le Congrès d`accepter des réformes importantes (notamment lors du
New Deal mais également des réformes en ce qui concerne les
affaires étrangères). La présidence de Franklin Roosevelt
a donc donné une nouvelle dimension dans les relations existantes entre
le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Cette dimension a
été favorable à Truman pour mettre en place sa doctrine de
manière générale et, dans sa gestion de la situation en
Iran.
Lors de la guerre, le président démocrate
envisageait d`augmenter les efforts américains pour apporter du soutien
à l`Iran afin de l`aider à construire un « gouvernement
80 Patrick Charaudeau explique que «
décrire les imaginaires, c`est contribuer à construire des
Epistèmes, ces « grilles d`intelligibilité du champ social
» dont parlait M. Foucault ». (L`auteur cite Foucault, La
volonté de savoir, (Gallimard, Paris, 1976) p.122).
A noter que ces imaginaires sociodiscursifs ayant
été massivement repris par la presse, le vocabulaire exprimant la
représentation américaine de la Guerre froide et de « la
menace communiste dans le monde libre » a circulé très
rapidement à travers le peuple américain et même
au-delà.
81 La loi Prêt-Bail (Lend Lease Act) fut
votée le 11 mars 1941 et elle permettait aux États-Unis
d`approvisionner massivement la Grande-Bretagne, l`Union Soviétique, la
France, la Chine et d`autres alliés. Le Victory Program est la
politique d`économie de guerre lancée par Roosevelt lors de son
discours de l`état de l`Union du 6 janvier 1942 (soit un mois
après les attaques de Pearl Harbor et cinq jours après que la
déclaration de solidarité n`eut été signée
à Washington par 26 nations unies contre l`Axe). Voir le discours de
l`état de l`Union du 6 janvier 1942 sur
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=16253&st=&st1=
(6 juin 2011)
82 La présidence de Franklin D. Roosevelt
marqua la sortie des États-Unis de son traditionnel
noninterventionnisme. En effet, à partir des attaques de Pearl Harbor
une rupture s`est créée avec l`idéologie politique
exprimée dans le célèbre discours d`adieu de George
Washington en 1797 dans lequel il énonçait sa théorie de
« non-engagement » (non-entanglement). Cette attitude
américaine de « non-engagement » fut reprise par Thomas
Jefferson puis par James Monroe avec sa « doctrine » de 1823. Le 6
janvier 1941, Roosevelt déclarait dans son discours sur l`état de
l`Union (entièrement dédié à la politique
étrangère) que les États-Unis ne pouvaient pas se
contenter de « rester derrière une ancienne muraille de Chine
» alors que le reste de la civilisation était en péril.
démocratique » basé sur un «
système de libre échange ».83 De manière
plus générale, la rhétorique présidentielle n`a pas
à elle seule sorti les États-Unis de leur isolationnisme mais
c`est un outil qui y a contribué. En effet, la communication entre le
pouvoir exécutif, législatif et le peuple est nécessaire
puisque, d`une part, elle établit une confiance et, d`autre part, une
grande majorité des américains attache une importance
particulière à leurs valeurs. L`intervention américaine
dans le conflit mondial d`après guerre a donc été
facilitée par la présentation des événements et des
valeurs. Ceci a permis à l`administration Truman de mettre en place sa
politique étrangère.
Par ailleurs, la solution apportée par la doctrine
Truman -- qui consistait à adopter une politique interventionniste pour
contrer le communisme et laisser place à une politique libérale
mondiale -- avait déjà était envisagée par
Roosevelt et, Washington rejoignait publiquement la Grande-Bretagne contre
l`Union Soviétique en Iran. Bien que l`entente entre les
États-Unis et l`Iran ft solide et que les compagnies américaines
eussent pris le dessus face aux compagnies soviétiques et britanniques
concernant l`obtention d`une concession pétrolière, le
gouvernement iranien refusa toute concession.84 La stratégie
d`intervention américaine en Iran -- qui se situe à des milliers
de kilomètres et qui est inconnu pour une grande majorité des
américains -- était d`inclure ce pays par le biais de la
stratégie discursive idéaliste dans une politique de soutien
économique dédiée à l`ensemble du Moyen-Orient.
Afin de faciliter la compréhension et l`identification de l`espace
ontologique dans lequel les États-Unis voulaient s`engager, l`Iran
était essentialisé dans la formule « peuples libres » ;
formule qui singularise (encore aujourd`hui) l`ensemble des espaces où
les États-Unis avaient des intérêts à
défendre.
c) Discours idéaliste américain et soutien
économique et militaire à l`Iran
Le soutien de Washington apporté à l`Iran
offrait au Shah l`occasion de devenir pour la première fois le
commandant-en-chef de l`armée iranienne et lui permettait ainsi d`avoir
le contrôle des provinces séparatistes d`Azerbaïdjan et du
Kurdistan en octobre 1946.85
83 Peter Avery, Gavin Hambly and Charles Melville,
op. cit., p.437.
Le Shah venait d`être mis en place après
l`abdication de son père qui subissait les pressions
anglo-soviétiques car il refusait l`occupation de l`Iran par ces
derniers.
84 Ibid.
85 Ibid. p.439
L`auteur explique également : the U.S. increased
its military and economic aid to the Tehran government, while American police
and military missions became active in reorganizing and equipping the Iranian
security and military forces.?
L`aide américaine se faisait sous forme d`assistance
militaire et économique au gouvernement iranien. Celle-ci lui permettait
de sécuriser sa souveraineté et son indépendance
vis-à-vis de l`Union Soviétique qui apportait son soutien au
régime autonome d`Azerbaïdjan -- dirigé par le parti
Tudeh.
Après le retrait des troupes soviétiques, l`Iran
avait mis en place un programme de développement économique et
pour cela, il lui fallait un investisseur pour financer son projet. L`Iran
avait fait appel aux États-Unis pour, dans un premier temps, soumettre
un rapport sur le développement économique en Iran. Comme les
banques américaines ne répondaient pas favorablement à la
demande du programme (car l`opération présentait certains
risques), Overseas Consultants Inc. établit une étude
économique complète en 1948-9.86 Cette étude
prévoyait un programme de développement que l`Iran financerait
grace aux redevances de l`Anglo-Iranian Oil Company.87 Cette aide
pouvait permettre à l`Iran de se développer en faisant face aux
nombreux problèmes de santé, de pauvreté et
d`éducation dans le pays88 et elle permettait aux
États-Unis de protéger leurs intérêts car ce qui
importait en période de Guerre froide, c`était que l`Iran (comme
tout autre pays) soit un modèle de stabilité, un fournisseur
sûr de matières premières, un importateur de biens
occidentaux, un allié solide, et enfin, un rempart contre le
communisme.
Pour faire en sorte qu`un tel programme de
développement soit accepté, il était important de bien
présenter les idées car « l`opération de la World
Bank était limitée par la réticence du marché
new-yorkais à prêter à l`étranger
»89. L`assistance a pu avoir lieu grace à
l`Export-Import Bank of the United States (US Ex-Im Bank) qui annonça en
octobre 1950 un prêt à l`Iran. L`aide américaine
délivrée à l`Iran fut bien plus importante lors du second
mandat du président Truman.90 Ce mandat fut introduit par un
discours d`inauguration qui se différencie des autres présidents
américains puisqu`il traitait uniquement de la politique
étrangère américaine.91 Les prêts
américains à l`Iran avaient affiché une hausse croissante
après ce discours, ce qui montre que le discours idéaliste
établit une confiance concernant les transactions financières.
86 Rouhollah K. Ramazani, op. cit., p.155.
87 Auteur inconnu, Foreign Development: a Plan for the
King of Kings?, Time Magazine (24 Octobre 1949), p.1/2.
http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,805172,00.html
WEB. 15 juin 2011.
88 Ibid.
89 Frances Bostock, Geoffrey Jones, Planning and
Power :Ebtehaj and Economic Development under the Shah, (Exeter, A Wheaton
& Co. Ltd, 1989) p.94.
Rouhollah K. Ramazani, op. cit., p.155.
90 Department of State, American Foreign
Policy, Basic Documents, 1950-1955, Volume II, (New York, Arno Press,
1971), en document annexe du livre - Grant Loan Funds Authorized and
Appropriated for Major Foreign Aid Program of the United States,
1945-1956
91 Voir chapitre sur le Programme Point IV.
La défense de l`intérêt national
américain a donc été étayée au lendemain de
la Seconde Guerre mondiale par le discours idéaliste qui mettait en
avant la paix, la démocratie et le développement dans le monde
par le biais du renforcement et de l`expansion du système
économique et financier américain. La défense de
l`intérêt national des États-Unis en Iran s`est faite par
la préservation du régime iranien afin qu`il ne sombre pas dans
ce que le discours idéaliste appelait « la terreur et le
totalitarisme du communisme ».
Par ailleurs, la cohérence discursive92
idéaliste américaine était à l`époque
facilitée par le Maccarthysme qui régnait aux États-Unis
et gagnait facilement l`accord de l`opinion publique et du Congrès
(surtout après le passage du Legislative Reorganization Act ou
du Congressional Reorganization Act de 1946 qui avait pour effet de
réduire, bien que peu encore à cette époque, le pouvoir de
la branche exécutive). Cette cohérence discursive créa une
doxologie dichotomique (opposition entre « le communisme » et «
le monde libre ») qui garantissait l`accord d`assistance
économique, technique et militaire à un Iran membre des nations
du « monde libre » et du système économique du libre
échange. Cette assistance renforçait d`une part, la
stabilité de l`Iran et d`autre part, elle en faisait un rempart contre
l`URSS -- rempart important comme le mentionne le rapport du conseil national
de sécurité sur la situation en Iran qui indique les enjeux
géostratégiques pour la défense pragmatique de ses
intérêts.
Enfin, cette rhétorique présidentielle a
augmenté la possibilité d`apporter un soutien à ce pays
géographiquement éloigné des États-Unis. Ceci
montre que la stratégie discursive est un outil contribuant à
défendre les intérêts américains même dans un
pays peu connu de l`auditeur américain et, pour ce cas
spécifique, l`orateur (Truman) utilise le processus rhétorique de
simplification afin de persuader les personnes adressées. Truman, par le
biais de la construction des imaginaires sociodiscursifs, singularise l`espace
et inclut l`Iran dans l`entité « monde libre » ou «
peuples libres ». Or, le rapport de la CIG sur la situation en Iran expose
uniquement des intérêts géostratégiques, ce qui
démontre l`apport du discours idéaliste pour la défense
des intérêts américains dans ce que plusieurs auteurs, dont
David Harvey, appellent une « nouvelle forme d`impérialisme
»93.
92 Edward Said dit à propos de la
cohérence discursive : « Les représentations de
l`orientalisme dans la culture européenne reviennent à ce que
nous pouvons appeler une cohérence discursive, qui a non seulement pour
elle l`histoire, mais une présence matérielle (et
institutionnelle). [...] Cette cohérence est une forme de praxis
culturelle, un système d`occasion d`affirmer des choses sur l`Orient.
Edward Said, L'orientalisme, l'Orient crée par l'Occident,
(Lonrai, Seuil, 1997), p.305 Une parallèle peut se faire entre ce que
dit Saïd et les représentations mis en avant par les
États-Unis.
93 David Harvey, The New Imperialism, (Oxford
University Press Inc, New York, 2003) P.5
Ce nouvel impérialisme défend ses
intérêts d`une toute autre manière que la France ou la
Grande-Bretagne ont pu le faire dès le XIXe siècle : elle exporta
ses valeurs et ses marchés selon le concept de la « destinée
manifeste ». 94 La rhétorique traditionnelle a donc
été associée aux événements
d`actualité de l`époque. De cette manière, après
les événements comme la crise d`Azerbaïdjan, les
États-Unis ont posé les fondements s`agissant du choix
laissé aux autres nations, d`une part, mais également pour ce qui
est de la persuasion des américains (peuple, représentants du
peuple, investisseurs privés, etc.) d`autre part.
Lors de la crise d`Azerbaïdjan, le président
Truman et son administration sont intervenus de manière diplomatique
pour contrer l`occupation des troupes de Staline dans ce qui est
considérer comme étant la première crise de la Guerre
froide. Cependant, Truman n`a jamais adressé de communiqué pour
clarifier publiquement la position des États-Unis. Ce n`est qu`une fois
la crise résolue que Truman a lancé sa doctrine devant le
Congrès américain et devant le monde entier, sans mentionner
l`Iran.95
En résumé, le discours idéaliste
américain a contribué à rompre avec l`isolationnisme, il
simplifiait la situation globale et incluait l`Iran dans une entité
nominalisé « monde libre ». Ainsi, la problématique
iranienne était associée à celle de la Grèce et de
la Turquie, sans être nommée. En revanche, l`intervention en Iran
eut bien lieu et la stratégie discursive américaine de
simplification (singularisation de la situation à l`étranger
d`une part et, essentialisation des entités dichotomiques d`autre part)
fut un outil indispensable pour justifier la libéralisation du
marché iranien (par opposition à l`implantation du système
communiste).
94
Thucydide.com Les
héritages fondamentaux : la Destinée Manifeste et la mission des
Etats-Unis « Vers 1890, les frontières étasuniennes
étant fixées, les États-Unis étendirent
au-delà de celles-ci leur « mission civilisatrice ». Pourtant,
en tant qu`ancienne colonie britannique qui avait combattu pour son
indépendance, les États-Unis ne pouvaient adopter la forme de
colonialisme des Etats européens. C`est pourquoi, à part quelques
cas (Philippines, 1898), le mode d`impérialisme américain fut
fondé sur l`exportation de valeurs, aussi bien marchandes que
culturelles, et ne provoqua pas une perte de souveraineté des pays. Les
États-Unis, contrairement aux Etats européens pratiquèrent
un expansionnisme économique, commercial et culturel, qui ne reposa pas
sur la fondation de colonies (c`est à dire la confiscation de la
souveraineté d`un État pour le contrôler). La mission des
États-Unis devait être de « civiliser » le monde, le
rendre à son image, pour faire littéralement le bonheur des
autres Etats malgré eux. »
http://www.thucydide.com/realisations/comprendre/usa/usa2.htm
(6 juin 2011)
95 A noter que l`Europe était la
priorité pour l`administration Truman comparé à l`Iran.
2ème PARTIE
LA MISE EN PLACE DU PROGRAMME POINT IV EN IRAN
1) / EILI4jtAIIXIISIC7 IXP El(1l3BNSXISMIXIA
SPil(EXgXrEAIPl( : Programme Point IV
a) Présentation du contexte
Harry Truman présentait aux citoyens américains
-- et au reste du monde -- son Programme Point IV lors de son discours
d`inauguration le 20 janvier 1949. La rhétorique employée par le
président démocrate pour formuler ce programme se rapprochait
étroitement de celle utilisée pour présenter sa doctrine
deux ans plus tôt. L`Iran n`était pas mentionné dans ce
discours, mais il était inclus dans ce programme. Quels étaient
les objectifs de l`administration Truman ? Comment allaient-ils être
présentés au public américain ? Enfin, concernant
l`application du programme en Iran, en quoi le discours idéaliste de
Truman était-il un outil nécessaire à la défense
des intérêts américains ?
Le discours d`inauguration du président Truman devait
persuader avant tout le peuple américain et ses représentants.
Avant les élections présidentielles de 1949, les
républicains détenaient la majorité à la Chambre
des représentants et au Sénat. Cependant, le rejet
soviétique du Plan Marshall (juin 1947), le coup d`État
prosoviétique en Tchécoslovaquie (février 1948) et le
début du blocus de Berlin (juin 1948-mai 1949) favorisaient
déjà le passage des législations entreprises par le
président démocrate dans le domaine des affaires
étrangères américaines.96 Puis, au lendemain de
la victoire surprenante de Truman à l`élection
présidentielle de novembre 1948, le parti démocrate
bénéficiait de la majorité à la fois à la
Chambre des représentants et au Sénat.97
Les États-Unis bénéficiaient d`une
cohésion amenée par la croissance économique et la
stabilité politique d`aprés guerre. Mais le contexte de la Guerre
froide amenait davantage de cohésion et d`unité chez les membres
du Congrés. Ce contexte orientait la politique étrangère
américaine vers une approche anticommuniste tant chez les
républicains que
96 John A. Garratz et Mark C. Carnes, op. cit.,
p.860.
97 Ibid.
chez les démocrates. Par conséquent, Truman
pouvait -- grâce à ses discours -- associer l`éthique des
États-Unis à la bataille contre le communisme, et ce, avec le
soutien de Capitole Hill. Par ailleurs, en cette période de
Maccarthysme, le climat était propice à la rhétorique
antisoviétique puisque le Sénat et la Chambre des
représentants favorisaient les programmes de lutte contre le communisme
aux États-Unis comme par exemple le HUAC (House Un-American
Activities Committee).98 Ce même climat unissait le
Congrès et les Américains dans cette bataille contre le
communisme. Par conséquent, le discours de politique
étrangère du président Truman pouvait facilement
identifier l`image des ÉtatsUnis à ce sentiment
anticommuniste.
Tout ceci favorisait la mise en valeur de l`«
ethos américain »99. Certes, cet ethos
s`est construit en plusieurs siècles mais le choc de la Seconde Guerre
mondiale lui a donné un nouvel élan aux yeux de l`opinion
publique américaine et internationale. Patrick Charaudeau explique que
« l`ethos concerne l`image de celui qui parle et qui est également
susceptible de toucher l`auditoire par identification possible de celui-ci
à la personne de l`orateur ».100 En tant que
président, Truman s`engageait sur une plateforme de confrontation avec
l`Union Soviétique. Son discours devait toucher son auditoire en
évoquant la puissance de la nation américaine. La
stratégie discursive de Truman devait amener l`auditoire à
s`identifier à l`image de l`orateur. De plus, le choc causé par
la fin de la Seconde Guerre mondiale permettait au président Truman de
valoriser l`image des États-Unis en coordination avec les quatre points
de son programme Point IV. Ce contexte offrait à Truman la
possibilité d`associer la puissance politique, économique,
militaire, technologique et idéologique américaine à
l`image de sa nation, de ses valeurs et de son peuple.
Tout comme le discours de la Doctrine Truman, le discours du
programme Point IV servait de façade. D`une part, il mettait en
évidence la vision de la politique américaine dans le
Moyen-Orient et l`appliquait ensuite en Iran. D`autre part, il servait de
façade puisque la stratégie discursive idéaliste
justifiait la continuité de cette vision auprès du Congrès
et du peuple américain, et ce, même en cas de crise. Cette partie
va identifier cet discours idéaliste qui servira de base de langage
dédiée à la défense des intérêts
américains.
98 Le Maccarthysme,
http://www.cartage.org.lb/fr/themes/geohis/Histoire/chroniques/pardate/Chr/500209a.HTM
(6 juin 2011).
99 Voir le deuxième point de cette
première partie.
100 Patrick Charaudeau, op. cit., p.62. L`auteur fait
référence à Gisèle Mathieu-Castellani (2000) qui
revisite les catégories aristotéliciennes.
b) Discours d`inauguration du président Truman :
bases d`une vision qui prévaudra en Iran
Dans son livre « Harry 6 E7
LITYEQVSLesideQtiDELhHRLiF » le professeur Halford Ryan explique que
le discours de Truman dura 20 minutes au lieu des 15 prévues, et qu`il
contenait 2200 mots. Truman n`étant pas un grand orateur, le ton
était hésitant et il y eut quelques erreurs de prononciation
dû à un manque de répétition. De plus, le contact
visuel du président était pauvre car il lisait son discours.
Cependant, Truman ralentissait volontairement le taux de mots par minutes (110
mpm au lieu des 150 mpm prononcés habituellement) afin d`honorer
l`occasion. Il s`agissait de la premiere inauguration présidentielle
diffusée à la télévision et l`auteur ajoute que la
prestance du président démocrate était terne et que son
discours manquait d`effets de rhétorique (temps de pause non
respectés, élocution prosaïque, le rythme de sa voix ne
variait pas, etc.).101 Néanmoins, ce manque d`effets de
rhétorique et ses phrases courtes furent perçues comme un franc
parlé lorsqu`il s`agissait du Communisme.102
· « Rhétorique
présidentielle de crise » et « rhétorique supernation
»
Halford Ryan parle de deux constructions rhétoriques.
D`une part, la « rhétorique présidentielle de crise »
qui est, selon l`auteur, une maniere de parler que le commandant en chef
utilise pour gagner le soutien du Congrès et du peuple en créant
une crise rhétorique. Cette dernière peut exister en
réalité ou pas. Le président met en avant des «
Nouveau Faits » qui mènent inexorablement à la «
Nouvelle Situation » que le président défini comme une
crise, souvent de nature militaire, à laquelle les États-Unis
doivent faire face. La question n`est pas de savoir si les États-Unis
doivent répondre mais comment ils vont réagir face à ces
circonstances dangereuses. Pour répondre à cette grave situation,
le président présente sa politique qui est souvent
annoncée comme un fait accompli. Il argumente, se justifie et appelle au
sens patriotique et à la virilité du peuple américain.
101 Halford R. Ryan, op. cit., p.119.
L`auteur explique que « Harry Truman avait le désavantage
rhétorique particulier de suivre les pas du peut être plus grand
orateur présidentiel de l`histoire américaine. » Il ajoute
également que Truman s`appuyait énormément sur ses
rédacteurs contrairement à Roosevelt qui écrivait
luimême ses discours avec ses conseillers. p.109
102 Ibid. p.9
Enfin, le président créé la dichotomie
à travers son discours (bien/mal, ange/démon, blanc/noir,
etc.).103
D`autre part, Halford Ryan parle de « rhétorique
supernation ". Il explique que la philosophie publique des États-Unis
des XVIIIème et XIXème siècles était de
protéger la liberté et la sécurité du peuple
américain et que cela était réalisé en
évitant les alliances avec des puissances étrangères. De
plus, cette philosophie publique prônait la nonintervention dans les
affaires internes des autres pays. L`auteur explique qu`il y eut un changement
brusque dans le ton de la rhétorique publique, particulièrement
en ce qui concerne les affaires étrangères des États-Unis.
Il ajoute que cette rhétorique d`« ainsi nommée Guerre
froide " avait deux leitmotivs : d`une part, apporter « une nouvelle note
d`une transformation quasi-apocalyptique du monde dans une bataille finale avec
le démoniaque communisme "104 et d`autre part, « les
représentations de la Guerre froide avaient tendances à avilir le
langage et à déformer de la réalité
".105
La « rhétorique supernation " a donc pour effet de
représenter le monde de manière manichéenne et Truman s`en
servait dans le but de d`associer tout ce qui est anticommuniste avec le camp
américain. Les États-Unis étant présentés
comme les défenseurs des valeurs idéalistes, il était plus
facile que le Congrès accepte la politique de Truman dans le
Moyen-Orient et en Iran puisque cette région devait faire parti du
« monde libre ". Par ailleurs, cette rhétorique avait d`autant plus
d`impact dans un discours d`inauguration puisque c`est celui-ci qui
annonçait au peuple américain la vision globale de la politique
étrangère des États-Unis.
La « rhétorique présidentielle de crise "
se retrouve lorsque Truman confronte l`opinion publique américaine et
internationale (par la voie de la presse) à la menace que
représente l`Union Soviétique. Le président
américain expose les « Nouveaux Faits " qui nécessiteront la
« Nouvelle Situation " :
[...] the United States and other like-minded nations find
themselves directly opposed by a regime with contrary aims and a totally
different concept of life.
That regime adheres to a false philosophy which purports to
offer freedom, security, and greater opportunity to mankind. Misled by that
philosophy, many peoples have sacrificed their liberties only to learn to their
sorrow that deceit and mockery, poverty and tyranny, are their reward.
103 Halford R. Ryan, op. cit., p.14.
104 Ibid. l`auteur cite Dante Germino, the Inaugural
Addresses of American Presidents; the Public Philosophy and Rhetoric
(Lanham, University Press of America, 1984) pp.19, 21, 22. Il fait
également référence au philosophe zoroastrien et perse
Mânes, fondateur du manichéisme, qui divisait le monde en forces
obscures et claires.
105 Ibid. pp. 14, 15.
That false philosophy is communism.
[...] the actions resulting from the Communist philosophy are a
threat to the efforts of free nations to bring about world recovery and lasting
peace.106
Truman met en avant ces « Nouveaux Faits " : « les
États-Unis et les nations qui ont le même état d`esprit se
retrouvent directement opposés par un régime qui a des objectifs
contraires et une conception totalement différente de la vie ". Le
président américain présente ce « nouveau fait "
comme un fait accompli dans le but de gagner le soutien de l`opinion publique
et du Congrès. Ensuite, il avilit « ce régime qui
adhère à une fausse philosophie ". Ce dernier est en
confrontation directe avec les valeurs américaines. Puis, Truman utilise
le procédé rhétorique d`essentialisation pour le
nominaliser dans un terme désormais chargé sémantiquement
: « cette fausse philosophie est le communisme ". Enfin, il montre que le
communisme est une réalité, il le défini (en l`opposant
à la démocratie)107, et il le présente comme
étant une menace : « les actions résultant de la philosophie
communiste sont une menace pour les efforts des nations libres d`amener la
relance mondiale et une paix durable ". Enfin, le président
américain annonce à son peuple que sa nation « va renforcer
les nations éprises de liberté contre les dangers de l`agression
". Ainsi, il continue avec ce procédé de « rhétorique
présidentielle de crise " en apportant une solution virile -- tout en
gardant des formules idéalistes.
Ces solutions sont évoquées en quatre points
majeurs qui reprennent les principaux axes de la doctrine Truman. Ce discours
visait essentiellement à unir les États-Unis autour d`un
consensus et il englobera l`Iran indirectement pour les raisons
évoquées au premier chapitre (procédé
rhétorique de simplification). Ces quatre points sont prononcés
ainsi :
First, we will continue to give unfaltering support to the
United Nations and related agencies [...] We believe that the United Nations
will be strengthened by the new nations which are being formed in lands now
advancing toward self-government under democratic principles.
Second, we will continue our programs for world economic
recovery. [...] In addition, we must carry out our plans for reducing the
barriers to world trade and increasing its volume. Economic recovery and peace
itself depend on increased world trade.
Third, we will strengthen freedom-loving nations against the
dangers of aggression. [...]In addition, we will provide military advice and
equipment to free nations which will cooperate with us in the maintenance of
peace and security.
Fourth, we must embark on a bold new program for making the
benefits of our scientific advances and industrial progress available for the
improvement and growth of underdeveloped areas. I believe that we should make
available to peace-loving peoples the benefits of our store of technical
knowledge in
106 Discours d`inauguration d`Harry S. Truman, 20 janvier 1949,
(voir annexe n°2).
107 Ibid.
order to help them realize their aspirations for a better life.
And, in cooperation with other nations, we should foster capital investment
in areas
needing development.108
Truman profite des conditions qui sont favorables aux
États-Unis pour mettre en valeur l`hégémonie
américaine et annoncer la mise en place de grands changements dans le
système économique et de gouvernance mondiale. Par ailleurs, il
exprime la volonté politique d`isoler l`URSS et son système
communiste. Cette isolation permettra de protéger l`Iran et de maintenir
son marché ouvert au monde. Les quatre points peuvent se résumer
ainsi : premièrement, l`uniformisation du système politique
mondial avec des principes démocratiques (renforcement des Nations
Unis). Le deuxièmement évoque la reprise de la croissance
économique mondiale avec l`expansion du libéralisme et du
capitalisme de marché mondial comme base d`une paix qui est
dépendante de ce même marché. Le troisièmement
prône l`endiguement du communisme notamment grâce au soutien
militaire apporté aux pays situés à la frontière
soviétique (création de pactes de sécurité dont
l`OTAN). Et enfin, le quatrièmement insiste sur le développement
scientifique en corrélation avec l`aspect humanitaire (humanitarisme
possible grace à l`encouragement des investissements de capitaux dans
les endroits ayant besoin de développement).
Pour formuler son programme, Truman associait des valeurs
idéalistes à son projet afin que le plus grand nombre de
personnes adhère. En effet, chaque point de son programme est embelli
par des éléments de rhétorique idéaliste. Il
évoquait « les principes démocratiques » dans le point
1, « la paix » pour ce qui est de la réduction des
barrières commerciales dans le point 2, « le maintien de la paix et
de la sécurité » en ce qui concerne le soutien militaire
pour « les nations libres » dans le point 3, et enfin, « aider
les peuples qui aiment la liberté dans leur aspiration à une vie
meilleur » à propos de l`encouragement des investissements de
capitaux dans le point 4.
Cette rhétorique idéaliste permettait au
président Truman de faire plusieurs choses. Premièrement, elle
encourageait les représentants et les sénateurs du Congrès
à être en faveur de son projet (comme expliqué auparavant
dans le chapitre sur la doctrine Truman). Deuxièmement, le discours
idéaliste est essentiel pour la défense des intérêts
américains car le choc géopolitique est un
événement que le public ne saisit pas s`il n`en est pas
informé. En effet, l`imaginaire collectif de l`opinion publique à
propos de la Guerre froide est né en partie grace à la
rhétorique de l`administration présidentielle, avec notamment
la
108 Ibid. (Les parties en gras et soulignées ont
été ajoutées pour cette analyse par nos soins).
création des entités dichotomiques
élaborée par le discours de Truman. Son administration n`a pas
inventé cette dichotomie car il y avait réellement une opposition
entre deux systèmes économiques, politiques et sociaux.
Cependant, il y a une distinction entre le choc de la Guerre froide
lui-même (qui n`est pas palpable par l`opinion publique) et la
manière de le présenter (qui est perceptible par l`auditeur). Par
conséquent, un auditoire non-informé d`éléments
non-palpable aura plus facilement tendance à s`appuyer sur un discours
ayant une bonne construction rhétorique. Ce dernier sera d`autant plus
efficace si l`orateur utilise une « rhétorique de crise » et
s`il défend des valeurs qui se répercutent positivement dans la
structure cognitive du public.
· La promotion de l`« ethos
américain "109
Cette rhétorique idéaliste permettait
également d`inciter implicitement le peuple américain (mais aussi
les « nations libres ») à s`identifier à l`action de
son leader. Ainsi, Truman promeut l`ethos américain ; outil
indispensable de défense des intérêts de son pays. La
conceptualisation de celui-ci s`illustre à travers les quatre points du
programme Point IV. Pour identifier sa nation à l`action de son leader,
Truman positionne les ÉtatsUnis et le peuple américain au centre
des affaires internationales en employant constamment « nous " (en
reprenant les centres déictiques)110. Il utilise cette
technique dans chaque point du programme : « we must ", «
we will continue ", « we will strenghen ", ou encore
« we believe ". Le quatrième point de son discours est
même caractérisé par l`identité discursive du «
Je-nous ", une identité du singulier-collectif111 «
I believe that we should...
».
La rhétorique de Truman positionne également la
nation américaine comme garante des principes démocratiques (cf.
point 1) lui donnant ainsi un ethos de « chef ", c'est-àdire «
une construction de soi pour que l`autre adhere, suive, s`identifie à
cet être qui est censé représenter un autre soi-même
idéalisé ".112 La position de « chef " des
États-Unis est donc identifiée au nom de son discours
idéaliste qui défend « les principes démocratiques "
(cf. point 1), « la paix " (cf. point 2), la défense de la
stabilité des
109 Nous aurions pu analyser le concept d` «
éthos américain " dans le chapitre relatif à la
doctrine Truman. Le choix s`est fait ainsi afin de poursuivre l`étude
dans le temps.
110 Se référer à la partie 1 du
mémoire.
111 Selon la théorie des stratégies de
paraître de Patrick Charaudeau, op. cit., p.62. (Voir la
partie 1 du mémoire).
112 Ibid. p.118
« nations libres contre les dangers d`agression » (cf.
point 3) et « le développement des nations qui en ont besoin »
(cf. point 4).
Cette rhétorique est aussi importante que le programme
en soit -- surtout après le choc de la Seconde Guerre mondiale et la
politique étrangère américaine d`endiguement de l`Union
Soviétique, tous deux facteurs de cohésion. Patrick Charaudeau
explique à ce sujet « qu`il ne faut pas séparer l`ethos des
idées, car la façon de poser celles-ci peut être
constructeur d`image ».113 C`est pour cela que le choc facilite
la construction d`une telle image de leader mondiale et, la grandeur du projet
américain doit être à la hauteur de celui qui le met en
~uvre. Charaudeau ajoute que le discours doit être la « construction
d`un rêve (d`une idéalité sociale) ». Truman se doit
donc d`être le plus persuasif possible afin que les citoyens
américains et du « monde libre » adhèrent à la
construction de cette idéalité présentée par la
« rhétorique supernation ». Cette idéalité est
introduite sous la tutelle de l`ethos de « chef » des
États-Unis auquel le peuple américain s`identifie
implicitement.
Promouvoir une image idéaliste était donc l`une
des fonctions de la stratégie discursive américaine. Celle-ci
permettait à l`identité américaine de véhiculer son
image de grandeur et de meneur aux yeux du monde (« du monde libre
»)114. En plus de cela, « l`approche cognitive » 115
élaborée par le discours de Truman faisait partie de la
construction de l'1JRRs américain. En effet, nouvellement
(ré)élu116, le président démocrate
bénéficiait d`une vague d`espoir et de progrès
amenée par la campagne électorale (comme c`est souvent le cas).
C`est avec cet élan qu`il pouvait consolider l`ethos
américain par le discours, et même conceptualiser le
leadership américain (notamment grâce à la
métaphore) de façon à ce que l`image des États-Unis
rejaillisse de manière salvatrice dans le monde entier. Par exemple :
they [the peoples of the earth] look to the United States as never before
for good will, strength, and wise leadership.?117 L`image de
leader américain
113 Ibid. p.91
114 Ici, l`expression « monde libre » reprend le
terme exprimé par la rhétorique américaine. Il faut noter
que lorsque l`on parle d`une « image de grandeur et de meneur aux yeux du
monde (« monde libre ») », il s`agit des parties du globe ayant
un accès à l`information (dans le monde de la fin des
années 1940).
115 Paul Chilton explique: The cognitive approach
considers political discourse as necessarily a product of individual and
collective mental processes. It seeks to show how knowledge of politics,
political discourse and political ideologies involves storage in long-JelP
PIPRly'. Paul Chilton, op. cit., p. 51
116 Truman, ayant succédé à Franklin D.
Roosevelt après le décès de ce dernier, a
été élu une fois président des États-Unis
(novembre 1948) et une fois vice-président (novembre 1944).
117 Discours d`inauguration de Truman, 20 janvier 1949, op.
cit. (voir document annexe n°2).
représente constamment l`équilibre mondial et
« l`effort de restaurer la paix, la stabilité et la liberté
dans le monde ».118
Par ailleurs, le pathos peut être
associé à l`ethos. En effet, le discours de Truman est
pourvoyeur d`un rêve qui se construit autour d` « une sorte de pacte
d`alliance »119 et qui créer un but commun, un consensus
qui se sensibilise autour du « on » (« we »). La
rhétorique de Truman tente « d`inspirer confiance, admiration
» afin de « coller à l`image idéale du chef qui se
trouve dans l`imaginaire collectif des sentiments et des émotions
»120. La rhétorique présidentielle de crise (qui
fait appel au pathos) inhibe l`auditoire parce que ça
l`émeut. Les gens, qui normalement ne s`inscrivent pas dans les
débats, prennent position ; ils sont plus enclins à s`y inscrire.
Ainsi, Truman essaie de toucher les gens avec sa rhétorique
idéaliste, et en puisant dans l`affect social, le citoyen
américain, « au travers d`un processus d`identification
irrationnel, fond son identité dans celle de l`homme politique
»121. Dans ce cas, il fond son identité dans l`image des
États-Unis -- image ici véhiculée en grande partie par la
rhétorique de Truman.
Enfin, parallèlement à la rhétorique,
l`aide économique est une partie importante dans la construction de
cette idéalité puisqu`elle est devenue un instrument de la
défense des intérêts américains :
Après la deuxième guerre mondiale, avec
l`avènement de la Guerre froide et
l`accession à l`indépendance des anciennes
colonies, l`aide étrangère est devenue un instrument
fondamental de la politique étrangère des États-Unis
et un élément important de leur
sécurité nationale. À partir de ce moment, l`aide sera
toujours liée à la stratégie de sécurité
nationale et en devient une
composante importante. L`utilisation de l`aide comme instrument
de la politique de sécurité nationale a fait et fait toujours
l`objet de débats au
Congrès et au Sénat, de même qu`entre les
spécialistes de la question, voire
dans l`opinion publique. Néanmoins,
périodiquement, malgré les différentes tentatives de
réforme, l`importance de l`aide économique comme instrument
de promotion des intérêts tant économiques
que de sécurité a toujours été
réaffirmée.122
Après la seconde guerre mondiale, l`image des
États-Unis se construit avec l`instrumentalisation de l`aide
économique dans le but de promouvoir la sécurité
nationale
118 Ibid. «the United States has invested its
substance and its energy in a great constructive effort to restore peace,
stability, and freedom to the world.?
119 Ibid. Patrick Charaudeau explique que l`instance politique
est pourvoyeuse d`un rêve qui s`associe au destinataire-citoyen et qui se
construit avec lui en une sorte de pacte d`alliance (il donne l`exemple :
« Nous, ensemble, nous bâtirons une société plus juste
».
120 Ibid. p.62 L`auteur ajoute : « Bien des penseurs
l`ont dit, et quelques grands hommes l`ont mis en pratique : la gestion des
passions est l`art de la bonne politique ».
121 Ibid. p105
122 Anne Duhamel, « L`aide économique
américaine et la sécurité dans les Amériques
», Groupe de recherche sur l`intégration continentale,
Université du Québec à Montréal, Département
des Sciences Politiques, Juin 2001
http://www.ieim.uqam.ca/IMG/pdf/gric-01-5-duhamel-aide-secu.pdf
(6 juin 2011).
(avec deux constantes : la peur de l`expansion communiste dans
le Tiers-Monde et l`avancement des intérêts économiques
américains dans le monde123). Cette stratégie faisant
l`objet de débat, elle est véhiculée par le discours
idéaliste. La rhétorique devient un instrument indispensable pour
réaliser cette stratégie de défense de la
sécurité nationale.
Voici donc les bases fondamentales de la stratégie
discursive idéaliste américaine. Ce cadre rhétorique va
prévaloir pendant toute la période de la Guerre froide. Le choc
géopolitique a permis aux États-Unis de se créer une
nouvelle identité de leader mondial, d`État supernation et, le
processus discursif idéaliste du président Truman a fait
transparaître -- une nouvelle fois -- l`ethos d`une
Amérique salvatrice aux yeux du monde.
Ce concept peut être assimilé aux propos d`Edward
Said à propos de l`orientalisme moderne. Dans son livre «
l`orientalisme », il explique que « l`orientaliste moderne est,
à ses propres yeux, un héro qui sauve l`Orient de
l`obscurité, de l`aliénation et de l`étrangeté
qu`il a lui-même convenablement perçu ». 124 Dans
ce cas, la projection de l`ethos américain par le discours
idéaliste placerait les États-Unis -- à partir de sa
perception -- comme le héro qui sauverait l`Iran de l`obscurité
ou de l`aliénation. Le discours créer un rapport entre les deux
pays. La manière d`exprimer ce discours et la rhétorique
employée donnent l`impression d`un rapport de supériorité
de la nation américaine (position de force) par rapport à la
nation iranienne qui a besoin d`aide. La rhétorique idéaliste
n`exprime pas ici un rapport de dominant/dominé ; elle est plutôt
constructrice d`une image de chef qui guiderait les peuples vers la paix et la
sécurité.
La stratégie d`expansion du système
américain -- qui passait en partie par la fin de l`isolationnisme
américain en faveur d`une politique libérale --
s`établissait en corrélation
123 Ibid. L`auteur explique : « Les politiques d'aide ont
connu une évolution selon trois périodes depuis la fin de la
deuxième guerre mondiale jusqu'à la création de l'USAID.
La première période (1945-1951), celle du Plan Marshall,
se caractérise par une distribution d'aide surtout économique
à l'Europe pour son redressement et par la montée de la peur
d'une éventuelle conversion au communisme de la Grèce, de la
Turquie et de certains pays européens où des partis communistes
sont alors en plein essor (France, Italie, Belgique,...). La deuxième
période (1951-1961), celle du Mutual Security Act de 1951 et de
1954, se distingue par la primauté accordée à l'aide
militaire aux pays frontaliers de l'URSS et de la Chine afin d'endiguer le
communisme (Grèce, Turquie, Iran, Pakistan, Thaïlande, Indochine,
Taiwan, les Philippines, la Corée...). A la suite de l'éclatement
de la guerre en Corée (1950) et en Indochine, le Président Truman
se voit contraint, malgré l'introduction de son Point Four en
1949 (une première politique d'aide au développement pour les
régions sous développées qui ne se concrétisera que
partiellement, surtout par de l'aide technique), d'orienter l'aide vers de
l`assistance militaire afin de garantir la sécurité des
États-Unis et celle de leurs alliés. Enfin, la troisième
période (1961-1973) est marquée par la
prépondérance du concept d'aide économique au
développement. »
124 Edward Said, op. cit., p.144
avec la stratégie discursive de l`administration
Truman. Cette stratégie visait à « vendre » son
programme à l`Iran (et aux autres pays dit «
sous-développés) en mettant en avant le «
développement ». A ce propos, le professeur Gilbert Rist explique
:
En quelques paragraphes [discours du programme Point IV], une
stratégie globale est affirmée. Bien qu`elle serve d`abord les
intérêts particuliers de la nation la plus puissante du monde,
elle feint de ne se préoccuper que du bien commun et présente le
« développement » comme un ensemble de mesures techniques
(utilisation du savoir scientifique, croissance de la productivité,
intensification des échanges internationaux) et donc situées hors
du débat politique ; ce qui permettra d`en donner - selon les lieux et
les moments - des interprétations conservatrices ou
révolutionnaires. De plus, en définissant le «
sous-développement » comme un état de manque, plutôt
que comme le résultat de circonstances historiques, et les «
sous-développés » comme des pauvres, sans s`interroger sur
les raisons de leur dénuement, on fait de la croissance et de l`aide --
conçues en termes technocratiques et quantitatifs -- la seule
réponse possible.125
L`auteur évoque deux choses. D`une part, il explique
que le discours de Truman valorise le développement des pays «
sous-développés » et que c`est sous ces termes
(développement, stabilité, sécurité, paix) que les
États-Unis interviennent. D`autre part, il explique que la
rhétorique de Truman créée une nouvelle entité :
« les sous-développés ». L`Iran se positionnait donc
dans cette entité. Présenté ainsi, l`aide
économique démontre que les « sous-développés
» avaient tout à gagner et que le plan américain
était la seule solution. Aux yeux de l`opinion publique
américaine, l`Iran devient membre d`une entité commune qui compte
deux milliards d`habitants et qui est nominalisées dans le terme «
sous-développés »).126
L`objectif de Truman était de défendre
l`intérêt national américain, et ce, dans chaque partie du
globe représentant des enjeux géopolitiques considérables
pour les États-Unis dans le contexte de la Guerre froide. L`architecture
du nouvel ordre élaboré par l`administration Truman
(composée de Dean Acheson, de George Marshall et de George Kennan)
« conjuguait l`idéalisme de Wilson à un réalisme
froid ».127 En effet, la politique de Truman mettait en avant
des principes idéalistes et son discours encadrait les actions de
125 Gilbert Rist, Le développement : histoire
CIKniIHRIDYiERFHCintDli, (Paris, Presses de Science-Po, 2001) p.133.
Gilbert Rist est professeur à l'Institut de hautes études
internationales et du développement (graduate institute of development
studies) à Genève.
126
L`auteur explique : « Ainsi, à partir de 1949,
plus de deux milliards d`habitants de la planète vont -- le plus souvent
à leur insu - changer de nom, être considérés «
officiellement », si l`on peut dire, tels qu`ils apparaissent dans le
regard de l`autre et être mise en demeure de rechercher ainsi leur
occidentalisation en profondeur au mépris de leurs propres valeurs ; ils
ne seront plus Africains, Latino-Américains ou Asiatiques (pour ne pas
dire Bambaras, Shona, berbères, Quechuas, Aymaras, Balinais ou Mongols)
mais simplement « sous-développés » ». Ibid.
127 Barack Obama, op. cit., p.348.
son administration mais la défense des
intérêts américains lors de ses mandats était
très réaliste (comme le montre le rapport de la CIG). Par
ailleurs, Truman présentait toujours les problèmes sur les bases
d`un conflit idéologique. De cette manière, Truman offrait une
dynamique complètement différente, un tout autre potentiel pour
s`attirer du soutien et de la sympathie auprès du Congrès et de
l`opinion publique (américaine et internationale). Il était plus
simple d`obtenir du soutien en jouant sur les craintes causées par un
problème d`une telle nature plutôt que d`évoquer les
réalités stratégiques et
économiques.128
La position géostratégique de l`Iran
représentait des enjeux majeurs pour la doctrine Truman et cette nation
faisait par conséquent partie des pays qui allaient
bénéficier du programme Point IV et du Mutual Defense
Assistance Act. La manière de présenter les enjeux sera
largement influencée par une présentation idéologique,
toujours appuyée par la rhétorique idéaliste. Le programme
Point IV servait de référence pour les projets à venir et
la « rhétorique supernation » permettait d`influencer les
décisions sur les crises à venir -- comme la crise de la
nationalisation du pétrole iranien de 1951 -- en termes de Guerre
froide. Par conséquent, ce discours idéaliste dressait un socle
dans les imaginaires sociodiscursifs ; une forme d`organisation du langage qui
résonnait dans l`imaginaire collectif (celui de l`auditoire). Cette
stratégie discursive était en corrélation avec la
politique non-coercitive de Truman (soft policy) et elle permettait
d`orienter le Congrès vers cette approche.
L`utilisation de cette rhétorique idéaliste
offre une légitimité au programme d`aide économique et
militaire américain en Iran (sans même que le président ne
mentionne l`Iran). En effet, Truman annonce que « [les États-Unis]
vont fournir des conseils et de l`équipement militaire aux nations
libres qui vont coopérer avec [les Etats-Unis] dans le maintien de la
paix et la sécurité ». L`idée était de
promouvoir la paix dans le but d`obtenir un intérêt mutuel de
coopération économique.
Bénéficiant du soutien technique et militaire,
l`Iran se retrouvait avec un allié américain qui ne le lui
laissait pas une grande manuvrabilité. L`approche attractive
128 Lors d`une conférence sur les relations entre les
États-Unis, Israël et l`Iran à Harvard, Dr Trita Parsi
explique que présenter une situation sur les bases d`une bataille
idéologique renforce la dynamique du conflit entre l`Iran et Israël
car les deux camps ont deux publics complètement différents et
les orateurs ne semblent pas considérer l`impact de la rhétorique
(et de l`image projetée sur l`autre public). Voir la conférence
sur
http://www.law.harvard.edu/news/2011/02/22_trita-parsi.html
(6 juin 2011). Il en va de même pour la présentation du conflit
entre les États-Unis et l`URSS (l`application de cette stratégie
en Iran sera développée dans le chapitre suivant).
américaine influençait le Shah à
appliquer le programme de Truman en Iran (sous le Mutual Defense Aid).
Celui-ci était appuyé par son discours en confrontation avec le
communisme ; discours qui positionnait l`Iran dans le système
d`économie de marché.129 Par conséquent, les
États-Unis offraient un choix paradoxal au Shah : une coopération
économique avec les États-Unis qui permettait à l`Iran
d`être « une nation libre » tout en compromettant son
indépendance économique. L`Iran était
présenté comme un pays démocratique parce qu`il
n`était pas communiste. Cela lui permettait de bénéficier
du soutien des États-Unis puisque la « rhétorique
supernation » le définissait ainsi.130
La rhétorique de Truman a surdimensionné la
menace communiste dans le but de jouer sur les craintes de l`opinion publique
-- et aussi l`opinion républicaine qui avait un nombre plus important
d`élus anti-communiste. Dans cette logique, refuser le programme de
Truman revenait à s`opposer à l'FJkRs américain.
Quoi qu`il en soit, l`onde de choc géopolitique causée par la fin
de la Seconde Guerre mondiale a favorisé l`expansion du système
économique américain (et a ralenti considérablement
l`expansion idéologique soviétique). Cependant, suite à la
crise d`Azerbaïdjan, l`Iran était toujours un pays qui risquait de
ne pas ouvrir ses marchés. C`est pourquoi la rhétorique
idéaliste était un outil nécessaire à la mise en
~uvre de la stratégie de Truman en Iran. Elle accompagnait et justifiait
le soutien technique, militaire et économique des États-Unis.
2) Les conséquences de la rhétorique du
Programme Point IV en Iran : l'État supernation et l'ethos
américain dans le discours de Truman au Shah
Le discours idéaliste présentait le programme
Point IV comme une politique qui renforçait l`Iran contre la menace
soviétique grace à des aides économiques. Ce programme
s`est étendu après la premiere visite du Shah à Washington
en 1949. Truman
129 On retrouve la stratégie discursive utilisée
par George W. Bush après le 11 septembre 2001 où le choix
était : Either you are with us, or you are with the
terrorists.? Discours devant le Congrès, le 20 septembre 2001.
130 Halford Ryan explique que « Truman avait
engagé les États-Unis dans une croisade anti-communiste en aidant
les pays qui étaient, ou prétendaient être,
démocratique. Le problème était qu`un tel pays
était souvent défini comme étant «
démocratique » seulement parce qu`il était anti-communiste.
» Halford R. Ryan, op. cit., p.171.
accepta d`étendre l`aide économique à un
soutien militaire à l`Iran sous le programme Mutual Defense Aid.
131 Le discours de Truman défendait les
intérêts américains et s`adressait à son auditoire
en manifestant « l`ethos d`un État supernation ».
Voici un extrait du communiqué conjoint de cette visite qui exprime les
points sur lesquels les deux pays se sont mis d`accord :
1. They [the Shah of Iran and the President of the United
States] believe the United Nations offers the best means of assuring a peaceful
world. Both countries will continue to give the United Nations their
unfaltering support and to work in close cooperation with it and its
agencies.
2. A serious threat to international peace and security
anywhere in the world is of direct concern to the United States. [...] the
United States made clear its desire for the maintenance of the independence and
integrity of Iran.
3. His Imperial Majesty believes, and the President concurs,
that the ability of any country to maintain its independence is based on a
sound and prosperous economy. For this reason, as far back as 1946, upon His
Majesty's advice, the Iranian Government took steps to prepare a Seven-Year
Plan for economic and social progress [...] His Majesty welcomes the assistance
envisaged under the Point IV program and is particularly aware of the
desirability of increased investments of private capital in the Iranian
economy.
4. It is the policy of the United States to help free peoples
everywhere in the maintenance of their freedom wherever the aid which it is
able to provide can be effective. As the result of recent Congressional
authorization, and in response to the request of the Government of Iran, the
Government of the United States is currently prepared to offer certain military
assistance essential to enable Iran, as a nation dedicated to the purposes and
principles of the United Nations Charter, to develop effective measures for its
self-defense in support of those purposes and principles..132
Les axes politiques et la rhétorique donnés par
le discours du programme Point IV s`appliquent un à un à l`Iran.
En effet, ce communiqué mentionne premièrement, le soutien aux
Nations Unis, deuxièmement, le maintien de l`indépendance et de
l`intégrité de l`Iran (éviter que l`Iran devienne
communiste, et ainsi, favoriser l`endiguement de l`Union Soviétique),
troisièmement, l`encouragement des investissements de capitaux
privés américains dans l`économie iranienne afin que
celle-ci soit prospère, et enfin, quatrièmement, l`aide au peuple
iranien -- qui est un peuple libre selon la rhétorique idéaliste
de Truman -- à entretenir sa liberté en lui apportant un soutien
militaire ; celui-ci permettant à l`Iran de se défendre des
agressions étrangères.
131 Amin Saikal, Islam and the West : Conflict or
Cooperation?, (Palgrave Macmillan, New York, 2003) P.51
132 Communiqué conjoint du président Truman
suivant une discussion avec le Shah d`Iran, 30 décembre 1949 (les
parties mises en gras et soulignées ont été
effectué pour l`étude par nos soins). Voir
l`intégralité du communiqué dans le document annexe 3.
Ces éléments sont appuyés par une
rhétorique présidentielle idéaliste. En effet, le
communiqué met en avant une action pour « assurer un monde en paix
» pour « les peuples libres » en accord avec les «
objectifs et les principes de la charte des Nations-Unis » (cf. point 1).
Il promeut la défense de « la paix et la sécurité
internationale partout dans le monde » (ainsi qu`en Iran) contre une
« sérieuse menace » (cf. point 2)133 et le «
maintien de l`indépendance » de l`Iran (cf. point 3). Enfin, le
communiqué promeut « l`aide aux peuples libres dans le maintien de
leur liberté » (cf. point 4). La cohérence discursive
promeut toujours l`ethos américain mais cette fois ci, elle le
fait vis-à-vis de l`Iran. Par exemple, le terme « États-Unis
» est associé à « l`aide des peuple libres » et
à « l`offre du soutien militaire essentiel à l`Iran
».
Par ailleurs, de même que pour le discours
d`inauguration de Truman, les États-Unis avaient toujours
intérêt à présenter la situation sur les bases d`un
conflit idéologique. Pour cela, Washington utilisait le discours
idéaliste pour mettre en relief la défense des
intérêts de l`Iran et des États-Unis auprès de
l`auditoire. En effet, s`il avait été mentionné que les
États-Unis voulaient favoriser les exportations des entreprises
américaines en investissant en Iran, en y installant des succursales
dans le but de promouvoir la vente du surplus de production créé
par l`économie de guerre de ses entreprises, en favorisant les Exim
Banks et les fonds de contrepartie pour faciliter la création d`un
système de marché en Iran134, en diminuant les taxes
douanières, etc. quel aurait été l`impact vis-à-vis
de l`opinion publique ? En quelle mesure cela aurait été
attrayant d`un point de vue politique, comparé à présenter
une politique étrangère qui « assure un monde en paix
», en formulant que les États-Unis désirent « le
maintien de l`indépendance et de l`intégrité de l`Iran
» contre une « sérieuse menace pour la paix et la
sécurité internationale » (en d`autres termes le communisme
-- selon la doxologie instaurée par la doctrine Truman dans les
structures cognitives de chacun).
133 Le communiqué joint entre les deux pays ne
mentionne pas directement l`URSS. Ceci nous permet de penser que la
nominalisation directe de l`Union Soviétique comme étant «
une menace » vise plus à persuader l`opinion publique
américaine. Le Shah devait se protéger du parti communiste
iranien (le parti Tudeh). Selon Stephen Kinzer, Mohammad Reza Shah rightly
feared Tudeh, which was strongly antimonarchist, but for several years after
the Azerbaijan episode he could find no way to act against it. After the
assassination attempt of 1949 he came up with one. All evidence suggested that
the failed assassin was a religious fanatic, but the Shah ignored it and
accused Tudeh of organizing the attempt. He banned it and imprisoned dozens of
its leaders.? Stephen Kinzer, All the Shah's Men, an American Coup and
the Roots of Middle East Terror (John Wiley & Sons, Inc., Hoboken, New
Jersey, 2003), p.66.
134 L`intérêt économique était de
favoriser les exportations américaines mais également de
faciliter ses investissements de capitaux privés en Iran dans le but de
promouvoir l`afflux de liquidité du dollar américain à
travers des transactions dans un système économique international
(dans la logique des accords Bretton Woods et du Plan Marshall).
De cette manière, l`administration Truman s`attirait
beaucoup plus de sympathie auprès de l`opinion publique grace à
une rhétorique idéaliste qui présentait l`Iran au centre
d`un conflit idéologique. En revanche, il était dans
l`intérêt de Washington de ne pas insister sur les
réalités stratégiques et économiques, et de rester
vague en ce qui concerne « l`augmentation d`investissements de capitaux
privées dans l`économie iranienne ". Une fois encore, il existe
un écart entre l`intérêt national « réel »
et l`intérêt national « exprimé ". Cet écart
est crée volontairement afin de ne pas perturber les « masses " et
c`est pour cela que la rhétorique idéaliste de Truman insiste
davantage sur les valeurs partagées (et surtout comprises par le plus
grand nombre) plutôt que d`utiliser des termes techniques et
nécessaires à la compréhension des réalités
stratégiques.
Enfin, le communiqué indique que les États-Unis
« continueront de garder à l`esprit les besoins de défense
de l`Iran pour plus d`assistance » ce qui d`une part, montre la
supériorité américaine ainsi que sa position d`État
supernation à travers sa rhétorique, et d`autre part, cela montre
sa capacité à répondre à la demande de soutien de
l`Iran. Les deux pays ont besoin l`un de l`autre pour leur
sécurité nationale mais le discours présente les choses de
sorte que l`opinion publique considère les États-Unis comme
étant la nation salvatrice ayant un pouvoir
d`attraction.135
Ainsi, le soutien militaire défendait les
intérêts américains puisque l`Iran devenait plus en mesure
de former un rempart solide contre l`expansion communiste.136 De
plus, la visite du Shah renforçait les bases de l`implantation du
système capitaliste aux portes de l`Union Soviétique. Il
s`agissait d`accords mutuels entre les deux nations et la part accordée
à l`Iran était d`une importance considérable
comparée à celle accordée à d`autres
pays.137
135 À noter que le déplacement du Shah en
personne à Washington montre la position le pouvoir d`attraction des
États-Unis puisque Harry Truman n`a jamais été en Iran.
Franklin Roosevelt s`était rendu en Iran durant la conférence de
Téhéran mais le premier président américain
à avoir rendu visite au Shah après la Seconde Guerre mondiale fut
Eisenhower en décembre 1959 puis Richard Nixon en Mai 1972. Nixon, en
tant que vice président, avait rendu visite au Shah et au premier
ministre Zahedi le 9 décembre 1953 pour la défense des
intérêts américains concernant la place des compagnies
américaines dans le consortium de l`AIOC d`après coup d`Etat.
136 Le rapport du conseil national de sécurité
du 20 novembre 1952 confirme ce qui est écrit dans ce communiqué
joint puisque l`assistance a bien été délivrée.
Selon ce rapport, l`un des objectifs en Iran était : Continue
present programs of military, economic and technical assistance to the extent
they [the Iranians] will help to restore stability and increase internal
security, and be prepared to increase such assistance to support Iranian
resistance to communist pressure.? Voir le Rapport du Conseil National de
Sécurité sur la situation en Iran. Rapport écrit à
Washington le 20 novembre 1952, disponible sur The National Security
Archives -
http://www.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB126/iran521120.pdf
(6 juin 2011)
137 Ali Ansari explique : In 1950, President Truman had
launched a Point 4 technical assistance program for Iran. Although Iranians
complained that the level of aid was too low, Iran was among the highest
beneficiaries in comparative terms. For example, in 1952, the United States
allocated $23,450,000 in the form of technical (developmental) assistance to
Iran, which compared favourably with sums allocated to other countries in the
region according to country director, William Wayne.? Ali M. Ansari,
op. cit., p.26.
La rhétorique idéaliste formulée dans ce
communiqué devait persuader plusieurs partis. Tout d`abord, une telle
cohérence discursive de la part du président Truman offrait plus
de chance d`adopter les projets énoncés auprès du
Congrès (qui vota en faveur du Foreign Economic Assistant Act
le 5 juin 1950).138 D`autre part, cela encourageait les
investisseurs à s`engager en Iran. Enfin, cela persuadait le
contribuable américain (qui élit ses représentants et
sénateurs) à ce que sa nation investisse dans ce pays. En effet,
la rhétorique présidentielle doit être persuasive, et pour
cela, elle doit respecter les principes fondamentaux des États-Unis.
Ainsi, le peuple américain peut s`identifier le plus possible aux
idées et aux valeurs présentées par son chef d`Etat. Par
conséquent, les citoyens américains acceptent plus facilement que
son gouvernement fédéral entreprenne un investissement de
plusieurs milliards de dollars au service du « maintien de la
stabilité et le développement » dans un pays autre que le
sien. Toutefois, il est évident que chaque citoyen américain ne
suit pas avec attention les investissements de son gouvernement dans les
affaires étrangères. C`est pourquoi cette rhétorique
permet plutôt de justifier les actions entreprises par la Maison
Blanche.
Par ailleurs, le programme Point IV devait s`occuper seulement
des aides techniques. Mais « l`administration américaine, certains
milieux du Congrès et certains milieux d`affaires se sont rendu compte
que cela ne suffisait pas, qu`il fallait du capital ». 139 Les
capitaux provenaient à la fois du gouvernement (du contribuable), mais
principalement de fonds privés.140 Ainsi, l`électorat
américain devait être convaincu de la bienfaisance et de la morale
des actions annoncées par ses dirigeants qui annonçaient que les
États-Unis allaient fournir une stabilité politique en Iran via
un soutien militaire.141
Bien que les démocrates bénéficiassent de
la majorité du 81ème Congrès, en 1950, la
rhétorique de Truman devait tout de même persuader l`opposition
républicaine. Pour cela, le président insistait sur l`idée
que « les Etats-Unis continueront de garder à l`esprit les
besoins en défense de l`Iran » et que le programme Point IV
était sujet d`une « action
138 National Archives, Records of U.S. Foreign Assistance
Agencies, 1948-1961. Disponible sur,
http://www.archives.gov/research/guide-fed-records/groups/469.html
(6 juin 2011)
139Michael A. Heilperin, Le Point IV du
président Truman, 1950, Volume 15, n°2, pp.169-170
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polit_0032-342x_1950_num_15_2_5753
(6 juin 2011)
140 Ibid.
141 La stratégie discursive américaine prend une
importance de plus en plus considérable à partir du moment
oüles citoyens ont la possibilité d`accéder aux
média de plus en plus facilement (il est évident que l`importance
de
la stratégie discursive évolue en fonction de
l`accessibilité aux média, et donc avec le temps). A noter que de
nos jours l`importance du nombre de médias serait à prendre en
compte dans l`analyse des stratégies discursives (surtout depuis
l`ère du web). Le discours d`inauguration de Truman était le
premier à être diffusé à la télévision
et ceci joue différemment sur la mise en valeur de l`ethos
américain et de l`Etat supernation - qui est conceptualisé par le
public.
favorable du Congrès »142. Par ces
formules, la rhétorique suggère que le soutien apporté
à l`Iran est lié à l`ethos américain. En
effet, le président Truman -- par le biais de sa rhétorique
supernation lors de son discours d`inauguration et de celui de sa doctrine --
avait conceptualisé la dichotomie entre les deux valeurs qui dominaient
l`espace ontologique de l`auditoire dans le contexte de la Guerre froide
(libéralisme américain contre communisme soviétique). De
ce fait, les opposants de la politique du président démocrate se
retrouvaient donc plus facilement amenés à être
amalgamé avec une valeur qui est autre que celle proposée par
l`ethos américain (la valeur mise en avant par le discours
idéaliste). Par conséquent, la stratégie discursive
américaine tendait à diviser les « structures cognitives des
masses » en ces deux espaces ontologiques, permettant ainsi de
défendre les intérêts des
États-Unis.143
D`autre part, et puisqu`il s`agit d`un communiqué
conjoint, la stratégie discursive prévoit également de
persuader le Shah d`Iran, le gouvernement et le peuple iranien. Pour cela, la
rhétorique du communiqué idéalise la relation entre les
deux pays et elle rend facilement perceptible la coopération existante
avec des expressions comme :
The President said today that the existing friendly relations
with Iran have been strengthened still further by the Shah's visit. The
President is most happy that His Majesty has paid the United States the honor
of this visit, which enabled not only the President but many officials of the
Government, as well as the American people, more clearly to know and understand
Iran, its great traditions, and its present achievements and
objectives.144
La rhétorique employée par Truman rend public
les bons rapports diplomatiques existants. Le discours affiche
complètement l`entente cordiale entre les deux États et cette
coopération se traduit aussi par les échanges de savoir entre les
deux pays. Pour cela le communiqué exprime les différentes
visites du Shah dans les secteurs de l`industrie, de l`agriculture, de
l`éducation et militaire (naval, armée de l`air et armée
de terre).145 Ces secteurs sont ceux évoqués dans le
plan de Sept-Ans (the Seven Years Plan). Ce document confirme le
soutien américain à l`Iran. Ce soutien est approuvé par le
Mutual Defense
142 Communiqué conjoint du président Truman suivant
une discussion avec le Shah d`Iran, 30 décembre 1949. Op. cit.
Voir le point n°3 du communiqué en dans le document annexe
n°3. (Le point n°4 fait également mention de «
l`autorisation du Congrès »).
143 Les intérêts en termes de politique
étrangère étant relativement communs aux deux partis
à cette époque, le discours idéaliste présentait
moins de division majeure qu`aujourd`hui. A noter que la manière dont
les journalistes traitent l`information ayant son importance, la
stratégie discursive présidentielle devait persuader les
médias.
144 Voir les deux premiers paragraphes du document
intégral en annexe 3.
145 Ibid. paragraphe n°2
Assistance Act146 et s`accompagne d`un
emprunt iranien à la Banque Internationale pour la Reconstruction et le
Développement (BIRD).
La rhétorique supernation des États-Unis
incluait l`Iran dans les pays qu`ils définissaient comme étant
« libres » (c'est-à-dire « non-communistes »). Cet
ethos lui permet de bénéficier d`un soutien
considérable en ce qui concerne le libre échange avec les pays
ayant un système d`économie de marché (free
market). Le choc permet à la rhétorique américaine
d`inclure l`Iran dans ce que les États-Unis appellent « le monde
libre » (the free world) et cette image -- apporté par la
stratégie discursive américaine -- fait basculer la balance en
faveur de leurs intérêts.
En termes de politique étrangère, Truman
bénéficiait toujours de l`élan de cohésion
nationale créé par le choc géopolitique de la Guerre
froide. Le discours d`inauguration de Truman énonçait les quatre
points de son programme. Son programme était exprimé avec une
rhétorique idéaliste qui valorisait l`ethos
américain et qui favorisait l`action de l`administration Truman.
Cette rhétorique supernation s`illustrait avec l`Iran et permettait
d`une part, d`inclure l`Iran dans l`entité « monde libre »
(c'est-à-dire « noncommunistes »), d`autre part, de persuader
l`opinion publique américaine d`appliquer le programme Point IV en Iran
(sans que Truman ne donne de détails sur les pays dans lesquels ce
programme aura lieu), et enfin, de persuader le Congrès de voter en
faveur du Mutual Defense Assistant Act qui a fourni à l`Iran un
soutien technique et militaire.147
Face à une telle complexité dans les affaires
étrangères américaines, il était plus avantageux
pour Truman de présenter la situation au public sur les bases d`un
conflit idéologique. Les « intérêts réels
» à défendre en Iran n`étaient pas exprimés
(ou restaient très vagues) afin de gagner du soutien et mettre en place
les programmes. La rhétorique idéaliste éloignait donc
l`auditeur des réalités stratégiques. Elle amenait
celui-ci à une perception idéologique de la Guerre froide et
permettait à Washington de défendre ses intérêts
économiques et géostratégiques en Iran.
146 Voir l`extrait du Mutual Defense Assistance Act
[H.R. 5895] de 1949 qui autorise l`assistance militaire aux nations
étrangères afin de promouvoir la politique
étrangère et de défendre le bien-être et la
sécurité des ÉtatsUnis - Document annexe n° 4. Les
sections 301 et 302 Titre III de la loi stipulent que le président est
autorisé à fournir de l`aide à l`Iran, la
république de Corée et la république des Philippines pour
un montant ne pouvant excéder $27 640 000 et ce à compter du 30
juin 1950.
147 Voir la carte des pays bénéficiant du programme
Mutual Defense Aid, annexe n°5.
3ème PARTIE
LE DISCOURS IDEALISTE LORS DE LA CRISE DE
LA NATIONALISATION DU PETROLE IRANIEN DE 1951 ET DU COUP D'ETAT DE
1953
1) L e choc de la nationalisation et la
stratégie discursive de l'administration Truman
a) La crise d`Abadan
Pendant la Guerre froide, la politique étrangère
des États-Unis était guidée par les quatre points
énoncés par Truman lors de son discours d`inauguration du 20
janvier 1949. Le programme Point IV s`appliquait aussi en Iran sous le
Mutual Defense Assistance Act voté par le Congrès.
Celui-ci fut mis en place à compter du 30 juin 1950.148
L`Iran bénéficiait aussi du soutien technique et militaire des
États-Unis afin « d`améliorer l`efficacité de
l`armée iranienne » mais également celle de sa police et de
sa gendarmerie. Les accords prévoyaient que cela se fasse « sans
que l`Iran n`engage les services de personnel de tout autre gouvernement
étranger pour des devoirs de toute nature en rapport avec l`armée
iranienne, sauf par accord mutuel entre le gouvernement des États-Unis
d`Amérique et le gouvernement d`Iran ».149 L`Iran avait
demandé de l`aide aux États-Unis dès 1942 pendant la
seconde guerre mondiale. Cependant, en 1950, les États-Unis avaient
eux-mêmes renouvelé ce programme d`aide à l`étranger
dans le but de poursuivre ses objectifs de sécurité partout dans
le monde.150 Et pour défendre ses intérêts dans
le monde et en Iran, le programme d`assistance aux « nations libres »
était une priorité pour les affaires étrangères
américaines.
Bien que l`Iran attendît plus d`aide de la part des
États-Unis, les Iraniens avaient besoin de ce soutien pour affirmer sa
souveraineté territoriale. En effet, l`Iran était toujours sous
la pression de deux puissances qui mettaient en péril le maintien de son
indépendance nationale. D`une part, l`URSS avait toujours des ambitions
en Iran car le retrait des troupes soviétiques lors de la crise
d`Azerbaïdjan avait mis fin ni à l`influence
148 Le gouvernement iranien a adhéré au
Mutual Defense Assistance Act grâce à des accords avec
les États-Unis le 23 mai 1950. Rouhollah K. Ramazani, op. cit.,
p.162. L`auteur se réfère à U.S. Department of State,
United States Treaties and Other International Agreements 1, TIAS
no.2071 (May 23, 1950): 420-24
149 Ibid. p.161. L`auteur se réfère à
U.S. Department of State, United States Treaties and Other International
Acts Series 1924, Agreement between the United States and Iran,? amending
and extending agreement of Oct. 6 1947. Il explique que les accords ont
été renouvelés.
150 Ibid. p.162
communiste dans le pays ni aux activités du parti
Tudeh. D`autre part, il commençait à y avoir de sérieux
mécontentements avec la Grande-Bretagne à cause de la gestion de
l`Anglo-Iranian Oil Company (AIOC).151 Le professeur Rouhollah
Ramazani écrit à ce propos :
The era of Iranian disenchantment with American economic aid
was paralleled by the cold war with the Soviet Union, on the one hand, and, on
the other, a growing nationalistic crusade against the
British.152
Ce mécontentement favorisa la montée du
nationalisme qui fut menée par Mohammad Mossadegh153. Ce
dernier fut élu premier ministre le 21 avril 1951 après
l`assassinat de son prédécesseur Ali Razmara -- assassinat qui
eut lieu dans ce contexte de mécontentement populaire. Le Majlis vota la
nationalisation du pétrole iranien le 15 mars 1951154 et le
Shah fut contraint de signer la loi le 1er mai de la même
année.155
Cette nationalisation représente un choc en termes
d`enjeux géostratégiques et économiques pour l`Iran, la
Grande-Bretagne et les États-Unis puisqu`elle remet en cause la nature
des relations entre ces trois nations. De plus, elle joue sur
l`équilibre du Moyen Orient et du monde. D`un point de vue
économique, la nationalisation d`une industrie aussi importante que
l`AIOC représentait une grande menace pour la finance et
l`économie britannique (alors dirigée par le gouvernement
Travailliste de Clement Attlee). Un rapport intitulé «
l`instabilité politique et la réaction des marchés
boursiers suite à la nationalisation de l`AIOC en 1951 » explique
qu`environ 80% des actifs de la société (AIOC) étaient
déployés en Iran et que ces derniers étaient « soumis
à la confiscation par le gouvernement iranien ».156 Ali
Ansari ajoute que l`empire britannique, qui sortait d`une exhaustive et
ruineuse seconde guerre mondiale, ne pouvait pas se permettre de perdre ses
intérêts sur l`AIOC ainsi que son accès à un
pétrole bon marché.157 Enfin, Stephen Kinzer
151 Ibid. p.163
152 Ibid.
153 Il est également possible de trouver l`orthographe de
« Mossadegh » avec un « q » car le son final est un son
guttural qui n`a pas d`équivalent en français.
154 Stephen Kinzer, p.79. Op. Cit
155 Ibid. p.91
156 Neveen Abdelrehim, Josephine Maltby, Steven Toms,
Political Instability and Stock Market Reaction: The Anglo-Iranian Oil
Nationalisation, 1951, p.2
157 Ali M. Ansari, p.28. Op. Cit
Le membre du Congrès Jim McDermott explique que les
britanniques prenaient officiellement 85% de bénéfices sur le
pétrole iranien mais qu`il est possible qu`ils avaient des
bénéfices plus important : The United Kingdom also kept the
books secret merely telling Iran what its 15 percent take was? (U.S.
Congressman Jim McDermott, Bush Authorizes Covert Actions against Iran?.
Chambre des Représentants, 23 mai 2007. WEB. 14 juin 2011
http://www.gpo.gov/fdsys/pkg/CREC-2007-05-23/pdf/CREC-2007-05-23-pt1-PgH5685-4.pdf
explique qu`en 1947 la compagnie rapportait un profit de
£40 millions -- soit l`équivalent de 120 millions de dollars
d`époque (1.2 milliard de dollars aujourd`hui) -- et elle versait
à l`Iran seulement £7 millions158 (soit 21 millions de
dollars aujourd`hui).
En Iran, le mécontentement se faisait de plus en plus
entendre car les conditions de travail des ouvriers étaient
déplorables et elles ne correspondaient pas avec les accords
signés en 1933 sous Reza Shah. 159 L`Iran, qui recherchait
une reconnaissance internationale, défendait son droit à la
souveraineté. Toutefois, le pays avait besoin du soutien technique et
économique des Américains. Dans un premier temps, Washington se
contentait de mettre en garde les Iraniens contre des effets néfastes de
la nationalisation de l`industrie pétrolière pour les
intérêts de l`Iran et du monde (circulation du pétrole
iranien dans le marché mondial). En revanche, la Grande-Bretagne, en
déclin et ne pouvant se passer d`un accès
privilégié aux ressources iraniennes, adoptait un ton nettement
plus belliqueux vis-à-vis pour faire face à cette montée
du nationalisme iranien. Ce changement de ton basculait l`équilibre des
relations entre Londres, Téhéran et Washington, et cela
traduisait un changement de dynamique dans l`activité diplomatique.
b) L`intérêt national « réel
» américain lors de la crise d`Abadan
Cette crise illustre l`écart qui existe entre les
intérêts stratégiques américains et leur
stratégie discursive idéaliste mis en place pour les
défendre. Les États-Unis se trouvaient au centre de cette crise
et ils devaient maintenir l`unité du « monde libre » afin de
ne pas laisser de terrain au communisme. Pourtant, cette menace communiste
n`était jamais mentionnée dans les échanges diplomatiques
entre Washington et Téhéran.160
Les États-Unis devaient défendre deux
intérêts majeurs en Iran. D`une part, la circulation du
pétrole iranien dans le marché mondial et, d`autre part, le
maintien de bonnes relations entre les pays du « monde libre ». Un
rapport du Conseil National de Sécurité sur la situation en Iran
datant du 20 novembre 1952 indique que les États-Unis « devraient
maintenir une totale consultation avec le Royaume-Uni » mais qu`ils
devraient
158 Stephen Kinzer, op. cit., p.67.
159 Ibid. L`auteur cite les mauvaises conditions de travail et le
manque de respect des accords qui prévoyaient la construction
d`hôpitaux, d`écoles, de route ou de lignes
téléphoniques.
160 Ces échanges seront illustrés dans le point
n°3 de ce chapitre.
également « éviter de sacrifier inutilement
les intérêts légitimes du Royaume-Uni ou de compromettre
inutilement les relations entre les États-Unis et le Royaume-Uni
».161
Cette crise est apparue quelques temps après l`annonce
de la doctrine Truman et du programme Point IV et elle marqua une confrontation
stratégique et idéologique entre « le nouvel
impérialisme américain » d`un côté, et le
système impérialiste britannique d`un autre
côté.162 La Grande-Bretagne était un
allié incontestable des États-Unis et elle refusait de limiter
ses exigences concernant les négociations à l`égard des
revendications de souveraineté de l`Iran. La cohérence discursive
de Truman est quant à elle en coordination avec la stratégie
présentée dans sa doctrine, dans le programme Point IV et dans le
Mutual Defense Aid. Son discours vis-à-vis de l`Iran met bien
en valeur les principes de liberté, de démocratie et de paix ;
gardant ainsi sa stratégie discursive idéaliste. Celle-ci insiste
beaucoup plus sur l`idéalisme décrit par David McKay que sur les
réalités géostratégiques et économiques.
Cependant, il existe une distinction entre le discours et les
intérêts géopolitiques. Le rapport du conseil de
sécurité sur la situation en Iran exprime ces
réalités que les États-Unis devaient protéger via
la rhétorique idéaliste afin d`obtenir un bénéfice
qui est le fruit d`une politique réaliste. Voici ce que
représentait l`Iran pour les intérêts américains
:
It is of critical importance to the United States that Iran
remains an independent and sovereign nation, not dominated by the USSR. Because
of its key strategic position, its petroleum resources, its vulnerability to
political subversion, Iran must be regarded as a continuing objective of Soviet
expansion. The loss of Iran by default or by Soviet intervention would:
a) Be a major threat to the security of the entire Middle East,
including Pakistan and India
b) Permit communist denial to the free world of access to
Iranian oil and seriously threaten the loss of other Middle Eastern oil.
c) Increase the Soviet Union`s capability to threaten important
United States-United Kingdom lines of communication
d) Damage United States prestige in nearby countries and with
the exception of Turkey and possibly Pakistan, seriously weaken, if not
destroy, their will to resist communist pressures.
161 Rapport du Conseil National de Sécurité sur la
situation en Iran. Rapport écrit à Washington le 20 novembre
1952, disponible sur The National Security Archives -
http://www.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB126/iran521120.pdf
(6 juin 2011).
162 Andrew Ives que le discours idéaliste est
nécessaire pour les États-Unis en ce qui concerne la
défense de ses intérêts en termes de politique
étrangère. Il explique que cela est dû à cette
« nouvelle forme d`impérialisme » car, contrairement au
système impérialiste britannique, qui ne cachait pas la
défense des intérêts de son empire, les États-Unis
présentent la défense de la démocratie libérale et
du capitalisme de marché mondial comme principale orientation pour sa
politique étrangère. Andrew Ives, Op. cit.
e) Set off a series of military, political and economic
developments, the consequences of which would seriously endanger the security
interests of the United States.163
Ce document montre à quel point la perte de l`Iran
aurait sérieusement mis en péril les intérêts
américains. La non-influence américaine de cette position
stratégique représentait une menace pour les États-Unis.
En effet, l`Union Soviétique cherchait depuis longtemps un passage
jusqu`au Golfe Persique qui leur aurait permit d`avoir accès aux
réserves de pétrole se situant majoritairement dans le sud de
l`Iran. Moscou avait donc des raisons de déstabiliser le régime
de Shah par l`intermédiaire du parti communiste iranien -- le parti
Tudeh. Les États-Unis craignaient une intervention soviétique en
Iran qui risquait de faire tomber le régime, provoquant ainsi un effet
domino. Ceci est exprimé dans le premier point du document (a) qui
mentionne que cette intervention serait « une menace pour la
sécurité de l`ensemble du Moyen-Orient, Inde et Pakistan inclus
». Le point (b) du rapport mentionne ensuite, la menace de la perte de
l`accès au pétrole pour l`ensemble du « monde libre »
car l`influence soviétique dans la région aurait augmenté
exponentiellement le risque de perte des marchés d`autres pays
possédant des réserves de pétrole importantes.
Le pétrole devenait à cette époque la
principale source énergétique puisqu`elle dépassait le
charbon en 1947.164 Cette source avait déjà
attiré la Grande-Bretagne qui était présente en Iran
depuis le début du siècle avec la découverte du
pétrole dans le sud du pays et la création de l`Anglo-Persian Oil
Company (APOC)165 fondée en 1909. Puis, en aoüt 1941,
les forces britanniques et russes occupaient l`Iran et les troupes
américaines arrivèrent quinze mois plus tard pour conduire le
transbordement du ravitaillement à l`Union Soviétique qui se
présentait sous le programme Prêt-Bail
(Lend-lease).166
Il était primordiale pour les Américains d`avoir
accès aux lignes de communication que les alliés avaient
établi en Iran et le point (c) du rapport mentionne que la perte de
l`Iran augmenterait les risques de perte de ces lignes. Ces dernières
furent d`une importance majeure pour l`acheminement de matériel pendant
la Seconde Guerre mondiale et elles continuaient à protéger les
intérêts américains dans le contexte de la Guerre froide.
Enfin, ce document montre que la stratégie américaine pouvait
échouer à cause de cette perte car l` « ethos
américain » -- présenté lors des discours tels la
doctrine
163 Rapport du Conseil National de Sécurité sur la
situation en Iran., op. cit.
164 Energy Information Administration, History of Energy in
the United States, 1635-2000, (Voir annexe n°6).
165 L`APOC est devenu l`AIOC (Anglo-Iranian Oil Company) en 1935
lorsque le Shah Reza Pahlavi changea le nom de la Perse à Iran.
166 Chester J. Pach, Jr., Arming the Free World : the Origins
of the United States Military Assistance Program, (the University of North
Carolina Press, 1991) p.91
Truman et le programme Point IV -- risquait de remettre en
cause la crédibilité et le prestige de « l`État
supernation ». En effet, le point (d) du rapport explique que les pays se
situant autour de l`Iran devaient garder une image positive de la politique
proposée par Truman dans leurs structures cognitives afin de ne pas se
tourner vers le communisme. Ceci déclencherait un changement
considérable dans les mesures politiques, économiques et
militaires entreprises par les États-Unis, mettant ainsi la
sécurité des intérêts américains en danger
(cf. e).
c) L`approche discursive de Washington face aux pressions
britanniques et iraniennes
. La rhétorique dans le discours public
Washington se retrouvait au milieu d`un conflit entre deux
alliés qui avaient chacun des intérêts communs avec les
Etats-Unis. La stratégie discursive de Truman était de respecter
la neutralité entre ces deux pays, tous deux membres de la nouvelle
Organisation des Nations Unis. Le président démocrate faisait
très peu de commentaires sur la crise anglo-iranienne. Cette crise
était mentionnée uniquement à travers quelques
conférences de presse dans lesquelles ses réponses restaient
brèves et non-détaillées. Il y exprimait son souhait de
voir une « résolution satisfaisante pour les deux partis, et de
manière équitable pour les deux partis ».167 Part
ailleurs, il employait une rhétorique idéaliste qui lui
permettait d`assurer une neutralité dans le conflit anglo-iranien :
« je suis toujours pour une résolution pacifique partout dans le
monde ».168 Les réponses de Truman montrent
néanmoins le désir de maintenir une unité chez ses
alliés membres du « monde libre ».
Le département d`État déclarait que le
conflit entre l`Iran et la Grande-Bretagne concernait directement les
intérêts des deux pays mais également ceux du « monde
libre ». Il ajoutait que les États-Unis voulaient que cette crise
se résolve à travers « des négociations amicales
» sans qu`aucun parti n`entreprenne « des actions unilatérales
». Ce communiqué déclare que les États-Unis
reconnaissaient pleinement le droit souverain de l`Iran d`accroître ses
bénéfices provenant du développement de son
pétrole. Par contre, le gouvernement américain « s`opposait
fortement à l`annulation unilatérale des rapports
167Conférence de presse du président
Truman, le 7 juin 1951. WEB 14 juin 2011.
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=13797&st=&st1=#axzz1PIW8nRLP
168 Conférence de presse du président Truman, le 27
septembre 1951. WEB 14 juin 2011.
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=13931&st=&st1=#axzz1PIW8nRLP
contractuels » avec l`AIOC -- en d`autres termes la
nationalisation -- à cause des effets graves que cela aurait
entrainé.169
L`administration américaine s`opposait fermement
à la nationalisation de l`industrie pétrolière iranienne.
Mais pour exprimer cela, elle devait utiliser une rhétorique
idéaliste car le conflit anglo-iranien était devenu une cause
nationale chez les Iraniens. Stephen Kinzer explique que le nationalisme
était alimenté par une rhétorique anti-impérialiste
de la part du Front National de Mossadegh dans un premier temps, et par des
mollahs dirigés par l`Ayatollah Kashani dans un second temps. Ces
derniers associaient la nationalisation à un « devoir sacré
». L`auteur ajoute que la nationalisation était « une grande
cause " chez les Iraniens.170 Il était donc impératif
pour Truman et son administration de ne jamais parler de « nationalisation
" publiquement car ils étaient conscient que ce terme était
devenu tres populaire dans l`opinion publique iranienne. Par conséquent,
les décideurs à Washington devaient manier la rhétorique
avec habilité afin de ne pas contrarier l`opinion iranienne et ainsi
défendre les intérêts américains. En somme,
qualifier cette nationalisation en utilisant d`autres termes permettait
à l`administration américaine de ne pas donner une image qui soit
en opposition directe avec les termes employés par la majorité
pro-nationaliste en Iran.
Quelques jours après la signature de la
nationalisation, le département d`Etat américain faisait part de
ses remarques concernant ce qu`ils allaient désormais appeler « la
controverse sur le pétrole iranien » (Anglo-Iranian
controversy? ou the dispute?) :
The United States is deeply concerned by the dispute between
the Iranian and British Governments over Iranian oil. [...]
We have stressed to the Government of both countries the need
to solve the dispute in a friendly way through negotiation and have
urged them to avoid intimidation and threats of unilateral action. [...]
In talks with the Iranian Government, we have pointed out the
serious effects of any unilateral cancellation of clear contractual
relationships which the United States strongly oppose.171
La position des Etats-Unis devait paraître neutre. La
nationalisation allait à l`encontre des principes américains.
Toutefois, la doctrine Truman s`effectuant sous la bannière de la
liberté, la paix et la démocratie, le rôle de la
rhétorique idéaliste était de présenter une
façade de la politique étrangère de Washington. Les
déclarations du département d`Etat font part d`une «
controverse entre l`Iran et la Grande-Bretagne " ou encore de
169 Remarques du Département d`Etat américain, 18
mai 1951, United States Position in Talks With Iran and the United
Kingdom, Department of State Bulletin p.851 - voir document annexe
n°9
170 Stephen Kinzer, op. cit., pp.77-78.
171 Remarques du Département d`Etat américain.
Op. cit. (Les parties en italiques ont été
ajoutées par nos soins).
« l`annulation unilatérale des rapports
contractuels transparents » au lieu de parler de la nationalisation de
l`industrie pétrolière iranienne. Mentionner cette
dernière aurait eu pour effet de mettre en danger les objectifs
énoncés par le Program Point IV et le Mutual Assistance
Act du président Truman.
Par ailleurs, le département d`Etat manifestait
l`importance de la circulation du pétrole iranien dans le marché
mondial et il faisait également remarquer à l`Iran trois objets
de litige. En premier lieu, il exprimait des inquiétudes
vis-à-vis la productivité du pétrole de la part de l`Iran
dans le cas où la compagnie britannique serait exclue du pays. En
deuxième lieu, la production et le raffinement efficace du
pétrole iranien exigeait des connaissances techniques et du capital que
l`Iran ne possédait pas. D`autre part, un rendement efficace exigeait du
transport, de la logistique et de la vente d`infrastructures comme celles
fournies par la compagnie. Enfin, des incertitudes étaient
soulignées quant aux disponibilités futures de ravitaillements
iraniens. Un manque causerait des inquiétudes chez les clients qui
pourraient éventuellement changer leur source de ravitaillement. Le
département d`Etat explique que ceci aurait pour conséquence une
baisse des revenus pour l`Iran et que les compagnies américaines
n`étaient pas disposées à entreprendre des
opérations dans ce pays en cas « d`actions unilatérales
contre les compagnies britanniques».172
Les États-Unis n`avaient pas intérêt
à ce que l`Iran nationalise son industrie pétrolière car
cela compromettait la stabilité des marchés et la garantie de
sécurité des approvisionnements en pétrole à
travers le monde. Cela allait contre le libéralisme et Truman ne pouvait
accepter cet élan mené par Mohammad Mossadegh. Toutefois, une
semaine avant son message au Congrès sur le Mutual Security
Program, Truman ne pouvait pas afficher publiquement ce refroidissement
entre Téhéran et Washington puisque son programme s`appliquait
à l`ensemble du Moyen-Orient, Iran inclut. La stratégie
discursive du président était de commenter le moins possible la
nationalisation.
Une semaine plus tard, le 24 mai 1951, Harry Truman donnait
une conférence de presse avant son discours au Congrès. Un
journaliste demanda quelles étaient les intentions du président
concernant « la situation en Iran ». Truman resta très discret
sur ce sujet et se contenta de demander au journaliste de lire les commentaires
fait la veille par son secrétaire d`Etat Dean Acheson. Lors de la
conférence de presse de Dean Acheson déclarait :
172 Ibid.
We believe very earnestly that the controversy between the
British Government and the Iranian Government is a controversy which can be and
should be settled by negotiation between those parties, and we indicated some
of the principles which we thought were important in controlling the general
conduct of those negotiations... The United States is the friend of, and is
deeply concerned in the welfare and strength of both parties to the
controversy.173
Le secrétaire d`État maintenait la
cohérence discursive de l`administration Truman concernant la crise
anglo-iranienne. Un jour avant l`intervention du président devant le
Congrès Dean Acheson continuait de parler de « controverse »
et de « négociation entre les parties [le gouvernement britannique
et le gouvernement iranien] ». La stratégie américaine
était de stabiliser les pays à la frontière de l`Union
Soviétique et de les aider économiquement pour protéger le
libre échange. La nationalisation allait à l`encontre du
libéralisme et le Congrès se serait posé des questions
quant au soutien économique et militaire des États-Unis vers un
pays qui risquait de ne pas faire circuler son pétrole dans le «
monde libre ».
Cependant, le discours public du secrétaire d`Etat
traitait d`une crise ciblée entre l`Iran et la Grande-Bretagne. Il ne
faisait pas allusion à la menace communiste de l`Union Soviétique
car il s`agissait avant tout d`une crise bilatérale. Pour
défendre les intérêts américains devant les
représentants du peuple américain, Truman se servait de sa
stratégie discursive idéaliste comme une façade.
Le président démocrate défendait son
Mutual Security Program lors de son message spécial au
Congrès du 24 mai 1951 (soit un mois après la nationalisation de
l`AIOC). Truman avait éludé la question iranienne lors de sa
conférence de presse, mais l`Iran faisait toujours parti de la
stratégie américaine dans le Moyen-Orient. Dans son discours, il
incluait l`Iran dans une stratégie qui défendait les
intérêts américains dans le MoyenOrient :
The countries of the Middle East are, for the most part, less
developed industrially than those of Europe. They are, nevertheless, of great
importance to the security of the entire free world. This region is a vital
link of land, sea, and air communications between Europe, Asia, and Africa. In
the free nations of the Middle East, lie half of the oil reserves of the world.
No part of the world is more directly exposed to Soviet pressure. [...] In
Iran, continuing military aid is required to help build internal security and
defense, together with economic aid to help sustain the Iranian economy and
173Conférence de presse du président du
24 mai 1951.
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=13792&st=&st1=
(6 juin 2011). Le texte de ses remarques à ce sujet sont imprimés
dans le bulletin du Département d`Etat (vol. 24, p. 891).
give impetus to the much-needed longer-term process of economic
development for the benefit of the Iranian people.174
Truman présente au Congrès les enjeux
géopolitiques dans cette région : « lien vital de
communications terrestres, maritimes et aériennes entre l`Europe, l`Asie
et l`Afrique " et l`importance de cette zone géostratégique pour
ses réserves de pétrole. Pour accréditer une intervention
dans cette région, il présente le Moyen-Orient comme étant
d`une « grande importance pour la sécurité de l`ensemble du
monde libre ". Ainsi, il établit un lien entre le Moyen-Orient d`une
part, et la sécurité du monde libre d`autre part. Puis, il inclut
le « Moyen-Orient " dans le « monde libre " en disant : « dans
les nations libres du MoyenOrient ". Cela a pour effet de présenter le
Moyen-Orient comme une région qui peut -- ou doit --
bénéficier du soutien des États-Unis. Pour confirmer cela
Truman insiste en expliquant que cette région est « exposée
directement aux pressions soviétiques ". De cette façon, il joue
sur les craintes du Congrès en utilisant à nouveau les
procédés rhétoriques de « singularisation » et
d`« essentialisation ". En effet, il nomme la menace soviétique
dans une phrase courte mais chargée sémantiquement : No part
of the world is more directly exposed to Soviet pressure?. Cette
rhétorique a pour effet de réduire les problèmes complexes
des événements qui traitent du pétrole dans la
région à cette seule entité : le communisme
soviétique. Pour cela il créé un lien entre « la
moitié des réserves de pétrole dans le monde " qui repose
« chez les nations libres du Moyen-Orient " et « les pressions
soviétiques ". Ainsi, Truman alarme le Congrès et stimule son
« ethos de chef " en l`incitant à suivre la
stratégie de politique étrangère de son administration ;
politique qui se présente comme étant « musclée "
plutôt que « faible ".
Enfin, le président démocrate présente
les développements économiques et militaires que les
États-Unis peuvent apporter à l`Iran. Il présente une
nouvelle fois les intérêts américains et ses objectifs par
le biais de la stratégie discursive idéaliste. Pour ce faire, son
discours inclut l`Iran dans « les nations libres du Moyen-Orient » en
s`abstenant volontairement d`évoquer la nationalisation de l`AIOC. Cela
signifie que malgré cette dernière, le président
décide de maintenir sa stratégie globale de soutien et de
stabilisation de chaque pays du Moyen-Orient dans le but de défendre les
intérêts américains. Pour ce faire, il axe la vision de la
politique étrangère américaine en Iran en termes de «
développement économique pour le bénéfice du peuple
iranien ", et ce, toujours sous le spectre des « pressions
soviétiques ". Cette stratégie discursive idéaliste
permettait à
174 Special Message to the Congress on the Mutual Security
Program, 24 mai 1951
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=13793&st=&st1=
(6 juin 2011).
Truman d`établir une façade. En effet, son
discours se basait sur sa doctrine trois ans auparavant i.e. l`opposition
dichotomique entre les entités qui ont des sémantiques propres
aux structures cognitives de l`auditoire américain : les «
Soviétiques » d`un sens, les « nations libres du Moyen-Orient
» de l`autre. Cette façade essentialisait la politique
étrangère américaine sur cette dichotomie. Cela permettait
à Truman de maintenir une stratégie politique en Iran en
concordance avec sa stratégie globale dans le Moyen-Orient. Le but de
cette façade était de poursuivre cette stratégie en Iran
-- malgré le choc causé par la nationalisation -- sans que
l`opposition républicaine ne tente d`en adopter une autre. La
rhétorique idéaliste dans le discours public permettait donc
à l`administration Truman de maintenir sa vision politique et de ne pas
intervenir directement dans les affaires internes de l`Iran.
. La rhétorique dans le discours privé
Une semaine après la déclaration du
Département d`Etat et le discours de Truman au Congrès,
l`ambassadeur des États-Unis à Téhéran
réaffirmait au ministre des affaires étrangères iranien
que les « États-Unis ne souhaitent pas interférer dans les
affaires internes iraniennes, ni de s`opposer au droits souverains de l`Iran
» ou encore de contrôler le pétrole iranien. Mais
l`ambassadeur américain exprimait dans cet aide-mémoire que
« la controverse entre la Grande-Bretagne et l`Iran pourrait perturber
l`unité du monde libre et l`affaiblir ». Il ajoutait que la
résolution à travers « des négociations amicales
» pourraient « satisfaire les désires du peuple iranien
à contrôler ses propres ressources », cela «
protégerait les intérêts légitimes britanniques
» et « assurerait la circulation du pétrole iranien dans le
marché mondial ». Enfin, il terminait, toujours avec la même
rhétorique idéaliste, en disant que trouver une solution à
ce conflit était « de la plus grande importance non seulement pour
les deux puissances concernés mais pour l`ensemble du monde
libre».175
L`aide-mémoire de l`ambassadeur montre que la
rhétorique était à la fois idéaliste et
réaliste. Le ton employé était réaliste lorsqu`il
s`agissait d`exposer les besoins américains et du monde en
pétrole iranien, le tout pour le développement de
l`économie de marché
175 Aide-Mémoire de l`Ambassadeur Américain
à Téhéran au Ministre des Affaires Etrangères
Iranien, le 26 Mai 1951, United States Non-Intervention in Iranian Domestic
Affairs, Department of State Bulletin, 4 Juin 1951, pp.891-892 (Voir
document annexe n°10)
mondiale. De plus, l`ambassadeur américain
réitérait dans ce document, avec un ton réaliste, la
divergence mentionnée publiquement par son département d`Etat. Il
est écrit dans cet aide-mémoire :
While the United States has urged upon both parties the need
for moderation, it has taken no position on details of any arrangement which
might be
worked out. It has, however, reaffirmed its stand against
unilateral
cancellation of contractual relationships and action of a
confiscatory nature.176
La position des États-Unis est ferme. L`ambassadeur
réaffirme les directives du département d`Etat américain
en s`opposant à toute « annulation unilatérale des rapports
contractuels ». Le mot « nationalisation » n`est toujours pas
employé ; elle est qualifiée « d`action de nature
confiscatoire ». Cela permet de montrer au gouvernement iranien que les
États-Unis considèrent la nationalisation comme étant une
politique de nature peu diplomatique, voir radicale puisqu`elle est
unilatérale. Le message devait réaffirmer la position
américaine tout en modérant la fermeté de cette opposition
afin de conserver de bons rapports diplomatiques avec son allié.
Washington devait conserver de bonnes relations avec l`Iran
car la crise entre ce dernier et la Grande-Bretagne s`intensifiait au fil des
semaines. Ceci avait pour effet d`augmenter le risque de division du «
monde libre ». Le document exprime ce risque de division et «
d`affaiblissement du monde libre ». Pour modérer l`expression de sa
divergence de vision politique, l`administration américaine camouflait
cette opposition grâce à cette stratégie discursive
idéaliste qui met en évidence le respect des droits iraniens dans
cette crise. Toujours afin de tempérer, la rhétorique
idéaliste formule la politique étrangère en termes de
préservation de la « stabilité du monde libre » et de
« maintien de l`indépendance et d`intégrité
territoriale de l`Iran ». De plus, l`ambassadeur termine son message en
rappelant que ces objectifs sont des « principes fondamentaux de la
politique des États-Unis ».177 La vision
américaine est en opposition avec la politique iranienne de
nationalisation -- elle ne soutient pas pour autant la politique postcoloniale
de la Grande-Bretagne -- et le discours idéaliste (qui fait parti de
l`effort diplomatique) permet d`atténuer la divergence entre Washington
et Téhéran.
Malgré cette approche discursive, les efforts
diplomatiques ne menaient à aucun compromis de la part de Londres et
Téhéran. Une bonne stratégie discursive idéaliste
ne peut donc à elle seule arranger les choses. Dans cette crise, elle
n`est qu`un outil qui
176 Aide-Mémoire de l`Ambassadeur Américain
à Téhéran au Ministre des Affaires Etrangères
Iranien, Op. cit.
177 Ibid.
permet de tenter de convaincre les parties de résoudre
le conflit de manière diplomatique. La crise s`intensifiait entre les
deux pays et le risque de voir le « monde libre » se diviser devenait
la principale préoccupation de Truman. L`intérêt national
américain passait davantage par le maintien de l`unité du «
monde libre » que par la question du pétrole en elle-même.
Stephen Kinzer explique :
Truman now saw greater peril than ever. To him, the question
of who would control Iranian oil was only secondary. He was more worried that
the argument between the United States and Britain over how to deal with
Mossadegh might spiral out of control and split the Atlantic
alliance.178
L`administration Truman devait maintenir une stabilité
diplomatique entre l`Iran d`une part et son allié membre de
l`OTAN179 et présent dans la guerre de Corée d`autre
part. La compagnie avait commencé à évacuer le personnel
britannique d`Abadan et un arrêt complet de la raffinerie était
envisageable.180 Truman décida d`envoyer une lettre à
Mossadegh afin de poursuivre les efforts diplomatiques engagés. Le
président américain exprimait dans cette dernière la
« compréhension » des États-Unis quant au «
désire de l`Iran de contrôler ses ressources naturelles
»181 et il insistait sur les enjeux de cette nationalisation
:
Since British skill and operating knowledge can contribute so
much to the Iranian oil industry I had hoped -- and still hope -- that ways
could be found to recognize the principle of nationalization and British
interests to the benefit of both. For these reasons I have watched with concern
the breakdown of your discussions and the drift toward a collapse of oil
operations with the attendant losses to Iran and the world. Surely this is a
disaster which statesmanship can find a way to avoid.182
Deux éléments sont à relever. D`une part,
plus la situation devient pressante, plus le discours de Truman est
réaliste. En effet, Truman utilise désormais le mot «
nationalisation ». Ceci montre que l`administration Truman avait fini par
la reconnaitre, sans pour autant accepter le principe. En effet, le
président relate les effets de celle-ci en énonçant les
pertes causées par l`absence de savoir-faire britannique et oriente la
position américaine vers une solution équitable entre les deux
partis. Celle-ci est exprimée de manière indirecte puisque Truman
ne donne pas de directive. Il explique qu`« il espère
178 Stephen Kinzer, op. cit., p.99.
179 Truman a signé le Traité de l`Atlantique Nord
le 4 avril 1949 à Washington D.C.
180 Stephen Kinzer, op. cit., p.99.
181 Bulletin du Département d`Etat, 23 juillet 1951,
pp. 129-130, Offer to Send a Presidential Personal Representative to Tehran
: Message From the President of the United States to the Prime Minister of
Iran, July 8, 1951. Le président Truman propose dans cette lettre
d`envoyer un représentant (W. Averell Harriman) à
Téhéran afin de régler le conflit. (Mossadegh accepta
l`offre de Truman).
182 Ibid.
toujours » qu`un arrangement profitant aux
intérêts de chaque parti sera trouvé afin d`éviter
« un désastre » pour l`Iran et le monde. Pour arriver à
cela, la rhétorique de Truman indique une volonté de continuer
dans la voie des négociations.
La désignation de la crise se fait à
présent de manière plus réaliste et la rhétorique
idéaliste s`applique désormais pour encourager le gouvernement de
Mossadegh à trouver une solution à travers la Court
Internationale de Justice. Truman écrit :
I know how sincerely your Government and the British
Government believe in the positions which you both have taken in your
discussions. However, I am sure you believe even more profoundly in the idea of
a world controlled by law and justice which has been the hope of the world
since the San Francisco conference.183
Trouver un accord à travers « des
négociations à l`amiable » entre les deux partis devenait de
plus en difficile. Pourtant, Truman insistait en demandant au premier ministre
iranien d`accepter la décision de la « court mondiale ». Il
mettait toujours en avant les principes idéalistes (« la justice
», « la loi », « l`espoir du monde ») mais il les
exprimait cette fois ci à l`égard de la Court International de
Justice. Truman espérait ainsi mettre un terme à cette crise
grace à la décision d`un « organisme impartial,
dédié à la justice et l`équité et à
un monde en paix basé sur ces grandes conceptions »184.
Son objectif était de mettre en place un arrangement équitable
(comme c`était le cas en Arabie Saoudite avec les compagnies
américaines et Aramco) 185 et Truman utilisait toujours la
rhétorique idéaliste comme outil permettant d`atteindre cet
objectif. Les États-Unis reconnaissaient désormais la
nationalisation et tentaient à présent de trouver une solution
à travers la Cour Internationale de Justice. Ce transfert de cible
caractérise d`une part les tensions grandissantes entre la
Grande-Bretagne et l`Iran, et d`autre part, c`est un indicateur des risques de
division du « monde libre » de manière plus globale.
Quoi qu`il en soit, le président américain
maintenait sa stratégie discursive idéaliste afin de montrer son
souhait de trouver une solution diplomatique. Ses paroles s`accompagnaient
d`actions puisque pour préserver l`unité du « monde libre
» il terminait sa lettre en proposant d`envoyer un de ses proches
conseillers pour tenter de trouver un compromis.186
183 Ibid.
184 Ibid. Truman exprimait ces mêmes objectifs à W.
Averell Harriman. Voir annexe n°7.
185 Stephen Kinzer, op. cit., p.76 L`Arabie Saoudite
détenait 50% des revenus pétroliers du pays et les compagnies
américaines se partageaient l`autre moitié.
186 Il s`agissait de W. Averell Harriman (ses efforts de
médiation ayant échoué, le Royaume Uni décida de
faire appel au Conseil de Sécurité de l`ONU le 28 septembre
1951 pour poursuivre sa plainte stipulant que l`Iran avait
Le deuxième élément est l`absence de la
menace communiste dans les enjeux présentés par l`administration
démocrate (qu`il s`agisse de l`ambassadeur ou de Truman lui-même).
Ceci montre que la façade idéologique présente dans la
stratégie discursive idéaliste ne s`applique plus dans les
messages écrits envoyés à Mossadegh. En effet, la
dichotomie entre les entités « monde libre » et «
communisme » n`a pas lieu d`être dans cette lettre puisque celle-ci
s`exprimait seulement dans les discours publics afin de persuader le
Congrès et l`opinion publique américaine de soutenir le Program
Point IV et le Mutual defense Aid en Iran.
? Intensification de la crise
La nationalisation de l`AIOC, qui provoqua une forte
dégradation dans les relations irano-britanniques, entraîna la
mobilisation mondiale de la Grande-Bretagne en faveur d`un boycott du
pétrole iranien et un embargo économique qui fit chuter de
façon spectaculaire le revenu pétrolier du pays. 187
Par ailleurs, la demande de soutien économique de Mossadegh
auprès des États-Unis augmenta mais le président Truman
livra seulement l`aide nécessaire aux intérêts
américains. Stephen Kinzer explique que le refus d`apport
économique de la banque mondiale et les aides insuffisantes de la part
des américains pour faire face au boycott imposé par la
Grande-Bretagne appauvrissaient la population iranienne de jour en
jour.188 Les ressources pétrolières constituaient une
part importante du produit intérieur brut iranien et l`embargo
britannique avait pour effet d`appauvrir le pays mais également de
créer une instabilité politique pouvant renverser Mossadegh en
faveur d`un gouvernement Tudeh contrôlé par
Moscou.189
Les États-Unis devaient donc faire face à la
pression de Mossadegh qui urgeait plus d`aides économiques afin que les
conditions de vie des Iraniens ne déclinent pas190, ce qui
engendrait le risque que l`Iran trouve une solution en Union Soviétique.
Cependant, l`administration Truman devait résister aux pressions de
Londres.191 Winston Churchill remporta l`élection et
remplaça Clement Attlee au poste de premier ministre le 26 octobre
échoué à respecter les « mesures
provisoires » indiquées par la Cour Internationale de Justice en ce
qui concerne son ordre du 5 juillet 1951).
Department of State, American Foreign Policy, Basic
Documents, op. cit., p.2269.
187 William Bayne Fisher, Peter Avery, Gavin Hambly et Charles
Melville, op. cit., p.441.
188 Stephen Kinzer, op. cit. pp.135-136.
189 Ibid. p.104
190 Gholam Reza Afkhami, op. cit., p.153.
191 Stephen Kinzer, op. cit., p.135-136.
1951 et l`un des arguments virulents de la campagne de Churchill
fut le manque de fermeté d`Attlee face à Mossadegh. Kinzer
mentionne dans son livre :
He [Churchill] told a crowd in Liverpool that Attlee had
betrayed solemn undertakings? never to abandon Abadan. I don`t remember a
case,? he thundered, when public men have broken their word so abruptly and
without even an attempt at explanation.?192
L`arrivée au pouvoir de Churchill durcit le ton et
compliqua davantage le processus de négociation. La crise
anglo-iranienne était d`une importance majeure au niveau des enjeux
géopolitiques puisqu`elle marqua la premiere nationalisation dans le
tiers monde. Celle-ci envoya des ondes des chocs à travers la
région et pour la Grande-Bretagne, cette crise représentait un
risque d`intensification du rythme de la chute de l`Empire.193 La
rhétorique idéaliste de Truman se confrontait au ton belliqueux
de l`administration de Churchill qui ne se voyait pas perdre la raffinerie
d`Abadan.194 Stephen Kinzer explique dans une entrevue sur
Democracy Now que durant les années 1920, 1930 et 1940, le
niveau de vie en Grande-Bretagne était subventionné par l`Iran,
tous les camions et toutes les jeeps fonctionnaient à partir du
pétrole iranien, les usines britanniques étaient financées
par le pétrole iranien, la Royal Navy qui projetait la
puissance britannique partout dans le monde -- fonctionnait à 100% avec
du pétrole iranien.195 Winston Churchill s`opposait fermement
à la montée du nationalisme en Iran et dans le monde arabe, lui
qui avait dédié une grande partie de sa carrière dans la
défense des colonies britanniques.196 Il voyait l`Iran comme
une source de pétrole bon marché et ce pays représentait
pour lui l`un des derniers avant-postes britannique qu`il ne fallait pas perdre
puisque cela pouvait très certainement provoquer la perte de Suez en
Egypte et d`autres avant-postes restants. Stephen Kinzer écrit dans son
livre que « tenir position contre le nationalisme du tiers monde
était l`une de ses grandes croisades et au crépuscule de sa
carrière, il était déterminé à livrer une
dernière bataille ».197
192 Ibid. p.125
193 L`empire Britannique souffrait déjà
énormément financièrement à cause de la Seconde
Guerre mondiale et elle lui était de plus en plus difficile de maintenir
ses intérêts dans ses colonies. D`autres exemples du déclin
de l`empire sont la partition de l`Inde et du Pakistan en 1947, puis la crise
de Suez en 1956.
194 Stephen Kinzer, op. cit., p.125
195 Interview de Stephen Kinzer sur Democracy Now, le 14 juin
2010,
http://www.democracynow.org/2010/6/14/steven_kinzer_on_the_history_of
(6 juin 2011).
196 Stephen Kinzer, op. cit., p.131 L`auteur revient
sur les débuts de Churchill en tant que soldat en 1898 où il
défendait la colonie britannique du Soudan, puis sur la campagne de
Gallipoli en Turquie lors de la première guerre mondiale, du maintien du
contrôle de la Palestine et de la Mésopotamie, et de son refus de
laisser l`indépendance à l`Inde.
197 Ibid. p.131
L`arrivée au pouvoir du premier ministre conservateur,
Winston Churchill, durcit donc le ton et l`approche stratégique de la
Grande-Bretagne vis-à-vis de l`Iran et des États-Unis. La Maison
Blanche maintenait sa cohérence discursive à l`égard de
Londres afin de protéger ses intérêts tout en
préservant la Special Relationship. C`est pour cela que les
États-Unis avaient décidé de soutenir une
résolution de l`ONU appelant à la reprise des négociations
en accord avec les principes de la charte des Nations Unis (en octobre 1951).
Cette décision fut prise après la plainte de la Grande-Bretagne
contre l`Iran à la Cour Internationale de Justice et aux Nations
Unis198 en nommant la crise comme étant « la menace pour
la paix et la sécurité internationale. »199
Cette crise a modifié les relations entre les deux
partis. La Grande-Bretagne avait désormais un discours plus belliqueux
à l`égard de l`Iran. Néanmoins, les États-Unis
maintenaient leur cohérence discursive car leur stratégie visait
toujours une solution à travers des négociations amicales entre
ses deux alliés. Dans un premier temps, le discours public de Truman (au
Congrès) servait de façade puisqu`il utilisait le spectre de la
menace communiste dans le Moyen-Orient afin de fournir de l`aide
économique et militaire à l`Iran, et ce, dans le but de
stabiliser le pays (dans la logique du Programme Point IV et du Mutual
Defense Aid). Dans un second temps, jouer sur les craintes dans la
région ouvrait un espace en Iran où il était
désormais possible d`actionner des leviers diplomatiques pour maintenir
le « monde libre » uni et résoudre le conflit anglo-iranien de
manière noncoercitive. L`administration démocrate avait en effet
pour principe de ne pas intervenir politiquement dans les affaires internes
iraniennes.
Enfin, la rhétorique idéaliste défendait
les intérêts américains à travers le discours
privé. Celui-ci tentait indirectement d`influencer les deux partis
d`accepter un accord équitable afin que pétrole iranien continue
de circuler dans le marché mondial.
198 Department of State, American Foreign Policy, Basic
Documents, op. cit., p.2269 La note de bas de page de la section 52
Proposals For Settlement of the Controversy: Joint Message and Proposals
From the President of the United States and the Prime Minister of the United
Kingdom to the Prime Minister of Iran, August 30, 1952 explique la
tentative de résolution par la Cour Internationale de Justice.
Voir également la discussion à la Chambre des
Communes entre Churchill (alors chef de l`opposition) et le secrétaire
d`Etat aux affaires étrangères britannique M. Herbert Morrison,
le 1er mai 1951. Le document montre que les Britanniques ont eut
recours à la court internationale de Justice de la Haye, comme les
accords signés par Reza Shah en 1933 le prévoyaient en cas de
litige.
http://hansard.millbanksystems.com/commons/1951/may/01/persia-anglo-iranian-oilcompany#S5CV0487P0_19510501_HOC_293
(6 juin 2011).
199 Extrait de l`article 36 [paragraphe 40] du Conseil de
Sécurité des Nations dans le conflit entre l`Iran et la Grande
Bretagne Art. 36, Repertory, vol. II
(1945-1954) p.286 (voir document annexe n°11)
L`économie iranienne fut considérablement
pénalisée par l`embargo et le boycott britannique du
pétrole iranien. La crise anglo-iranienne s`est achevée sous
l`administration Eisenhower par le coup d`État d`aoft 1953. Celui-ci va
à l`encontre de la politique de Truman. Comment le président
républicain a-t-il défendu discursivement sa politique en Iran ?
Et quelle a été le rôle de la rhétorique
idéaliste pour défendre l`intérêt national
américain ?
2) La stratégie discursive et l'utilisation d'un
« choc » sous Eisenhower pour la défense de
l'intérêt national américain
a) Le changement de discours de Washington
Le président Eisenhower a été élu
en novembre 1952 et s`est installé à la Maison Blanche le 20
janvier 1953. Le parti Républicain possédait alors la
majorité au Congrès. Sa politique est connue pour être plus
réaliste que celle du président Truman.200 Le
professeur Isaac Alteras explique dans son livre « Eisenhower and
Israel : US-Israel relations » que des février 1953, le
secrétaire d`État américain avait développé
la théorie appelée New Look et que le message
était : « It's time for a change ».201
Stephen Kinzer étaye à ce propos la différence de
conception des Britanniques concernant la venue du nouveau président
:
The Republican candidate to replace him [President Truman],
Dwight Eisenhower, was running on a vigorously anticommunist platform.
Eisenhower`s rhetoric greatly encouraged Churchill and Eden. The moment he was
elected, they called off their effort to influence Truman and shifted their
focus to the incoming team.202
L`administration Truman n`envisageant pas de coup
d`État, la Grande Bretagne de Churchill se tourna donc vers le
président républicain. Le climat à Washington ayant
changé, les ambitions britanniques en Iran devenaient à
présent possible.203 La vision
200 Professeur Brian Holden Reid explique à
ce propos : The replacement of Truman and Acheson by the Eisenhower
administration in January 1953 led to a greater degree of initial tolerance for
the British viewpoint on the Iranian crisis.? John W. Young, the
Foreign Policy of Churchill's Peacetime Administration, 1951-1955, op.
cit., p.168.
201 Isaac Alteras, Eisenhower and Israel: U.S.-Israeli
relations, 1953-1960, (University Press of Florida, 1993) P.37
202 Stephen Kinzer, op. cit., p.148.
203 Ibid. p.150
américaine en Iran n`était plus la même.
Parallèlement, la cohérence discursive américaine se
modifiait. Elle affichait des objectifs différents vis-à-vis de
l`Iran ainsi qu`un ton moins idéaliste comme le montre cette
conférence de presse du 5 mars 1953 :
Q. James B. Reston, New York Times: I wondered, sir, if you
would comment on the Iranian situation, and especially whether you had made any
appeal to the Shah or to the Prime Minister there recently?
THE PRESIDENT. I exchanged greetings with the Prime Minister
before the inauguration, to assure him of our continued friendly interest in
that region. Since this latest difficulty has arisen, I have not personally
sent any message, although, of course, our whole Government watches this with
the closest attention. It is a very delicate situation, and since it is an
internal one, there is little that any outsider can do, even when they intend
to be very helpful. We have a lot of hopes, of course, that this thing will
straighten itself out, but it is, to say the least, delicate.204
Contrairement à Truman, Eisenhower ne mentionne plus
« la défense des peuples libres », de la démocratie, de
la paix et du développement. Au contraire, la cohérence
discursive américaine se centre uniquement sur les intérêts
américains dans la région. La rhétorique n`est plus
idéaliste. En revanche, le président républicain reste
pragmatique et se contente de réponses vagues, donnant peu de
détails sur l`évolution de la crise. Il répond seulement
que la situation est « très délicate » et que les
États-Unis ne peuvent pas faire grand-chose étant donné
qu`il s`agit de problèmes internes. Lorsqu`un autre journaliste continue
l`interview en posant une question plus précise sur la situation en
Iran, le président Eisenhower répond de la manière
suivante :
Q. Arthur Sylvester, Newark News: Mr. President, do you, by
considering Iran an internal problem, relinquish the initiative to the Russian
Communists operating through the Tudeh Party?
THE PRESIDENT. Very naturally--we are represented there. We do
every single thing we can to protect the interests of the United States
everywhere on the globe, including Iran. What I meant was that it is not proper
for me here to comment on things that are internal and which could be properly
resented. But make no mistake: the reason we have representatives around the
world is to protect American interests wherever they may be endangered or in
difficulties.205
Eisenhower ne montre pas de signe de faiblesse face aux «
communistes russes ». Il reste vague et ne donne toujours pas
d`indications précises. Il cherche à rassurer l`opinion publique
en montrant que les États-Unis sont présents « partout sur
le globe, Iran inclus. » Le processus discursif de simplification est
toujours utilisé. En effet, la rhétorique d`Eisenhower met en
avant une politique globale qui valorise la puissance américaine et
204 Conférence de presse du président, 5 mars 1953
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=9734&st=&st1=
(6 juin 2011).
205 Ibid.
qui n`obscurcit pas la compréhension du public, donnant
ainsi à sa réponse plus de force d`attirance.206 Dans
sa réponse à cette deuxième question, Eisenhower insiste
bien (à deux reprises) sur l`objectif qui est de « défendre
les intérêts américain ». Le président
républicain minimise le pouvoir des États-Unis face à
cette crise et se contente d`assurer la volonté américaine de ne
pas s`occuper des affaires internes iraniennes. Ainsi, le président
Eisenhower se démarque de Truman sur le plan de sa stratégie
discursive. Ce changement de discours en public traduit un changement de
stratégie de la politique américaine en Iran. Désormais,
il ne s`agit plus de mettre en avant l`ethos américain via la
rhétorique supernation pour résoudre le conflit et faire valoir
les principes évoqués par le discours idéaliste. La
rhétorique supernation est toujours appliquée mais elle concerne
uniquement les intérêts de la nation américaine
contrairement à la rhétorique de Truman qui insistait de
manière plus prononcée sur la défense des « peuples
libres ».
Le coup d`État, orchestré en août 1953,
qui renversa Mohammad Mossadegh pour mettre en place la dictature du Shah
Mohammad Reza Pahlavi, montre bien que l`administration républicaine
avait mis en place une autre méthode pour défendre
l`idéologie du système d`économie de marché
mondial. L`objectif restait la défense des intérêts
américains mais les moyens d`y parvenir avaient changé.
Eisenhower a utilisé le choc de la crise irano-britannique d`un angle
différent ; son administration, en collaboration avec Winston
Churchill,207 était en faveur du renversement du premier
ministre Mohammad Mossadegh, et ce, dès le jour de l`élection du
président républicain.208 Ce coup d`Etat fut le
premier orchestré par la CIA.209
b) Coup d`État, rhétorique idéaliste
et défense des intérêts américains
Un document du département d`État
américain classé information de sécurité top
secrète datant de mars 1953 explique les précautions que les
États-Unis et le Royaume Uni devraient prendre après le coup
d`État. La partie « public » du chapitre «
Psychological
206 Comme l`explique Patrick Charaudeau (Voir chapitre 2).
207 Churchill, Winston S. and Dwight D. Eisenhower, The
Churchill-Eisenhower Correspondence, 1953-1955, edited by Peter G. Boyle,
Chapel Hill, NC: University of North Carolina Press, 1990
208 Stephen Kinzer, op. cit., p.150.
209 Ibid. p4. L`auteur explique : Truman, however, sympathized
viscerally with nationalist movements like the one Mossadegh led. He had
nothing but contempt for oldstyle imperialists like those who ran
Anglo-Iranian. Besides, the CIA had never overthrown a government, and Truman
did not wish to set the precedent.?
Measures » de ce document qui a pour problématique
« quelles mesures le gouvernement des États-Unis devrait-il prendre
pour soutenir le gouvernement successeur ? », explique :
1. It would be literally fatal to any non-(communist)
successor to Mossadeq if the Iranian public gained an impression that the new
premier was a foreign tool?. The U.S. Government should confine any comment
upon a change in government in Iran to a repetition of our traditional
unwillingness to interfere in the internal affairs of a free country and our
willingness to work with the government in power. The U.K Government should
give no indication that it considers a successor to Mossadeq to be ready to
serve U.K interests or that the British had a hand in bringing him to power.
Naturally, there should be no expression of regret that Mossadeq has departed
from the political scene. 210
Le premier point prend en considération l`opinion
publique iranienne. Il explique que le public iranien ne doit pas avoir «
l`impression que le nouveau premier ministre est un « outil
étranger » ». Si le nouveau premier ministre Fazlollah Zahedi
avait été perçu comme un outil servant les
intérêts américains, les valeurs américaines
auraient été sérieusement remises en question par le
peuple iranien. Ceci aurait mis en danger les intérêts
américains étant donné que des soupçons auraient
créé un nouveau gouvernement instable avec un risque
considérable de rejet des États-Unis en faveur d`un régime
se rapprochant du communisme. Du point de vue de l`opinion publique
américaine, la défense des intérêts
américains -- par rapport aux critères
géostratégiques et économiques -- aurait été
immédiatement remise en cause sans la stratégie discursive
idéaliste. Elle aurait certainement été critiquée
de politique impérialiste par le peuple américain qui aurait
probablement remis en question la politique étrangère de sa
nation, son respect des principes idéalistes, et ses valeurs.
Pour cela, le mémorandum mentionne que le gouvernement
américain devrait continuer d`employer un discours idéaliste avec
les « traditionnelles réticences à s'immiscer dans les
affaires intérieures d'un pays libre ». Il préconise
également de ne pas exprimer le rôle du gouvernement britannique
dans le changement de régime ni ses intérêts. La logique de
cette stratégie discursive est de dissimuler le rôle de
l`intervention externe et il est expliqué que le président
américain et le premier ministre britannique ne devraient pas exprimer
de regret quant au départ de Mossadegh.
Le deuxième point concerne directement les mesures
à prendre concernant la résolution du problème de
l`industrie pétrolière iranienne :
210 State Department, "Measures which the United States
Government Might Take in Support of a Successor Government to Mossadeq," Top
Secret Memorandum, March 1953. Source: National Archives and
Records Administration (NARA), Record Group 59, Records of the Officer-incharge
of Iranian Affairs, 1946-1954, Lot 57D529, Box 40, Folder: Policy. Voir le
document en annexe n°12.
2. The U.S. Government should avoid any statement that the
oil question is involved in a change of government in Iran. It is important
that neither the U.S. not the U.K. Governments should rejoice publicly over
expectations of a more reasonable Iranian attitude toward solution of the oil
problem.211
Pour satisfaire l`opinion publique (iranienne,
américaine, britannique et internationale), le département
d`État énonce dans ce deuxième point que le gouvernement
américain doit éviter tout commentaire sur le rapport entre le
changement de gouvernement iranien et son pétrole. Pour défendre
leurs intérêts, le discours américain et britannique ne
doit pas exprimer de réjouissance en public concernant le changement
d`attitude de l`Iran envers la résolution du conflit sur le
pétrole.
Le troisième point de ce mémorandum sollicite
l`apport du discours idéaliste dans la défense des
intérêts américains. Il est mentionné :
3. To show that the U.S. is not antagonistic to the successor
government, an official comment could be made that we are, as always,
interested in helping any free country to build its strength against communist
inversion and will work with the present government of Iran to that end, if so
requested by the Iranians.212
La rhétorique idéaliste sert toujours d`outil
pour mettre en avant la bataille idéologique puisque ce document stipule
qu`un officiel pourrait faire un commentaire expliquant que les
États-Unis ont « comme toujours, pour intérêt d`aider
tout pays libre à s`affirmer contre une inversion communiste et
travailleront avec le gouvernement actuel d`Iran à cette fin, si tel est
la requête des Iraniens ». Cette stratégie discursive est
idéaliste, elle affirme le soutien américain pour les peuples
libres et présente le respect de la souveraineté des Iraniens. Le
département d`Etat insiste sur le fait que le gouvernement doit annoncer
que la priorité des États-Unis est de protéger ses
intérêts en renforçant son rempart contre le communisme
plutôt que d`évoquer un changement de gouvernement en Iran.
Ce document montre bien à quel point le discours
idéaliste est un instrument indispensable dans la défense des
intérêts américains. En effet, il montre que le discours
américain doit évoquer l`aide des États-Unis aux «
pays libres » et le désire de travailler avec les «
gouvernements au pouvoir » sans interagir dans les affaires internes. La
cohérence discursive met donc en avant les valeurs traditionnelles des
États-Unis et l`on
211 Ibid.
212 Ibid. D`autres mesures préconisaient la
circonspection de la part des officiels de l`ambassade américaine en
Iran ou encore la visite en Iran du secrétaire d`Etat John Foster Dulles
seulement dans le cadre d`une visite dans le Moyen-Orient. (Parties 4 et 5 du
chapitre « Psychological Measures ».)
peut remarquer ici que le département de la défense
prête une attention particulière à la rhétorique qui
doit être employée vis-à-vis de l`opinion publique.
Contrairement à l`administration Truman, qui se servait
du discours idéaliste afin de justifier sa politique de soft
power, l`administration Eisenhower utilisait cette stratégie
discursive dans le but de dissimuler sa politique de hard power. Le
changement de stratégie politique modifie donc le discours. Celui-ci est
maintenant un outil qui sert à défendre les intérêts
américains ; intérêts défendu désormais par
une politique coercitive.
Lors d`une conférence donnée le 4 aoüt
à Seattle213, soit quelques jours avant le coup d`État
qui renversa Mossadegh le 19 aoüt, le président Eisenhower
respectait les mesures énoncées par le département
d`État. Il annonçait que « les peuples libres restant en
Asie étaient ceux du subcontinent indien, incluant le gouvernement du
Pakistan, et qu`il fallait les protéger de la domination du Kremlin car
cette partie du globe se trouvait en difficulté à l`Est mais
également à l`Ouest. » Il expliquait ensuite que l`Inde
était « encerclé de ce côté par l`empire
Communiste » et que « l`Iran, à sa gauche, est dans une
position de faiblesse ». La rhétorique idéaliste associait
toujours l`Iran au spectre du communisme sans évoquer la crise
anglo-britannique. Ceci avait pour effet de jouer facilement sur les craintes
puisque le premier ministre iranien était très peu connu des
Américains et même des gouverneurs à qui le discours
était adressé.214 Il continuait de décrire
l`effet domino en expliquant que « l`avancée de Mossadegh vers une
suppression de son parlement était soutenu et qu`il était bien
évidemment soutenu dans cette avancé par le parti Tudeh, qui est
le parti communiste en Iran. »215 Il étayait en disant
que cette fragilité pouvait mettre les intérêts
américains en Asie en danger et qu`il fallait donc, tout comme les
français, bloquer la chute de la ligne qui s`étend de
l`Indonésie à l`Iran pour le bien du monde
libre.216
Eisenhower suivait les directives du mémorandum de son
département d`Etat. En effet, il ne mentionna pas les
intérêts économiques américains vis-à-vis du
pétrole iranien. Il
213 Voir le discours du président Eisenhower
prononcé le 4 août 1953, Remarks at the Governor's Conference,
Seattle, Washington, Public Papers of the Presidents of the United
States, Dwight D. Eisenhower, 1953, Washington, U.S. Government Printing
Office, 1960, p.536
214 Eisenhower expliquait lui-même dans ce discours les
problèmes de repères des américains : You find it
again described as a war between the communists and the other elements in
southeast Asia. But you have a confused idea of where it is located--Laos, or
Cambodia, or Siam, or any of the other countries that are involved. You don't
know, really, why we are so concerned with the far-off southeast corner of
Asia.? Ibid.
215 Ibid. «Now, India is surrounded on that side by
the Communist empire. Iran on its left is in a weakened condition. I believe I
read in the paper this morning that Mossadegh's move toward getting rid of his
parliament has been supported and of course he was in that move supported by
the Tudeh, which is the Communist Party of Iran.?
216 Ibid.
s`en tenait au discours traditionnel des États-Unis.
Bien que le ton employé par le président républicain
fût plus réaliste que celui de son prédécesseur
démocrate,217 son discours continuait de mettre en avant une
bataille idéologique (intérêts américains
menacés par le spectre du communisme). Toutefois, contrairement à
Truman, la stratégie discursive d`Eisenhower présentait à
l`auditoire américain l`Iran de Mossadegh comme étant un danger
pour l`intérêt national des États-Unis. Cela
préparait l`opinion publique à un changement de politique
vis-à-vis de l`Iran. Le discours permettait en quelque sorte de
justifier un tel changement.
Ce changement de stratégie s`exprimait à travers
le discours public de l`administration Eisenhower. Il s`exprimait
également dans les échanges entre le président
américain et le premier ministre iranien. L`intérêt
national des États-Unis était toujours d`assurer du
pétrole iranien dans le marché mondial. Cependant, le moyen de
réaliser cet objectif était différent. L`administration
Eisenhower affichait ce changement dans une lettre adressée à
Mossadegh. Cette lettre date du 9 juillet 1953, soit deux jours avant que le
président Eisenhower signe l`autorisation du coup d`État
(Churchill l`ayant signé le 1er juillet)218 et
environ un mois avant le coup d`État qui eut lieu du 15 au 19
août.
The failure of Iran and of the United Kingdom to reach an
agreement with regard to compensation has handicapped the Government of the
United States in its efforts to help Iran. There is a strong feeling in the
United States, even among American citizens most sympathetic to Iran and
friendly to the Iranian people, that it would not be fair to the American
taxpayers for the United States Government to extend any considerable amount of
economic aid to Iran so long as Iran could have access to funds derived from
the sale of its oil and oil products if a reasonable agreement were reached
with regard to compensation whereby the large-scale marketing of Iranian oil
would be resumed. Similarly, many American citizens would be deeply opposed to
the
217 Ibid. Eisenhower disait dans ce discours : So, when
the United States votes $400 million to help that war, we are not voting for a
giveaway program. We are voting for the cheapest way that we can to prevent the
occurrence of something that would be of the most terrible significance for the
United States of America--our security, our power and ability to get certain
things we need from the riches of the Indonesian territory, and from southeast
Asia.?
218Arindrajit Dube, Ethan Kaplan and Suresh Naidu,
Coups, Corporations, and Classified Information, UC Berkeley; IIES,
Stockholm University; Harvard University, 19 septembre 2008 - p.35 The
Truman administration had attempted to broker a deal between the British and
the Iranian government. With the advent of the Eisenhower administration,
however, the U.S. government's interesting in overthrowing Mossadegh increased.
In late 1952, the British MI6 found an ear receptive to the idea of
overthrowing Mossadegh in Allen Dulles, and final coup plans were jointly
approved by the CIA and MI6 on June 18, 1953. Churchill approved the coup plan
on July 1, 1953, with Eisenhower's endorsement following 10 days
later.?
http://emlab.berkeley.edu/users/webfac/bardhan/e271_f08/suresh.pdf
(6 juin 2011)
purchase by the United States Government of Iranian oil in the
absence of an oil settlement.219
Bien qu`empruntant un ton diplomatique, le message du
président Eisenhower est clair. Son message montre une rupture et, comme
l`explique Stephen Kinzer, l`instabilité grandissante des l`investiture
du président républicain en janvier 1953 montre bien que le
processus de renversement de Mossadegh était dors et déjà
lancé.220 Cette lettre du président Eisenhower met en
avant les intérêts du peuple américain en insistant sur le
fait qu`un accord devait être trouvé afin que les
États-Unis puissent acheter le pétrole iranien alors sous embargo
britannique. Elle exprime une friction dans les rapports entre les deux pays
sans pour autant apporter de solution au premier ministre Mohammad Mossadegh.
Il n`y a pas non plus de perspective de résolution de la crise et
Eisenhower parle d`un « échec de l`Iran et de la Grande-Bretagne
pour trouver un accord ». L`administration américaine
considère que cet « échec [...] handicape le gouvernement
des États-Unis dans ses efforts pour aider l`Iran». Ainsi,
Eisenhower s`exprime au nom du peuple américain et de ses contribuables
afin de faire connaitre son refus d`acheter le pétrole iranien mais
également le refus d`accorder plus d`aide au gouvernement jugé
instable de Mossadegh. La réponse d`Eisenhower ne fait aucune allusion
au parti Tudeh ni à un rapprochement de l`Iran vers l`Union
Soviétique ce qui montre que la position géostratégique de
l`Iran ne faisait donc pas parti de la cohérence discursive du
président républicain vis-à-vis de son destinataire. Cette
position est seulement exprimée dans le discours public -- à
travers la stratégie discursive idéaliste et la rhétorique
supernation -- afin de persuader l`opinion américaine.
Comme évoqué précédemment,
l`intérêt principal des États-Unis, et surtout en ce
début de Guerre froide, était la défense du système
économique de marché mondiale et de libre échange. La
stratégie de défense de l`intérêt américain
de l`administration Eisenhower a utilisé le choc de la crise d`Abadan de
manière à produire un changement considérablement
bénéfique aux États-Unis et à ses compagnies. En
effet, d`un point de vue économique, l`accord de consortium
international, qui se finalisa un an après le coup d`État,
mettait en place cinq compagnies américaines qui détenaient 40%
des parts de la National Iranian Oil Company (NIOC). L`Anglo-Iranian -- qui
deviendra British Petroleum -- détenait 40% et le reste était
distribué à la Royal Dutch/Shell et à la
219 Exchange of Messages Between the President and Prime
Minister Mossadegh on the Oil Situation and the Problem of Aid to Iran, 9
juillet 1953 (document annexe n°13).
220 Stephen Kinzer, op. cit., p.150.
Compagnie Française de Pétroles221.
Le coup d`Etat a favorisé l`expansion du système
économique américain et l`implantation de son système de
libre marché sur la principale ressource naturelle iranienne. Toutefois,
cet objectif a été réalisé de manière
coercitive (hard power), contrairement à la voie diplomatique
privilégiée par Truman (soft power). Ceci a
changé la donne en Iran puisque le Shah détenait un pouvoir qui
allait s`accroitre au fil des années.
Un an plus tard, le 5 aoüt 1954 (jour de l`accord entre
le gouvernement iranien et les compagnies pétrolières), le
président Eisenhower envoyait un message au Shah pour lui exprimer sa
gratitude ainsi que son désire de voir « l`Iran prospérer
dans la famille des nations libres ».222 La résolution
de la crise a contribué à une importante augmentation de
l`assistance militaire américaine à l`Iran. De 1949 à
1952, le total des aides américaines s`élevait à $16,7
millions tandis que l`aide militaire apportée dans la période
1953-61 se chiffrée à $436 millions. L`augmentation de l`aide
économique fut encore plus importante. Elle passa de $16,5 millions dans
la période 1949-52 à $611 millions pour la période
1953-61.223 Avec l`aide des États-Unis, le nouveau premier
ministre Zahedi avait pris les mesures nécessaires concernant les trois
principaux problèmes de l`Iran : 1) trouver un accord sur le
règlement de la crise, 2) redresser la situation économique du
pays alors en faillite et, 3) mettre un terme aux activités clandestines
du parti Tudeh.224
Le 11 août 1954, soit une semaine après le
règlement du conflit, un journaliste demandait à Eisenhower si
les États-Unis se dirigeaient vers la guerre ou vers la paix. Le
président répondait :
I think the best thing we could do would be to go back and
review for a second. A year ago last January we were fighting in Korea and in
Indochina. We were faced in Iran with a situation that was highly dangerous to
the world. Mossadegh was using his power, and the party-I don't know exactly
how you pronounce it, but the Communist Party, Tudeh I guess--that party
221 Stephen Kinzer, op. cit., pp.195-196.
Amin Saikal précise que les 40% de part des compagnies
étaient divisées en part de 8% entre Standard Oil of New Jersey,
Standard Oil of California, Texaco, Mobil et Gulf, British Petroleum
possédait 40%, Anglo-Dutch Shell 14% et la Compagnie Française
des Pétroles 6%. Amin Saikal, Islam and the West, P.54
L`Iran bénéficiait d`un revenu de £150
millions pour les trois premieres années. Communiqué conjoint du
gouvernement iranien et du consortium pétrolier datant du 5 août
1954. Department of State, American Foreign Policy, Basic Documents,
1950-1955, Volume II, p.2274 (voir document annexe n° 14)
222 Ibid. (voir document annexe n° 14)
223 Rouhollah K. Ramazani, op. cit., p.286.
224 Kristen Blake, op. cit., p.96. (Voir
également page 96 pour le développement de la gestion du
gouvernement face au parti Tudeh).
was using their power to lead Iran further and further away from
the Western World. It looked almost as if a break was imminent from day to
day.225
Eisenhower mentionnait la protection du monde et le danger que
représentait Mossadegh à cause de l`éloignement de l`Iran
avec le « Monde Occidental " en faveur du communisme. Cette
conférence de presse est la première dans laquelle le
président républicain traite de l`Iran depuis le 4 aoüt 1953
(soit onze jours avant le début de l`opération AJAX). Il reprend
les mêmes consignes que préconisait le mémorandum du
secrétariat d`État américain. En effet, il n`exprime pas
de regret quant au départ de Mohammad Mossadegh de la scene politique,
il n`évoque pas l`intervention dans les affaires internes de l`Iran, il
n`exprime pas de réjouissance quant aux accords pétroliers
établis sous forme de consortium international, et il met en avant
l`intérêt américain au maintien de la stabilité du
« monde libre " face à la menace communiste.226
La rhétorique du président est vague et
s`accorde avec ce que le public américain souhaite entendre dans ce
contexte de Guerre froide, c'est-à-dire une Amérique qui se
protège du communisme. Une fois encore, la rhétorique
présidentielle met en avant des bases idéologiques afin de rester
dans une représentation de la politique étrangère
américaine qui ne perturbe pas la compréhension du public
américain. Eisenhower utilise les procédés
rhétoriques de « singularisation » et d`
«essentialisation ". « Singularisation " puisque le président
américain évite de multiplier les idées -- ceci dans le
but de ne pas désorienter l`auditoire. Sa réponse reste
centrée sur la victoire du « monde occidentale " contre le
communisme en Iran. Enfin, « essentialisation " puisque toute la dimension
idéologique et stratégique est « contenue, ramassée
et condensée en une notion qui existerait en soi " : le « parti
communiste ". Eisenhower ne prête pas vraiment attention au nom du parti
communiste iranien (le parti Tudeh) car ce qui doit résonner avant tout
dans l`intellect du public est « le communisme " sous sa forme
nominalisée.
Cet épisode démontre le double discours mis en
place par Washington lors de cette crise majeure. Cet écart entre
l`intérêt national « réel » et
l`intérêt national « exprimé " s`est
considérablement amplifié lors de la présidence de Dwight
Eisenhower. En effet, contrairement à Truman, le président
républicain -- déjà conscient de
l`éventualité d`un
225 Conférence de presse du 11 août 1954
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=9977
(6 juin 2011)
226 Op Cit. State Department, "Measures which
the United States Government Might Take in Support of a Successor Government to
Mossadeq," Top Secret Memorandum, March 1953. Source: National
Archives and Records Administration (NARA), Record Group 59, Records of the
Officer-incharge of Iranian Affairs, 1946-1954, Lot 57D529, Box 40, Folder:
Policy. Voir annexe n°12.
coup d`Etat pour renverser Mossadegh -- insistait moins sur la
rhétorique idéaliste concernant la controverse anglo-iranienne.
D`une part, le discours public se concentrait sur l`expression d`un conflit
idéologique : le communisme contre l`économie de marché.
D`autre part, l`opinion publique américaine n`était pas au fait
des « intérêts réels » ni de la manière de
les défendre. Il y avait donc une volonté politique de formuler
la crise de la nationalisation de l`AIOC (et le renversement de Mossadegh) en
termes de Guerre froide et d`endiguement de l`Union Soviétique.
L`objectif était de rester dans la continuité de la
stratégie globale de politique étrangère
américaine. Toutefois, cet objectif était poursuivi de
manière différente (soft power pour Truman contre
hard power pour Eisenhower) et le discours permettait d`indiquer ce
changement. Bien qu`il y ait eu un changement de rhétorique, le discours
idéaliste est resté un outil important de la défense des
intérêts américains puisqu`elle a permis de justifier la
politique réaliste des États-Unis en Iran.
CONCLUSION
Cette recherche montre que la stratégie discursive
idéaliste est un outil important de la défense des
intérêts américain en Iran, surtout après le choc
géopolitique causé par la fin de la seconde guerre
mondiale/début de Guerre froide. La crise d`Azerbaïdjan et la crise
d`Abadan montrent à quel point la position géostratégique
de l`Iran était importante pour l`intérêt national des
États-Unis. Les documents des services de renseignement
américains (CIG, Conseil National de Sécurité,
département d`Etat) montrent que pour les États-Unis, l`Iran doit
être un modèle de stabilité, un fournisseur sür de
matières premières, un importateur de biens occidentaux, un
allié solide, et enfin, un rempart contre le communisme.
Cependant, pour assurer cela, la rhétorique
idéaliste présidentielle présente seulement une
façade au peuple américain et au Congrès pour qu`ils
adherent à sa vision politique. Cette stratégie discursive
idéaliste se mène de plusieurs manières. Tout d`abord,
elle présente les chocs de manière simplifiée. Ceci permet
au président de ne pas expliquer en détail au peuple la
complexité de la Guerre froide, de la crise d`Azerbaïdjan, des
programmes d`aides économiques et militaires à l`Iran (comme le
Mutual Defense Aid) ou encore les enjeux de la crise de la
nationalisation de l`AIOC. Le président utilise donc cette façade
car la multiplication des idées perturbe la compréhension des
« masses » et risque de mettre en danger la réalisation des
objectifs stratégiques. Par conséquent, son discours public
présente la vision de sa politique étrangère et met en
avant les principes de libertés, de démocratie, de paix et
d`unité avec une rhétorique idéaliste. Ainsi, la
présentation de la défense de l`intérêt national
« exprimé » permet à la Maison Blanche de
défendre l`intérêt national « réel ».
D`autre part, cette façade créée un
pouvoir d`attraction qui encourage les gens à s`identifier plus
facilement à l`ethos de son leader. Celui-ci étant le
défenseur des valeurs idéalistes à travers le monde, son
discours permet d`atteindre les objectifs stratégiques puisqu`il unit le
peuple et ses représentants autour des principes communs. En touchant
l`auditoire, il incite implicitement celui-ci à adhérer à
son programme. De plus, ne pas
adhérer reviendrait tacitement à être contre
ces valeurs (chose risquée en période de Maccarthysme).
Ainsi, cette rhétorique présente la situation en
Iran sur les bases d`un conflit idéologique en insistant sur la
dichotomie entre les valeurs idéalistes des États-Unis qui
s`opposent au spectre du communisme. Formuler la politique
étrangère dans le MoyenOrient de cette manière offre une
dynamique complètement différente. Par ailleurs, cela permet au
président américain de s`attirer du soutien et de la sympathie
auprès du Congrès et de l`opinion publique puisque les
réalités géostratégiques et économiques (qui
sont complexes, voir troublantes) sont très peu mentionnées dans
le discours public. En revanche, l`accent est porté sur la confrontation
idéologique avec l`Union Soviétique (et le parti Tudeh qui
représente aussi le communisme) parce qu`il est plus simple d`obtenir du
soutien en stimulant les craintes. Pour ce faire, la rhétorique
présidentielle créée un rapprochement entre l`Iran, les
intérêts américains et le communisme qui est
essentialisé dans des phrases courtes mais chargées
sémantiquement. Ceci réduit la complexité de la
défense des intérêts en Iran à la menace communiste.
Une nouvelle fois, le discours idéaliste crée un écart
entre l`intérêt national « réel » et
l`intérêt national « exprimé ».
Toutefois, la rhétorique idéaliste peut
être utilisée à des fins différentes. La crise
angloiranienne de l`AIOC démontre ceci. En effet, Truman utilise cette
rhétorique pour maintenir sa stratégie globale malgré la
crise de la nationalisation. Pour ce faire, son discours public inclut l`Iran
dans la stratégie d`endiguement du communisme. Puis, dans un second
temps, son discours privé pourvoit le pouvoir attractif (soft
power) des ÉtatsUnis vis-à-vis de l`Iran et la
Grande-Bretagne en tentant, dans un premier lieu (avec l`aide de son
administration), d`encourager Mossadegh à renoncer à la
nationalisation par le dialogue. Ensuite, il essaie d`influencer les deux
partis à trouver une solution équitable et diplomatique au
conflit. Truman se sert donc de cet outil discursif comme un levier
diplomatique qui permet d`amener à des négociations amicales
(toujours pour défendre les intérêts de son pays). En
revanche, cette voie prend du temps et le président démocrate n`a
pas pu aller au bout de sa stratégie.
Son successeur s`est servi de la rhétorique
idéaliste à une autre fin : justifier le renversement de
régime afin de défendre ses intérêts. Dans un
premier temps, son discours montre plus de réalisme puisqu`il se centre
davantage sur la défense des intérêts américains.
Ensuite, il dissimule le coup d`Etat et sa stratégie de pouvoir de
coercition (hard power). Enfin, le discours d`Eisenhower devient
idéaliste lorsqu`il s`agit de justifier
le départ de Mossadegh en faisant un rapprochement entre
ce dernier et la menace communiste.
Cette recherche offre plusieurs instruments qui permettent
d`ouvrir des perspectives pouvant faire l`objet d`une recherche de these.
Celle-ci permettrait de se pencher sur l`importance du rôle du discours
idéaliste comme outil facilitant la mise en place de la politique
étrangère américaine lors du choc idéologique de la
révolution islamique, du choc géopolitique de la fin de Guerre
froide, et celui du 11 Septembre 2001. En effet, ce mémoire pourrait
permettre de servir de base pour comprendre la situation actuelle. Il nous
démontre que, le discours idéaliste servant de façade pour
défendre les intérêts américains, il est important
de considérer les réalités géostratégiques
plus que la présentation du conflit idéologique afin de s`engager
dans une stratégie politique vis-à-vis de l`Iran. Cette
stratégie peut être attractive (soft power) ou bien
coercitive (hard power).
Les tensions entre l`Iran et les États-Unis sont
présentés sur les bases d`un conflit idéologique depuis la
révolution de 1979, mais la crise de la nationalisation et le coup
d`Etat de 1953 démontrent que présenter le conflit comme tel
détourne l`attention de l`opinion publique afin de défendre les
intérêts géostratégiques et économiques. A
partir de cela, sur du long terme, nous pouvons nous demander s`il est
productif de justifier une stratégie coercitive avec l`outil de la
rhétorique idéaliste (stratégie qui vise à
sanctionner l`Iran depuis plus de 30 ans afin de l`isoler et probablement
d`obtenir un changement de régime).
Par ailleurs, la politique coercitive d`Eisenhower a mis en
place la dictature du Shah qui a protégé les
intérêts américains. Cependant, cette stratégie a
fonctionné seulement sur du moyen terme puisque le peuple iranien a
renversé Mohammad Reza Pahlavi. Ensuite, le régime a rapidement
véhiculé -- par le biais de sa propre rhétorique -- une
vision fondamentaliste et idéologique.227 En effet, depuis,
sa création, la République islamique a toujours tenté
d`exporter cette vision en galvanisant l`opinion publique arabe et sunnite
227 A noter que certains auteurs pensent qu`il peut
exister un lien entre le coup d`Etat de 1953, la révolution islamique de
1979 et les attentats du 11 septembre 2001. Stephen Kinzer explique : It is
not far-fetched to draw a line from Operation Ajax through the Shah's
repressive regime and the Islamic Revolution to the fireballs that engulfed the
World Trade Center in New York.? Stephen Kinzer, op. cit.,
p.203-204. Par ailleurs, Dr Vali Nasr explique : The three [key] events
[that account for ascendancy of fundamentalism] are the Iranian Revolution, the
Afghan war, and the rise in the price of oil and its implications for the
Saudis. These three events had the following impacts. The Iranian Revolution
made fundamentalism a viable ideology for opposition -- one that can
successfully overthrow a regime.? Interview de Vali Nasr, Conversations
with History; Institute of International Studies, UC Berkeley, WEB. 15 juin
2011.
http://globetrotter.berkeley.edu/people2/Nasr/nasr-con5.html
Vali Nasr est professeur de sciences politiques à l`Université
de San Diego.
avec sa rhétorique idéologique. Les
États-Unis se sont engagés dans cette même stratégie
discursive qui est en opposition directe et ardente avec la République
islamique d`Iran -- principalement après le choc géopolitique
causé par la fin de la Guerre froide (puis la défaite de Saddam
Hussein en 1991). Du point de vue du discours politique, il y a eu un transfert
de la menace communiste à la menace fondamentaliste islamiste. Depuis,
la rhétorique idéaliste publique des États-Unis a
essentialisé l`Iran et simplifié la complexité des
conflits de la même manière qu`elle le faisait à
l`égard de l`Union Soviétique pendant la Guerre froide. Par
conséquent, le choc géopolitique amène une
rhétorique qui avilit « l`ennemi » des États-Unis et la
rhétorique présidentielle le présente (avec la
façade du discours idéaliste) comme étant un opposant
idéologique aux valeurs américaines.
Enfin, l`Iran représente toujours aujourd`hui des
enjeux géostratégiques et économiques essentielles pour
les intérêts de Washington. Affichant clairement son opposition,
la République islamique est un support idéologique pour le
discours public américain qui présente toujours la défense
de ses intérêts avec une rhétorique idéaliste. Par
conséquent, après avoir analysé le coup d`Etat de 1953, la
rhétorique idéaliste américaine peut-elle défendre
ses intérêts sur du long terme avec une approche coercitive ?
Est-il possible de trouver des arrangements gagnant-gagnants en divisant les
électeurs de chaque camp avec un discours se basant, avec
véhémence, sur une opposition de nature idéologique ? La
diplomatie ne doit-elle pas considérer davantage les
réalités géostratégiques afin de trouver un
consensus qui défende les intérêts de chacun ? Enfin, dans
cette région instable et convoitée du Moyen-Orient, quelle est la
part du rôle de la rhétorique idéaliste de Barack Obama
dans la création du mouvement vert en Iran ? Et, de manière plus
générale, sur le printemps arabe ? L`expérience du choc
géopolitique du début de la Guerre froide, de la nationalisation
de l`AIOC, puis du coup d`Etat de 1953 nous montre qu`il est
préférable de se servir de la rhétorique idéaliste
pour promouvoir une politique visant l`ouverture diplomatique avec l`Iran --
tout en activant les leviers nécessaires pour garantir la
stabilité et la sécurité dans le Moyen-Orient. En effet,
cette expérience nous montre que se servir de cette stratégie
discursive à des fins coercitives risque considérablement de
mettre en péril les intérêts de chacun sur du long
terme.
DOCUMENTS ANNEXES
1.
89
Message spécial au Congrès sur la
Grèce et la Turquie : la Doctrine Truman, 12 mars 1947
2.
92
96
Discours d`inauguration du président Truman, 20
janvier 1949
3. Déclaration conjointe suivant les
discussions avec le Shah d`Iran, 30 décembre 1949
4.
97 97
Mutual Defense Assistance Act,
1949
5. Carte des pays bénéficiant d`une
subvention d`aide militaire sous le Mutual Security
Program.
6.
98
98
99
100
Graphique de la consommation énergétique
par ressource, 1635-2000
7. Remarques du président Truman à W.
Averell Harriman avant son départ en mission en Iran, 13 juillet
1951.
8. Conférence de presse du président
Truman, 23 août 1951
9. Déclarations du Département d`Etat
américain sur la position des ÉtatsUnis dans les discussions avec
l`Iran et la Grande-Bretagne, 18 mai 1951.
10.
101
Aide-mémoire de l`ambassadeur
américain à Téhéran pour le ministre des affaires
étrangères iranien sur la non-intervention des États-Unis
dans les affaires internes de l`Iran, 26 mai 1951.
11.
102
Extrait de l`article 36 [paragraphe 40] du Conseil de
Sécurité des Nations Unis dans le conflit entre l`Iran et la
Grande-Bretagne, 15 octobre 1951.
12.
103
Mémorandum top secret du Département
d`Etat américain sur les « mesures que le gouvernement des
États-Unis envisage de prendre pour soutenir un gouvernement
succédant à celui de Mossadegh », mars 1953.
13.
109
Echange de message entre le président
Eisenhower et le premier ministre Mossadegh sur la question du pétrole
et du problème de l`aide accordée à l`Iran, 9 juillet
1953.
14.
111
Echange de lettres entre le président
Eisenhower et le Shah d`Iran concernant les accords sur la question du
pétrole, 5 août 1954.
Annexe 1 :
Special Message to the Congress on Greece and Turkey: The
Truman Doctrine March 12, 1947
Mr. President, Mr. Speaker, Members of the Congress of the
United States:
The gravity of the situation which confronts the world today
necessitates my appearance before a joint session of the Congress.
The foreign policy and the national security of this country are
involved.
One aspect of the present situation, which I present to you at
this time for your consideration and decision, concerns Greece and Turkey.
The United States has received from the Greek Government an
urgent appeal for financial and economic assistance. Preliminary reports from
the American Economic Mission now in Greece and reports from the American
Ambassador in Greece corroborate the statement of the Greek Government that
assistance is imperative if Greece is to survive as a free nation.
I do not believe that the American people and the Congress
wish to turn a deaf ear to the appeal of the Greek Government.
Greece is not a rich country. Lack of sufficient natural
resources has always forced the Greek people to work hard to make both ends
meet. Since 1940, this industrious, peace loving country has suffered invasion,
four years of cruel enemy occupation, and bitter internal strife.
When forces of liberation entered Greece they found that the
retreating Germans had destroyed virtually all the railways, roads, port
facilities, communications, and merchant marine. More than a thousand villages
had been burned. Eighty-five percent of the children were tubercular.
Livestock, poultry, and draft animals had almost disappeared. Inflation had
wiped out practically all savings.
As a result of these tragic conditions, a militant minority,
exploiting human want and misery, was able to create political chaos which,
until now, has made economic recovery impossible.
Greece is today without funds to finance the importation of
those goods which are essential to bare subsistence. Under these circumstances
the people of Greece cannot make progress in solving their problems of
reconstruction. Greece is in desperate need of financial and economic
assistance to enable it to resume purchases of food, clothing, fuel and seeds.
These are indispensable for the subsistence of its people and are obtainable
only from abroad. Greece must have help to import the goods necessary to
restore internal order and security so essential for economic and political
recovery.
The Greek Government has also asked for the assistance of
experienced American administrators, economists and technicians to insure that
the financial and other aid given to Greece shall be used effectively in
creating a stable and self-sustaining economy and in improving its public
administration.
The very existence of the Greek state is today threatened by
the terrorist activities of several thousand armed men, led by Communists, who
defy the government's authority at a number of points, particularly along the
northern boundaries. A Commission appointed by the United Nations Security
Council is at present investigating disturbed conditions in northern Greece and
alleged border violations along the frontier between Greece on the one hand and
Albania, Bulgaria, and Yugoslavia on the other.
Meanwhile, the Greek Government is unable to cope with the
situation. The Greek army is small and poorly equipped. It needs supplies and
equipment if it is to restore authority to the government throughout Greek
territory.
Greece must have assistance if it is to become a self-supporting
and self-respecting democracy.
The United States must supply this assistance. We have already
extended to Greece certain types of relief and economic aid but these are
inadequate.
There is no other country to which democratic Greece can turn.
No other nation is willing and able to provide the necessary
support for a democratic Greek government.
The British Government, which has been helping Greece, can
give no further financial or economic aid after March 31. Great Britain finds
itself under the necessity of reducing or liquidating its commitments in
several parts of the world, including Greece.
We have considered how the United Nations might assist in this
crisis. But the situation is an urgent one requiring immediate action, and the
United Nations and its related organizations are not in a position to extend
help of the kind that is required.
It is important to note that the Greek Government has asked
for our aid in utilizing effectively the financial and other assistance we may
give to Greece, and in improving its public administration. It is of the utmost
importance that we supervise the use of any funds made available to Greece, in
such a manner that each dollar spent will count toward making Greece
self-supporting, and will help to build an economy in which a healthy democracy
can flourish.
No government is perfect. One of the chief virtues of a
democracy, however, is that its defects are always visible and under democratic
processes can be pointed out and corrected. The government of Greece is not
perfect. Nevertheless it represents 85 percent of the members of the Greek
Parliament who were chosen in an election last year. Foreign observers,
including 692 Americans, considered this election to be a fair expression of
the views of the Greek people.
The Greek Government has been operating in an atmosphere of
chaos and extremism. It has made mistakes. The extension of aid by this country
does not mean that the United States condones everything that the Greek
Government has done or will do. We have condemned in the past, and we condemn
now, extremist measures of the right or the left. We have in the past advised
tolerance, and we advise tolerance now. Greece's neighbor, Turkey, also
deserves our attention.
The future of Turkey as an independent and economically sound
state is clearly no less important to the freedom-loving peoples of the world
than the future of Greece. The circumstances in which Turkey finds itself today
are considerably different from those of Greece. Turkey has been spared the
disasters that have beset Greece. And during the war, the United States and
Great Britain furnished Turkey with material aid.
Nevertheless, Turkey now needs our support.
Since the war Turkey has sought additional financial assistance
from Great Britain and the United States for the purpose of effecting that
modernization necessary for the maintenance of its national integrity.
That integrity is essential to the preservation of order in the
Middle East.
The British Government has informed us that, owing to its own
difficulties, it can no longer extend financial or economic aid to Turkey.
As in the case of Greece, if Turkey is to have the assistance it
needs, the United States must supply it. We are the only country able to
provide that help.
I am fully aware of the broad implications involved if the
United States extends assistance to Greece and Turkey, and I shall discuss
these implications with you at this time.
One of the primary objectives of the foreign policy of the
United States is the creation of conditions in which we and other nations will
be able to work out a way of life free from coercion. This was a fundamental
issue in the war with Germany and Japan. Our victory was won over countries
which sought to impose their will, and their way of life, upon other
nations.
To ensure the peaceful development of nations, free from
coercion, the United States has taken a leading part in establishing the United
Nations. The United Nations is designed to make possible lasting freedom and
independence for all its members. We shall not realize our objectives, however,
unless we are willing to help free peoples to maintain their free institutions
and their national integrity against aggressive movements that seek to impose
upon them totalitarian regimes. This is no more than a frank recognition that
totalitarian regimes imposed upon free peoples, by direct or indirect
aggression, undermine the foundations of international peace and hence the
security of the United States.
The peoples of a number of countries of the world have
recently had totalitarian regimes forced upon them against their will. The
Government of the United States has made frequent protests against coercion and
intimidation, in violation of the Yalta agreement, in Poland, Rumania, and
Bulgaria. I must also state that in a number of other countries there have been
similar developments.
At the present moment in world history nearly every nation
must choose between alternative ways of life. The choice is too often not a
free one.
One way of life is based upon the will of the majority, and is
distinguished by free institutions, representative government, free elections,
guarantees of individual liberty, freedom of speech and religion, and freedom
from political oppression.
The second way of life is based upon the will of a minority
forcibly imposed upon the majority. It relies upon terror and oppression, a
controlled press and radio, fixed elections, and the suppression of personal
freedoms.
I believe that it must be the policy of the United States to
support free peoples who are resisting attempted subjugation by armed
minorities or by outside pressures.
I believe that we must assist free peoples to work out their own
destinies in their own way.
I believe that our help should be primarily through economic
and financial aid which is essential to economic stability and orderly
political processes.
The world is not static, and the status quo is not sacred. But
we cannot allow changes in the status quo in violation of the Charter of the
United Nations by such methods as coercion, or by such subterfuges as political
infiltration. In helping free and independent nations to maintain their
freedom, the United States will be giving effect to the principles of the
Charter of the United Nations.
It is necessary only to glance at a map to realize that the
survival and integrity of the Greek nation are of grave importance in a much
wider situation. If Greece should fall under the control of an armed minority,
the effect upon its neighbor, Turkey, would be immediate and serious. Confusion
and disorder might well spread throughout the entire Middle East.
Moreover, the disappearance of Greece as an independent state
would have a profound effect upon those countries in Europe whose peoples are
struggling against great difficulties to maintain their freedoms and their
independence while they repair the damages of war.
It would be an unspeakable tragedy if these countries, which
have struggled so long against overwhelming odds, should lose that victory for
which they sacrificed so much. Collapse of free institutions and loss of
independence would be disastrous not only for them but for the world.
Discouragement and possibly failure would quickly be the lot of neighboring
peoples striving to maintain their freedom and independence.
Should we fail to aid Greece and Turkey in this fateful hour,
the effect will be far reaching to the West as well as to the East.
We must take immediate and resolute action.
I therefore ask the Congress to provide authority for
assistance to Greece and Turkey in the amount of $400,000,000 for the period
ending June 30, 1948. In requesting these funds, I have taken into
consideration the maximum amount of relief assistance which would be furnished
to Greece out of the $350,000,000 which I recently requested that the Congress
authorize for the prevention of starvation and suffering in countries
devastated by the war.
In addition to funds, I ask the Congress to authorize the
detail of American civilian and military personnel to Greece and Turkey, at the
request of those countries, to assist in the tasks of reconstruction, and for
the purpose of supervising the use of such financial and material assistance as
may be furnished. I recommend that authority also be provided for the
instruction and raining of selected Greek and Turkish personnel.
Finally, I ask that the Congress provide authority which will
permit the speediest and most effective use, in terms of needed commodities,
supplies, and equipment, of such funds as may be authorized.
If further funds, or further authority, should be needed for
the purposes indicated in this message, I shall not hesitate to bring the
situation before the Congress. On this subject the Executive and Legislative
branches of the Government must work together.
This is a serious course upon which we embark. I would not
recommend it except that the alternative is much more serious.
The United States contributed $341,000,000,000 toward winning
World War II. This is an investment in world freedom and world peace.
The assistance that I am recommending for Greece and Turkey
amounts to little more than 1/10 of 1 percent of this investment. It is only
common sense that we should safeguard this investment and make sure that it was
not in vain.
The seeds of totalitarian regimes are nurtured by misery and
want. They spread and grow in the evil soil of poverty and strife. They reach
their full growth when the hope of a people for a better life has died.
We must keep that hope alive.
The free peoples of the world look to us for support in
maintaining their freedoms.
If we falter in our leadership, we may endanger the peace of the
world--and we shall surely endanger the welfare of this Nation.
Great responsibilities have been placed upon us by the swift
movement of events. I am confident that the Congress will face these
responsibilities squarely.
Source : The American Presidency Project:
www.presidency.ucsb.edu
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=12846&st=&st1=#ixzz1OGY1Rdmi
Annexe 2 :
President Truman's InVugV',Vl AVV',ess.
January 20, 1949
[Delivered in person at the Capitol]
Mr. Vice President, Mr. Chief Justice, fellow citizens:
I accept with humility the honor which the American people have
conferred upon me. I accept it with a resolve to do all that I can for the
welfare of this Nation and for the peace of the world.
In performing the duties of my office, I need the help and the
prayers of every one of you. I ask for your encouragement and for your support.
The tasks we face are difficult. We can accomplish them only if we work
together.
Each period of our national history has had its special
challenges. Those that confront us now are as momentous as any in the past.
Today marks the beginning not only of a new administration, but of a period
that will be eventful, perhaps decisive, for us and for the world.
It may be our lot to experience, and in a large measure bring
about, a major turning point in the long history of the human race. The first
half of this century has been marked by unprecedented and brutal attacks on the
rights of man, and by the two most frightful wars in history. The supreme need
of our time is for men to learn to live together in peace and harmony.
The peoples of the earth face the future with grave
uncertainty, composed almost equally of great hopes and great fears. In this
time of doubt, they look to the United States as never before for good will,
strength, and wise leadership.
It is fitting, therefore, that we take this occasion to proclaim
to the world the essential principles of the faith by which we live, and to
declare our aims to all peoples.
The American people stand firm in the faith which has inspired
this Nation from the beginning. We believe that all men have a right to equal
justice under law and equal opportunity to share in the common good. We believe
that all men have a right to freedom of thought and expression. We believe that
all men are created equal because they are created in the image of God.
From this faith we will not be moved.
The American people desire, and are determined to work for, a
world in which all nations and all peoples are free to govern themselves as
they see fit, and to achieve a decent and satisfying life. Above all else, our
people desire, and are determined to work for, peace on earth--a just and
lasting peace--based on genuine agreement freely arrived at by equals.
In the pursuit of these aims, the United States and other
like-minded nations find themselves directly opposed by a regime with contrary
aims and a totally different concept of life.
That regime adheres to a false philosophy which purports to
offer freedom, security, and greater opportunity to mankind. Misled by that
philosophy, many peoples have sacrificed their liberties only to learn to their
sorrow that deceit and mockery, poverty and tyranny, are their reward.
That false philosophy is communism.
Communism is based on the belief that man is so weak and
inadequate that he is unable to govern himself, and therefore requires the rule
of strong masters.
Democracy is based on the conviction that man has the moral and
intellectual capacity, as well as the inalienable right, to govern himself with
reason and justice.
Communism subjects the individual to arrest without lawful
cause, punishment without trial, and forced labor as the chattel of the state.
It decrees what information he shall receive, what art he shall produce, what
leaders he shall follow, and what thoughts he shall think.
Democracy maintains that government is established for the
benefit of the individual, and is charged with the responsibility of protecting
the rights of the individual and his freedom in the exercise of those abilities
of his.
Communism maintains that social wrongs can be corrected only by
violence.
Democracy has proved that social justice can be achieved through
peaceful change.
Communism holds that the world is so widely divided into opposing
classes that war is inevitable. Democracy holds that free nations can settle
differences justly and maintain a lasting peace.
These differences between communism and democracy do not
concern the United States alone. People everywhere are coming to realize that
what is involved is material well-being, human dignity, and the right to
believe in and worship God.
I state these differences, not to draw issues of belief as
such, but because the actions resulting from the Communist philosophy are a
threat to the efforts of free nations to bring about world recovery and lasting
peace.
Since the end of hostilities, the United States has invested its
substance and its energy in a great constructive effort to restore peace,
stability, and freedom to the world.
We have sought no territory. We have imposed our will on none. We
have asked for no privileges we would not extend to others.
We have constantly and vigorously supported the United Nations
and related agencies as a means of applying democratic principles to
international relations. We have consistently advocated and relied upon
peaceful settlement of disputes among nations.
We have made every effort to secure agreement on effective
international control of our most powerful weapon, and we have worked steadily
for the limitation and control of all armaments.
We have encouraged, by precept and example, the expansion of
world trade on a sound and fair basis.
Almost a year ago, in company with 16 free nations of Europe,
we launched the greatest cooperative economic program in history. The purpose
of that unprecedented effort is to invigorate and strengthen democracy in
Europe, so that the free people of that continent can resume their rightful
place in the forefront of civilization and can contribute once more to the
security and welfare of the world.
Our efforts have brought new hope to all mankind. We have
beaten back despair and defeatism. We have saved a number of countries from
losing their liberty. Hundreds of millions of people all over the world now
agree with us, that we need not have war--that we can have peace.
The initiative is ours.
We are moving on with other nations to build an even stronger
structure of international order and justice. We shall have as our partners
countries which, no longer solely concerned with the problem of national
survival, are now working to improve the standards of living of all their
people. We are ready to undertake new projects to strengthen a free world.
In the coming years, our program for peace and freedom will
emphasize four major courses of action.
First, we will continue to give unfaltering support to the
United Nations and related agencies, and we will continue to search for ways to
strengthen their authority and increase their effectiveness. We believe that
the United Nations will be strengthened by the new nations which are being
formed in lands now advancing toward self-government under democratic
principles.
Second, we will continue our programs for world economic
recovery.
This means, first of all, that we must keep our full weight
behind the European recovery program. We are confident of the success of this
major venture in world recovery. We believe that our partners in this effort
will achieve the status of self-supporting nations once again.
In addition, we must carry out our plans for reducing the
barriers to world trade and increasing its volume. Economic recovery and peace
itself depend on increased world trade.
Third, we will strengthen freedom-loving nations against the
dangers of aggression.
We are now working out with a number of countries a joint
agreement designed to strengthen the security of the North Atlantic area. Such
an agreement would take the form of a collective defense arrangement within the
terms of the United Nations Charter.
We have already established such a defense pact for the Western
Hemisphere by the treaty of Rio de Janeiro.
The primary purpose of these agreements is to provide
unmistakable proof of the joint determination of the free countries to resist
armed attack from any quarter. Every country participating in these
arrangements must contribute all it can to the common defense.
If we can make it sufficiently clear, in advance, that any armed
attack affecting our national security would be met with overwhelming force,
the armed attack might never occur.
I hope soon to send to the Senate a treaty respecting the North
Atlantic security plan.
In addition, we will provide military advice and equipment to
free nations which will cooperate with us in the maintenance of peace and
security.
Fourth, we must embark on a bold new program for making the
benefits of our scientific advances and industrial progress available for the
improvement and growth of underdeveloped areas.
More than half the people of the world are living in
conditions approaching misery. Their food is inadequate. They are victims of
disease. Their economic life is primitive and stagnant. Their poverty is a
handicap and a threat both to them and to more prosperous areas.
For the first time in history, humanity posesses the knowledge
and skill to relieve suffering of these people.
The United States is pre-eminent among nations in the
development of industrial and scientific techniques. The material resources
which we can afford to use for assistance of other peoples are limited. But our
imponderable resources in technical knowledge are constantly growing and are
inexhaustible.
I believe that we should make available to peace-loving
peoples the benefits of our store of technical knowledge in order to help them
realize their aspirations for a better life. And, in cooperation with other
nations, we should foster capital investment in areas needing development.
Our aim should be to help the free peoples of the world, through
their own efforts, to produce more food, more clothing, more materials for
housing, and more mechanical power to lighten their burdens.
We invite other countries to pool their technological
resources in this undertaking. Their contributions will be warmly welcomed.
This should be a cooperative enterprise in which all nations work together
through the United Nations and its specialized agencies whenever practicable.
It must be a worldwide effort for the achievement of peace, plenty, and
freedom.
With the cooperation of business, private capital, agriculture,
and labor in this country, this program can greatly increase the industrial
activity in other nations and can raise substantially their standards of
living.
Such new economic developments must be devised and controlled
to the benefit of the peoples of the areas in which they are established.
Guarantees to the investor must be balanced by guarantees in the interest of
the people whose resources and whose labor go into these developments.
The old imperialism--exploitation for foreign profit--has no
place in our plans. What we envisage is a program of development based on the
concepts of democratic fair-dealing.
All countries, including our own, will greatly benefit from a
constructive program for the better use of the world's human and natural
resources. Experience shows that our commerce with other countries expands as
they progress industrially and economically.
Greater production is the key to prosperity and peace. And the
key to greater production is a wider and more vigorous application of modern
scientific and technical knowledge.
Only by helping the least fortunate of its members to help
themselves can the human family achieve the decent, satisfying life that is the
right of all people.
Democracy alone can supply the vitalizing force to stir the
peoples of the world into triumphant action, not only against their human
oppressors, but also against their ancient enemies--hunger, misery, and
despair.
On the basis of these four major courses of action we hope to
help create the conditions that will lead eventually to personal freedom and
happiness for all mankind.
If we are to be successful in carrying out these policies, it is
clear that we must have continued prosperity in this country and we must keep
ourselves strong.
Slowly but surely we are weaving a world fabric of international
security and growing prosperity.
We are aided by all who wish to live in freedom from fear--even
by those who live today in fear under their own governments.
We are aided by all who want relief from lies and
propaganda--those who desire truth and sincerity. We are aided by all who
desire self-government and a voice in deciding their own affairs.
We are aided by all who long for economic security--for the
security and abundance that men in free societies can enjoy.
We are aided by all who desire freedom of speech, freedom of
religion, and freedom to live their own lives for useful ends.
Our allies are the millions who hunger and thirst after
righteousness.
In due time, as our stability becomes manifest, as more and
more nations come to know the benefits of democracy and to participate in
growing abundance, I believe that those countries which now oppose us will
abandon their delusions and join with the free nations of the world in a just
settlement of international differences.
Events have brought our American democracy to new influence and
new responsibilities. They will test our courage, our devotion to duty, and our
concept of liberty.
But I say to all men, what we have achieved in liberty, we will
surpass in greater liberty.
Steadfast in our faith in the Almighty, we will advance toward a
world where man's freedom is secure.
To that end we will devote our strength, our resources, and our
firmness of resolve. With God's help, the future of mankind will be assured in
a world of justice, harmony, and peace.
Source : The American Presidency Project:
www.presidency.ucsb.edu
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=13282&st=&st1#ixzz1OGd76Mwu
Annexe 3 :
Joint Statement Following Discussions With the Shah of
Iran. December 30, 1949
HIS IMPERIAL Majesty, Mohammed Reza Pahlavi, Shahinshah of
Iran, today completed his tour of the United States and departed for Iran. The
Shah came to this country at the invitation of the President and his visit has
enabled him to become acquainted at first hand with the United States and its
institutions. The President said today that the existing friendly relations
with Iran have been strengthened still further by the Shah's visit. The
President is most happy that His Majesty has paid the United States the honor
of this visit, which enabled not only the President but many officials of the
Government, as well as the American people, more clearly to know and understand
Iran, its great traditions, and its present achievements and objectives.
Following a stay of several days in Washington, the Shah
visited many parts of the country and inspected various institutions and
industrial and agricultural enterprises whose technical operation might be
usefully applied in Iran. He also saw military, naval, and air installations.
His Majesty had the opportunity of meeting civic, industrial and educational
leaders, as well as other representatives of broad segments of the American
population.
While in Washington His Majesty had conversations with the
President, the Secretary of State and other senior officials of the United
States Government. These conversations took place in an atmosphere of frankness
and cordiality, and the interchange of views was most valuable in arriving at a
mutual understanding of problems in which both the United States and Iran have
interest. Pursuant to these conversations His Majesty and the President have
decided to issue the following joint statement on the relations between the two
countries:
"His Imperial Majesty, the Shah of Iran, and the President of
the United States have examined the relations between their two countries and
the problems which they face in common. In the course of their conversations it
has been brought out that:
"1. They believe the United Nations offers the best means of
assuring a peaceful world. Both countries will continue to give the United
Nations their unfaltering support and to work in close cooperation with it and
its agencies.
"2. A serious threat to international peace and security
anywhere in the world is of direct concern to the United States. As long ago as
December 1, 1943, when President Roosevelt, Prime Minister Churchill, and
Marshal Stalin signed the Three Power Declaration at Tehran, the United States
made clear its desire for the maintenance of the independence and integrity of
Iran. The great interest of the United States in this regard has been
repeatedly affirmed in its foreign policy declarations and the United States
Government intends to continue that policy.
"3. His Imperial Majesty believes, and the President concurs,
that the ability of any country to maintain its independence is based on a
sound and prosperous economy. For this reason, as far back as 1946, upon His
Majesty's advice, the Iranian Government took steps to prepare a Seven-Year
Plan for economic and social progress which now, embodied into law, is being
carried out with all the means at the Government's disposal. The President
appreciates the importance of this program to the economic development of Iran,
and applications by the Iranian Government to the International Bank for
Reconstruction and Development for economically justifiable loans to be used in
the furtherance of the program will therefore receive the support of the United
States. Subject to favorable Congressional action on the Point IV program, the
United States also stands ready to facilitate Iranian economic development
through the provision under Point IV and otherwise of technical advisory
assistance if requested by Iran. His Majesty welcomes the assistance envisaged
under the Point IV program and is particularly aware of the desirability of
increased investments of private capital in the Iranian economy. The Iranian
Government will consider measures to be taken to encourage such investments.
"4. It is the policy of the United States to help free
peoples everywhere in the maintenance of their freedom wherever the aid which
it is able to provide can be effective. As the result of recent Congressional
authorization, and in response to the request of the Government of Iran, the
Government of the United States is currently prepared to offer certain military
assistance essential to enable Iran, as a nation dedicated to the purposes and
principles of the United Nations Charter, to develop effective measures for its
self-defense in support of those purposes and principles. The United States
will continue to bear in mind Iran's defense needs in connection with further
foreign assistance which may be considered by the United States Government."
Source : The American Presidency Project
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=13375&st=iran&st1=
Annexe 4 :
MUTUAL DEFENSE ASSISTANCE ACT OF 1949
An act [H.R. 5895] To promote the foreign policy and provide for
the defense and general welfare of the United States by furnishing military
assistance to foreign nations.228
Title III
Sec. 301. The President, whenever the furnishing of such
assistance will further the purposes and policies of this Act, is authorized to
furnish military assistance as provided in this Act to Iran, the Republic of
Korean and the Republic of Philippines.
Sec.302. There are hereby authorized to be approved to the
President for the period through June 30, 1950, out of any moneys in the
Treasury not otherwise appropriated, for carrying out the provisions and
accomplishing the purposes of section 301, not to exceed $27,640,000.
Source : Senate Committee on Foreign Relations by the
Staff of the Committee and the Department of State, A Decade of American
Foreign Policy: Basic Documents 1941-49 (Washington, Government Printing
Office, 1950) pp.1358, 1359. Department of State, American Foreign Policy,
Basic Documents, 1950-1955, Volume II, (New York, Arno Press, 1971)
Annexe 5 :
Countries Having Entered Into Arrangements For Grant
Military Aid Under The Mutual Security Program: Map, December 31,
1955

Source: Ninth Semiannual Report to Congress on the Mutual
Security Program for the six months ended December 31, 1955 (1956), p.12. Op.
Cit. Department of State, American Foreign Policy, Basic Documents, 1950-1955,
Volume II, p.3156
228 Public Law 329, 81st Cong., 1st sess.
Consommation énergétique par ressource,
1635-2000 (en quadrillion de Btu)

Source : Energy Information Administration, History of
Energy in the United States, 1635-2000,
http://www.eia.doe.gov/emeu/aer/eh/frame.html
Annexe 7 :
President Truman's Remarks to W. Averell Harriman Before
His Departure on a Mission to Iran.
July 13, 1951
THE PRESIDENT. I want to express to you my appreciation for your
willingness to undertake this trip to Iran. It is a very important job that you
have undertaken, and one which I think you can handle with satisfaction and
success.
All of us want to wish you a pleasant trip, and I hope that you
will express to the Iranian Government that our interest is the interest of
world peace, and the welfare of Iran and the rest of the world.
We have no selfish interest in the matter whatever.
Source: American Presidency Project:
www.presidency.ucsb.edu
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=13838&st=&st1=#ixzz1NsZgtsNZ
President Truman's News Conference
August 23, 1951
[...] [Reading] "I have been most disappointed to learn of the
suspension of the negotiations in Tehran between the British delegation and the
Iranian Government, which we had hoped would lead to a settlement of the
Iranian oil question.
"Since these conversations have been suspended rather than
completely broken off, it remains my hope that a solution will eventually be
found agreeable to both parties. It has been clear during the course of
negotiations that both Iran and Great Britain sincerely desire a settlement,
and in view of this fact I am confident that an arrangement can ultimately be
worked out.
"Mr. Harriman has worked long and tirelessly in an effort to
bring the parties together, and to set the stage for a settlement, and his
activities have had my complete support. His letter to Prime Minister Mosadeq
of August 21 summarizes very clearly the American point of view on the steps
which led to the suspension of the conversations and the views that Mr.
Harriman put forward reflect my own and the State Department's."
Source: the American Presidency Project:
www.presidency.ucsb.edu
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=13889&st=&st1=#ixzz1NsbKh7pR

Source : Department of State, American Foreign
Policy, Basics documents, 1950-1955, Volume II, pp.2261-2

Source : Department of State, American Foreign
Policy, Basics documents, 1950-1955, Volume II, p.2263
Extrait de l'article 36 [paragraphe 40] du Conseil de
Sécurité des Nations dans le conflit entre l'Iran et la Grande
Bretagne
At the 560th meeting on 15 October 1951, after the
Anglo-Iranian Oil Company staff had been expelled from Iran, the representative
of the United Kingdom submitted a draft resolution 8_6/ declaring that a
dispute existed, the continuance of which vas likely to threaten the
maintenance of international peace and security, and calling for the resumption
of negotiations to resolve differences in accordance with the principles of the
provisional measures handed down by the Court. Discussion on the draft
resolution gave rise to the question whether the dispute was one in respect of
which the Council might make recommendations under Article 36.
Source : Art. 36, Repertory,
vol. II (1945-1954) p.286
http://untreaty.un.org/cod/repertory/art36/english/reporigvol2-art36e.pdf

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State Department, "Measures which the United States Government
Might Take in Support of a Successor Government to Mossadeq," Top Secret
Memorandum, March 1953.
Source: National Archives and
Records Administration (NARA), Record Group 59, Records of the
Officer-in-charge of Iranian Affairs, 1946-1954, Lot 57D529, Box 40, Folder:
Policy.
http://www.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB126/iran530300.pdf
Annexe 13 :
Exchange of Messages Between the President and Prime
Minister Mossadegh on the Oil Situation and the Problem of Aid to
Iran
July 9, 1953
[Released July 9, 1953. Dated June 29, 1953] - Dear Mr. Prime
Minister:
I have received your letter of May 28 in which you described
the present difficult situation in Iran and expressed the hope that the United
States might be able to assist Iran in overcoming some of its difficulties. In
writing my reply which has been delayed until I could have an opportunity to
consult with Mr. Dulles and Ambassador Henderson, I am motivated by the same
spirit of friendly frankness as that which I find reflected in your letter.
The Government and people of the United States historically
have cherished and still have deep feelings of friendliness for Iran and the
Iranian people. They sincerely hope that Iran will be able to maintain its
independence and that the Iranian people will be successful in realizing their
national aspirations and in developing a contented and free nation which will
contribute to world prosperity and peace.
It was primarily because of that hope that the United States
Government during the last two years has made earnest efforts to assist in
eliminating certain differences between Iran and the United Kingdom which have
arisen as a result of the nationalization of the Iranian oil industry. It has
been the belief of the United States that the reaching of an agreement in the
matter of compensation would strengthen confidence throughout the world in the
determination of Iran fully to adhere to the principles which render possible a
harmonious community of free nations; that it would contribute to the
strengthening of the international credit standing of Iran; and that it would
lead to the solution of some of the financial and economic problems at present
facing Iran.
The failure of Iran and of the United Kingdom to reach an
agreement with regard to compensation has handicapped the Government of the
United States in its efforts to help Iran. There is a strong feeling in the
United States, even among American citizens most sympathetic to Iran and
friendly to the Iranian people, that it would not be fair to the American
taxpayers for the United States Government to extend any considerable amount of
economic aid to Iran so long as Iran could have access to funds derived from
the sale of its oil and oil products if a reasonable agreement were reached
with regard to compensation whereby the large-scale marketing of Iranian oil
would be resumed. Similarly, many American citizens would be deeply opposed to
the purchase by the United States Government of Iranian oil in the absence of
an oil settlement.
There is also considerable sentiment in the United States to
the effect that a settlement based on the payment of compensation merely for
losses of the physical assets of a firm which has been nationalized would not
be what might be called a reasonable settlement and that an agreement to such a
settlement might tend to weaken mutual trust between free nations engaged in
friendly economic intercourse. Furthermore, many of my countrymen who have kept
themselves informed regarding developments in this unfortunate dispute believe
that, in view of the emotions which have been aroused both in Iran and the
United Kingdom, efforts to determine by direct negotiation the amount of
compensation due are more likely to increase friction than to promote
understanding. They continue to adhere to the opinion that the most practicable
and the fairest means of settling the question of compensation would be for
that question to be referred to some neutral international body which could
consider on the basis of merit all claims and counter-claims.
I fully understand that the Government of Iran must determine
for itself which foreign and domestic policies are likely to be most
advantageous to Iran and to the Iranian people. In what I have written, I am
not trying to advise the Iranian Government on its best interests. I am merely
trying to explain why, in the circumstances, the Government of the United
States is not presently in a position to extend more aid to Iran or to purchase
Iranian oil.
In case Iran should so desire, the United States Government
hopes to be able to continue to extend technical assistance and military aid on
a basis comparable to that given during the past year.
I note the concern reflected in your letter at the present
dangerous situation in Iran and sincerely hope that before it is too late, the
Government of Iran will take such steps as are in its power to prevent a
further deterioration of that situation.
Please accept, Mr. Prime Minister, the renewed assurances of my
highest consideration. DWIGHT D. EISENHOWER
Note: The Prime Minister's message follows: - Dear Mr.
President:
In the kind reply which you sent to my message of last
January you suggested that I might inform you direct or through diplomatic
channels of any views that may be of mutual interest.
In that message I had briefly referred to the hardships
and privations which the Iranian people had undergone during the last two years
in their efforts to attain their aspirations and also to the difficulties which
the British Government has created for Iran in its support of the illogical
claims of an imperialistic company.
During the few months that have elapsed since the date of
that message the Iranian people have been suffering financial hardships and
struggling with political intrigues carried on by the former Oil Company and
the British Government. For instance, the purchasers of Iranian oil have been
dragged from one court to another, and all means of propaganda and diplomacy
have been employed in order to place illegal obstacles in the way of the sale
of Iranian oil. Although the Italian and Japanese courts have declared Iranian
oil to be free and unencumbered, the British have not as yet abandoned their
unjust and unprincipled activities.
Although it was hoped that during Your Excellency's
administration attention of a more sympathetic character would be devoted to
the Iranian situation, unfortunately no change seems thus far to have taken
place in the position of the American Government.
In the message which the Secretary of State sent me from
Karachi, he expressed regret that the efforts of the United States to
contribute to the solution of the problem of compensation had thus far been
unsuccessful. It should be recalled that the Iranian Government was prepared to
pay the value of the former Company's properties in Iran in such amount as
might be determined by the International Court of Justice. It was also prepared
to accept the jurisdiction of the said court with regard to the amount of
compensation provided the British Government would state the amount of its
claim in advance and that claim would be within the bounds of reason. Obviously
the Iranian Government also had certain claims against the former Oil Company
and the British Government which would have been presented at the time of the
hearing of the case.
The British Government, hoping to regain its old position,
has in effect ignored all of these proposals.
As a result of actions taken by the former Company and the
British Government, the Iranian nation is now facing great economic and
political difficulties. There can be serious consequences, from an
international viewpoint as well, if this situation is permitted to continue. If
prompt and effective aid is not given this country now, any steps that might be
taken tomorrow to compensate for the negligence of today might well be too
late.
We are of course grateful for the aid heretofore granted
Iran by the Government of the United States. This aid has not, however, been
sufficient to solve the problems of Iran and to ensure world peace which is the
aim and ideal of the noble people and of the Government of the United
States.
The standard of living of the Iranian people has been
very, low as a result of century-old imperialistic policies, and it will be
impossible to raise it without extensive programs of development and
rehabilitation. Unfortunately the aid heretofore granted has been in principle
primarily of a technical nature, and even in this respect the assistance needed
has not at times been accorded. For example, the Export-Import Bank which was
to have advanced Iran twenty-five million dollars for use in the sphere of
agriculture did not do so because of unwarranted outside interference.
The Iranian nation hopes that with the help and assistance
of the American Government the obstacles placed in the way of sale of Iranian
oil can be removed, and that if the American Government is not able to effect a
removal of such obstacles, it can render effective economic assistance of the
Presidents to enable Iran to utilize her other resources. This country has
natural resources other than oil. The exploitation of these resources would
solve the present difficulties of the country. This, however, is impossible
without economic aid.
In conclusion, I invite Your Excellency's sympathetic and
responsive attention to the present dangerous situation of Iran, and I trust
that you will ascribe to all the points contained in this message the
importance due them.
Please accept, Mr. President, the assurance of my highest
consideration. DR. M. MOSSADEGH
Source: the American Presidency Project: Dwight D.
Eisenhower: Exchange of Messages Between the President and Prime Minister
Mossadegh on the Oil Situation and the Problem of Aid to Iran
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=9633&st=&st1#ixzz1OVlSHz1F
Annexe 14 :
Exchange of Letters Between the President and the Shah of
Iran Concerning the Settlement of the Oil Problem.
August 5, 1954
Your Imperial Majesty:
The important news that your Government, in negotiation with
the British, French, Dutch and United States oil companies, has reached, in
principle, a fair and equitable settlement to the difficult oil problem is
indeed gratifying.
Your Majesty must take great satisfaction at the success of
this significant phase in the negotiations to which you personally have made a
valuable contribution. I am confident that implementation of this agreement,
under Your Majesty's leadership, will mark the beginning of a new era of
economic progress and stability for your country.
Like myself, all Americans have a deep concern for the
well-being of Iran. With them I have watched closely your courageous efforts,
your steadfastness over the past difficult years, and with them I too have
hoped that you might achieve the goals you so earnestly desire. The attainment
of an oil settlement along the lines which have been announced should be a
significant step in the direction of the realization of your aspirations for
your people.
There is concrete evidence of the friendship that exists
between our two countries and of our desire that Iran prosper independently in
the family of free nations. We have endeavored to be helpful in the form of
economic and technical assistance and we are happy to have helped in finding a
solution to the oil problem.
I can assure Your Majesty of the continued friendly interest
of the United States in the welfare and progress of Iran, and of the admiration
of the American people for your enlightened leadership.
With sincere best wishes for the health and happiness of Your
Majesty and the people of Iran, Sincerely,
DWIGHT D. EISENHOWER
Note: His Imperial Majesty's reply, released August 9,
follows:
Mr. President:
I am deeply grateful for your letter of August 5th and
appreciate the friendly feelings which have inspired it.
It is, indeed, a source of satisfaction to me that my
government has been able to arrive, in principle, at a settlement of the oil
dispute, which, in the light of present world conditions, appears to be as
equitable a solution of a difficult problem as could have been reached.
Ever since nationalization of the oil industry, which
corresponded with the aspirations of my people, it has been my constant
endeavor to facilitate and hasten a fair agreement within the framework of the
relevant laws.
You can rest assured that the valuable contribution which you
personally, Mr. President, The American Government and your distinguished
Ambassador, Loy Henderson, have made to this end is highly prized.
It is now my hope that the implementation of the agreement
will not be long delayed.
With the attainment of this goal and with increased
American assistance, I share your feeling that we may look forward to an era of
economic and social development which will improve the lot of my people, as
well as further consolidate the security of the Middle East.
I cannot sufficiently lay stress on the fact that American
assistance to Iran has been most timely and helpful. My people reciprocate to
the full the friendship of your noble nation.
Whilst renewing the expression of my gratitude for your
cooperation, I tender warm wishes for the welfare of the American people under
your wise leadership.
Yours sincerely,
MOHAMMAD REZA PAHLAVI
Source: The American Presidency
Project:
www.presidency.ucsb.edu
http://www.presidency.ucsb.edu/ws/index.php?pid=9968&st=&st1=#ixzz1OANE1IJX
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US government printing office. Ce site offre des comptes-rendus
du Congrès. IL est géré par la branche législative
du gouvernement fédéral des États-Unis.
http://www.Lisa.revu.org/
Revue Lisa. Site de la Maison de la Recherche en Sciences
Humaines de l`université de Caen Basse Normandie. Ce site offre
plusieurs articles pluridisciplinaires.
http://hansard.millbanksystems.com/
Hansard 1803-2005. Ce site est géré par Hansard. Il
offre des rapports officiels des débats du parlement britannique.
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